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Deuxième semaine de la troisième édition des SMHES 5+5 – Rabat

« La culture est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur »[1]

Jean Lefèvre d’Ormesson

Retour sur le séminaire

Indispensable d’évoquer la culture au cours de ce séminaire organisé sur la rive Sud. Indispensable d’ailleurs de l’aborder dans toutes les formations quelle qu’en soit la nature. Le croisement culturel est une source inépuisable de réflexions ouvrant de nouvelles perspectives. Nos jeunes auditeurs en auront parcouru du chemin depuis leur dernier séminaire en maintenant et renforçant les liens qu’ils avaient tissés à Lisbonne au Portugal lors de leur première rencontre dans le cadre de la session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5. Ce constat est évidemment très satisfaisant et démontre, s’il en est besoin, la pertinence d’une telle formation partagée de part et d’autre de la Méditerranée. Indispensable de parler de culture car elle est au cœur de la compréhension des facteurs qui nous différencient et de ceux qui nous rassemblent. Ces rencontres stratégiques revêtent, faut-il le rappeler, un intérêt évident puisqu’elles transcendent le niveau institutionnel en offrant un véritable espace de libre-échanges.

N’y voyez pas là une critique des échanges institutionnels proprement dits qui obéissent à un formalisme utile mais ne sous-estimons pas non plus les facteurs qui peuvent inhiber la réflexion ouverte. Cet espace de libre-échanges, vous le verrez très prochainement dans les recommandations formulées par nos jeunes auditeurs au terme de leurs travaux, offre des perspectives originales. Ils ont en effet préparé une tribune qui sera bientôt accessible à tous posant clairement les principaux enjeux auxquels les rives Nord et Sud devront faire face. Inutile d’insister ici pour affirmer que dans un monde en profonde mutation le sujet est d’importance et qu’il représente un immense défi pour l’avenir. Nous étions, il n’y a pas si longtemps, dans un monde zéro polaire où l’affirmation des puissances était diluée dans un espace globalisé. Aujourd’hui, les mécanismes de cette globalisation ont été mis à mal au gré des crises successives auxquelles les pays du Nord et du Sud ont dû répondre. La crise financière de 2008, les printemps arabes en 2011, en référence au printemps des peuples qui a agité l’Europe en 1848, les guerres qui en ont résulté au Levant notamment, la crise du COVID 19 n’épargnant aucun pays dans le monde et l’invasion russe en Ukraine à la rentrée 2022. Voici donc l’état du monde aujourd’hui à la recherche de nouveaux équilibres. Quels seront-ils demain ? Une nouvelle multipolarité opposant exclusivement les grandes puissances telles que les Etats-Unis et la Chine ou une multipolarité impliquant davantage les puissances régionales en pensant évidemment à la Turquie en Méditerranée, à l’Arabie Saoudite et l’Iran au Moyen-Orient qui pourrait changer les dynamiques géopolitiques. Cette deuxième option semblerait plutôt prendre forme. Mais ces dynamiques restent encore incertaines. De toute façon, de multiples facteurs agiront sur cette évolution géopolitique majeure qu’ils soient politiques, sociologiques, économiques, démographiques, climatiques ou technologiques. L’occasion était donc donnée aux jeunes auditeurs d’aborder ces facteurs au sein d’une ville magnifique, symbole d’émergence et de rayonnement à l’instar de la tour Mohammed VI qui côtoie avec harmonie les monuments plus anciens. Fondée au XIIème siècle, cette ville fut d’abord une forteresse dont elle tient son nom avec la kasbah des Oudayas. Elle est aujourd’hui une capitale tournée vers l’avenir disposant d’une infrastructure adaptée aux enjeux de notre temps avec une université internationale offrant un cadre exceptionnel pour les étudiants marocains, européens et plus largement issus de presque tous les continents. Permettez-moi, à cette occasion, de saluer l’engagement de l’équipe dirigeante de l’université qui a d’emblée soutenu l’organisation de notre séminaire.

En particulier, messieurs Noureddine Mouaddib, président de l’Université internationale de Rabat, Abdellatif Bencherifa, directeur du Public Policy Center, Abdelaziz Benjouad, vice-président pour la recherche, l’innovation et les partenariats et monsieur Mehdi Alioua, doyen de l’institut d’études politiques ont mesuré l’importance qu’il fallait accorder à ce séminaire Sud en lui donnant un formidable éclat. Je remercie également le professeur Michel Boyer qui a, en amont de ce rendez-vous et tout au long de son déroulement, accompagné nos jeunes auditeurs. 

La fin de la troisième édition des SMHES 5+5

Cette session marque donc la fin de la troisième édition des SMHES 5+5. Je préconise qu’à l’avenir nous leur donnions un nom de baptême et pourquoi pas les parrainer avec deux personnalités des rives Nord et Sud de la Méditerranée. Elle est restée fidèle aux principes qui ont été arrêtés lors du Sommet des deux rives, organisé à Marseille au mois de juin 2019. La session méditerranéenne des hautes études stratégiques format 5+5 s’articule autour de deux séminaires, le premier réalisé au Nord et le second au Sud. Ils donnent à ces sessions un caractère original et assez extraordinaire en offrant une totale liberté d’approches dans les échanges. Il s’agit là d’un objectif fondamental pour ne pas brider les échanges. Je note que cet espace de débat est particulièrement propice à l’émergence d’idées nouvelles et à la convergence de certaines approches.

