SMHES

Séminaire du mois de mars de la 30ème SMHES – Le COVID 19 est un frein qui ne ralentit pas tous les engagements…

Conférence en ligne d’Emmanuel Véron

Fallait-il interrompre le rythme soutenu de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ? L’interrompre face à une crise d’ampleur inégalée dans notre histoire récente ! L’histoire de générations dont seules celles de nos aînés ont connu les privations, et pas seulement celles des libertés individuelles. Ce contexte, pesant pour chacun d’entre nous, nous rappelle qu’il faut savoir s’adapter aux situations. Il faut aussi savoir y apporter une réponse. Une réponse rapide et à l’évidence collective. Et c’est là sans doute que l’exercice apparaît plus difficile, tant les uns et les autres se sont habitués à ne pas nécessairement tenir compte des autres pour avancer. Cette crise sanitaire, sans précédent, encore qu’il n’y a pas si longtemps tout le monde craignait le pire lors de l’épisode grippal A – H1N1, une forme nouvelle dont les effets auraient pu être similaires à ceux de la grippe espagnole de 1918 qui fit, faut-il le rappeler ici, plus de cinquante millions de morts, n’a sans doute pas encore dit son dernier mot. Pour autant, il convient sans doute de ne pas noircir le tableau car l’effet de la pandémie, renforcé par la mondialisation, révèle également une mobilisation mondiale. Cette mobilisation, si elle se concrétise, pourrait atténuer les conséquences pour les populations, même si cela n’est pas de nature à affaiblir la douleur de ceux qui perdront un être cher. Affaiblir la menace voire la neutraliser car nous pouvons faire confiance à la capacité des chercheurs qui finiront par trouver l’anti poison d’un virus qui aura fait son entrée dans l’histoire.

Alors, oui la réponse est claire, il ne fallait pas interrompre la session en cours mais la poursuivre pour réfléchir collectivement aux grands enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. D’ailleurs, le thème relatif aux « risques et opportunités des nouvelles routes de la soie » est plus que jamais d’actualité. Il n’y a pas si longtemps, personne ne connaissait Wuhan, capitale de la province de Hubei qui compte plus de 11 millions d’habitants et dont le confinement généralisé de la population fut une première dans l’histoire. Ce thème plus connu sous le nom de « Belt and Road Initiative », déjà caricaturé avec mauvais goût sous le nom de « New Sick Road » avait permis aux auditeurs d’identifier les facteurs de risques à la fois pour nos sociétés et les ambitions chinoises. Mais ce facteur sanitaire est nouveau. Il influe évidemment sur les perspectives initiales de ce défi de très grande ampleur.

Si ce facteur de risque est d’abord d’ordre sanitaire, il est encore davantage au plan économique. Il va falloir inexorablement tirer les conséquences de la perte progressive de l’autonomie stratégique de certains pays, dont une partie de l’approvisionnement dépendait des chaines de production chinoises. Aujourd’hui, le débat sur l’approvisionnement des masques FFP2 (Filtering Face Piece) pourrait rapidement mettre en avant cette forme de dépendance conjuguée à une réduction drastique des stocks considérés comme trop chers lors de l’épisode de la grippe A H1N1 de 2009 à 2010. Deux constats s’imposent donc. Le premier est celui de conserver son autonomie stratégique quoi qu’il arrive. C’est déjà un devoir complexe auquel il faut s’atteler rapidement. Modestement, les Think Tank, en l’absence totale de conflits d’intérêts, peuvent apporter des réponses. Deuxième constat, il est irréaliste de penser pouvoir capitaliser financièrement sur une crise. Lorsque des postures même adéquates sont adoptées, elles ont un coût et le retour sur investissement peut être faible voire nul. Le traitement sanitaire de la pandémie grippale précédemment cité avait été remarquable et on ne peut que se réjouir des résultats enregistrés. Pourtant, les dividendes n’ont été que virtuels, par comparaison au coût qu’aurait engendré une catastrophe sanitaire. Ce gain sous-évalué, associé au retour d’expérience positif qui a démontré la pertinence des réflexions engagées sur la continuité de l’action gouvernementale nous montre la voie d’une préparation aux crises qui, par définition, sortent d’une épure classique de recherche de l’efficience.

Alors, doublement oui, il fallait poursuivre les travaux de la session. Ce sont ces travaux qui contribueront à apporter les bonnes réponses pour mieux appréhender les crises et en maîtriser au meilleur niveau les différents ressorts.

Les poursuivre certes mais dans un mode nouveau qui respecte les règles de confinement. Nous le voyons aujourd’hui, la discipline, qui sous-tend l’observation des lois, des règlements et des obligations auxquels doit se soumettre un groupe, n’est pas acquise d’emblée. Les règles édictées ne sont peut-être pas la réponse absolue au traitement de cette crise mais elles en sont un instrument indubitablement efficace dans l’attente des autres leviers infléchissant le rythme pandémique. Troisième constat donc, il faudra tirer les leçons d’un civisme adapté aux exigences de notre temps. On ne peut pas indéfiniment contester telle ou telle posture pour ensuite s’interroger sur l’action de l’Etat et tout en attendre. Les principes régaliens dans la gestion des crises doivent reprendre leur primauté. Cette crise sanitaire rappelle que tout n’est pas dans les mains exclusives des acteurs économiques et dans la recherche du profit. D’ailleurs, nous le voyons bien, les dispositions prises qui seront déterminantes pour ne pas ajouter à cette crise de santé publique une crise économique et financière seront celles de l’Etat. Ici aussi, cela ne fait que confirmer la nécessité de réfléchir en profondeur à tous les sujets qui structurent nos sociétés dans un monde qui réapprend le tragique de l’Histoire.

