Mission d’étude en Israël de la 32ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux ! [1]

Le voyage offre cette formidable opportunité d’ouvrir les yeux sur les réalités du monde. Il nous aide assurément à ne pas rester figé sur nos perceptions en croisant nos regards avec les analyses réalisées sur le terrain par des acteurs pouvant avoir des perceptions différentes. En somme, il s’agit de voir le monde tel qu’il est et non pas tel qu’on aimerait qu’il soit. Rien de plus efficace donc que d’aller sur le terrain. Cette étape est primordiale dans le parcours des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques en apportant une illustration concrète pour les travaux relatifs au thème d’étude et un prolongement de la réflexion sur les principaux enjeux du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. De plus, après deux années de contraintes induites par la crise sanitaire, cette mission d’étude est aussi un formidable espace de respiration qui confirme que, même si bien des choses ont pu se faire sous forme « digitale » par le biais des visioconférences, rien ne remplace la relation directe établie au cours d’un voyage avec les multiples rencontres dont certaines n’étaient d’ailleurs pas programmées. Pour autant, des obstacles peuvent toujours freiner l’élan collectif initial pour une mission d’étude exceptionnelle en terre israélienne. L’attaque meurtrière près de Tel Aviv le 29 mars dernier ravive un sentiment d’insécurité dans un pays où la menace d’attentats fait partie des risques permanents imposant une réactivité des forces de sécurité très élevée dans un temps de réponse souvent inférieur à la minute.  C’est donc dans un format réduit que les auditeurs de la 32ème SMHES se sont retrouvés au départ de Nice le samedi 2 avril pour rallier Tel Aviv. Arrivés en soirée, le groupe a fait mouvement vers Jérusalem, point de départ bien choisi, pour démarrer un séminaire très dense rythmé par des séquences qui resteront très probablement inoubliables.

Vieille ville de Jérusalem

La première d’ailleurs s’est déroulée le soir même à l’hôtel dans une petite salle de conférence en présence du Père dominicain Jean-Michel de Tarragon, professeur à l’école biblique et archéologique française de Jérusalem. Cette école, située près de la vieille ville de Jérusalem à la Porte de Damas, mène l’exégèse des textes bibliques et des recherches archéologiques en Israël et dans les territoires et pays adjacents. Elle a évidemment une compétence indéniable et de référence dans les disciplines de la linguistique sémitique, de l’assyriologie, de l’égyptologie et bien sûr de l’histoire ancienne en géographie et en ethnographie. Cette séquence aurait pu se prolonger très tard dans la nuit dans une intervention éminemment brillante offrant un rendez-vous avec l’Histoire entre 2000 et 587 ans avant Jésus-Christ. Elle marquera évidemment les esprits des auditeurs de la session et a d’emblée conduit la délégation a décidé de se donner rendez-vous à la première heure de l’aube à la Porte de Damas pour découvrir la vieille ville de Jérusalem et s’imprégner des marques de cette histoire. Ce fut donc le point de départ de cette belle aventure avec un périple géographique et géopolitique avec plusieurs points d’étape le long des lignes vertes et bleues. La ligne verte d’abord qui matérialise la sensibilité de la Cisjordanie, territoire limité à l’ouest et au sud par la ligne d’armistice de la guerre israélo-arabe de 1948-1949 et à l’est par le Jourdain et la mer Morte qui font frontière avec la Jordanie et la ligne bleue qui marque sur le terrain le retrait israélien du Sud-Liban tout en prenant acte, selon les termes des Nations unies, des zones du Golan annexées par les Israéliens à la suite de la loi du 14 septembre 1981 votée par la Knesset. Ces lignes ne sont pas des frontières et sont physiquement visibles par les murs qui y sont érigés et les marques bleues le long des clôtures militaires séparant le Sud-Liban d’Israël. Elles soulignent les tensions persistantes stigmatisées par le parti politique du Hezbollah côté libanais et le mouvement islamiste palestinien du Hamas. Ce parcours permet de mieux comprendre les enjeux de sécurité intérieure de l’État d’Israël sans sous-estimer les relations extérieures difficiles avec certains pays périphériques ou proches tel que l’Iran dont la montée en puissance au niveau régional est un sujet de préoccupation majeur. C’est monsieur Stéphane Cohen de Middle East Security Consulting qui a accompagné les auditeurs de la 32ème SMHES tout au long de cette journée du dimanche 3 avril illustrant à partir de cartes et de documents historiques les différents points d’étape de ce parcours. Son expertise et son expérience militaire au sein des forces armées israéliennes où il est toujours réserviste offre des analyses particulièrement aiguisées sur l’actualité du pays et son histoire. Un parcours qui a permis, au-delà de la découverte de superbes paysages, tels que le plateau du Golan ou le mont Hermon où se côtoient les trois frontières de Syrie, du Liban et d’Israël, de porter un nouveau regard plus géopolitique et géostratégique. L’attaché de défense auprès de l’ambassade de France est venu rejoindre le groupe d’auditeurs apportant un éclairage complémentaire aux analyses de la journée. Il faut d’ailleurs souligner son immense implication dans la réalisation de cette mission d’étude dont le déroulement fut parfaitement conforme aux attentes de tous.

À la frontière israélo-libanaise

La réalisation de ce périple a conduit à emprunter la Via Maris, route commerciale historique qui relie le nord de l’Egypte à la Phénicie, l’Assyrie et la Mésopotamie. Elle traverse Gaza et se sépare en deux branches avec l’une qui longe la côte méditerranéenne passant par Acre pour rejoindre la Phénicie et l’autre qui s’enfonce à l’intérieur traversant la vallée de Jezreel, la Galilée et le lac de Tibériade pour aller jusqu’à Damas. Cette route historique met en évidence un axe stratégique du Moyen-Orient depuis plusieurs millénaires expliquant ainsi la plupart des enjeux régionaux existant avant la création de l’État d’Israël en 1948.

