SMHES

Opening webinar of the 1st 5+5 Mediterranean strategic studies – A launching that opens up very good prospects!

The context is not favorable for meetings! This is the least we can say at a time when the key words “curfew” or “confinement” are spreading almost everywhere in Europe and around the world. This is undoubtedly one of the most devastating effects of the COVID-19 crisis in the field of social relations. Everyone experiences it more or less well on a daily basis. But it is also a real difficulty regarding international relations, and we should not underestimate its scope. These relations are more necessary than ever in a restless world where even the largest democracies are faltering. We therefore have to  debate. We have to exchange. We have to know how to listen and hear the others. For nothing can ever replace the exchanges that take place around a table where everyone can carefully observe the reaction of their interlocutors by speaking “right in the eyes”. In a world where relationships are strained, any approach that favors debate and concertation is therefore welcome, and alternative solutions that allow this must be sought.

This first “5+5 Mediterranean strategic studies” consists of an introductory webinar held on Monday, January 11. It will be followed by two one-week seminars, the first one on the North shore in France and the second one on the South shore in Mauritania. The face-to-face sequence will take place as soon as the constraints are loosened. 

This introductory webinar was a great success! All the countries proposed auditors apart at this stage from Algeria. Beyond the introductory speech pronounced by the Vice-Admiral (ret) Pascal Ausseur, Director General of the FMES Institute, and the presentation of the session’s program by its director, Air Force General (ret) Patrick Lefebvre, an intervention by Pr. Pierre Razoux, Academic and Research Director of the Institute, set the scene.

He was anxious to describe the Mediterranean area and the Middle East as it is and not as one would like it to be. A language of trueness that paved the way for questions. The first debates, which only involved the participants’ opinion, illustrated the variety of points of view and the relevance of allowing exchanges, however contradictory they might be. These open and informal debates encourage mutual knowledge, and beyond the differences, which have their raison d’être, the identification of convergent points for these ten countries facing a shared reality and common challenges (health crisis, environmental crisis, radicalism, migration, terrorism, power games, …). It is this approach which, combined with meetings, visits and team work, will create a long-lasting network of young leaders who will be able to better understand the differences and the proximities of the citizens of the Western Mediterranean. This kind of meeting makes it possible and we firmly intend to anchor it in the long term.

This introductory webinar is therefore the first step in a journey that is now taking shape in concrete terms. In direct contact with the auditors, we will announce them the study theme in early April. This theme will therefore be that of the 1st 5+5 Mediterranean strategic studies. A thoughtful idea that is taking shape today! And as Antoine de Saint-Exupéry would put it: “Who am I if I don’t participate?”.

Lancement de la 1ère Session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5. Une première qui ouvre de très belles perspectives !

Le contexte n’est pas favorable aux rencontres ! C’est le moins que l’on puisse dire à l’heure où les maîtres mots sont presque partout en Europe et dans le monde le couvre-feu ou le confinement. C’est sans doute l’un des effets les plus dévastateurs de la crise du COVID 19 dans le champ des relations sociales. Chacun le vit plus ou moins bien au quotidien. Mais c’est aussi, il ne faut pas en sous-estimer la portée, une vraie difficulté dans le champ des relations internationales. Or ces relations sont plus que jamais nécessaires dans un monde agité où même les plus grandes démocraties vacillent. Il faut donc débattre. Il faut échanger. Il faut savoir écouter et entendre les autres. Car en effet, rien ne remplace jamais les échanges réalisés autour d’une table où chacun peut observer attentivement la réaction de ses interlocuteurs en se parlant « droit dans les yeux ». Dans un monde où les relations sont tendues, toute démarche privilégiant le débat et la concertation est donc la bienvenue, et par défaut, les alternatives qui le permettent doivent être recherchées.

C’est pour cette raison que l’institut FMES a organisé, pour la première fois dans son histoire, une session de formation et d’échanges rassemblant des jeunes diplômés, civils et militaires, des pays du 5+5. Cette initiative avait été proposée lors du Sommet « des deux rives » organisé à Marseille en juin 2019. Elle a été immédiatement soutenue par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et par la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Cette première « session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5 » est constituée d’un webinaire introductif qui a eu lieu le lundi 11 janvier qui sera suivi de deux séminaires d’une semaine, le premier sur la rive Nord en France et le Second au Sud en Mauritanie. La séquence présentielle sera réalisée dès que l’étau des contraintes sera desserré. 

Et ce fut une belle réussite ! Tous les pays ont présenté des auditeurs à l’exception, à ce stade, de l’Algérie. Au-delà du propos introductif du vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut, et de la présentation du programme de la session par son directeur le général de corps aérien Patrick Lefebvre, une intervention de monsieur Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut, a planté le décor. Il a tenu à décrire l’espace méditerranéen et le Moyen-Orient tel qu’il est et non pas tel que l’on voudrait qu’il soit. Un langage de vérité qui a ouvert l’espace aux questions. Les premiers débats, qui n’engageaient que les participants, ont illustré la variété des points de vue et l’intérêt de permettre des échanges, aussi contradictoires soient-il. Ces débats ouverts et informels favorisent une connaissance mutuelle et au-delà des différences, qui ont leur raison-d’être, l’identification des points de convergence pour ces dix pays confrontés à une réalité et à des défis communs (crise sanitaire, crise environnementale, radicalisme, migrations, terrorisme, jeux des puissances, …). C’est cette approche qui, associée à des rencontres, des visites et travaux en commun, créera dans la durée un réseau de jeunes responsables qui seront en mesure de mieux comprendre les différences et les proximités des citoyens de l’espace ouest-méditerranéen. Ce type de rencontre le permet et nous comptons bien l’installer dans la durée.

Ce webinaire introductif est donc la première étape d’un parcours qui désormais se dessine concrètement. En liaison directe avec les auditeurs, nous leur communiquerons le thème d’étude au début du mois d’avril. Ce thème sera donc celui de la 1ère session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5. C’est une belle idée qui prend forme aujourd’hui ! Et comme l’écrirait Antoine de Saint-Exupéry : « qui suis-je si je ne participe pas ? ».

 

 

Séminaire toulonnais de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – la défense commence au large !

Il fallait absolument se retrouver ! Évidemment, les solutions digitales sont une réponse acceptable à la poursuite des travaux de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Le séminaire du mois de novembre l’a bien démontré. Mais nous avons fait le choix de nous réunir pour ce séminaire consacré au fait maritime au bord de la Méditerranée.  Le ciel, lui-même, semblait manifester sa colère face aux remous permanents de cette crise sanitaire. Ce fut malgré tout le bon choix. Les auditeurs étaient ravis de se retrouver ensemble d’une part pour vivre un rendez-vous plus dynamique et en format de comité d’autre part pour conduire leurs travaux. Et ces travaux avancent ! Vous seriez même peut-être surpris par la rigueur et la discipline avec lesquelles les choses ont été prises en main. La volonté affichée n’est pas de décliner de façon exhaustive tous les paramètres environnementaux qui conditionneront directement ou indirectement les évolutions géopolitiques du bassin méditerranéen mais bien de proposer des scenarii. Chaque scénario sera décliné sous le prisme géopolitique dans une temporalité prenant en compte les effets d’influence sur les rapports entre les États en Méditerranée. Car ces effets ne sont pas immédiats. Et il faut parfois du temps, beaucoup de temps.  Les intervenants sollicités au cours des deux premiers séminaires ont rappelé quelques fondamentaux associés à l’environnement.  Un constat s’est immédiatement imposé, le domaine est vaste et ce thème d’étude est difficile si l’on veut éviter le risque d’une approche vulgarisée comme c’est souvent le cas lorsque l’on parle d’environnement. Les auditeurs s’attellent donc à construire une analyse fouillée en prenant en l’état les paramètres actuels, en mesurant leurs incidences éventuelles dans le temps sur le fonctionnement des États et les éventuelles frictions induites entre les États du pourtour méditerranéen et en proposant une analyse plus prospective sur le moyen et long-terme.

