Séminaire toulonnais de la 33ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – A la rencontre de la marine nationale

Compétition – contestation – confrontation !

Ces trois mots caractérisent sans doute le mieux le monde dans lequel nous vivons. Si la compétition n’est pas en soi une menace, elle pourrait néanmoins le devenir en altérant substantiellement la souveraineté et l’autonomie des États. Au-delà des instruments mis en place à l’échelle internationale pour mieux réguler l’économie mondiale à la fin de la Seconde guerre mondiale, il n’aura échappé à personne que le multilatéralisme aura, d’une certaine manière, atteint aujourd’hui ses limites. Les règles qui en ont découlées sont en effet le plus souvent contournées dans une évidente compétition des puissances à l’échelle régionale ou nationale. Le droit lui-même est parfois contesté pouvant conduire à des confrontations sous des formes multiples. Le droit n’est-il d’ailleurs pas la plus puissante des écoles de l’imagination tel que soulignait Jean Giraudoux dans une guerre qui n’eut pas lieu. Rappelons que cette pièce, La guerre de Troie n’aura pas lieu, fut une pièce jouée la première fois le 22 novembre 1935 déchiffrant les motivations fratricides de la future Seconde guerre mondiale. Giraudoux, ardent défenseur de la paix, décrivait la bêtise des hommes et leur obstination d’une Europe des années 1930 où le monde voit venir la guerre sans pour autant réagir. Toute similitude avec des événements actuels serait fortuite. Ces trois mots sont évidemment repris dans la revue nationale stratégique de 2022 présentée récemment ici à Toulon par le président de la République sur la base navale structurant ainsi la stratégie de nos chefs militaires. Pour la Marine nationale, cette stratégie s’appuie sur le plan Mercator. Ce plan et son appellation sont précieux car il fixe un repère à l’ensemble de la « communauté » navale. Reprendre ici cette projection cartographique du géographe flamand Gerardus Mercator ne fait que confirmer la nécessité de conserver un cap constant pour accroître la performance opérationnelle puisque cette carte le permet par construction géométrique sous-entendant que ce fut sans doute loin d’être le cas dans les années 2000 où notre défense connaissait une compression de ses effectifs et de ses capacités réfutant tout retour possible de la guerre. Le reflet de la réalité est évidement différent.     

Pour la première fois dans l’histoire de l’institut FMES, ce sont les auditeurs de deux sessions qui allaient partager cette rencontre avec le fait maritime le jeudi 8 décembre 2022. Les auditeurs de la 33ème SMHES et ceux de la première session maritime méditerranéenne ont eu le privilège d’être accueillis par le vice-amiral Daniel Faujour, chef d’état-major de la Force d’action navale et le contre-amiral Éric Lavault, adjoint au commandant de la force d’action navale pour la maîtrise des fonds marins. Il est intéressant de noter que cette fonction est nouvelle et qu’elle couvre, d’une certaine manière, ce qu’il est courant d’appeler les espaces communs. Ces espaces sous la mer ou exo-atmosphériques caractérisent de nouveaux champs de confrontations où les opérations militaires dites multi domaines ou hybrides seront assez éloignées des modes asymétriques rencontrés en Afghanistan ou au Mali. 

A l’occasion de cet échange les auditeurs de nos deux sessions auront indéniablement acquis quelques fondamentaux structurant la stratégie maritime.

Il faut rappeler ici que la base navale de Toulon est la plus importante installée en Europe. Elle porte l’ensemble des fonctions stratégiques de nos armées avec la connaissance, l’anticipation, la prévention, l’intervention et la protection sans exclure la dissuasion puisque l’aviation embarquée constitue une composant complémentaire avec la force aéronavale nucléaire.  Les 5 fonctions stratégiques qui garantissent la défense et la sécurité des Français partout dans le monde s’articulent donc dans une mécanique qui conjugue astucieusement la préparation au combat, l’engagement proprement dit dans un cadre national et multinational et la régénération des Hommes et des équipements. Les auditeurs auront apprécié l’’importance concédée à ceux qui arment les équipages car la qualité du recrutement, la formation et la fidélisation du personnel concourt à garantir une force morale collective gage de l’efficacité opérationnelle de l’ensemble des capacités de notre marine quelle que soit la nature de l’engagement.

Pour compléter cette séquence cruciale pour la compréhension des enjeux navals, les auditeurs se sont ensuite rendus sur le porte-hélicoptères amphibie Mistral. Le capitaine de vaisseau Olivier Roussille a ainsi illustré la polyvalence d’un outil de combat très largement utilisé pour la projection des forces au plus près des zones d’engagement opérationnel en conjuguant le débarquement d’unités et l’appui aéroterrestre à partir d’une plate-forme aéroportuaire dont la mobilité et la discrétion sont de précieux atouts tactiques.

Puis deux visites distinctes ont été réalisées avec la visite du sous-marin nucléaire d’attaque la Perle avec le capitaine de frégate Nicolas Maigné et celle de l’ENSM animée par le capitaine de frégate Maximilien Ricard (école de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire) pour présenter les outils de formations des équipages des sous-marins d’attaque ou nucléaires lanceurs d’engins ainsi que ceux du porte-avions « Charles de Gaulle ». C’est plus de 500 personnes de tout grade qui passent dans une école dont la vocation est de satisfaire toutes les fonctions du bord pour les sous-marins et les volets plus spécifiques liées à la propulsion nucléaire pour le porte-avions.

