Séminaire de la 32ème session des SMHES – La session termine son parcours aux Nations unies

« C’est l’ignorance, et non la connaissance, qui dresse les hommes les uns contre les autres… »[1]

Nations unies

Le déroulement de cette 32ème session méditerranéenne des hautes études stratégique ne fut pas contrarié par les contraintes de la crise du COVID 19 comme ce fut le cas pour la 31ème. Cette pandémie a d’ailleurs été retenue pour thème d’étude au regard de ses conséquences géopolitiques sur le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient. Dans la programmation des séminaires, nous avons donc pu aller à la rencontre des centres de décisions et des grandes organisations internationales. Au mois de novembre 2021, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères ainsi que le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale nous avaient ouvert leurs portes. Puis, ce fut le tour des grandes instances européennes à Bruxelles incluant les organisations de défense telles que l’OTAN et l’état-major de l’Union européenne. Nous étions alors à la veille du déclenchement d’une guerre dont presque tout le monde pensait qu’elle était impossible aux portes même de l’Europe. L’Union européenne peine d’ailleurs à porter une politique de défense et de sécurité commune qui alimente depuis plus de trente ans la Commission européenne et les instances parlementaires avec toujours en toile de fond l’Alliance transatlantique et son organisation militaire qui, depuis plus de cinquante ans, reste le seul garant de la sécurité collective. Le 24 février confirmait donc ce retour de la guerre et enterrait peut-être définitivement cette fin de l’Histoire des années 1990. La mission d’études de la 32ème SMHES fut, à bien des égards, exceptionnelle puisqu’elle nous emmenait en Israël du 2 au 5 avril 2022.  Elle permit de traiter un double objectif géopolitique. Celui de la géopolitique sanitaire avec le traitement israélien de la pandémie. Une gestion de crise singulière qui tranche avec les modes d’actions retenus par les autres pays. Et celui de la géopolitique proprement dite du Moyen-Orient. Elle a donc permis aux auditeurs de mieux comprendre le poids de la défense et de la sécurité dans un pays où cette question est centrale depuis sa création en 1948. Enfin, au moment où le monde s’interroge sur les mécanismes les plus adéquates d’un multilatéralisme relatif aux questions de santé, aux mécanismes de régulation économique, à ceux de la transition écologique ou numérique, un passage à Genève s’imposait pour aller à la rencontre des différentes organisations des Nations unies. Ce passage venait donc clore le parcours académique des auditeurs initié en octobre 2021 et s’achevant ici avant la restitution des travaux programmée le samedi 18 juin. Ce passage à Genève est désormais un invariant du programme des séminaires SMHES et complète utilement les séquences antérieures rappelées supra.

Dans ce berceau du multilatéralisme, il faut se rappeler que les Nations unies sont nées à Versailles et installées à Genève au lendemain de la Première guerre mondiale. Connue sous l’appellation de la Société des Nations, ce devait être le moteur d’actions multilatérales permettant de maintenir la paix universelle. La Seconde guerre mondiale allait d’emblée contredire cette perspective qui devait amener à repenser cette organisation sous sa forme actuelle avec la signature de 51 États le 26 juin 1945 qui allait la mettre en œuvre. C’est aujourd’hui 193 États membres. Son origine caractérise sans doute le mieux la volonté occidentale au lendemain des heures sombres de son histoire de promouvoir la paix. Finalement, même si Genève reste le creuset de toutes les organisations qui composent les Nations unies, le siège est transféré à New-York où l’inauguration fut faite le 9 janvier 1951.