 

Mais ce séminaire était avant tout consacré au fait maritime. Il était donc légitime d’aller à la rencontre des acteurs dont le rôle au sein de la filière est stratégique. Au regard du contexte, au lieu de nous rendre sur les sites varois fermés au public, nous avons fait venir à nous deux intervenants de Naval Group. Il était en effet très important que nos auditeurs puissent apprécier les défis que s’apprête à relever un groupe industriel majeur pour notre outil de défense et en particulier pour notre marine nationale. La présentation de monsieur Nicolas Ciaravola, directeur des axes fédérateurs de recherche et développement et des expérimentations, a souligné l’importance des enjeux. Il a permis d’appréhender les différentes facettes préparant les grands programmes d’armement. Dans un monde très évolutif, il faut naturellement s’assurer de pouvoir intégrer les évolutions technologiques tout au long du cycle de vie d’un équipement. L’équipement dont nous parlons est sur les tables de bureaux d’études aujourd’hui. Il sera en service opérationnel en 2035. Nous devons donc imaginer les meilleures technologies à cet horizon et faire en sorte que cet équipement puisse en recevoir de nouvelles que nous ne connaissons pas encore ! Car il sera toujours en service trente ans plus tard ! Il faudra aussi prendre en compte les nouveaux champs d’actions dans l’espace électromagnétique et numérique. Il faudra enfin définir précisément le rôle et la place de l’homme dans la mise en œuvre de systèmes de plus en plus « autonomes » et donc repenser l’interaction homme-machine. L’accélération du développement des nouvelles technologies, notamment numériques, nous rend aussi plus vulnérable. L’occasion était donc donnée à monsieur Pascal Mercier, responsable du CERT de Naval Group, de nous présenter les risques pesant sur les équipements militaires et notamment leurs systèmes numériques. A partir de cas concrets, il a montré toute l’importance de se protéger face à la multiplication des attaques cybernétiques. Cette matinée du jeudi 10 décembre a permis aux auditeurs de découvrir ou d’approfondir leurs connaissances sur un pilier stratégique de notre défense et de notre sécurité.

En ce début d’après-midi du jeudi 10 décembre, le rendez-vous était pris avec madame Anne-France Mattlet, administrateur des affaires maritimes venue présenter aux auditeurs de la 31ème SMHES les principales missions du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée (CROSS). C’est une première approche de l’action de l’État en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduit par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Au terme de cette présentation, monsieur Didier Leandri de  l’université de Toulon est intervenu au profit des auditeurs sur les objectifs de la session sous l’angle universitaire. Ce lien avec l’université de Toulon est très précieux car, avec l’institut des hautes études de la défense nationale, il donne à nos sessions méditerranéennes une empreinte de notre territoire et de notre région à un parcours académique largement reconnu à l’extérieur aujourd’hui. D’autres rendez-vous seront programmés tout au long de la session pour accompagner les auditeurs dans la conduite de leurs travaux.  

En fin de journée, ce fut au tour de monsieur Nicolas Mazzucchi, docteur en géographie économique, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, d’intervenir sur les différentes approches de la transition énergétique dans le bassin méditerranéen. C’est un axe particulièrement intéressant car si certaines tendances lourdes se dégagent en Méditerranée pour la production énergétique, il faut à l’évidence mesurer leurs incidences géopolitiques dans le bassin méditerranéen. Une tension perceptible en Méditerranée orientale souligne d’ailleurs que la course à l’énergie mobilise les puissances parmi les plus importantes mais aussi parmi celles qui entendent tenir leur place au niveau régional. L’énergie et l’environnement sont liés ! Les auditeurs sauront intégrer les éléments nécessaires à leurs travaux. Ils ont été séduits par l’enthousiasme de leur conférencier. Cette conférence très attendue était d’ailleurs ouverte à tous ceux qui étaient inscrits en ligne sur le site de l’institut FMES. Les participants n’ont pas regretté ce moment d’échange avec un spécialiste des questions énergétiques que nous avons le plaisir d’avoir régulièrement à nos côtés.

Le vendredi 11 décembre a scellé notre retour sur les questions maritimes. C’était donc au tour de la Marine nationale d’accueillir une nouvelle fois les auditeurs de la 31ème SMHES. Il faut ici saluer l’organisation de cette visite dans le contexte difficile que nous ne cessons de rappeler. Ce fut un rendez-vous remarquable. Certes, une déclinaison un peu dégradée par rapport à nos sessions antérieures mais une séquence remarquable tout de même. La défense commence au large ! C’est le slogan retenu. Notre auditeur, le capitaine de vaisseau Max Blanchard, a réalisé une très belle prestation en présentant la marine nationale. L’interaction avec les auditeurs de la session a été facilitée dans un échange libre en énonçant les enjeux et les défis à relever. Il a parfaitement mis en exergue la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance de notre marine nationale. Cette séquence a été suivie d’une présentation très complète de l’action de l’État en mer, réalisée par l’administrateur en chef de 1ère classe Dominique Dubois. C’est ici le fait maritime au quotidien ! Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des États et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la marine nationale tient historiquement toute sa place.

Les visites qui ont suivi, à quai, du chasseur de mines l’Orion et de la frégate « Surcouf » de la classe La Fayette ont une nouvelle fois confirmé l’enthousiasme des commandants de bâtiment fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Ils peuvent être rassurés car leurs messages seront subtilement distillés à l’extérieur.

A l’issue de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront donc en 2021. Nous formons le vœu d’être confrontés à un environnement moins hostile aux visites dynamiques et aux rencontres. Car nous ressentons tous le besoin d’être au contact après une année marquée par la distanciation sous toutes ses formes.  En tout cas, l’état d’avancement de la 31ème SMHES augure de très belles choses à venir. Pour l’heure, nous souhaitons de très joyeuses fêtes de fin d’année à nos auditeurs et ceux qui les accompagnent. Cette séquence maritime nous invite bien sûr à penser à ceux qui ont choisi de nous défendre au large…

 

« Séminaire parisien » de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Dans un contexte où les visites d’organismes sont souvent impossibles, les solutions alternatives sont systématiquement recherchées pour assurer la réalisation du programme de nos sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Finalement, la crise du COVID 19 exerce une forme d’accélération de la transition numérique nécessaire au fonctionnement des organismes publics ou privés. En tout cas, elle nous oblige à penser les choses autrement ! Cette transition concerne bien sûr beaucoup d’autres segments stratégiques. Celui de la communication interne ou externe revêt une importance évidente. Pour les organismes de formation, il est nécessaire et indispensable de maintenir le lien quoi qu’il arrive même si rien ne remplace la rencontre directe des acteurs. Cela vaut naturellement pour les présentations dynamiques mais aussi pour les conférences où l’intervenant perçoit d’emblée la sensibilité et l’assiduité de son auditoire lorsqu’il est au contact.  Ce facteur de contact ne peut donc être sous-estimé car il est un moteur de la dynamique collective. Les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques peuvent être rassurés. La programmation des séminaires, si l’étau du contexte sanitaire ne se desserrait pas, pourrait être ajustée en prenant au mieux leurs contraintes. Pour autant, la réalisation du séminaire parisien consacré à la rencontre des acteurs participant aux processus décisionnels de nos grands décideurs politiques et institutionnels s’imposait d’autant plus au moment où ces derniers sont très exposés dans la conduite d’une gestion de crise sans précédent. C’était donc le moment de les rencontrer.

Les auditeurs réunis en ligne.

Le jeudi 19 novembre, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a donc ouvert un canal digital aux auditeurs de la 31ème session. Ils ont pu mesurer le rôle essentiel de cet organisme à pied d’œuvre au quotidien pour tout ce qui concerne la protection et la sécurité de la Nation et très impliqué dans le domaine de l’anticipation stratégique. Le contexte de crise sanitaire a d’ailleurs souligné le caractère crucial de celle-ci. Elle est un préalable indispensable à la mise en œuvre des organisations de gestion de crise pour en appréhender tous les paramètres.  Enfin, les auditeurs ont pu apprécier le rôle particulier des conseils de défense et de sécurité nationale. Outil très médiatisé en ce moment et parfois critiqué à tort, il est un instrument de l’agilité décisionnelle de nos processus qui permet de solliciter les administrations les plus appropriées dans les réponses qu’elles doivent apporter dans l’urgence. Cette agilité est souvent enviée à l’extérieur là où les États sont soumis à un processus décisionnel ralenti par la consultation d’instances intermédiaires. Nous remercions le capitaine de vaisseau Cyril de Jaurias qui a réalisé une présentation complète et très appréciée des auditeurs. A leurs manières, ils participeront à l’anticipation stratégique dans les travaux qu’ils conduiront sur les conséquences des enjeux environnementaux en Méditerranée.

Elle fut suivie par une intervention de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Monsieur Tom Haristias, chargé de mission au sein de cette direction et en charge des dossiers où les questions environnementales intéressent les armées sous l’angle de ses conséquences stratégiques pour le ministère des Armées, a animé cette séquence avec beaucoup de talent. Le traitement de ce sujet prend donc une forme nouvelle avec une approche plus approfondie et plus globale. Les enjeux environnementaux ne se limitent pas au seul volet du développement durable initié dès les années 2008 mais aussi à celui pouvant faire émerger de nouvelles tensions géopolitiques. La réflexion prospective est pleinement ouverte et l’environnement pris dans son acception large, y compris sanitaire, apporte des éléments nouveaux de réflexion géopolitique. Les États ne peuvent ignorer ce domaine qui s’installe désormais dans le dialogue politique.

