Formations FMES

Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – dans le berceau du multilatéralisme

La 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques arrive au terme de son parcours. Elle aura vécu des étapes très riches avec néanmoins quelques turbulences. Le contexte inédit de la crise sanitaire du COVID 19 en a évidemment été à l’origine. Ces turbulences ne l’auront pas pour autant empêcher d’atteindre sa destination.  Une session qui se termine, c’est aussi un élan nouveau qui s’annonce. La 30ème SMHES s’est engagée à maintenir les liens établis entre les auditeurs au cours d’une année de partage. C’est aussi cela la mission des SMHES que de créer un réseau robuste et vivant.  

Les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques se sont finalement retrouvés à Genève pour clore leur année de réflexion sur leur thème d’étude. Cette mission, initialement programmée en Algérie, avait pour objectif de les confronter aux réalités du terrain. Il s’agissait en effet de mesurer les actions concrètes induites par la mise en œuvre des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Les contraintes sanitaires n’ont pas permis la réalisation de cette mission et une solution alternative devait être envisagée. Le choix de Genève s’est vite imposé car aller à la rencontre des responsables de l’organisation des Nations unies ouvrait une opportunité unique d’appréhender globalement les enjeux de ces nouvelles routes de la soie à l’échelle mondiale. Ce déplacement permettait aussi de mieux cerner les mesures sanitaires telles qu’elles ont été préconisées par l’Organisation mondiale de la santé. Enfin, au moment où les leviers du multilatéralisme ne semblent plus produire les effets attendus, une appréciation de situation du rôle des organisations internationales s’avérait particulièrement utile dans le cadre du thème d’étude de la session.

La 30ème SMHES devant l’Organisation des nations unies

Au préalable, il est toujours utile de rappeler l’origine de ces organisations dont la vocation était de trouver le meilleur chemin pour maintenir la paix dans le monde. Car tel était l’objectif du traité signé à Versailles au lendemain de la Première guerre mondiale avec la création de la société des nations. La SDN devait être le moteur d’actions multilatérales permettant de maintenir la paix universelle. C’était une conséquence du rêve porté alors par de nombreux philosophes. Mais cette organisation sera totalement discréditée avec une seconde vague d’extrême violence au cours de la Seconde guerre mondiale. C’est donc la fin du rêve de la paix perpétuelle (Emmanuel Kant).L’Organisation des nations unies allait alors prendre la place. Son objectif sera aussi celui de maintenir la paix et la sécurité internationale avec moins de profondeur philosophique et plus de réalisme dans la mise en œuvre des actions de portée internationale. Entrée en vigueur le 24 octobre 1945, la charte des Nations unies a été signée par 51 États le 26 juin 1945. L’organisation compte aujourd’hui 193 États membres. Son origine caractérise sans doute le mieux la volonté occidentale au lendemain des heures sombres de son histoire. Puis, avec le transfert à New-York du siège de l’organisation, cette volonté est relayée aux Etats-Unis avec un recul de la puissance occidentale au moment où son empire connaissait progressivement le déclin. Genève constitue donc le creuset où se regroupent toutes les organisations internationales sous leurs différentes formes. C’est véritablement le berceau du multilatéralisme. Le berceau d’un multilatéralisme dont la mise en œuvre soulève aujourd’hui de multiples questions.

De fait, le thème d’étude de la 30ème session soulève aussi d’importantes questions sur le jeu des puissances et donc sur la forme de leurs relations. En particulier, la puissance chinoise a modifié substantiellement les équilibres qui prévalaient jusqu’alors. D’un monde unipolaire où s’affirmait tous azimuts l’hyperpuissance américaine, nous sommes passés à un monde multipolaire où les puissances s’affirment unilatéralement dans leur diplomatie ou leur économie. A cet égard, la Chine tient une place singulière dans le concert des Nations. Cette place soulève d’importantes interrogations. Les instances internationales ne semblent plus disposer des leviers pour réguler l’économie mondiale. La mondialisation a totalement libéré l’économie de marché créant une forme de jungle où les États placent désormais les autres États devant le fait accompli.  