Frontière maritime israélo-libanaise

Au terme de cette visite, rendez-vous était donné à l’université d’Haïfa pour une rencontre avec   l’Haïfa Research Center for Maritime Policy and Strategy (HMS).Le professeur Shaul Chorev, directeur du HMS, a tenu à accueillir les auditeurs de la 32ème SMHES. Rappelons ici que c’est la plus importante université établie au Nord d’Israël où plus de 18 000 étudiants d’origines très différentes suivent leurs études supérieures. Tous les domaines ou presque sont ici entre les mains d’enseignants de haut niveau avec un volet consacré au domaine maritime où se côtoient les enseignants et d’anciens responsables militaires. L’occasion était donc donnée d’avoir un aperçu sur les grands enjeux de sécurité en Méditerranée orientale mais aussi d’aborder des sujets relatifs à la problématique d’exploitation des ressources fossiles dans un environnement maritime aux limites géographiques disputées entre les États. Les docteurs Elai Retting, pour l’énergie, et Benni Spanier, pour la délimitation des zones maritimes, ont exprimé avec beaucoup de précisions l’ampleur de ces dossiers dans un contexte où la guerre en Ukraine n’est pas sans conséquence sur la liberté d’accès à certains espaces maritimes, le coût de l’énergie et l’importance des modes de distribution par la voie des pipelines ou sous forme de gaz liquéfié.  Enfin, monsieur Tzevy Mirkin, en poste en Moldavie, a souligné certains facteurs clés de l’invasion russe en Ukraine et de leurs incidences en mer Noire. Cette interaction avec le HMS n’est pas la première au regard des liens tissés entre l’institut FMES et le centre. Il confirme la convergence de certains travaux ayant pour centre d’intérêt les questions fondamentales de la liberté de circulation maritime, de l’exploitation des fonds marins et des tensions interétatiques qui en découlent.  Ces sujets avaient d’ailleurs conduit l’institut FMES à retenir pour thème d’étude de la 29ème SMHES celui des conséquences géopolitiques de l’exploitation des hydrocarbures en MEDOR.

Haïfa Research Center for Maritime Policy and Strategy (HMS)

La journée du lundi 4 avril a commencé par la visite de ELBIT System. Ce groupe industriel est sans doute le plus important au Moyen-Orient opérant dans un champ très large d’activités conjuguant les domaines spatial, aéronautique, électronique et électro-optique mais aussi dans le domaine de la cyber sécurité qui tient désormais une place de tout premier plan en Israël. Deuxième exportateur de produits de cyber sécurité, le cyber campus de Beer-Sheva s’est imposé aujourd’hui comme une référence mondiale. Inutile de rappeler ici que la cyberdéfense tiendra toute sa place dans les opérations militaires qualifiées d’opérations multi domaines. Enfin, cette visite d’excellence rappellera aux auditeurs de la session l’attachement porté par nos hôtes à l’accueil qui leur était réservé en hissant à l’entrée du bâtiment le drapeau tricolore et celui d’Israël.

A l’issue de cette visite, les auditeurs ont rejoint Tel Aviv pour suivre une conférence prononcée par le général Éran Ortal, directeur du Dado Center for Interdisciplanary Military Studies, l’équivalent du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations des armées françaises créé en 2005. Ce fut l’occasion de rappeler quelques dates clés dans l’histoire des opérations militaires des forces armées israéliennes avec les plus emblématiques comme la guerre des 6 jours. Ce rendez-vous a permis de mesurer le niveau de réactivité exigé avec des temps de réponse pour les engagements militaires presque inférieurs à la minute. L’importance du renseignement, les capacités de défense anti-aérienne (Iron-Dome) et l’impérieuse nécessité d’être le plus réactif possible structurent le modèle d’armée pour toutes les composantes. Enfin, pour dissuader, il faut être le plus démonstratif possible ne souffrant d’aucune faille dans quasiment tout le spectre capacitaire. N’oublions pas non plus que les IDF (Israel Defense Forces) n’excluent jamais l’hypothèse d’opérations préemptives, un concept d’emploi déjà éprouvé dans leur histoire. Ce rendez-vous fut évidemment d’importance par la richesse des échanges et la liberté de ton.

Pour clore ce séminaire, monsieur Éric Danon, ambassadeur de France en Israël, a organisé une réception en l’honneur des auditeurs de la 32ème SMHES dans les jardins de sa résidence en présence d’invités israéliens et français. Consacrant l’essentiel de sa carrière, que ce soit dans le secteur public ou privé, aux questions stratégiques, ce diplomate, agrégé de physique nucléaire, diplômé de sciences politiques et issu de la promotion Denis Diderot de l’école nationale d’administration a d’emblée souligné l’intérêt des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques pour les cadres dirigeants y participant. En toute simplicité, il a exposé sa vision des relations franco-israéliennes et les principaux axes de coopération. Il a également souligné le rôle exemplaire d’Israël dans la gestion de la crise sanitaire du COVID 19 où d’indéniables risques ont été pris en vaccinant au plus tôt la population. Une certaine manière d’affirmer que la survie de la Nation reste un sujet permanent n’acceptant pas d’atermoiement dans la prise de décision. Enfin, il a pu décliner les avancées diplomatiques des accords d’Abraham qui consacrent un certain réalisme politique régional. Finalement face aux menaces multiples d’un monde qui change particulièrement vite, il faut sans aucun doute prendre des risques… car ne pas risquer, c’est cesser d’être un chef

Ambassade de France en Israël

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