Tom Haristias

Dans la continuité de cette intervention, il était intéressant d’aller au contact de la direction du renseignement militaire. Évidemment, l’interaction n’a pas permis d’aborder les thèmes sensibles compte tenu de leur caractère confidentiel. Le contre-amiral Denis Bertrand s’est donc livré à un exercice un peu frustrant, pour l’orateur comme pour les auditeurs, tout en démontrant sans ambiguïté le rôle clé de cette direction au sein du ministère des Armées. Il a aussi démontré la cohérence de l’organisation du renseignement à l’échelle nationale dans un contexte où les menaces se multiplient dans leurs formes et où la coordination s’impose. La création en 2008 du coordinateur national du renseignement, élargi en 2017 à la lutte contre le terrorisme (CNRLT), en est une illustration. Le terrorisme reste une préoccupation majeure et les événements récents de l’actualité ne cessent de le rappeler. Enfin, pour la partie renseignement, les questions environnementales sont de plus en plus mises en avant.  Si elles s’intégraient dans les analyses antérieures, ne seraient-ce que pour la mise en œuvre de capteurs et une meilleure aptitude des hommes sur le terrain, leurs places pourraient s’amplifier à court terme avec les effets directs et indirects sur l’emploi des forces et le développement des capacités, mais aussi sur les causes initiales d’un conflit.

Pour parachever ces présentations à caractère institutionnel, il était nécessaire de faire comprendre aux auditeurs l’action centrée sur les relations internationales menée par l’état-major des armées au profit du chef d’état-major lui-même.  L’officier général RIM pour « relations internationales militaires », le général de division aérienne Laurent Marboeuf, a accepté de présenter les grands enjeux internationaux pour nos armées. Qu’ils s’agissent d’engagements nationaux ou multinationaux sous l’égide de l’Union européenne, de l’OTAN ou des Nations unies, les auditeurs ont pu apprécier la multiplicité des engagements français partout dans le monde. C’est le témoignage d’un savoir-faire mais aussi celui d’une place particulière qu’occupe toujours la France à l’échelle mondiale. Les débats sont pourtant très présents sur le rôle et la place des organisations internationales à un moment où le multilatéralisme marque le pas et laisse la place à l’expression des puissances, notamment régionales. La preuve, s’il en était besoin, que le monde change. Et la France, pour tenir son rang, devra sans doute redoubler d’efforts en Europe.

Mais l’espace méditerranéen change aussi. L’occasion était donc donnée le vendredi 20 novembre de solliciter le directeur académique et de la recherche de l’institut FMES, monsieur Pierre Razoux, pour présenter un panorama géostratégique du bassin méditerranéen. L’objectif de cette séquence était de fournir aux auditeurs leur cadre d’actions. Car leur thème d’étude, il ne faut pas l’oublier, doit leur permettre d’établir des scenarii à caractère géopolitique dans un espace où des tensions existent déjà. Elles pourraient s’accroître par l’effet d’autres facteurs dont celui de l’environnement. Sous son seul effet, des tensions nouvelles pourraient aussi apparaître. Cette séquence très riche devait précéder une interaction avec un comité de l’École de guerre dont le thème se rapproche de celui de la 31ème SMHES à l’exception près qu’il concerne un espace géographique presque diamétralement opposé puisqu’il s’agit de l’Arctique.

Animé par monsieur Mikaa Mered, professeur de géopolitique des pôles Arctique et Antarctique, cet échange a permis de mesurer les changements radicaux induits par l’évolution de l’environnement dans des zones souvent hostiles à toute forme de développement. En Arctique, une forme de dilemme stratégique s’installe avec l’ouverture d’activités commerciales et des opportunités régionales de développement. Ces perspectives ne seront pas sans conséquences géopolitiques. Évidemment, tout n’est pas transposable à l’espace méditerranéen mais il y a, en y regardant de plus près, des similitudes. Un nouvel échange entre l’École de guerre et les auditeurs de la session semble donc presque s’imposer. Le comité rencontré organise un colloque au printemps. Ne serait-ce pas là une opportunité nouvelle de rencontre? À tout le moins, il faut saluer l’initiative du lieutenant-colonel Jean-Christophe Houdré à l’origine de cet événement, et ancien auditeur de la 30ème SMHES, avec l’accord bienveillant du général de brigade aérienne Jean-Marc Vigilant, directeur de l’École de guerre.

Enfin, nous avons reconduit cette année le passage au centre de crise et de soutien du quai d’Orsay qui a permis aux auditeurs d’appréhender la gestion des crises pilotées par cet organisme né en 2008. Présenté par son directeur adjoint, monsieur Alexis Le Cour Grandmaison, ce centre n’a cessé, depuis sa création, d’accroître son champ d’action et s’appuie sur une organisation resserrée en termes de ressources humaines avec de très nombreuses expertises. Il n’a pas d’équivalent en Europe et souligne aussi son agilité décisionnelle en étant directement rattaché au cabinet du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. La chargée de la formation et du RETEX, a une nouvelle fois accompagné nos auditeurs dans la présentation de ce centre d’excellence. Elle avait, et nous l’en remercions, initié cette séquence avec la session précédente. Enfin, nous avons eu la chance d’échanger avec monsieur Vincent Muller, chargé de mission pour la coopération franco-allemande du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Il fut créé à l’initiative de monsieur Michel Jobert en 1973, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères sous la présidence de monsieur Georges Pompidou. Il insistait sur la nécessité de disposer d’un outil de prospective diplomatique. Cet organisme composé de diplomates et de consultants est presque un Think Tank interne du quai d’Orsay directement lié aux autorités du cabinet. C’est un outil très précieux qui assure une veille sur les événements, notamment leurs signaux faibles parfois oubliés des observateurs ou experts en relations internationales. Monsieur Vincent Muller, au-delà de son expertise des relations franco-allemandes, a convaincu les auditeurs du caractère indispensable de cette réflexion prospective. Il l’a illustré en déclinant les grandes priorités géopolitiques dans un monde où les équilibres entre les grandes puissances changent.   

Alexis Le Cour Grandmaison

Vous l’aurez compris, ce séminaire, même sous sa forme strictement digitale, a été assez dense et très utile. Il était important de le maintenir. Les intervenants ont été au rendez-vous et se sont livrés à des échanges suffisamment nombreux pour alimenter les réflexions de nos auditeurs pour un thème d’étude où la prospective tient toute sa place.

Encore une fois, nous retiendrons toute l’importance de l’anticipation stratégique. À l’institut FMES, tout concourt à fertiliser cette réflexion d’anticipation indispensable pour mieux maitriser les crises et leur gestion. Une certaine façon de préparer l’avenir dont Antoine de Saint-Exupéry disait que nous n’avons pas pour mission de le prévoir mais plus simplement de le permettre. Les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques vous donnent désormais rendez-vous en décembre où ils iront à la rencontre de notre très belle Marine nationale.

Séminaire de rentrée pour la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des Sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques.

C’est donc le jour même de la cérémonie d’anniversaire des 30 ans de l’institut FMES qu’était lancée la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES). C’est donc un bon début ! Les auditeurs se sont retrouvés le mercredi 14 octobre en soirée à la maison d’hôtes du CEA de Cadarache.  Cette première rencontre des auditeurs leur a permis de faire mieux connaissance et de découvrir les grands enjeux de la session. L’institut FMES leur a également été présenté avec les multiples actions réalisées dans le champ académique et celui de l’appui à l’économie de défense. Le directeur général, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, a tenu à faire le déplacement pour aller à la rencontre de cette très belle promotion. Elle se caractérise par une très grande diversité d’origines et de parcours de nos auditeurs. C’est incontestablement une formidable richesse. « La beauté d’un tapis ne vient-elle pas de la diversité de ses couleurs ? » comme le rappelait un auditeur de la session au cours des échanges de la soirée.

Le vice amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut FMES et le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des SMHES

Après la présentation complète du programme de la session, les auditeurs ont poursuivi leurs échanges au cours d’un dîner d’accueil. Ce moment de convivialité, réalisé dans le respect des gestes barrières, est particulièrement important pour créer un « esprit promotion » essentiel à la cohésion du groupe. En première analyse, cet esprit a pris forme et ne demande qu’à se consolider au fil du temps.  Il conditionne, pour une large part, le succès des travaux conduits par les auditeurs.