Fort heureusement, les modes alternatifs existent et nous avons, d’une certaine manière, digitalisé le séminaire du mois de mars. C’était une première pour l’institut FMES et elle souligne de nouvelles pistes d’échanges possibles dans le cadre des formations qu’il dispense. Nous avons donc réalisé des travaux de comité pour la session qui s’est organisée en trois groupes de travail portant chacun un scénario sur le thème d’étude. Plaisir donc de retrouver les auditeurs qui ont pu rejoindre cette salle de réunion virtuelle le jeudi 19 mars, certains étant excusés parce qu’ils sont concernés de près ou de loin dans le soutien apporté à la gestion de cette crise sanitaire.

Le lendemain, le jeudi 20 mars, nous avons présenté les travaux à l’université de Toulon pour initier un échange sur l’approfondissement des recherches à réaliser pour étayer les différents scénarii. Enfin, pour parachever cette session « extraordinaire », Emmanuel Véron a prononcé une intervention sur les grands axes qui structurent les nouvelles routes de la soie en apportant un éclairage particulier sur les interactions de la Chine avec l’Afrique, continent qui prolonge stratégiquement l’espace méditerranéen. Evidemment, nous souhaiterions renouer avec les modes habituels de fonctionnement pour le séminaire du mois d’avril. Mais il nous faut préparer des solutions alternatives.

Cette posture prise pour les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques n’est d’ailleurs pas exclusive aux sessions car elle est appliquée dans d’autres domaines. L’institut FMES, centre ressources de la Région Sud, est très largement impliqué dans l’appui à l’économie de défense et se doit de maintenir son niveau d’activité au profit des acteurs économiques qui auront besoin de souffle pour tenir dans la durée. L’institut FMES confirmera sa résilience pour poursuivre sa mission avec un seul objectif, celui de servir l’intérêt général. En attendant des jours meilleurs pour ce printemps, nous retiendrons que l’homme se découvre en se mesurant avec l’obstacle comme devait l’écrire Antoine de Saint-Exupéry. Dont acte… nous les surmonterons !

Travaux de comité sous la direction du professeur des universités Didier Leandri, de Sea Tech. 

Séminaire à Bruxelles de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Adenauer, Churchill, Schuman, Monnet, autant de noms donnés à des stations d’arrêt du tram, métro ou bus bruxellois dans une capitale européenne évidemment marquée par des hommes politiques prestigieux engagés au lendemain de la Seconde guerre mondiale à l’union des européens du vieux continent ! Pour les auditeurs de la 30ème session des hautes études stratégiques, la cartographie des transports bruxellois n’a presque plus de secret car ils ont eu la chance d’arpenter une partie de la ville pour aller à la rencontre des acteurs qui font vivre les grandes instances européennes et internationales. Sous un ciel chargé, définitivement décidé à nous rappeler que l’hiver existe encore, cette distance nous séparant de la Méditerranée s’imposait pour consolider l’analyse des relations entre l’Europe et la Chine en consultant les experts qui, à Bruxelles, assurent la mise en œuvre des dispositions européennes décidées par les membres de l’Union.  Car ne nous y trompons pas, le dynamisme européen se manifeste ici en reflet de celui voulu par les Etats membres.  En la matière, ce dynamisme pourrait paraître un peu fragile au regard des enjeux d’un monde qui change. Et ce monde change vite. Nous voilà donc revenu sur notre thème d’étude relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. L’actualité, avec cet épisode inquiétant de risque pandémique lié au coronavirus, met d’ailleurs en avant un facteur de risque inattendu dont les conséquences pourraient peser sur la stratégie chinoise même s’il est encore un peu tôt pour en mesurer toutes les conséquences directes ou indirectes. Mais avant de mesurer les interactions entre l’Europe et la Chine, il était intéressant de rappeler aux auditeurs les mécanismes de fonctionnement de l’Europe.

 

La matinée du mercredi 26 février passée à la commission européenne n’a certes pas été suffisante mais elle s’est avérée utile et indispensable.  Elle a permis de mieux appréhender le rôle de la commission, organe exécutif de l’Union européenne, vis-à-vis des représentations nationales au sein du conseil de l’Europe et du parlement européen qui se partagent le pouvoir législatif. Les auditeurs ont pu, à cette occasion, mesurer le pouvoir normatif de la commission au travers des règles, directives et décisions qui en constituent les éléments dérivés structurant l’action européenne au sein des nations. La première intervention de la commission visait à bien comprendre l’articulation entre la voix de l’Union européenne, celle des Etats et celle des citoyens s’appuyant sur ce triangle institutionnel constitué de la commission, du conseil et du parlement. Si cette organisation paraît simple en première approche, sa mise en œuvre n’en reste pas moins complexe avec, au sein de la commission, quelques 30 000 fonctionnaires à la tâche. C’est finalement peu en volume au regard de ce que représente l’Union européenne dans son ensemble. Cette présentation fut suivie par une intervention centrée sur les relations entre l’Europe et la Chine. Sans surprise, c’est le prisme économique qui a dominé l’approche du conférencier. Cela s’inscrit donc dans une forme de continuité car cette dimension économique a sous-tendu la plupart des travaux européens dans un monde en paix depuis la fin de la Seconde guerre. Cette dimension a contribué à la stratégie de puissance de l’Europe. Sans doute faudrait-il aujourd’hui la repenser dans une dimension plus globale. Pour conclure cette séquence à la commission, une présentation très dynamique et précise a été réalisée sur les enjeux énergétiques. Ce fut l’occasion de mettre en avant le Green Deal européen. A l’évidence cette démarche souligne une réelle ambition des Européens visant à faire de leur continent un continent climatiquement neutre d’ici à 2050.  C’est un véritable pacte vert pour l’Europe. Il est associé à un ensemble de mesures qui devrait permettre aux citoyens et aux entreprises de l’Union européenne de profiter d’une transition écologique durable. Ces mesures nécessitent également de stimuler la recherche et l’innovation de pointe afin de protéger l’environnement naturel de l’Europe. Au-delà, c’est aussi une impulsion donnée à une nouvelle stratégie de croissance dans une transition juste et socialement équitable. Cette approche européenne est évidemment unique et s’inscrit bien dans les traces des conférences internationales sur le climat, notamment celle de Paris. S’agissant des enjeux énergétiques, l’intervenant a finalement confirmé les présentations antérieures faites au cours des derniers séminaires sur le rôle et la place de la Chine dans cet environnement énergétique. A ce titre, il ne faut pas sous-estimer le niveau des investissements chinois réalisés dans ce domaine en Europe. Il ne faut pas non plus occulter le caractère stratégique de ces investissements. Quant au Green Deal, il revêt sans doute un caractère d’importance pour la nation chinoise très exposée aujourd’hui à des risques sérieux de pollution. Dans cette ambition des nouvelles routes de la soie, le développement et la recherche d’énergie nouvelle à faible émission de gaz à effet de serre constitue un objectif au travers des investissements consentis à l’extérieur.