Finalement, cette mission d’étude à Genève s’imposait d’elle-même. Sans doute d’ailleurs faudra-t-il l’inclure dans le programme des sessions ultérieures car les échanges réalisés avec les différents piliers de l’organisation des Nations unies sont indispensables à la compréhension des principaux enjeux de ce monde. La démonstration en sera faite au cours de ce séjour.

Une partie des auditeurs dans le jardin de la villa des Ormeaux

Dès le jeudi 3 septembre, les auditeurs ont pu apprécier le cadre plutôt agréable des échanges. Les contraintes sanitaires nous ont en effet imposé de réaliser nos différentes rencontres à la villa des Ormeaux située sur la rive droite du Léman. C’est le siège de la mission permanente de la France auprès de l’office des Nations unies. C’est aussi un lieu de partage puisque le représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarmement y déploie également ses équipes.

C’est d’abord monsieur Victor do Prado, diplomate brésilien et directeur exécutif de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a tenu à venir à la rencontre des auditeurs. Son intervention, dans un français impeccable, a évidemment suscité un immense intérêt. Sans en détailler toutes les facettes, elle a souligné les difficultés de mise en œuvre d’une régulation économique mondiale. La logique du rapport de force entre les États semble désormais s’imposer y compris dans les instances juridictionnelles. Cette situation souligne en particulier la vive tension entre les États-Unis et la Chine sur de profonds différends commerciaux. Au-delà des difficultés, l’Organisation mondiale du commerce s’inscrit malgré tout dans une réforme de fond qui doit prendre en compte un contexte économique mondial profondément changé. L’élection à venir de son futur directeur général sera sans doute un signal fort de ce changement de posture. Enfin, l’épisode du COVID 19 a eu une forte incidence sur le commerce mondial révélant de réelles vulnérabilités. De cet épisode pourraient résulter de nouveaux équilibres dans les domaines de la production et de la souveraineté industrielle. 

Victor Do Prado devant les auditeurs

Le deuxième rendez-vous nous replaçait au cœur de l’actualité portée par la crise du COVID 19. Madame Sylvie Briand, directrice du département des pandémies et épidémies de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait un point très complet de la situation. L’OMS a fait au mieux dans un contexte difficile. Si ce message est entendu, il souligne néanmoins une fois encore la fragilité des instances internationales. Au-delà de son action déterminée, l’action multilatérale qui aurait pu prévaloir n’a donc pas pris la forme attendue. Le désengagement financier des États-Unis de l’OMS en dit long sur les vulnérabilités nouvelles auxquelles il faudra faire face. Car le risque d’épidémie ou de pandémie restera un sujet sensible. La crise du COVID 19 est une alerte sérieuse dont il faudra tirer toutes les leçons. Par ailleurs, cette crise a sans aucun doute freiné l’élan chinois des nouvelles routes de la soie. Dès le 16 mars dernier, les auditeurs avaient intégré dans leurs travaux ce nouveau paramètre qui allaient modifier la déclinaison des différents scénarios envisagés.

Sylvie Briand

Il était donc intéressant de poursuivre cette journée avec la présence du GCSP (Geneva Center for Security Policy). La création de cette fondation remonte au début des années 1980. La première rencontre entre le Président des Etats-Unis Ronald Reagan et le premier secrétaire du parti communiste Mikhail Gorbatchev durant la guerre froide avait souligné la nécessité de mettre en œuvre un centre de formation internationale dédié aux questions de sécurité. Le GCSP fut créé à cette occasion sous l’impulsion du ministère des affaires étrangères suisse. Pour ce qui concerne les auditeurs de la 30ème SMHES, le rendez-vous genevois proposait d’aborder la question de la gestion des crises. Le directeur des opérations, le général (2s) Philippe Meyer accompagné de monsieur David Horobin et de madame Clémentine Gaspar ont présenté les paramètres déterminants d’une crise et les clés indispensables favorisant le retour aux conditions normales. Au bilan, cette rencontre démontre qu’en matière de gestion de crise, il faut encourager toutes les initiatives de ce type. Elles peuvent opportunément s’appuyer sur des organismes tels que l’institut FMES. Cela conforte donc une dynamique d’ores et déjà envisagée au profit des décideurs publics ou privés.  