A l’heure où la population mondiale et les besoins en énergie sont croissants, les ressources en énergies fossiles s’épuisent. Celles de la fusion demeurent disponibles pour des millions d’années. Avec un thème d’étude portant sur les conséquences géopolitiques des enjeux environnementaux en Méditerranée, voici donc une belle entrée en matière pour les auditeurs de la session avec la visite de l’institut de recherche sur la fusion par confinement magnétique (IRFM) du Commissariat à l’énergie atomique le jeudi 15 octobre tout au long de la matinée. Car cette énergie de fusion respecte l’environnement et n’émet ni monoxyde de carbone et ne dégage qu’un gaz inoffensif et inerte, l’hélium.

C’est sans doute un élément parmi d’autres dans les analyses conduites par cette session. Mais cette prospective technologique doit être appréhendée à sa juste place et démontre le poids de son interdépendance à la réflexion stratégique et géopolitique. Les auditeurs ont donc particulièrement apprécié de pouvoir partager avec des experts scientifiques la portée de ce phénomène. Ils ont constaté la passion qui les animait. Ils ont pu mesurer toute l’importance du développement d’un champ magnétique intense nécessaire à la fusion à partir de bobines supraconductrices confinant le plasma où s’opère la fusion dans un tokamak[1].

Cette recherche fondamentale précède un objectif concret de mise en œuvre avec un démonstrateur développé en coopération multinationale. Il s’agit d’ITER où le « chemin » en latin sans oublier qu’initialement l’acronyme décrivait une action internationale dans le domaine thermonucléaire (International Thermonuclear Experimental Reactor), acronyme moins séduisant dans sa portée  environnementale.

La suite de la visite a donc été consacrée au chantier ITER.  Ce projet de réacteur de recherche à fusion nucléaire est une exception mondiale. 35 pays participent à la mise en œuvre de ce laboratoire avec pour simplifier, parmi les principaux, les Etats-membres de l’Union européenne, la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon et la Russie. La fusion par compression magnétique… Un premier rendez-vous est donné en 2025 pour cette démonstration. Cela confirmera qu’il est possible d’accéder à une source naturelle d’énergie, celle qui alimente les étoiles et le soleil synthétisée en anglais par « bringing the sun to earth ». Le réacteur, dans sa version productive, est pour plus tard vers 2050.

Christophe Ramu, directeur de la division sécurité, santé, sûreté à ITER

A l’issue de cette présentation et visite exceptionnelles, les auditeurs se sont présentés en exprimant leurs attentes relatives à ce cycle de formation académique. Elles sont convergentes et démontrent une volonté partagée d’accorder du temps à la réflexion. Elle démontre aussi cette volonté de prendre le temps d’écouter les autres et de découvrir des secteurs d’activité éloignés de leurs préoccupations courantes. Dans un environnement où chacun est pris dans une spirale où le rythme ne permet pas toujours de s’accorder cet espace de liberté, les séminaires des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques offrent cette parenthèse. C’est une parenthèse indispensable pour les décideurs.  

Les auditeurs en visite à ITER

Dès le lendemain, le vendredi 16 octobre, les auditeurs allaient apprécier un autre rendez-vous, celui programmé avec l’armée de l’air. Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), allait leur exposer les défis de l’arme aérienne au 21ème siècle. Dans un exposé particulièrement riche et précis, il a su souligner le rôle crucial de l’armée de l’air et de l’espace dans le cadre des opérations militaires proprement dites et dans celui assurant la sûreté aérienne de la métropole et des outre-mer.  Il a su également souligner l’évolution des formes de conflictualité et de l’évolution des risques militaires dans un monde où les équilibres de puissance ont brutalement changé.

Au terme de cette présentation et des échanges très directs avec les auditeurs, le colonel David Marty a présenté la base aérienne 125 « Charles Monier » d’Istres. C’est une base aérienne qui n’a pas d’équivalent en métropole en étant un véritable tremplin de projection de nos forces armées où sont regroupées les capacités concourant à l’ensemble des fonctions stratégiques. Nous noterons au passage l’intérêt des auditeurs pour la fonction de dissuasion. Le colonel David Marty, en connaisseur averti de ce domaine, se tient d’ailleurs prêt à l’approfondir et nous l’en remercions.   

Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et le colonel David Marty, commandant de la base 125 d’Istres.

La visite dynamique a obtenu le même succès. Elle a permis d’aller au contact des opérateurs et équipages. Elle a permis aussi de découvrir le nouvel avion ravitailleur stratégique Phénix, véritable Game Changer pour les forces aériennes. Il faut comprendre ainsi le rôle polyvalent de ce nouveau vecteur qui élargit d’emblée le spectre d’actions dans la nature des opérations aériennes qu’il peut conduire.

Le MRTT surla base 125

La 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques devait conclure ce rendez-vous avec l’arme aérienne à Salon de Provence sur le site de l’école de l’air. Evidemment, ce fut pour moi un retour sur des terres familières. Nos grandes écoles militaires quelles qu’elles soient nous laissent toujours une empreinte indélébile aux officiers qui y ont fait leurs premiers pas . En entrant dans l’amphithéâtre Marin la Meslée, une solennité naturelle s’est imposée avec les auditeurs accompagnés des officiers élèves de l’école de l’air pour assister à une conférence consacrée à leur thème d’étude. Pour mémoire, il est utile de rappeler que le commandant Edmond Marin la Meslée fut l’un des as les plus titrés de la campagne de France mort en service aérien commandé le 4 février 1945. C’est donc dans cet amphithéâtre magnifique que Madame Julia Tasse, directrice de recherche à l’institut des relations internationales et stratégiques, a proposé à un très bel auditoire son intervention sur les grands enjeux environnementaux. Le cadre est ainsi fixé et offre un champ d’investigations considérable pour ce qui concerne les conséquences géopolitiques à l’échelle du monde et à celle de la Méditerranée.  

Julia Tasse durant sa conférence à l’Ecole de l’air

Au terme de cette conférence de lancement de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques, les auditeurs ont rallié Toulon. Le samedi 17 octobre en matinée, deux interventions visaient à livrer quelques clés aux auditeurs pour les placer dans les conditions les plus favorables à l’exécution de leurs travaux. Ainsi, successivement messieurs Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut FMES et Didier Leandri, professeur des universités, leur ont proposé les approches possibles et les pièges à éviter face à cet exercice toujours délicat.  Les auditeurs savent en effet qu’au terme des neuf séminaires, ils auront à produire collectivement un mémoire suggérant les pistes possibles relatives à leur thème d’étude. C’est un défi. Mais à n’en pas douter, en les observant au cours de ce premier séminaire, ce défi est accessible et ils sauront le relever.

Rendez-vous au mois de novembre à Paris pour poursuivre cette formidable aventure !  


[1] Tokamak : TOroïdalnaïa KAmeras MAgnitnymi – chambre toroïdale avec bobines magnétiques

Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – dans le berceau du multilatéralisme

La 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques arrive au terme de son parcours. Elle aura vécu des étapes très riches avec néanmoins quelques turbulences. Le contexte inédit de la crise sanitaire du COVID 19 en a évidemment été à l’origine. Ces turbulences ne l’auront pas pour autant empêcher d’atteindre sa destination.  Une session qui se termine, c’est aussi un élan nouveau qui s’annonce. La 30ème SMHES s’est engagée à maintenir les liens établis entre les auditeurs au cours d’une année de partage. C’est aussi cela la mission des SMHES que de créer un réseau robuste et vivant.  

Les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques se sont finalement retrouvés à Genève pour clore leur année de réflexion sur leur thème d’étude. Cette mission, initialement programmée en Algérie, avait pour objectif de les confronter aux réalités du terrain. Il s’agissait en effet de mesurer les actions concrètes induites par la mise en œuvre des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Les contraintes sanitaires n’ont pas permis la réalisation de cette mission et une solution alternative devait être envisagée. Le choix de Genève s’est vite imposé car aller à la rencontre des responsables de l’organisation des Nations unies ouvrait une opportunité unique d’appréhender globalement les enjeux de ces nouvelles routes de la soie à l’échelle mondiale. Ce déplacement permettait aussi de mieux cerner les mesures sanitaires telles qu’elles ont été préconisées par l’Organisation mondiale de la santé. Enfin, au moment où les leviers du multilatéralisme ne semblent plus produire les effets attendus, une appréciation de situation du rôle des organisations internationales s’avérait particulièrement utile dans le cadre du thème d’étude de la session.