Au terme de ces rendez-vous, les auditeurs de la 33ème SMHES ont pu mesurer la cohérence et les axes fédérateurs qui permettront de faire face aux nouvelles exigences opérationnelles. Ils auront également mesuré la continuité et la complémentarité de cette stratégie militaire avec celle présentée lors de leur précédente visite au sein de l’armée de l’air et de l’espace. Deux autres rendez-vous les attendent. Le premier avec les forces de sécurité civiles et militaires programmé au mois de mars et une importante rencontre avec l’armée de terre programmé au mois de mai 2022. Ces jalons sont essentiels dans leur parcours de formation et les transforment en acteur aguerri aux questions de défense et de sécurité.

L’après-midi était consacré à la visite d’une entreprise dont les activités sont totalement dédiées à l’identité et la sécurité numérique. En effet, en se rendant sur le site de Thalès DIS (Digital Identity and Security) Gémenos, les auditeurs allaient à la rencontre d’une entreprise où les technologies de rupture du numérique couvrent un champ très large d’opérateurs qu’il s’agisse de ceux de la téléphonie ou de la banque jusqu’aux services de l’État dans la réalisation de documents administratifs sécurisés tels que les cartes d’identité ou les passeports. Au terme de la présentation générale de l’établissement par le directeur, monsieur Ivan Stefanovic, les auditeurs ont pu parcourir le site sécurisé où sont réalisées les productions de cartes numérisées. Au-delà de cette production, le site dispose de ses propres équipes de R&D permettant d’accroître la performance d’outils faisant désormais partie de notre quotidien. Cette visite, à l’initiative d’Anne Bobin, elle-même auditrice de la session et travaillant chez Thalès, fut une belle opportunité d’aller à la rencontre des technologies innovantes. Au cours de leur parcours, les auditeurs auront encore l’occasion de visiter des fleurons industriels, notamment à Toulouse à la rentrée prochaine.

Pour clore cette journée particulièrement dense, les auditeurs ont suivi la conférence de monsieur Michel Hélou, secrétaire général du parti libanais Bloc national et ancien directeur du quotidien francophone l’Orient-Le Jour. Ce fut une belle occasion de dresser un état des lieux d’un pays marqué par une crise profonde où tout doit être repensé. Comme l’indique Michel Hélou, jusqu’alors le Liban avait survécu à tout, aujourd’hui dans un espace méditerranéen en recomposition, le défi est immense mais son enthousiasme reste intact pour défendre une certaine idée de la démocratie et combattre le communautarisme. Les auditeurs se sont donc replongés au cœur de la géopolitique turbulente de la Méditerranée rappelant à leur mémoire les travaux de leur devoir d’étude consacré à l’influence des Balkans en Méditerranée.

Pour démarrer la journée du vendredi 9 décembre, nous avons fait le choix de nous rendre au Centre régional opérationnel et de sauvetage en mer. Cette visite s’inscrit désormais dans la tradition du séminaire maritime du mois de décembre. Les auditeurs ont pu suivre la présentation très complète de l’administrateur de première classe Louis Cougoureux, très aguerri à nos sessions méditerranéennes.  C’est ici un volet de l’action de l’État en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduits par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Dans l’après-midi, nous étions très heureux de visiter avec les auditeurs de la 1ère session maritime méditerranéenne le site de Naval Group d’Ollioules. Cette visite s’est tenue dans un espace revisité et modernisé au cours de la période du COVID 19 où les accès étaient plus restreints. C’est monsieur Didier Gilavert, le directeur d’établissement, qui a présenté aux quelques soixante participants les principales activités du groupe. Cette présentation a été suivie par les visites dynamiques du show room où les dispositifs interactifs permettent d’appréhender l’étendu des avancées technologiques dans la conception et la réalisation des navires de combats. L’accueil y fut remarquable et les présentations de très grande qualité. Dans un contexte où, au titre de la future loi de programmation militaire, beaucoup de capacités seront passées au crible au regard des besoins futurs, Naval Group se tient prêt à relever d’importants défis dans un écosystème où la compétition est rude. Pour autant, le savoir-faire français est considérable pour donner à la Marine nationale les capacités clés pour répondre aux nouvelles formes de conflictualité.

Pour clore ce séminaire, nous avons réservé notre matinée du samedi 10 décembre à la visite du musée national de la Marine de Toulon. Il est installé depuis 1981 à côté de la tour de l’Horloge de l’arsenal dont il conserve la porte monumentale datée de 1738. Les auditeurs ont ainsi traversé l’histoire de la « Royale » et ont apprécié la découverte de multiples collections ainsi que les commentaires de madame Cristina Baron, administratrice de ce joyau mémoriel. En particulier, un temps d’arrêt a été donné pour aborder le sabordage de la flotte de Toulon le 27 novembre 1942. Cet épisode fait toujours débat et l’objet de nombreux ouvrages. Il faut les lire et les relire pour mieux comprendre les faits et leurs causes. A ce sujet, celui de Laurent Moenard Un suicide sans honneur mérite sans doute un détour. Il faut enfin toujours tenir compte de la réalité du monde dans lequel nous vivons pour ne jamais subir.

Au terme de ces deux journées particulièrement riches, je n’oublie pas non plus que les auditeurs ont travaillé leur thème d’étude en prolongeant les débats le soir au sein de leur comité. Ils se retrouveront désormais en 2023 sur une belle terre d’envol, celle de Toulouse, ville de l’astéroïde B612 ! D’ici là, l’équipe SMHES leur souhaite de très joyeuses fêtes de fin d’année.  Nous souhaitons aussi le meilleur à notre Marine et ceux qui la servent. Ils nous reçoivent toujours avec une immense élégance et un formidable enthousiasme.

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Laurent Kolodziej

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