En début d’après-midi, la dimension sécuritaire de la politique européenne a été au cœur des sujets présentés par le service européen pour l’action extérieure (SEAE). Ce Service, organe diplomatique institutionnel de l’Union européenne placé sous l’autorité du Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, est la voix de l’Europe à Bruxelles et à l’extérieur. Sa portée, certes importante, révèle aussi la difficulté d’être à l’unisson sur les grands sujets sécuritaires qui concernent l’Europe. Il possède un réseau de plus de 140 délégations et bureaux dans le monde, chargés de promouvoir les valeurs de l’Union et de protéger ses intérêts. Il était donc indispensable de pouvoir en apprécier les outils, notamment l’état-major de l’Union européenne (External European Military Staff), dont le rôle est de planifier et de conduire des opérations militaires sous le drapeau européen ou en coopération avec l’Alliance atlantique. Le directeur des opérations de cet état-major a tenu à accueillir lui-même les auditeurs de la session. Ses officiers ont ainsi pu présenter les ambitions d’une structure de taille modeste qui veille, à partir d’un flux d’informations provenant des pays membres, sur l’état du monde et le cas échéant doit planifier les interventions là où l’Union européenne doit tenir son rang. Ainsi, deux opérations intéressant le bassin méditerranéen ont été présentées, l’une visant à interdire le trafic d’armes à destination de la Libye et l’autre fixant les suites à donner à l’opération EUNAVFOR MED SOFIA pour laquelle une décision doit être prise sur les conditions de sa prorogation. Cette opération, qui a évidemment secouru certains migrants en Méditerranée, vise surtout à empêcher les commanditaires d’une forme de commerce humain promettant à des migrants d’origine diverse de rallier l’Europe. Ce rendez-vous a permis aux auditeurs de présenter leurs premiers travaux sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Cet exercice, toujours difficile, a suscité un réel intérêt auprès de nos hôtes soulignant la qualité de la réflexion conduite et l’originalité des scénarii présentés.

Cette séquence s’est poursuivie au SEAE dans une dimension plus politique avec l’intervention d’un ancien ambassadeur présentant le rôle et les priorités du service européen pour l’action extérieure. Ce fut l’occasion de mesurer l’implication déterminée du Haut représentant pour les affaires étrangères de l’Union et la sécurité commune en charge de mise en œuvre de la politique de défense et de sécurité commune. Les avancées sont certes incontestables au regard des 16 missions civiles et militaires conduites par l’Union européenne. La légitimité des actions est toujours systématiquement recherchée auprès des Nations unies ou du pays sollicitant l’aide de l’Europe. Dans un monde qui change vite où la voie du multilatéralisme s’efface bien souvent devant le jeu des puissances, les enjeux de l’Europe dans les domaines de la sécurité et de la défense n’ont jamais été aussi forts et méritent d’être très largement relayés pour redonner à l’Europe toute sa place dans le concert des nations.

Au terme de cette journée bien remplie, les auditeurs allaient pouvoir apprécier l’engagement des autres acteurs européens responsables de la sécurité et de la défense auprès des autres grandes instances internationales installées à Bruxelles, en particulier l’état-major de l’OTAN. C’est donc au cours de la matinée du 27 février qu’ils furent accueillis dans la structure monumentale de l’état-major de l’OTAN installé à Ever. La représentation militaire française, en la personne de son représentant militaire de la défense adjoint, a dressé l’état des principaux défis à relever par Alliance atlantique dans un contexte où la nécessité de repenser la stratégie globale de cet outil s’impose. Elle s’impose notamment au regard de l’affaiblissement du multilatéralisme dans la gestion des affaires des membres de l’organisation transatlantique d’une part et par une bascule évidente du centre de gravité des intérêts de notre principal allié, lui-même, à la tête de la sécurité collective de l’Europe portée par cette organisation depuis sa création d’autre part.

Cette intervention a été suivie par celle d’un officier général, représentant national militaire français au sein du grand quartier général des puissances alliés en Europe, plus connu sous le nom de SHAPE pour Supreme Headquarters Allied Powers Europe, installé à Mons. Les auditeurs ont ainsi pu mesurer les capacités de cette structure de commandement totalement dédiée à la planification et la conduite des opérations. Comptant à son actif nombre d’opérations mené en associant non seulement les membres de l’OTAN mais aussi les partenaires associés, à l’instar de ceux ayant rejoint de l’ISAF (international Security Assistance Force) en Afghanistan, cet état-major dispose de tous les moyens ad-hoc pour conduire des opérations d’envergure. De plus, il peut compter sur toutes les structures implantées en Europe sous le nom de Joint Force Command à Naples et Brunssum pour les états-majors interarmées et à Northwood, Ramstein ou Izmir pour les états-majors de composantes maritimes, aériennes et terrestres. Une organisation éprouvée et rôdée au fil du temps depuis les lendemains de la Seconde guerre mondiale.