La 30ème SMHES devant l’Organisation des nations unies

Au préalable, il est toujours utile de rappeler l’origine de ces organisations dont la vocation était de trouver le meilleur chemin pour maintenir la paix dans le monde. Car tel était l’objectif du traité signé à Versailles au lendemain de la Première guerre mondiale avec la création de la société des nations. La SDN devait être le moteur d’actions multilatérales permettant de maintenir la paix universelle. C’était une conséquence du rêve porté alors par de nombreux philosophes. Mais cette organisation sera totalement discréditée avec une seconde vague d’extrême violence au cours de la Seconde guerre mondiale. C’est donc la fin du rêve de la paix perpétuelle (Emmanuel Kant).L’Organisation des nations unies allait alors prendre la place. Son objectif sera aussi celui de maintenir la paix et la sécurité internationale avec moins de profondeur philosophique et plus de réalisme dans la mise en œuvre des actions de portée internationale. Entrée en vigueur le 24 octobre 1945, la charte des Nations unies a été signée par 51 États le 26 juin 1945. L’organisation compte aujourd’hui 193 États membres. Son origine caractérise sans doute le mieux la volonté occidentale au lendemain des heures sombres de son histoire. Puis, avec le transfert à New-York du siège de l’organisation, cette volonté est relayée aux Etats-Unis avec un recul de la puissance occidentale au moment où son empire connaissait progressivement le déclin. Genève constitue donc le creuset où se regroupent toutes les organisations internationales sous leurs différentes formes. C’est véritablement le berceau du multilatéralisme. Le berceau d’un multilatéralisme dont la mise en œuvre soulève aujourd’hui de multiples questions.

De fait, le thème d’étude de la 30ème session soulève aussi d’importantes questions sur le jeu des puissances et donc sur la forme de leurs relations. En particulier, la puissance chinoise a modifié substantiellement les équilibres qui prévalaient jusqu’alors. D’un monde unipolaire où s’affirmait tous azimuts l’hyperpuissance américaine, nous sommes passés à un monde multipolaire où les puissances s’affirment unilatéralement dans leur diplomatie ou leur économie. A cet égard, la Chine tient une place singulière dans le concert des Nations. Cette place soulève d’importantes interrogations. Les instances internationales ne semblent plus disposer des leviers pour réguler l’économie mondiale. La mondialisation a totalement libéré l’économie de marché créant une forme de jungle où les États placent désormais les autres États devant le fait accompli.  

Finalement, cette mission d’étude à Genève s’imposait d’elle-même. Sans doute d’ailleurs faudra-t-il l’inclure dans le programme des sessions ultérieures car les échanges réalisés avec les différents piliers de l’organisation des Nations unies sont indispensables à la compréhension des principaux enjeux de ce monde. La démonstration en sera faite au cours de ce séjour.

Une partie des auditeurs dans le jardin de la villa des Ormeaux

Dès le jeudi 3 septembre, les auditeurs ont pu apprécier le cadre plutôt agréable des échanges. Les contraintes sanitaires nous ont en effet imposé de réaliser nos différentes rencontres à la villa des Ormeaux située sur la rive droite du Léman. C’est le siège de la mission permanente de la France auprès de l’office des Nations unies. C’est aussi un lieu de partage puisque le représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarmement y déploie également ses équipes.

C’est d’abord monsieur Victor do Prado, diplomate brésilien et directeur exécutif de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a tenu à venir à la rencontre des auditeurs. Son intervention, dans un français impeccable, a évidemment suscité un immense intérêt. Sans en détailler toutes les facettes, elle a souligné les difficultés de mise en œuvre d’une régulation économique mondiale. La logique du rapport de force entre les États semble désormais s’imposer y compris dans les instances juridictionnelles. Cette situation souligne en particulier la vive tension entre les États-Unis et la Chine sur de profonds différends commerciaux. Au-delà des difficultés, l’Organisation mondiale du commerce s’inscrit malgré tout dans une réforme de fond qui doit prendre en compte un contexte économique mondial profondément changé. L’élection à venir de son futur directeur général sera sans doute un signal fort de ce changement de posture. Enfin, l’épisode du COVID 19 a eu une forte incidence sur le commerce mondial révélant de réelles vulnérabilités. De cet épisode pourraient résulter de nouveaux équilibres dans les domaines de la production et de la souveraineté industrielle. 

Victor Do Prado devant les auditeurs

Le deuxième rendez-vous nous replaçait au cœur de l’actualité portée par la crise du COVID 19. Madame Sylvie Briand, directrice du département des pandémies et épidémies de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait un point très complet de la situation. L’OMS a fait au mieux dans un contexte difficile. Si ce message est entendu, il souligne néanmoins une fois encore la fragilité des instances internationales. Au-delà de son action déterminée, l’action multilatérale qui aurait pu prévaloir n’a donc pas pris la forme attendue. Le désengagement financier des États-Unis de l’OMS en dit long sur les vulnérabilités nouvelles auxquelles il faudra faire face. Car le risque d’épidémie ou de pandémie restera un sujet sensible. La crise du COVID 19 est une alerte sérieuse dont il faudra tirer toutes les leçons. Par ailleurs, cette crise a sans aucun doute freiné l’élan chinois des nouvelles routes de la soie. Dès le 16 mars dernier, les auditeurs avaient intégré dans leurs travaux ce nouveau paramètre qui allaient modifier la déclinaison des différents scénarios envisagés.

Sylvie Briand

Il était donc intéressant de poursuivre cette journée avec la présence du GCSP (Geneva Center for Security Policy). La création de cette fondation remonte au début des années 1980. La première rencontre entre le Président des Etats-Unis Ronald Reagan et le premier secrétaire du parti communiste Mikhail Gorbatchev durant la guerre froide avait souligné la nécessité de mettre en œuvre un centre de formation internationale dédié aux questions de sécurité. Le GCSP fut créé à cette occasion sous l’impulsion du ministère des affaires étrangères suisse. Pour ce qui concerne les auditeurs de la 30ème SMHES, le rendez-vous genevois proposait d’aborder la question de la gestion des crises. Le directeur des opérations, le général (2s) Philippe Meyer accompagné de monsieur David Horobin et de madame Clémentine Gaspar ont présenté les paramètres déterminants d’une crise et les clés indispensables favorisant le retour aux conditions normales. Au bilan, cette rencontre démontre qu’en matière de gestion de crise, il faut encourager toutes les initiatives de ce type. Elles peuvent opportunément s’appuyer sur des organismes tels que l’institut FMES. Cela conforte donc une dynamique d’ores et déjà envisagée au profit des décideurs publics ou privés.  

L’équipe du GSCP

Après une première journée d’échanges avec les représentants de deux très importants organismes des Nations unies (OMC – OMS), les rendez-vous du vendredi 4 septembre se sont concentrés sur la vision des représentants français au sein de nos missions permanentes installées à Genève. L’opportunité était ainsi donnée aux auditeurs de mesurer les éventuelles divergences de vues sur les outils de régulation de l’économie mondiale et l’approche globale de la crise du COVID 19.  

Mais ce fut d’abord un rendez-vous consacré aux fondamentaux de la culture stratégique. Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarment à Genève, a tenu personnellement à prononcer cette intervention à l’attention de nos auditeurs. Dans une période marquée par l’imprévisibilité des situations et un retour à des logiques de rapport de force des Etats quel que soit le type d’action concernée, le constat dressé par notre représentant démontre la nécessité de bien comprendre le siècle d’histoire de nos organisations internationales dont la vocation était de promouvoir les leviers concourant à la sécurité internationale. Il a probablement souligné un point d’inflexion des mécanismes internationaux au moment où les Etats rejettent le dialogue multilatéral dont le fruit n’est plus conforme à leurs attentes. Ce constat démontre aussi les évolutions liées aux générations qui n’ont pas connu les drames de la guerre et qui, d’une certaine manière, idéalisent le monde tel qu’elles voudraient qu’il soit face à la réalité du monde tel qu’il est. Dans un échange où les questions n’étaient pas convenues, la nécessité de réacquérir une culture stratégique s’impose d’elle-même. Le thème d’étude de la 30ème SMHES a donc le mérite de modestement y’concourir. Vous nous avez, monsieur l’ambassadeur, donné l’envie de revenir débattre !

L’ambassadeur Yann Hwang durant sa conférence

Il fut suivi par la rencontre de monsieur Jean-Marie Paugam, délégué permanent de la France auprès de l’OMC, dans des échanges très nourris sur le fonctionnement de la régulation économique mondiale. Ces échanges auraient pu être techniques et austères. Ils ont été clairs, précis et accessibles en apportant les clés de compréhension indispensable aux mécanismes de cette régulation. La mondialisation n’en a sans doute pas simplifié la mise en œuvre. Certaines règles sont contournées. Des procédures juridiques sont engagées. Elles mettent ici ou là des principes de subventions contestés, des règles de croit bafouées avec des sanctions financières dont les montants paraissent vertigineux. Cet échange n’est pas à l’opposé des propos tenus par notre premier intervenant qui n’avait pas manqué de mettre en avant la période difficile traversée par l’OMC. Il fut complémentaire et particulièrement utile. Evidemment, la Chine fut, à maintes reprises, citée dans une dynamique économique que rien ne doit arrêter.