Pour mémoire, la cible en termes de participation reste fixée à deux par pays avec un étudiant des universités ou organismes équivalents dans le domaine des relations internationales et un officier-élève des académies militaires de l’armée de l’air des pays du Dialogue 5+5. Les auditeurs étaient attendus pour suivre un parcours conjuguant des conférences, des visites thématiques et des travaux de comité visant à échanger et partager pour mieux comprendre ensemble les grands enjeux du bassin méditerranéen. Certains pays, pour des raisons différentes, n’ont pas répondu. Nous le regrettons évidemment. Mais je reste confiant en l’avenir et suis convaincu que les différentes universités des deux rives finiront par être séduites par ce forum d’échange qui participe au rayonnement académique des écoles dont sont issus nos jeunes auditeurs. Les différents soutiens des pays du 5+5 doivent être encouragés car cet investissement s’inscrit dans le long terme en tissant un réseau particulièrement précieux dans l’esprit qui avait été mis en avant lors du processus de Barcelone de 1995. Rappelons qu’il préconisait un partenariat global euro-méditerranéen pour faire de toute la Méditerranée un espace commun de paix, de stabilité et de prospérité au moyen d’un renforcement du dialogue politique et de sécurité, d’un partenariat économique et financier et d’un partenariat social, culturel et humain.

Enjeux politiques, sociaux et humains des phénomènes migratoire

Pour entrer dans le vif du sujet, l’UIR avec son institut d’études politiques a fixé le cadre de cette semaine d’échanges le lundi 3 juillet avec une séquence d’ouverture associant messieurs Abdellatif Bencherifa et Mehdi Alioua. Les volets économiques et du développement en Afrique, au Maghreb et au Maroc allaient être présentés ainsi que celui relatif aux aspects sécuritaires, notamment face aux risques grandissants dans l’espace sahélo-saharien. Les enjeux politiques, sociaux et humains des phénomènes migratoires faisaient partie des thématiques abordés et ils le seront sans tabou.

Enfin, comme je le soulignais, les aspects culturels furent largement développés au regard du facteur d’influence qu’ils peuvent exercer à l’échelle régionale et au-delà. Le soft power est un outil très efficace dans de très nombreux domaines, notamment celui de la diplomatie. Le Maroc qui affirme une stratégie de long terme tient une place particulière au niveau régional par le dialogue qu’il entretient avec des pays vulnérables de la bande sahélo-saharienne et les relations consolidées avec des partenaires tels que l’Etat d’Israël et certaines monarchies du Golfe. Au-delà, il affirme un dynamisme économique privilégiant l’innovation en particulier dans le domaine énergétique.

N’oublions pas non plus que le Maroc a proposé sa candidature à la future coupe du monde de football en 2030 avec l’Espagne, le Portugal et l’Ukraine. La géopolitique du sport a été présentée au cours de la session se concrétisant d’ailleurs par notre participation à la demi-finale de la coupe d’Afrique des Nations des moins de 23 ans opposant le Maroc au Mali au stade de Rabat. Le Maroc en fut le vainqueur et nos amis marocains ont salué notre présence !

Sans détailler toutes les étapes du parcours de nos auditeurs, je voudrais saluer ici l’implication de tous les professeurs de l’UIR et celle de nos fidèles partenaires portugais de l’institut supérieur de sciences sociales et politiques de Lisbonne (ISCSP) de l’université de Lisbonne, le docteur Teresa de Almeida e Silva accompagnée de monsieur Diogo Cardoso qui avait construit le séminaire Nord au mois de mars 2023. 

Le programme avait bien sûr retenu de nombreuses visites de la capitale avec notamment le fort des Oudayas et le mausolée de Mohammed V, tombeau royal en surplomb de l’embouchure du fleuve Bouregreg. Il a aussi permis d’apprécier Rabat dans sa diversité où l’architecture moderne se combine aux monuments anciens. Il s’agit là d’une métropole résolument moderne, symbole de l’émergence d’un pays qui comptera dans les relations régionales et internationales.

Conclusion

Pour finir, je ne peux résister à l’envie de reprendre la citation d’Honoré de Balzac qui disait de la jeunesse qu’elle a d’étonnants privilèges ; elle n’effraye pas. Je dirais qu’elle est même rassurante car elle est impliquée ! Cette session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5 donne donc une certaine confiance en l’avenir même si cet avenir sera probablement difficile pour ne pas dire très difficile. Mais l’essentiel est bien de le permettre ensemble et d’en débattre !

J’ai, avec madame Sarah Sriri, initié ces formations SMHES 5+5 dont la première fut réalisée en visioconférence compte tenu de la pandémie du COVID 19 en 2020. Je remercie également monsieur Gérald Bota qui connait bien ce pays et fut un acteur déterminant de la réalisation de ce séminaire. Je passe aujourd’hui le relai pour que ces sessions puissent se poursuivre et se développer. J’en forme le vœu. Je n’ai pas de doute sur leur envol. Sous une autre forme sans doute, j’aurais un immense plaisir à les suivre. Je souhaite le meilleur à mes jeunes auditeurs et leur suis reconnaissant d’avoir échangé en confiance dans des débats francs et fructueux. Je remercie une fois encore l’université internationale de Rabat qui a parcouru un formidable chemin depuis son inauguration le 14 septembre 2010.   

A l’évidence, cette semaine fut un beau moment de partage et d’échanges dans un pays qui se prépare à un bel avenir !

Mille mercis à nos hôtes !


[1] Jean Lefèvre d’Ormesson : académicien – écrivain, journaliste et philosophe. 1925 – 2017.

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