Pour clore ce séjour Bruxellois, il était intéressant d’échanger avec une structure originale, l’assemblée parlementaire de l’OTAN, créée en 1955 sous forme d’organisme interparlementaire consultatif dont la vocation est de rassembler des parlementaires de l’OTAN pour conforter le consensus parlementaire et public autour des politiques alliés. Sans entrer dans le détail du fonctionnement de cette assemblée parlementaire, il faut cependant souligner son rôle dans le renforcement des relations transatlantiques et dans l’apport d’analyses favorisant une meilleure compréhension des objectifs et missions de l’Alliance. Soulignons au passage que des travaux ont été conduits sur la persistance du défi russe, le Moyen-Orient et l’Afrique et sur l’essor de la Chine parmi d’autres sujets. Une façon de ramener nos auditeurs au cœur de leurs préoccupations avec leur étude sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Une belle manière, pour la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques de reprendre la route !

En quittant nos stations de transport bruxelloises aux noms emblématiques des Pères fondateurs de l’Europe, nous pourrions méditer tranquillement ce que nous rappelait Jean Monnet qui compte parmi ces grands hommes européens : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ». Pour les sessions méditerranéennes, cette réflexion sur l’avenir est, à elle seule, un facteur de changement…

Séminaire toulousain de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Une rentrée dans les étoiles en ce début d’année 2020 ! Dans un monde désormais connecté étendu à l’espace exo atmosphérique ou tout ou presque est géoréférencé, il n’était pas inutile de se rendre dans une région plus continentale pour y découvrir des savoir-faire d’exception dans le milieu aérospatial. Evoquer le géoréférencement apparaît ici pour souligner que nous devons la précision de nos systèmes de guidage à partir des multiples applications existantes issues de la constellation de satellites décidée par l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne sous le nom de Galileo. Parmi les autres usages des satellites en orbites polaires ou géostationnaires, il faut naturellement souligner les équipements de télécommunication civils et militaires, les outils d’observation de la terre ou les capteurs exploratoires projetés dans notre système solaire au service de la recherche scientifique. L’espace reste donc un champ d’investigations extraordinaires et de compétitions entre les puissances. En cela, la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques avait matière à connecter cette visite d’études avec le thème relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie. Car, à n’en pas douter, la Chine investit dans l’espace.

Cap sur Toulouse donc où prend forme l’aerospace space valley française. Il s’agit d’un véritable accélérateur d’innovations pour soutenir les entreprises développant une activité aérospatiale avec une forte composante technologique duale. Cet accélérateur se trouve donc au cœur d’un écosystème tourné vers l’aéronautique et l’espace. Toulouse, terre d’envol, s’était d’ailleurs largement illustré en d’autre temps avec l’essor d’une aviation postale et commerciale. Toulouse Montaudran n’est-il pas le fossile vivant de l’Aéropostale et de Latécoère ? Elle fut la plateforme aéronautique d’où Mermoz et Saint-Exupéry s’envolaient pour transporter le courrier en Afrique et en Amérique du Sud. Elle fut aussi le site où Latécoère construisait ses premiers avions. C’est à Toulouse que l’armée de l’air décide d’implanter sa première base aérienne militaire. Cette rentrée est donc un rendez-vous avec l’histoire mais aussi un rendez-vous avec l’avenir.

Présentation du CNES pour les auditeurs de la 30ème SMHES

La première visite qui s’est imposée à l’occasion de ce déplacement fut celle consacrée au centre national d’études spatiales le jeudi 16 janvier. Le CNES a été créé à l’initiative du Président Charles de Gaulle le 19 décembre 1961 afin de fournir une structure chargée de coordonner et d’animer les activités spatiales françaises centrées à l’époque sur le développement du lanceur-fusée Diamant. Ce lanceur fut le premier construit en dehors des Etats-Unis et de l’ex URSS. Le CNES est toujours aujourd’hui l’agence spatiale nationale la plus importante des pays de l’Union européenne. Cette initiative, pour le moins stratégique, souligne l’importance qu’il fallait et qu’il faut concéder au domaine spatial pour conserver sa souveraineté, celle de la France et celle de l’Europe. Le directeur d’établissement a ainsi pu présenter le site dans sa globalité d’une part et dessiner les perspectives d’un milieu très convoité d’autre part. Trois ateliers ont permis aux auditeurs de mesurer la performance des activités réalisées. L’un portait sur l’instrument principal de la mission martienne américaine InSight. Il s’agit d’un sismomètre permettant la mesure des vibrations sur une certaine épaisseur de la planète et tous les paramètres de pression ou de température. En entrant dans cette salle avec une vue de la planète rouge et le bruit du vent, inutile d’exprimer ici les sensations ressenties à l’occasion de cette séquence nous projetant à quelques 300 millions de kilomètres de la Terre. L’autre atelier, tout aussi fascinant, présentait l’international space station (ISS). Les présentations ont été réalisées avec une simplicité déconcertante par des spécialistes de renommée internationale. Ces spécialistes aux qualités inestimables ont consenti un énorme investissement, en recherche et développement, pour atteindre de tels résultats. Il ne faut surtout pas l’oublier. La présentation du microsatellite Taranis dédié à l’observation et à la caractérisation des phénomènes lumineux, radiatifs et électromagnétiques se produisant entre 20 et 100 kilomètres d’altitude a souligné les mêmes exigences et le même niveau de performance des équipes du CNES. Enfin, une présentation des enjeux du segment spatial consacré à la défense démontre que dans ce domaine beaucoup d’évolutions sont envisagées à moyen-terme et qu’elles caractérisent bien les engagements pris par les puissances disposant des capacités d’accès à l’espace.