Jean-Marie Paugam

Pour clore ce séjour à Genève, il nous a paru intéressant de solliciter un chercheur travaillant sur les nouvelles routes de la soie. C’est une façon de compléter l’ensemble des conférences réalisées au cours du cycle annuel de la 30ème SMHES. Monsieur Benno Zogg du Center for Security studies de Zurich s’est plié à cet exercice et les auditeurs lui en sont reconnaissants. Sa présentation fut remarquable. Elle n’a pas fondamentalement marqué de différences avec les chercheurs français que nous avions sollicités antérieurement. C’est donc le signe d’une certaine vision partagée des incidences de ces nouvelles routes de la soie. Une vision qu’il faudra approfondir dans le temps. Et s’agissant de ce projet, le temps long doit être retenu à l’instar de celui qui convient le mieux à la philosophie chinoise au moment où les Européens sont piégés pas l’instantanéité des faits et les réponses qu’il faut apporter.

Benno Zogg

Finalement, pour paraphraser Jean Monnet, nous pourrions presque affirmer que « le monde se fera dans les crises et qu’il sera la somme des solutions apportées à ces crises ». Il reste donc à trouver les mécanismes permettant cette addition. A défaut, le chacun pour soi risquerait de produire des effets collatéraux dont il faut souhaiter qu’ils ne produisent pas d’effets dévastateurs. Mais, il convient d’être optimiste et la réflexion prospective et stratégique, le débat d’idées voire le combat des idées sont de précieux moteurs du changement. Les auditeurs de la 30ème SMHES auxquels je resterai fidèlement attaché y contribueront à leur manière. Il y a certes quelques imperfections dans la conduite de leurs travaux. Mais il y a aussi une formidable richesse.  C’est celle que je retiens. Et je les en remercie. A n’en pas douter, leur thème d’étude n’a pas fini de faire couler de l’encre ici à Genève et très probablement dans le reste du monde.

Vidéo – Inscriptions à la 31ème Session méditerranéenne d’études stratégiques

Les inscriptions sont ouvertes !

Les grands enjeux géostratégiques vous intéressent ? Les questions de défense et sécurité aussi ? Acteurs responsables des secteurs public et privé, rejoignez la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques SMHES, une session unique, en partenariat avec l’IHEDN.

Le directeur général de l’institut FMES, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur et le directeur des SMHES, le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre présentent l’institut FMES et les SMHES, qui célèbrent cette année leur 30ème anniversaire. Ils sont rejoints par trois auditeurs de la 30ème SMHES, apportant leur témoignage.

Le thème d’étude de cette session 2020-2021 : “Les conséquences géopolitiques des enjeux environnementaux en Méditerranée”.

 

Programme 31ème SMHES 2020 – 2021

Bulletin de candidature – 31ème session

Plaquette de présentation des SMHES

Institut FMES : Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – Au rendez-vous de la sécurité intérieure et d’acteurs économiques du territoire

Ce devait être le clap de fin de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ! Le contexte très particulier d’aujourd’hui en a voulu autrement et les auditeurs, pour leur plus grande satisfaction, pourront se retrouver au mois de septembre prochain pour leur mission d’études à Genève. Il est souvent dit que ses sessions rassemblant des auditeurs d’horizon très différent sont sans doute l’ultime endroit où l’on peut encore se faire des amis. Oui, assurément des liens se tissent et le réseau au sens humain se consolide au fil des séminaires. Le sentiment d’appartenir à une communauté singulière appelée à échanger au-delà même des périodes réalisées au cours du cycle académique est évidemment un très bel objectif. Il me parait être atteint. Il est peut-être même l’un des principaux objectifs car il permettra à des cadres responsables de partager des réflexions couvrant d’autres domaines que celui de l’incidence des nouvelles routes de la soie en Méditerranée, thème retenu pour le cycle 2019 – 2020. C’est ce partage qui permettra de relever les défis de demain. C’est ce partage qui permettra de ne pas être approximatif dans l’analyse d’un contexte, d’une situation et qui permettra d’en dessiner les perspectives. Si le contexte sanitaire pèse lourdement aujourd’hui sur nos vies professionnelles et privées et qu’il a résolument pris une dimension mondiale, certains événements eux-aussi se répandent comme une traînée de poudre avec de potentiels troubles à la sécurité publique. Cet homicide commis aux Etats-Unis, au-delà de son caractère inadmissible, a placé sur le devant de la scène les violences policières pouvant conduire à de telles issues. Assurément condamnable, il ne faut pour autant pas caricaturer les actions de nos forces de sécurité intérieure.

Ce n’était pas le thème de ce séminaire mais la rencontre programmée avec la gendarmerie nationale a évidemment abordé ce sujet. Cette force armée est un acteur clé de la sécurité intérieure et se distingue des forces de police par son attachement historique au ministère des armées même si elle aujourd’hui placée sous la tutelle du ministère de l’intérieur. C’est d’ailleurs l’une des plus ancienne institution française, héritière de la Maréchaussée, et dont certains pays se sont inspirés. Si dans les institutions de défense et de sécurité, l’homme reste, quelle que soit sa spécialité, l’acteur central, il est incontestable que cette dimension humaine revêt un caractère encore plus déterminant au sein des forces de la gendarmerie. Le général de corps d’armée Marc Lévêque a tenu lui-même à venir à la rencontre des auditeurs de la 30ème SMHES le jeudi 11 juin en y consacrant une matinée entière. Il a particulièrement souligné ce caractère dans les actions menées par ses unités sur le territoire dont il a la responsabilité.  Il faut d’ailleurs ici préciser l’importance du périmètre géographique car il ne se limite à la seule Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur en s’étendant à l’Occitanie et la Corse au titre des responsabilités exercées pour la Zone de Défense et de sécurité Sud. C’est donc 6 groupements de gendarmerie départementale, 3 groupements de gendarmerie mobile stationnés à Hyères, Nîmes et Toulouse ainsi que des détachements aériens qui lui sont rattachés pour emploi pour ne citer que quelques éléments ; des composantes essentielles utilisées au quotidien pour assurer notre sécurité. Le spectre des missions est très large allant des missions de police administrative, judiciaire et des celles de sécurité publique et d’assistance portée aux populations. C’est aussi de nouveaux enjeux face à la multiplication des nouvelles menaces. La lutte contre le terrorisme a marqué les esprits et continue d’être une priorité.  La lutte aujourd’hui pour contrer les menaces de la cybercriminalité constitue un enjeu de poids pour sécuriser l’utilisation des outils connectés qui irriguent désormais les particuliers et les professionnels dans une transition numérique en plein essor.

Cette rencontre avec la gendarmerie nationale a donc complété la formation dispensée au cours de ce cycle académique. Il a permis d’être au contact de tous les acteurs institutionnels de la défense et de la sécurité. Les auditeurs, dans l’exercice de leurs responsabilités actuelles et futures, sauront faire la part des choses et pourront faire valoir leur appréciation le cas échéant. C’est l’esprit de défense en somme qu’ils ont acquis ou consolidé au cours de leur session.

En début d’après-midi, ils avaient un autre rendez-vous régional. Monsieur Philippe Vitel, vice-président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, ancien auditeur des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques, a tenu à échanger avec la 30ème SMHES après une intervention présentant les formidables atouts régionaux et les grands enjeux de demain. Cette personnalité, particulièrement bien placée pour aborder les questions de défense et de sécurité compte tenu des son engagement politique qui l’avait conduit à être vice-président de la commission de la défense nationale et des forces armées, a permis aux auditeurs de mieux appréhender le rôle régional au profit d’un écosystème industriel de défense et de technologie duale qui place la région au deuxième rang national. Ce rôle devrait s’accroître dans le temps et la volonté de décentraliser les actions de l’Etat y concourra significativement.  Ce temps d’échange fut précieux et particulièrement apprécié des auditeurs.

Le vendredi 12 juin, nous avions programmé une rencontre avec un acteur économique régional et institutionnel pour le ministère des armées. Il s’agit de l’atelier industriel de l’aéronautique (AIA) de Cuers-Pierrefeu. Cette visite, nous la devons au directeur de l’établissement, l’ingénieur général Nicolas Frager, qui nous a ouvert ses portes tout en adoptant les mesures s’imposant compte tenu du contexte sanitaire. Les auditeurs ont été sensibles à cette démarche et n’ont pas regretter le déplacement. Cet AIA relève du service industriel de l’aéronautique, service de soutien de l’armée de l’air à vocation interarmées, dont les actions sont centrées sur le maintien en condition opérationnelle des moyens aéronautiques du ministère des armées. Il intervient plus particulièrement pour la maintenance des aéronefs de la marine nationale, des équipements missiles et assure également la fabrication et la réparation des radômes et structures en composite. S’agissant des radômes, c’est véritablement un domaine d’excellence, qui équipent des aéronefs de combat et des aéronefs de la gamme commerciale. Enfin, au regard de son statut, l’AIA de Cuers-Pierrefeu est une véritable entreprise qui compte plus de mille personnes sur le site. Son caractère exceptionnel mérite le détour pour y découvrir les indispensables savoir-faire garantissant la disponibilité opérationnelle des équipements militaires durement éprouvés dans les opérations actuelles.