L’équipe du GSCP

Après une première journée d’échanges avec les représentants de deux très importants organismes des Nations unies (OMC – OMS), les rendez-vous du vendredi 4 septembre se sont concentrés sur la vision des représentants français au sein de nos missions permanentes installées à Genève. L’opportunité était ainsi donnée aux auditeurs de mesurer les éventuelles divergences de vues sur les outils de régulation de l’économie mondiale et l’approche globale de la crise du COVID 19.  

Mais ce fut d’abord un rendez-vous consacré aux fondamentaux de la culture stratégique. Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarment à Genève, a tenu personnellement à prononcer cette intervention à l’attention de nos auditeurs. Dans une période marquée par l’imprévisibilité des situations et un retour à des logiques de rapport de force des Etats quel que soit le type d’action concernée, le constat dressé par notre représentant démontre la nécessité de bien comprendre le siècle d’histoire de nos organisations internationales dont la vocation était de promouvoir les leviers concourant à la sécurité internationale. Il a probablement souligné un point d’inflexion des mécanismes internationaux au moment où les Etats rejettent le dialogue multilatéral dont le fruit n’est plus conforme à leurs attentes. Ce constat démontre aussi les évolutions liées aux générations qui n’ont pas connu les drames de la guerre et qui, d’une certaine manière, idéalisent le monde tel qu’elles voudraient qu’il soit face à la réalité du monde tel qu’il est. Dans un échange où les questions n’étaient pas convenues, la nécessité de réacquérir une culture stratégique s’impose d’elle-même. Le thème d’étude de la 30ème SMHES a donc le mérite de modestement y’concourir. Vous nous avez, monsieur l’ambassadeur, donné l’envie de revenir débattre !

L’ambassadeur Yann Hwang durant sa conférence

Il fut suivi par la rencontre de monsieur Jean-Marie Paugam, délégué permanent de la France auprès de l’OMC, dans des échanges très nourris sur le fonctionnement de la régulation économique mondiale. Ces échanges auraient pu être techniques et austères. Ils ont été clairs, précis et accessibles en apportant les clés de compréhension indispensable aux mécanismes de cette régulation. La mondialisation n’en a sans doute pas simplifié la mise en œuvre. Certaines règles sont contournées. Des procédures juridiques sont engagées. Elles mettent ici ou là des principes de subventions contestés, des règles de croit bafouées avec des sanctions financières dont les montants paraissent vertigineux. Cet échange n’est pas à l’opposé des propos tenus par notre premier intervenant qui n’avait pas manqué de mettre en avant la période difficile traversée par l’OMC. Il fut complémentaire et particulièrement utile. Evidemment, la Chine fut, à maintes reprises, citée dans une dynamique économique que rien ne doit arrêter.

Jean-Marie Paugam

Pour clore ce séjour à Genève, il nous a paru intéressant de solliciter un chercheur travaillant sur les nouvelles routes de la soie. C’est une façon de compléter l’ensemble des conférences réalisées au cours du cycle annuel de la 30ème SMHES. Monsieur Benno Zogg du Center for Security studies de Zurich s’est plié à cet exercice et les auditeurs lui en sont reconnaissants. Sa présentation fut remarquable. Elle n’a pas fondamentalement marqué de différences avec les chercheurs français que nous avions sollicités antérieurement. C’est donc le signe d’une certaine vision partagée des incidences de ces nouvelles routes de la soie. Une vision qu’il faudra approfondir dans le temps. Et s’agissant de ce projet, le temps long doit être retenu à l’instar de celui qui convient le mieux à la philosophie chinoise au moment où les Européens sont piégés pas l’instantanéité des faits et les réponses qu’il faut apporter.