Découverte de l’ISS

Au terme de cette visite, les auditeurs ont pu se rendre sur le site d’Airbus Defence & Space pour consolider leur appréciation sur la forte implication française et européenne dans les programmes spatiaux et les perspectives de ce secteur. La présentation complète des activités du groupe a souligné les principaux défis à relever et les tensions qui pèsent sur ce marché. Ces activités imposent ici aussi d’être très compétitif et de multiplier les offres répondant aux besoins rappelés précédemment dans les capacités de télécommunication civil ou militaire, d’observation de la terre et de recherche scientifique. Elles conduisent aussi à mieux gérer l’occupation de l’espace et le retrait du service des satellites en fin de vie en respectant au mieux la protection de notre environnement. Les équipes d’Airbus Defence & Space ont elles aussi démontré un niveau d’excellence hors du commun. Elles ont témoigné de l’attractivité de ce secteur où le renouvellement des ingénieurs ne semblent pas poser de difficulté particulière. Au terme de cette présentation, la visite des salles blanches a permis de mesurer l’ensemble des actions préalables au lancement d’équipements qui rejoindront prochainement des orbites polaires ou géostationnaires. Parmi ces actions, celles relatives à la mise en situation des satellites en condition de température dans des conteneurs spécifiques pouvant accueillir des plateformes de la gamme de 5 tonnes, celles aussi permettant des mesures spécifiques électromagnétiques dans des chambres anéchoïques ont été présentées aux auditeurs. Cette séquence industrielle, très complémentaire de celle réalisée au CNES, confirme la performance d’un groupe autour duquel constelle des petites et moyennes entreprises de cet aerospace valley toulousain.

Le lendemain, le vendredi 17 janvier, l’approfondissement de la connaissance du milieu spatial en se rendant à un autre rendez-vous industriel s’est confirmé. L’entreprise Thalès Alenia Space nous a donc ouvert ses portes, c’est un industriel qui s’affirme comme un référent européen et un compétiteur à l’échelle mondiale.

Evidemment, une certaine comparaison pourrait être faite avec la visite précédente car certaines actions se ressemblent. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs conduites en coopération. Mais d’autres sont en revanche complémentaires. Le directeur de l’établissement de Toulouse a tenu à nous recevoir lui-même, accompagné de ses proches collaborateurs pour présenter le site. Il a également fait le lien avec le site « spatial » implanté sur les rives de la Méditerranée de Cannes. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur tient toute sa place dans les technologies de pointe lui conférant une place de choix dans l’écosystème des entreprises innovantes. La visite dynamique de l’établissement a replongé les auditeurs en salles blanches et leur a permis aussi d’apprécier l’évolution des techniques dans la fabrique des composants équipant les différents satellites. Cette séquence a aussi permis de présenter l’innovation cluster. Ce fut l’occasion d’appréhender des mécanismes spécifiques favorisant l’innovation au sein des équipes. Nous y avons découvert la sérendipité. Terme dont la compréhension saute aux yeux ! Car vous l’aurez compris, la sérendipité se rapporte à une découverte par chance et sagacité de résultats pertinents que l’on ne cherchait pas. Cela se rapporte au fait assez courant d’observer une donnée inattendue et stratégique qui donne l’occasion de développer une nouvelle théorie ou d’étendre une théorie existante. En somme, l’innovation ne se décrète pas et ne peut être imposée, elle se vit… Une visite exceptionnelle donc qui clôt le volet spatial proprement dit. Les auditeurs de la 30ème SMHES dispose désormais d’une vision assez complète des actions conduites dans un domaine stratégique. Ils pourront remettre tout cela en perspective dans la conduite de leurs travaux.

A la découverte de la salle blanche de Thalès Alenia Space.

Toulouse, terre d’envol ! Il nous fallait inévitablement revenir au berceau de l’aéronautique française et européenne. Un retour donc sur le site emblématique où est né l’avionneur Airbus. Que de chemin parcouru depuis l’Airbus A300 qui a marqué la naissance d’un pôle aéronautique dont personne n’imaginait qu’il allait devenir le numéro 1 mondial. Les auditeurs de la 30ème SMHES y ont été admirablement bien reçus. La présentation très complète nous a renvoyé au lendemain de la création de la Caravelle et du Concorde pour un élan aéronautique relevant, les uns derrière les autres, de très nombreux défis dans une compétition internationale très sévère. L’avenir apparaît serein au vu des carnets de commandes. Les perspectives ne se ferment pas et les innovations sont toujours au cœur des enjeux. Car il faut aujourd’hui répondre à de nouvelles exigences, celles des clients dont l’avion commercial constitue un outil à bord duquel il doit pouvoir maintenir toutes les connexions nécessaires, celles de la sécurité dont le niveau est aujourd’hui extraordinairement élevé et dont les conséquences industrielles peuvent être terribles à l’instar de celles vécues par le principal concurrent d’Airbus, celle enfin de l’environnement où la réduction des émissions de gaz à effet de serre est systématiquement recherchée . Alors, en se rendant sur le site de production où les bâtiments anciens aux couleurs de la ville rose côtoient des structures récemment sorties de terre, l’Airbus A350 sur sa chaîne de montage ressemble étrangement aux avions qui l’ont précédé. Mais ne nous y trompons pas ! Presque tout y est différent. Une structure en carbone conjuguant légèreté et résistance, un profil aérodynamique offrant un niveau de performance accru, des équipements satisfaisant la plupart des exigences des exploitants de toutes les compagnies aériennes et une motorisation réduisant drastiquement les coûts d’exploitation et s’inscrivant dans cette dynamique très volontariste de protection de l’environnement. Toulouse terre d’innovation ! C’est un peu le bilan que les auditeurs retiendront de ce séjour très dense consacré au fait aérospatial.