Pour clore ce séminaire de « territoire », il nous était impossible de ne pas s’attarder un instant sur une pépite industrielle plus que centenaire. Il s’agit de la CNIM, ou entreprises de constructions navales et industrielles de la Méditerranée dit aujourd’hui de constructions industrielles de la Méditerranée. Les auditeurs n’ont pas eu l’opportunité de se rendre sur le site car les conditions d’accueil n’auraient permis de respecter les mesures barrières prescrites. Alors l’un des leurs, Pierre Jérôme Acquaviva, lui-même ingénieur et chef de projet au sein du groupe, a réalisé une présentation complète soulignant les implications industrielles dans de multiples domaines tels que ceux de l’environnement, l’énergie mais aussi bien sûr ceux de la défense et des hautes technologies. La CNIM, c’est aussi l’histoire d’une famille tournée vers l’innovation. C’est l’histoire d’une équipe qui traverse le temps avec parfois quelques obstacles dressés sur le chemin. Mais, c’est l’innovation qui fait la différence et qui assoie cette crédibilité inaltérable dans le temps. Les technologies développées apparaissent précieuses pour ne pas dire stratégique, notamment dans le domaine du nucléaire. La diversité des actions menées ouvre aussi de nouvelles perspectives. La CNIM est, pour faire court, une fierté du territoire ancrée à la ville de la Seyne sur mer qui en fut le berceau. Ce groupe est en quelque sorte le fruit d’hommes qui ont su rêver à des choses inédites[1]. C’est ce rêve qu’il faut porter pour relever les défis à venir. C’est donc un exemple à suivre.

Nous avons donc terminé notre cycle de séminaires ici à Toulon là où nous avions commencé en octobre dernier l’étude du thème relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. C’est passé le temps d’un éclair avec, il est vrai, quelques obstacles dans la réalisation de la 30ème SMHES qui a tenu bon. Je remercie les auditeurs de la confiance qu’ils ont accordé à leur équipe pédagogique et leur donne rendez-vous pour livrer les conclusions de leur étude le 5 septembre prochain après leur mission d’étude à Genève.

 

[1]John Fitzgerald Kennedy

FMES : Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) au contact de l’armée de terre

Au contact ! Dans un contexte où la distanciation sociale prévaut, ce slogan pourrait paraître inapproprié et pourtant il n’en demeure pas moins très pertinent à l’occasion du premier séminaire post déconfinement.  L’armée de terre a en effet reçu les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques : un contact utile pour appréhender les grands enjeux d’une institution en perpétuelle mutation. Cette rencontre s’inscrit dans l’acculturation des auditeurs aux grands enjeux de défense et de sécurité, partie intégrante de la formation des SMHES. Au moment où le COVID 19 constitue un point de fixation de l’actualité, il n’était pas inutile de rappeler les engagements de nos armées. Bien sûr, l’opération « Résilience » lancée le 25 mars dernier démontre, s’il en était besoin, la qualité du soutien de nos armées pour venir en aide aux populations et en appui aux services publics en métropole et en outre-mer. Elle ne doit pas faire oublier, qu’ailleurs et souvent loin de nos frontières, d’autres opérations se poursuivent. Il faut en effet se rappeler que quelques cinq milliers d’hommes poursuivent leurs actions déterminées de lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne. Cette opération du nom de « Barkhane » représente une sollicitation très lourde au plan opérationnel dans un contexte difficile. Son issue dépend bien sûr des résultats enregistrés sur le terrain mais aussi et surtout de l’implication des pays du Sahel directement concernés. Rien ne pourra en effet se faire sans une implication politique rétablissant une stabilité des pays où les tensions internes sont fortes. N’oublions pas non plus l’opération « Chammal » qui consacre la participation des forces armées françaises au sein de la coalition contre l’Etat islamique, aux guerres d’Irak et de Syrie. L’intérêt de cette actualité a sans doute été placé au second plan face une pandémie dont il est vrai qu’elle revêt une dimension exceptionnelle. Pourtant, l’histoire de nos armées retiendra le prix payé en opérations extérieures avec, encore très récemment, la mort au combat de deux légionnaires du 1er régiment étranger de cavalerie que nos auditeurs auront la chance de visiter.

Mais c’est d’abord à Marseille, ce jeudi 28 mai, qu’une première présentation de l’armée de terre a été réalisée au sein de la troisième division. Son chef, le général de division Laurent Michon a tenu à accueillir lui-même les auditeurs de la session pour leur présenter l’un des deux piliers des forces terrestres destinées à armer les unités projetées à l’extérieur du territoire et sur le territoire national.

Au-delà des capacités des différents régiments armant les brigades de cette division, c’est aussi une présentation soulignant toute l’énergie nécessaire pour bâtir des cycles opérationnels garantissant le juste niveau de préparation des forces et les dispositions prises pour les régénérer. Nous mesurons alors tout le questionnement pesant sur le format de nos armées dans une période où la densité des engagements est particulièrement élevée. En tout état de cause, nos armées restent au rendez-vous de ces exigences opérationnelles et comptent sans doute parmi les seules en Europe à tenir de tels engagements.

En début d’après-midi, les auditeurs avaient rendez-vous à Carpiagne au 1er régiment étranger de cavalerie. C’est 100 ans d’histoirequi allaient leur être livrés dans un régiment où des hommes étrangers choisissent délibérément de servir la France. C’est une singularité française qui n’a nulle part ailleurs d’égal même s’il existe une légion espagnole qui se distingue malgré tout par un recrutement exclusif d’hispanophones. Cette singularité française renvoie une exceptionnelle image de la légion étrangère où l’on devient français par le sang versé, formule retenue récemment comme appellation d’un texte de loi permettant de conférer par une procédure exceptionnelle la nationalité française à tout légionnaire blessé en opérations qui en exprime le souhait. Bien sûr aujourd’hui, une procédure classique permet au légionnaire de demander sa naturalisation au terme d’un temps d’activité au sein de la légion étrangère. La légion conjugue donc habilement ses traditions et sa modernité. Cette rencontre du 1er régiment étranger de cavalerie a eu lieu au moment où le régiment presque complet est engagé au sein de l’opération « Barkhane ». C’est donc la « base arrière » composée d’un escadron qui a reçu les auditeurs de la 30ème SMHES. Nous sentions le regard de nos hôtes tournés parfois vers le Sud recherchant leurs camarades engagés aux quatre coins de la bande sahélo-saharienne. Ce fut l’occasion d’assister à des présentations statiques de matériels dont l’AMX 10 RC, engin blindé de reconnaissance et de combat qui sera progressivement remplacé par le Jaguar, engin blindé polyvalent dont l’arrivée est prévue en 2020.

 

Bien sûr, il était très important de faire un passage dans la salle d’honneur du régiment. Ces traditions sont fortes et marquent de façon indélébile l’héritage des anciens dont les faits d’armes sont nombreux depuis près d’un siècle.

Les auditeurs ont été sensibles aux échanges très directs entretenus avec des militaires dont le béret vert ou le képi blanc est affiché avec une fierté légitime.

Le contact s’est poursuivi le vendredi 29 mai avec une présentation très complète de l’école de l’aviation légère de l’armée de terre. Le général de brigade Jean-Yves Bouillaud a lui-aussi tenu à accueillir les auditeurs de la session. Cette implantation est aujourd’hui le pivot de l’aérocombat pour l’armée de terre et un véritable centre d’excellence pour nos armées dans la formation des équipages et des mécaniciens. Un exemple évident d’une dynamique interarmées parfaitement aboutie. Qui plus est, c’est aussi un centre de formation européen pour ce qui concerne la formation des équipages allemands sur l’hélicoptère Tigre.  Enfin, cette visite a permis de mesurer le chemin parcouru avec des hélicoptères de combat et de manœuvre dont les performances n’ont plus grand-chose à voir avec les flottes antérieures qu’il s’agisse de la gazelle ou du puma malgré les éminents services rendus. L’aérocombat, en Afghanistan ou dans la bande sahélo-saharienne, est désormais une nécessité opérationnelle absolue. Le besoin d’équipements nouveaux agiles et discrets à l’image du futur hélicoptère interarmées Guépard confirme s’il en était besoin l’importance accordée par nos armées à cette composante.