Benno Zogg

Finalement, pour paraphraser Jean Monnet, nous pourrions presque affirmer que « le monde se fera dans les crises et qu’il sera la somme des solutions apportées à ces crises ». Il reste donc à trouver les mécanismes permettant cette addition. A défaut, le chacun pour soi risquerait de produire des effets collatéraux dont il faut souhaiter qu’ils ne produisent pas d’effets dévastateurs. Mais, il convient d’être optimiste et la réflexion prospective et stratégique, le débat d’idées voire le combat des idées sont de précieux moteurs du changement. Les auditeurs de la 30ème SMHES auxquels je resterai fidèlement attaché y contribueront à leur manière. Il y a certes quelques imperfections dans la conduite de leurs travaux. Mais il y a aussi une formidable richesse.  C’est celle que je retiens. Et je les en remercie. A n’en pas douter, leur thème d’étude n’a pas fini de faire couler de l’encre ici à Genève et très probablement dans le reste du monde.

Formation SMHES 5+5 Jeunes Diplômés

 

Dans le cadre du sommet « des deux rives », l’institut FMES a proposé la création d’une Session annuelle régionale avec les partenaires des pays du 5+5 (Espagne, France, Italie, Malte et Portugal pour le nord et Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie pour le sud). Cette Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) se décompose en deux séminaires d’une semaine, l’un au nord et l’autre au sud. Elle associe des jeunes diplômés civils et militaires. En 2021, de jeunes officiers-élèves des marines nationales y participeront. Ce rassemblement, qui s’inscrit en prolongement du Dialogue 5+5, permet de concrétiser le concept « d’identité Ouest-méditerranéenne », de valoriser la coopération entre les jeunes diplômés de cette région en les sensibilisant aux enjeux, risques et opportunités communs aux deux rives de la Méditerranée. L’institut FMES, à l’origine de cette formule, organise la première semaine de cette première édition « SMHES 5+5 jeunes diplômés » qui se déroulera à Toulon dans le sud de la France. La seconde se déroulera au sein de l’institut mauritanien d’études stratégiques (IMES) quelques semaines après.

Inscription : formation@fmes-france-org

 

Vidéo – Inscriptions à la 31ème Session méditerranéenne d’études stratégiques

Les inscriptions sont ouvertes !

Les grands enjeux géostratégiques vous intéressent ? Les questions de défense et sécurité aussi ? Acteurs responsables des secteurs public et privé, rejoignez la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques SMHES, une session unique, en partenariat avec l’IHEDN.

Le directeur général de l’institut FMES, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur et le directeur des SMHES, le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre présentent l’institut FMES et les SMHES, qui célèbrent cette année leur 30ème anniversaire. Ils sont rejoints par trois auditeurs de la 30ème SMHES, apportant leur témoignage.

Le thème d’étude de cette session 2020-2021 : “Les conséquences géopolitiques des enjeux environnementaux en Méditerranée”.

 

Programme 31ème SMHES 2020 – 2021

Bulletin de candidature – 31ème session

Plaquette de présentation des SMHES

« Terminé barre et machines » pour la 5e Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

Les auditeurs de la 5e Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

autour du général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN.

 

Quelle année pour les 35 auditeurs de la 5e Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » depuis leur première escale parisienne en septembre 2019 et les restitutions de leur travaux de comité. Leur longue navigation les aura conduit le long du littoral français à Boulogne, Brest, Calais, Dunkerque, Lorient, Marseille, Nantes, Saint-Nazaire, mais aussi Djibouti. Et c’est un peu groggy par « le mal de terre » et dans la plus stricte application des gestes barrières contre le COVID 19 qu’ils se sont retrouvés le 18 juin à l’École militaire pour les restitutions de leurs travaux.

Ils y ont tenu le traditionnel « colloque des auditeurs », présidé par le Contre-amiral Jean-François Quérat, Secrétaire général de la mer par intérim, pour lui présenter ainsi qu’à l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine et à Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français, le résultat de leurs réflexions sur les sujets qui les ont animés toute l’année. Il s’agissait des politiques et des stratégies de la France en Arctique, des énergies offshores ainsi que sur la montée des eaux.