Sur le site d’Airbus

En passant devant le bâtiment B612, nom donné à ce lieu tourné vers le spatial dans ce bassin toulousain souvenir de l’astéroïde dont le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry est originaire, ils se rappellent cette phrase du même auteur qui rappelle que « l’homme se découvre en se mesurant avec l’obstacle ». C’est le prix à payer pour innover, c’est le prix des efforts de la 30ème session pour relever le défi de leur thème d’étude sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Une belle année 2020 en perspective…

Séminaire toulonnais de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Un retour attendu sur les bords de la Méditerranée en cette fin d’année 2019 ! Dans le parcours de la session, ce rendez-vous est particulièrement important car les séminaires précédents ont permis de poser les bases de la réflexion sur le thème des enjeux des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Les auditeurs sont donc désormais organisés et ont pris les dispositions pour dessiner les contours de leurs futurs travaux. Les intervenants sollicités au cours des trois premiers séminaires ont apporté des éléments clés sur les ambitions chinoises et le contexte dans lequel elles s’inscrivent.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce contexte est très évolutif. Un simple regard porté sur le dialogue des puissances en témoigne. Les auditeurs s’attellent désormais à construire une analyse actant ces changements en profondeur « d’un nouveau monde qui commence » comme le dirait Victor Hugo. Ils se rappellent aussi qu’en étant au bord de la Méditerranée, ils doivent mesurer les incidences de ces nouvelles routes de la soie dans un espace contraint et convoité.

En étant à Toulon, il était légitime de porter son attention sur le fait maritime. Ce séminaire y était donc consacré. Le jeudi 12 décembre, Naval Group nous a ouvert ses portes sur le site d’Ollioules. L’accueil y fut remarquable et les présentations de très grandes qualités. La performance de notre industrie navale ne faisait pas de doute. Elle se prépare à relever d’innombrables défis pour fournir à la Marine nationale et les marines partenaires des instruments d’excellence. Parmi ces défis, la digitalisation est désormais omniprésente dans la mise en œuvre de nos systèmes. Les nouveaux bâtiments exigent certes moins d’hommes d’équipage mais n’ont pas pour autant réduit leur agilité dans la manœuvre et l’utilisation de leurs systèmes d’armes. Nos bâtiments et les générations qui vont suivre seront donc au rendez-vous des nouvelles exigences opérationnelles. Mais ce défi numérique est aussi celui de la manœuvre RH comme nous le rappelleront les intervenants de la Marine nationale. Nous y reviendrons dans un instant.

 

En ce début d’après-midi du jeudi 12 décembre, le rendez-vous était pris à l’université de Toulon dans son école d’ingénieurs Sea Tech. Ce moment était opportun pour fixer le cap des travaux à venir. Car les sessions de la rentrée seront consacrées à consolider les analyses sur la base de scenarii désormais définis. Le professeur Didier Leandri a d’abord pris connaissance des orientations décidées par les trois comités de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Ces orientations ont été déclinées précisément et rigoureusement. Elles ont permis d’ouvrir un débat. Elles ont aussi permis d’appréhender une méthode d’analyse sans remettre en cause le choix des auditeurs. Cette séquence fut riche et très utile. Elle démontre tout l’intérêt de croiser les regards d’auditeurs au parcours très différent et ce regard académique dont la vocation est d’ouvrir le champ des possibles dans la conduite des travaux. Cette étape allait nous mettre en condition pour assister à la conférence de monsieur Antoine Bondaz de la Fondation pour la recherche stratégique.

Cette conférence très attendue n’a pas été exclusivement réservée aux auditeurs de la 30ème SMHES. Elle a été partagée avec les membres de l’institut FMES et les auditeurs et étudiants issus de l’université de Toulon. Ce principe désormais ancré dans le cadre du partenariat qui nous lie à l’université est évidemment précieux pour tous. Les participants n’ont pas regretté ce moment d’échange avec un spécialiste dont les recherches portent principalement sur la politique étrangère et de sécurité de la Chine, les deux Corées et les questions stratégiques en Asie de l’Est. Une opportunité supplémentaire d’enregistrer des éléments clés indispensables de l’ambition chinoise, une opportunité aussi de discerner plus finement les enjeux associés aux nouvelles routes de la soie.

Le vendredi 13 décembre a scellé notre retour sur les questions maritimes. C’était donc au tour de la Marine nationale d’accueillir une nouvelle fois les auditeurs de la SMHES. C’est une habitude me direz-vous. Certes, mais la Marine nationale ne le conçoit pas comme un événement de routine et accorde à nos auditeurs une attention toute particulière. Le fait maritime se caractérise par une diversité d’actions qu’il est utile de rappeler aux acteurs de la société civile. La Marine nationale appréhende en effet la globalité des enjeux de défense et de sécurité. Les présentations faites par le capitaine de vaisseau Guillaume Fontarensky, adjoint de l’amiral Jean-Philippe Rolland commandant la force d’action navale et le capitaine de vaisseau Frédéric Bordier, lui-même auditeur de la session, ont à la fois souligné la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance de notre Marine nationale. La visite du porte-hélicoptères amphibie « Dixmude » a parfaitement illustré les interventions antérieures. Il est impressionnant de mesurer l’enthousiasme des officiers de marine, officiers mariniers et marins légitimement fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Ils peuvent être rassurés car leurs messages seront subtilement distillés à l’extérieur.

 

En début d’après-midi de ce vendredi 13 décembre, une présentation très complète de l’action de l’Etat en mer a été réalisée par l’administrateur en chef de 1ère classe Dominique Dubois. C’est ici le fait maritime au quotidien ! Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des Etats et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la Marine nationale tient historiquement toute sa place.

Puis, finalement ce fut au tour du capitaine de vaisseau Pierre Rialland, commandant l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque, de mobiliser l’attention de nos auditeurs sur un segment opérationnel qui suscite toujours un intérêt particulier tant il reste exceptionnel dans la mise en œuvre de ses équipements. Une intervention remarquable qui confirme la vocation navale de notre pays en le plaçant au tout premier plan aux côtés des puissances qui comptent. L’arrivée prochaine de la nouvelle génération de sous-marins nucléaires d’attaque confirme ainsi que nous ne baissons pas la garde dans une activité opérationnelle dont le niveau d’exigence est extraordinairement élevé. La visite de l’ « Améthyste » a évidemment suscité un profond enthousiasme et une très vive admiration. Ceci devait clore cette journée consacrée à la Marine nationale. Une fois de plus, les auditeurs de la 30ème SMHES affirment leur satisfaction et seront, à leur façon, des ambassadeurs de la Marine nationale dont certains la découvraient ici pour la première fois.