Mais avant de rencontrer les représentants de nos organisations internationales, un rendez-vous avec Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarmement à Genève, allait plonger les auditeurs dans une réflexion plus globale sur les grands enjeux et défis d’un monde en recomposition géopolitique. Évidemment, la guerre en Ukraine soulève d’inévitables questions sur le désarmement et plus précisément sur le réarmement qui préoccupe nombre de pays en quête de réassurance sécuritaire. La perspective de l’élargissement de l’OTAN confirme d’ailleurs cette préoccupation de tout premier plan. Dans son intervention très complète, notre ambassadeur a permis aux auditeurs de mesurer l’étendue des sujets de cette conférence du désarmement dont il faut rappeler qu’elle ne compte que 65 États membres. Il faut aussi souligner que bien souvent cette question est traitée sous un angle humanitaire avec l’objectif de réguler l’usage des armes. La question nucléaire reste évidemment un sujet central avec une prochaine conférence programmée en août 2022 sur le traité de non-prolifération.  La guerre en Ukraine aura remis en scène la grammaire nucléaire. Cette grammaire est particulièrement sensible sur l’opinion publique occidentale avec un effet très amoindri dans d’autres pays qu’il s’agisse de la Corée du Nord, de la Chine et bien sûr de la Russie. Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine, la doctrine russe fut rappelée à maintes reprises dans une rhétorique brutale visant à intimider toute forme d’appui apporté à la résistance ukrainienne. Observons que, dans les faits, cet appui s’est manifesté avec une solidarité des pays européens et un rythme plutôt soutenu. Dans ce contexte particulier où les tensions internationales se sont accrues, une attention particulière devra donc être portée au discours du président de la République sur la dissuasion nucléaire au cours de son quinquennat qui encadre la stratégie de défense et pérennise la stature internationale de la France. En cette matinée du jeudi 16 juin, les auditeurs ont particulièrement apprécié cet échange très dense avec une réelle liberté de ton.

Puis une interaction avec des représentants du Comité international de la croix rouge a permis de mesurer la réalité vécue par les acteurs de terrain. L’action du CICR se fonde sur les conventions de Genève de 1949. Institution indépendante et neutre, elle compte parmi les plus anciennes de notre histoire. Monsieur Benno Kocher en a fait une présentation très complète rappelant les grands principes qui animent cette organisation. Ce sont évidemment les facteurs d’humanité d’impartialité, de neutralité, d’indépendance, de volontariat, d’unité et d’universalité qui sous-tendent toutes les actions de ses représentants. La vocation du CICR est unique, celle de protéger la vie et la dignité des victimes des conflits armés.  La présentation réalisée au cours de cet échange souligne le rôle central du CICR dans la gestion des crises et rappelle aussi qu’il est plus difficile d’agir à l’extérieur avec des dénis d’accès à certains territoires. Ces difficultés ont été précisées par madame Céline Degen, coordonnatrice des actions au Sahel et en Afrique de l’ouest. En 2022, elle confirme une forme de conjugaison des facteurs accroissant les risques pesant sur les populations des pays les plus vulnérables tels que le Niger ou le Mali. Au changement climatique s’ajoutent souvent les conflits armés, la crise alimentaire accentuée par la baisse significative des approvisionnements induite par la guerre en Ukraine et les politiques protectionnistes de certains pays. Enfin pour couronner l’ensemble, les pays les plus vulnérables sont fragilisés économiquement. De cet échange, les auditeurs retiendront la passion d’une représentante disposant d’une formidable expérience de terrain.

Le troisième rendez-vous nous replaçait au cœur du thème d’étude de la 32ème SMHES en s’intéressant aux conséquences de la crise du COVID 19 en Méditerranée. Madame Marie-Ange Wambo en appartenant au département des pandémies et épidémies de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait un point très complet des actions conduites au titre de la préparation aux urgences sanitaires. C’est d’ailleurs une histoire ancienne puisque le sujet des maladies infectieuses a très tôt été pris en compte par les États avec la volonté d’une meilleure coordination. Ainsi, la première conférence de Paris en 1851 s’engageait dans cette voie pour contrer des maladies infectieuses dont la plupart seront éradiquées au cours du 20ème siècle. S’agissant de la pandémie du COVID 19, l’OMS a établi très tôt les recommandations qui s’imposaient. Elle a néanmoins dû prendre en compte les stratégies nationales préconisant des priorités nationales notamment dans le schéma vaccinal des populations. Au-delà de son action déterminée, l’action multilatérale qui aurait pu prévaloir n’a donc pas pris la forme attendue même s’il faut constater, qu’au bilan, le traitement de cette pandémie grâce à la découverte rapide d’un vaccin a contré un risque infectieux majeur à l’échelle mondiale. La crise du COVID 19 est donc une alerte sérieuse dont il faudra tirer toutes les leçons. S’agissant de ses conséquences géopolitiques en Méditerranée, les auditeurs ont désormais arrêté quelques scenarii en se concentrant sur les disparités d’actions réalisées entre les rives Nord et les rives Sud. Certaines conséquences nécessitent néanmoins de se projeter dans les 10 à 20 ans à venir sans exclure une réplique infectieuse sévère pouvant les contrarier.