À l’image de l’investissement des auditeurs et de leur cohésion forgée au cours de l’année, les présentations et les débats furent particulièrement riches et intéressants entre les auditeurs et leurs invités. Parmi ces derniers, les auditeurs des anciennes sessions qui étaient présents n’étaient pas les derniers à pousser leurs successeurs dans leurs retranchements.

Après les interventions du général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN, de Frédéric Moncany et de l’amiral Christophe Prazuck, le contre-amiral Jean-François Quérat a clôturé le séminaire en félicitant les auditeurs pour leurs travaux puis en leurs livrant ses réflexions sur les enjeux maritimes actuels et futurs de la France, notamment dans le cadre de prise par la France en 2022 de la présidence de l’Union Européenne. Que de pistes ainsi ouvertes pour les prochaines sessions ! Les futurs auditeurs ont du pain sur la planche.

C’est donc avec la satisfaction du devoir accompli, une cohésion encore renforcée et beaucoup de nostalgie que les auditeurs se sont quittés tard dans la nuit après le traditionnel buffet gaulois rythmé par des rires et des chants de marin. Pour autant, ils se retrouveront après les vacances pour effectuer leur mission Europe à Bruxelles, La Haye et Rotterdam et recevoir leur diplôme avec les auditeurs des autres sessions nationales.

Bien davantage qu’un aboutissement, ce diplôme d’auditeur de l’IHEDN représente une véritable lettre de mission pour l’avenir. C’est pourquoi, le contre-amiral Yves Postec, commandant de la marine à Paris et directeur du centre des études stratégiques de la Marine est venu leur présenter les réserves de la Marine. Jérôme de Labriffe, président de l’association des auditeur, et Hélène Mazeran leurs ont décrit les multiples possibilités d’action au sein de l’association. Autant de possibilités offertes aux auditeurs pour faire fructifier la formation reçue à l’IHEDN.

 

Ouverture du colloque par Didier Dillard, Président d’Orange Marine et fraîchement élu président de la session

 

Jérôme Bignon, sénateur de la Somme et auditeur d’une session précédente, en plein débat sur la montée du niveau des mers et des océans.

Jérôme Bignon, sénateur de la Somme et auditeur d’une session précédente, en plein débat sur la montée du niveau des mers et des océans.

Intervention de clôture de la session par le contre-amiral Jean-François Quérat, Secrétaire général de la mer par intérim.

Institut FMES : Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – Au rendez-vous de la sécurité intérieure et d’acteurs économiques du territoire

Ce devait être le clap de fin de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ! Le contexte très particulier d’aujourd’hui en a voulu autrement et les auditeurs, pour leur plus grande satisfaction, pourront se retrouver au mois de septembre prochain pour leur mission d’études à Genève. Il est souvent dit que ses sessions rassemblant des auditeurs d’horizon très différent sont sans doute l’ultime endroit où l’on peut encore se faire des amis. Oui, assurément des liens se tissent et le réseau au sens humain se consolide au fil des séminaires. Le sentiment d’appartenir à une communauté singulière appelée à échanger au-delà même des périodes réalisées au cours du cycle académique est évidemment un très bel objectif. Il me parait être atteint. Il est peut-être même l’un des principaux objectifs car il permettra à des cadres responsables de partager des réflexions couvrant d’autres domaines que celui de l’incidence des nouvelles routes de la soie en Méditerranée, thème retenu pour le cycle 2019 – 2020. C’est ce partage qui permettra de relever les défis de demain. C’est ce partage qui permettra de ne pas être approximatif dans l’analyse d’un contexte, d’une situation et qui permettra d’en dessiner les perspectives. Si le contexte sanitaire pèse lourdement aujourd’hui sur nos vies professionnelles et privées et qu’il a résolument pris une dimension mondiale, certains événements eux-aussi se répandent comme une traînée de poudre avec de potentiels troubles à la sécurité publique. Cet homicide commis aux Etats-Unis, au-delà de son caractère inadmissible, a placé sur le devant de la scène les violences policières pouvant conduire à de telles issues. Assurément condamnable, il ne faut pour autant pas caricaturer les actions de nos forces de sécurité intérieure.