A l’issue de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront désormais l’année prochaine pour poursuivre leurs travaux. Le chemin parcouru en 2019 augure de très belles choses à venir. Pour l’heure, les fêtes de fin d’année vont permettre de marquer une pause avec, et cette séquence toulonnaise le rappelle, une pensée pour ceux qui assurent notre défense et notre sécurité à la mer.

 

 

Séminaire parisien de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Un temps plus qu’automnal à Paris pour ce séminaire de novembre ! Une aubaine donc pour siéger à l’école militaire du 14 au 16 novembre et y mener des réflexions de niveau stratégique. Quelques percées ont néanmoins été réalisées pour aller à la rencontre des acteurs participant aux processus décisionnels de nos grands décideurs politiques et institutionnels.

Le jeudi 14 novembre, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a donc ouvert ses portes aux auditeurs de la 30ème session. Ils ont pu mesurer le rôle essentiel de cet organisme à pied d’œuvre au quotidien pour tout ce qui concerne la protection et la sécurité de la Nation et très impliqué dans le domaine de l’anticipation stratégique.  Ils ont, pour la plupart, découvert les mécanismes permettant au chef de l’Etat de rassembler autour de lui de façon hebdomadaire ses grands subordonnés dans le cadre des conseils de défense. Il est facile d’imaginer la pression s’exerçant sur les administrations concernées par ce type de travaux. Des travaux menés sous contrainte de temps et dont l’objectif est bien de produire des décisions qui engagent ses administrations. Observons au passage que nos travaux de comités nous placent finalement dans un cadre assez confortable !

Cette présentation très complète du capitaine de vaisseau Alban Lapointe, réalisée dans l’enceinte magnifique des Invalides, a été poursuivie par une intervention de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des armées. Les auditeurs sont désormais familiers de cet organisme car ils avaient déjà rencontré au cours du séminaire du mois d’octobre l’un de ses sous-directeurs, monsieur Emmanuel Puig. Cette fois-ci, le lieutenant-colonel Grégoire Bonichon a centré son propos sur la montée en puissance de l’armée populaire de Chine. Cette armée se présente désormais sous un visage où l’organisation s’inspire de celle des armées occidentales. L’armée populaire de Chine est, c’est le moins que l’on puisse dire, dans une dynamique de transformation radicale. Au-delà de son format, souvenons-nous qu’elle produit en volume quatre fois notre marine nationale tous les quatre ans. A l’évidence, l’intérêt de l’espace maritime, s’il s’impose à proximité du territoire chinois, prend une dimension nouvelle à l’échelle mondiale. Cela n’est évidemment pas sans interagir avec les nouvelles routes de la soie en Méditerranée. La présence de la marine chinoise n’est donc pas une surprise en Méditerranée d’une part et dans les autres espaces maritimes d’autres part. A cette occasion, la DGRIS a remis une plaquette relative à la stratégie de défense en Indopacifique.

Cette matinée très dense s’est achevée par un mouvement tactique de la session vers l’école militaire pour une pause déjeuner dans le célèbre espace de la rotonde Gabriel. Nous nous retrouvons donc au cœur d’une institution d’enseignement supérieur militaire fondée en 1750 par le roi Louis XV.

En ce début d’après-midi, les auditeurs ont été séduit par l’intervention du contre-amiral Patrick Zimmermann de la direction du renseignement militaire. Cet officier général, au parcours exemplaire, n’a pas perdu son temps et dispose d’une connaissance évidemment précieuse sur ce dossier pour en livrer une analyse approfondie aux auditeurs de la session. Liberté de ton et précision du propos qui ne laissent pas insensibles. Nous disposons désormais d’un éventail assez large sur les évolutions et les capacités militaires de la Chine dont certaines sont d’ailleurs utilisées au service des opérations de maintien de la paix, au Mali, en Afrique centrale en allant jusqu’au Liban au sein de la FINUL.

Pour parachever ces présentations à caractère institutionnel, il était nécessaire de faire comprendre aux auditeurs l’action centrée sur les relations internationales menée par l’état-major des armées au profit du chef d’état-major lui-même.  Une présentation à deux voix, réalisée par les capitaines de vaisseau Pascal Carré et Mayeul du Merle, s’intéressant respectivement à la question chinoise dans une dimension globale reprenant ainsi les nouveaux équilibres stratégiques sous-tendus par la région Asie – Pacifique et à la position européenne face à ces changements stratégiques. Beaucoup de matière a été délivrée pour alimenter la réflexion des auditeurs au cours d’une journée particulièrement riche en qualité et en quantité d’informations délivrées.

Une pause était nécessaire !  Elle fut courte car notre emploi du temps avait fixé un battle rythm très élevé.

Jean-Jacques Roche, professeur de Science politique à l’Université Panthéon-Assas où il dirige l’Institut supérieur de l’armement et de la défense (ISAD), fidèle de l’institut FMES depuis longtemps, s’était fixé un défi en essayant de convaincre son auditoire sur la nette amélioration de l’environnement mondial au travers d’une conférence sur la guerre en chiffres. Cela pouvait paraître nous éloigner du thème portant sur l’implication des routes de la soie en Méditerranée alors que dans les faits cette intervention est très utile pour appréhender les évolutions de notre environnement avec rigueur. Les événements, où qu’ils se produisent, prennent le plus souvent des proportions démultipliées. Mais sans doute est-il rassurant que nous souhaitions que le monde s’améliore davantage demain en en maîtrisant les facteurs qui concourent à cette amélioration. Une raison supplémentaire de conduire des travaux de prospective pour les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Une raison supplémentaire aussi de le faire avec une extrême rigueur.