Pour clore cette journée, la présentation du Haut-commissariat pour les réfugiés venait compléter les informations acquises au gré des rendez-vous antérieurs. Monsieur Vincent Cochetel, envoyé spécial pour la situation en Méditerranée centrale, s’est livré à cet exercice dans une intervention précise et empreinte de beaucoup d’humanité. En poste à Tunis, il nous rappelait lui-aussi, que l’exercice du métier avait changé en rencontrant de nombreux obstacles s’opposant aux actions des représentants du HCR déployés dans le monde. Spécialiste des questions juridiques, il a ainsi précisé tous les éléments de droit relatif à la protection des personnes. Son intervention terriblement d’actualité a mis en évidence le rôle central d’une organisation provisoire née au lendemain de la Seconde guerre mondiale en 1950. Au-delà des mesures de protection pour les réfugiés confrontés à toute forme de menaces et trafics, il soulignait le rôle central de la Méditerranée dans l’alimentation des flux migratoires avec de multiples routes couvrant presque tous les secteurs de la partie occidentale à la partie orientale.

A l’occasion de ce séminaire, il était nécessaire de porter un regard sur l’Organisation mondiale du commerce au moment même où une conférence interministérielle venait entériner des dispositions d’aménagement de la régulation du commerce mondial. La conséquence de la pandémie du COVID 19 comporte évidemment une dimension économique dont les effets s’ajoutent à ceux de la guerre en Ukraine faisant peser des risques sur les équilibres internes aux États et sur les relations économiques interétatiques. En cette matinée du vendredi 17 juin, monsieur Étienne Oudot de Dainville, délégué ministériel de la France auprès de l’OMC a décliné les principaux défis de cette organisation et commenté les dispositions prises au titre de cette réunion interministérielle. En première analyse, la dynamique soutenue par cette organisation prend forme alors que de réelles difficultés sont apparues dans la mise en œuvre de la régulation économique mondiale. Nonobstant cette avancée, il faut malgré tout reconnaître une logique du rapport de force entre les États visibles jusqu’aux instances juridictionnelles qui aujourd’hui ne sont pas en mesure de régler certains différends. Cette situation souligne en particulier la vive tension entre les États-Unis et la Chine sur de profonds différends commerciaux. L’Organisation mondiale du commerce fait donc face à de nouveaux enjeux dans un contexte évolutif et instable où les équilibres entre les puissances changent. Le contexte de crise sanitaire a souligné quelques tendances avec notamment le repli sur soi des États et des réaffirmations de souveraineté économique portant aussi un coup d’arrêt au multilatéralisme commercial qui aurait atteint ses limites.

Ce court séjour à Genève souligne la réelle densité d’un programme sur mesure bâti pour les auditeurs qui achèvent leur parcours académique. Nous remercions nos interlocuteurs d’avoir animé toutes ces séquences avec un réel enthousiasme.  Nous les remercions d’avoir su nous faire part de la réalité du terrain. Ce fut en somme une belle préparation à la restitution de leurs travaux réalisée devant un parterre d’autorités le samedi 18 juin à la maison du numérique et de l’innovation à Toulon. A cette occasion, nous saluons et remercions le parrain de la 32ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques, monsieur le préfet Michel Lalande qui a manifesté un grand intérêt à l’écoute de nos auditeurs. La créativité était au rendez-vous et les conclusions délivrées ne sont qu’une amorce pour aller plus loin dans la réflexion stratégique. Les auditeurs y ont pris goût et se retrouveront sans nul doute très vite en d’autres circonstances pour débattre de l’avenir sans céder à la fatalité.

[1] Kofi Annan : Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies de 1997 à 2006

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