Cette étape devait clore cette rencontre avec l’armée de terre. Soulignons que dans le contexte que nous vivons, elle témoigne de son exemplarité à recevoir dans des conditions exceptionnelles les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Toutes les précautions étaient prises mais elles n’étaient pas un refuge pour ne pas autoriser une telle visite. Nos auditeurs ont évidemment apprécié. Ils sauront d’ailleurs porter à l’extérieur les messages reçus. Ils ont par ailleurs été très admiratifs des valeurs portées par des soldats dont le sens du service est une évidence.

 

A leur retour, ils se sont remis au travail pour fournir une analyse très avancée sur les grands enjeux des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. La fin de la session est proche et les travaux s’accélèrent. Au contact leur a donné un nouvel élan. La version digitalisée des séminaires dans la période de confinement a certes été profitable mais rien ne remplace ce « contact » direct et les visites de terrain. Rendez-vous en juin prochain…

Séminaire du mois de mars de la 30ème SMHES – Le COVID 19 est un frein qui ne ralentit pas tous les engagements…

Conférence en ligne d’Emmanuel Véron

Fallait-il interrompre le rythme soutenu de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ? L’interrompre face à une crise d’ampleur inégalée dans notre histoire récente ! L’histoire de générations dont seules celles de nos aînés ont connu les privations, et pas seulement celles des libertés individuelles. Ce contexte, pesant pour chacun d’entre nous, nous rappelle qu’il faut savoir s’adapter aux situations. Il faut aussi savoir y apporter une réponse. Une réponse rapide et à l’évidence collective. Et c’est là sans doute que l’exercice apparaît plus difficile, tant les uns et les autres se sont habitués à ne pas nécessairement tenir compte des autres pour avancer. Cette crise sanitaire, sans précédent, encore qu’il n’y a pas si longtemps tout le monde craignait le pire lors de l’épisode grippal A – H1N1, une forme nouvelle dont les effets auraient pu être similaires à ceux de la grippe espagnole de 1918 qui fit, faut-il le rappeler ici, plus de cinquante millions de morts, n’a sans doute pas encore dit son dernier mot. Pour autant, il convient sans doute de ne pas noircir le tableau car l’effet de la pandémie, renforcé par la mondialisation, révèle également une mobilisation mondiale. Cette mobilisation, si elle se concrétise, pourrait atténuer les conséquences pour les populations, même si cela n’est pas de nature à affaiblir la douleur de ceux qui perdront un être cher. Affaiblir la menace voire la neutraliser car nous pouvons faire confiance à la capacité des chercheurs qui finiront par trouver l’anti poison d’un virus qui aura fait son entrée dans l’histoire.

Alors, oui la réponse est claire, il ne fallait pas interrompre la session en cours mais la poursuivre pour réfléchir collectivement aux grands enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. D’ailleurs, le thème relatif aux « risques et opportunités des nouvelles routes de la soie » est plus que jamais d’actualité. Il n’y a pas si longtemps, personne ne connaissait Wuhan, capitale de la province de Hubei qui compte plus de 11 millions d’habitants et dont le confinement généralisé de la population fut une première dans l’histoire. Ce thème plus connu sous le nom de « Belt and Road Initiative », déjà caricaturé avec mauvais goût sous le nom de « New Sick Road » avait permis aux auditeurs d’identifier les facteurs de risques à la fois pour nos sociétés et les ambitions chinoises. Mais ce facteur sanitaire est nouveau. Il influe évidemment sur les perspectives initiales de ce défi de très grande ampleur.

Si ce facteur de risque est d’abord d’ordre sanitaire, il est encore davantage au plan économique. Il va falloir inexorablement tirer les conséquences de la perte progressive de l’autonomie stratégique de certains pays, dont une partie de l’approvisionnement dépendait des chaines de production chinoises. Aujourd’hui, le débat sur l’approvisionnement des masques FFP2 (Filtering Face Piece) pourrait rapidement mettre en avant cette forme de dépendance conjuguée à une réduction drastique des stocks considérés comme trop chers lors de l’épisode de la grippe A H1N1 de 2009 à 2010. Deux constats s’imposent donc. Le premier est celui de conserver son autonomie stratégique quoi qu’il arrive. C’est déjà un devoir complexe auquel il faut s’atteler rapidement. Modestement, les Think Tank, en l’absence totale de conflits d’intérêts, peuvent apporter des réponses. Deuxième constat, il est irréaliste de penser pouvoir capitaliser financièrement sur une crise. Lorsque des postures même adéquates sont adoptées, elles ont un coût et le retour sur investissement peut être faible voire nul. Le traitement sanitaire de la pandémie grippale précédemment cité avait été remarquable et on ne peut que se réjouir des résultats enregistrés. Pourtant, les dividendes n’ont été que virtuels, par comparaison au coût qu’aurait engendré une catastrophe sanitaire. Ce gain sous-évalué, associé au retour d’expérience positif qui a démontré la pertinence des réflexions engagées sur la continuité de l’action gouvernementale nous montre la voie d’une préparation aux crises qui, par définition, sortent d’une épure classique de recherche de l’efficience.

Alors, doublement oui, il fallait poursuivre les travaux de la session. Ce sont ces travaux qui contribueront à apporter les bonnes réponses pour mieux appréhender les crises et en maîtriser au meilleur niveau les différents ressorts.

Les poursuivre certes mais dans un mode nouveau qui respecte les règles de confinement. Nous le voyons aujourd’hui, la discipline, qui sous-tend l’observation des lois, des règlements et des obligations auxquels doit se soumettre un groupe, n’est pas acquise d’emblée. Les règles édictées ne sont peut-être pas la réponse absolue au traitement de cette crise mais elles en sont un instrument indubitablement efficace dans l’attente des autres leviers infléchissant le rythme pandémique. Troisième constat donc, il faudra tirer les leçons d’un civisme adapté aux exigences de notre temps. On ne peut pas indéfiniment contester telle ou telle posture pour ensuite s’interroger sur l’action de l’Etat et tout en attendre. Les principes régaliens dans la gestion des crises doivent reprendre leur primauté. Cette crise sanitaire rappelle que tout n’est pas dans les mains exclusives des acteurs économiques et dans la recherche du profit. D’ailleurs, nous le voyons bien, les dispositions prises qui seront déterminantes pour ne pas ajouter à cette crise de santé publique une crise économique et financière seront celles de l’Etat. Ici aussi, cela ne fait que confirmer la nécessité de réfléchir en profondeur à tous les sujets qui structurent nos sociétés dans un monde qui réapprend le tragique de l’Histoire.

Fort heureusement, les modes alternatifs existent et nous avons, d’une certaine manière, digitalisé le séminaire du mois de mars. C’était une première pour l’institut FMES et elle souligne de nouvelles pistes d’échanges possibles dans le cadre des formations qu’il dispense. Nous avons donc réalisé des travaux de comité pour la session qui s’est organisée en trois groupes de travail portant chacun un scénario sur le thème d’étude. Plaisir donc de retrouver les auditeurs qui ont pu rejoindre cette salle de réunion virtuelle le jeudi 19 mars, certains étant excusés parce qu’ils sont concernés de près ou de loin dans le soutien apporté à la gestion de cette crise sanitaire.

Le lendemain, le jeudi 20 mars, nous avons présenté les travaux à l’université de Toulon pour initier un échange sur l’approfondissement des recherches à réaliser pour étayer les différents scénarii. Enfin, pour parachever cette session « extraordinaire », Emmanuel Véron a prononcé une intervention sur les grands axes qui structurent les nouvelles routes de la soie en apportant un éclairage particulier sur les interactions de la Chine avec l’Afrique, continent qui prolonge stratégiquement l’espace méditerranéen. Evidemment, nous souhaiterions renouer avec les modes habituels de fonctionnement pour le séminaire du mois d’avril. Mais il nous faut préparer des solutions alternatives.

Cette posture prise pour les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques n’est d’ailleurs pas exclusive aux sessions car elle est appliquée dans d’autres domaines. L’institut FMES, centre ressources de la Région Sud, est très largement impliqué dans l’appui à l’économie de défense et se doit de maintenir son niveau d’activité au profit des acteurs économiques qui auront besoin de souffle pour tenir dans la durée. L’institut FMES confirmera sa résilience pour poursuivre sa mission avec un seul objectif, celui de servir l’intérêt général. En attendant des jours meilleurs pour ce printemps, nous retiendrons que l’homme se découvre en se mesurant avec l’obstacle comme devait l’écrire Antoine de Saint-Exupéry. Dont acte… nous les surmonterons !

Travaux de comité sous la direction du professeur des universités Didier Leandri, de Sea Tech.