En cette fin de journée, les auditeurs ont été conviés à un cocktail organisé à l’école militaire en présence d’anciens auditeurs et de personnalités appartenant au comité stratégique de l’institut. Ce rendez-vous témoigne du rayonnement de l’institut FMES et constitue aussi une formidable opportunité d’échanger avec des responsables en exercice ou l’ayant été récemment au plus haut niveau des administrations ou des ministères. Ce fut une très belle clôture de la journée avent de redémarrer le vendredi 15 juin sur d’autres pistes de réflexions.

C’est donc sous un angle plus économique que nous avons démarré la journée. En particulier, l’approche énergétique constitue un prisme d’intérêt évident lorsque l’on s’intéresse aux grands enjeux auxquels est confrontée la République populaire de Chine. Monsieur Nicolas Mazzucchi, particulièrement aiguisé sur ses questions, est docteur en géographie économique, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Ce fut donc l’occasion pour nos auditeurs de percevoir les grands enjeux énergétiques chinois, notamment pour ce qui concerne les énergies fossiles compte tenu d’une intervention programmée sur les autres sources le samedi matin.

L’après-midi nous a enfin permis de réaliser une nouvelle percée vers un autre ministère, celui des affaires étrangères sous une pluie battante entre l’esplanade des Invalides et la rue de l’université. Ce fut d’abord un passage au centre de crise et de soutien du quai d’Orsay qui a permis aux auditeurs d’appréhender la gestion des crises pilotées par cet organisme née en 2008 et qui nous a été présenté par Nacera Amraoui, chargée de la formation et du RETEX. Conjugaison d’actions à caractère humanitaire et d’actions au service des Français de l’étranger qui souligne un engagement et une mobilisation de l’ensemble des acteurs de ce centre exclusivement engagés au service des autres. Enfin, nous avons privilégié un débat avec monsieur Gurvan Lebras, sous-directeur du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des affaires étrangères. Inutile de dire ici tout l’intérêt de cet échange dont la profondeur exigerait à elle-seule un article complet.

Pour clore cette journée, les auditeurs ont décidé de se retrouver à proximité du palais du Luxembourg pour un dîner convivial permettant de prolonger les débats en s’autorisant ici ou là, malgré tout, quelques digressions…

C’est donc avec le même enthousiasme que la session s’est retrouvée à l’école militaire pour terminer son séminaire le samedi 16 novembre. Dans la continuité des interventions portant sur les enjeux économiques, madame Angélique Palle, docteur en géographie et chercheur à l’institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) a porté son regard sur l’énergie électrique et les efforts de la Chine dans son développement. Au-delà, de réelles perspectives d’investissements se dessinent en Europe et ailleurs où des places ont été prises et pourraient être prises à moyen terme sur un secteur évidemment stratégique où les questions de souveraineté se posent. L’intervention de madame Béatrice Trigeaud sur le droit international dans l’environnement des affaires a d’ailleurs démontré toute la complexité des démarches d’investissements. Des traités bilatéraux existent notamment sur les investissements directs offrant certaines garanties qui sont pourtant loin d’être acquises sur les investissements indirects.  C’est sans doute un raccourci un peu rapide et rien ne peut se substituer à une intervention à caractère juridique de haut vol qu’il faudra assurément reconduire sur les thématiques futures des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques.

Vous l’aurez compris, ce séminaire a été assez dense. Mais, c’est à ce prix que nous pourrons conduire une réflexion stratégique en profondeur sur les enjeux des nouvelles routes de la soie. Cette réflexion d’ailleurs, nous ne manquerons pas de la transmettre à nos intervenants. A n’en pas douter, ils apprécieront.

La 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques poursuit donc sa route et prend un nouveau rendez-vous au mois de décembre à Toulon. Nous reviendrons donc évidemment sur les interactions des nouvelles routes de la soie avec notre Méditerranée…

Le vice-amiral (2s) Benoit le Masne de Chermont, président de l’institut FMES, en présence du vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut FMES lors du cocktail organisé à l’Ecole militaire.

La 30ème SMHES dans les locaux du centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères.

La 30ème SMHES au Quai d’Orsay, reçus par Gurvan Lebras du CAPS.

 

 

Conséquences géopolitiques de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale

Le sujet d’études proposé à la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques concerne « les conséquences géopolitiques de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale ».

Force est de constater qu’en quelques années, la Méditerranée orientale est devenue un espace clef de la géopolitique de l’énergie. En effet, dans un contexte de raréfaction des ressources énergétiques primaires, les découvertes récentes (2009-2015) de gisements d’hydrocarbures offshore dans le bassin levantin en Israël, en Egypte, en 2011 au sud de Chypre et plus récemment en 2018 au large du Liban, offrent aux Etats riverains de nouveaux débouchés économiques.

Cette dynamique nouvelle a amené les Etats du bassin à redéfinir leurs priorités stratégiques, afin de sécuriser leurs ressources et garantir leur indépendance énergétique.

Ces découvertes seront-t-elles l’occasion d’une coopération entre les nations pour se partager cette richesse ou, au contraire, une source de tension, voire d’une escalade militaire, pour la capter à leur profit exclusif ?

Pour tenter de répondre à cette question, la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) a adopté comme méthodologie celle proposée par le professeur Gourdin et confortée par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Elle repose sur quatre grilles d’analyse : le territoire, les hommes, les représentations géopolitiques et les acteurs extérieurs.

Avec cette méthode comme fil conducteur, les auditeurs de la 29ème Session se sont ensuite appuyés sur une approche pragmatique construite autour de conférences, d’auditions, d’interviews, de lectures pour in fine se déplacer à Chypre et y recueillir sur place, avec les acteurs locaux, des informations de contexte permettant d’alimenter la réflexion, l’analyse et les débats.

Nous présenterons donc dans une première partie comment se fait l’articulation entre problématiques énergiques et géostratégiques et ses conséquences sur les équilibres régionaux, pour ensuite évoquer dans une seconde partie trois scenarii possibles assortis de recommandations idoines de nature politique et militaire. Nous conclurons enfin par une recommandation visant les décideurs.

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