Ce n’était pas le thème de ce séminaire mais la rencontre programmée avec la gendarmerie nationale a évidemment abordé ce sujet. Cette force armée est un acteur clé de la sécurité intérieure et se distingue des forces de police par son attachement historique au ministère des armées même si elle aujourd’hui placée sous la tutelle du ministère de l’intérieur. C’est d’ailleurs l’une des plus ancienne institution française, héritière de la Maréchaussée, et dont certains pays se sont inspirés. Si dans les institutions de défense et de sécurité, l’homme reste, quelle que soit sa spécialité, l’acteur central, il est incontestable que cette dimension humaine revêt un caractère encore plus déterminant au sein des forces de la gendarmerie. Le général de corps d’armée Marc Lévêque a tenu lui-même à venir à la rencontre des auditeurs de la 30ème SMHES le jeudi 11 juin en y consacrant une matinée entière. Il a particulièrement souligné ce caractère dans les actions menées par ses unités sur le territoire dont il a la responsabilité.  Il faut d’ailleurs ici préciser l’importance du périmètre géographique car il ne se limite à la seule Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur en s’étendant à l’Occitanie et la Corse au titre des responsabilités exercées pour la Zone de Défense et de sécurité Sud. C’est donc 6 groupements de gendarmerie départementale, 3 groupements de gendarmerie mobile stationnés à Hyères, Nîmes et Toulouse ainsi que des détachements aériens qui lui sont rattachés pour emploi pour ne citer que quelques éléments ; des composantes essentielles utilisées au quotidien pour assurer notre sécurité. Le spectre des missions est très large allant des missions de police administrative, judiciaire et des celles de sécurité publique et d’assistance portée aux populations. C’est aussi de nouveaux enjeux face à la multiplication des nouvelles menaces. La lutte contre le terrorisme a marqué les esprits et continue d’être une priorité.  La lutte aujourd’hui pour contrer les menaces de la cybercriminalité constitue un enjeu de poids pour sécuriser l’utilisation des outils connectés qui irriguent désormais les particuliers et les professionnels dans une transition numérique en plein essor.

Cette rencontre avec la gendarmerie nationale a donc complété la formation dispensée au cours de ce cycle académique. Il a permis d’être au contact de tous les acteurs institutionnels de la défense et de la sécurité. Les auditeurs, dans l’exercice de leurs responsabilités actuelles et futures, sauront faire la part des choses et pourront faire valoir leur appréciation le cas échéant. C’est l’esprit de défense en somme qu’ils ont acquis ou consolidé au cours de leur session.

En début d’après-midi, ils avaient un autre rendez-vous régional. Monsieur Philippe Vitel, vice-président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, ancien auditeur des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques, a tenu à échanger avec la 30ème SMHES après une intervention présentant les formidables atouts régionaux et les grands enjeux de demain. Cette personnalité, particulièrement bien placée pour aborder les questions de défense et de sécurité compte tenu des son engagement politique qui l’avait conduit à être vice-président de la commission de la défense nationale et des forces armées, a permis aux auditeurs de mieux appréhender le rôle régional au profit d’un écosystème industriel de défense et de technologie duale qui place la région au deuxième rang national. Ce rôle devrait s’accroître dans le temps et la volonté de décentraliser les actions de l’Etat y concourra significativement.  Ce temps d’échange fut précieux et particulièrement apprécié des auditeurs.

Le vendredi 12 juin, nous avions programmé une rencontre avec un acteur économique régional et institutionnel pour le ministère des armées. Il s’agit de l’atelier industriel de l’aéronautique (AIA) de Cuers-Pierrefeu. Cette visite, nous la devons au directeur de l’établissement, l’ingénieur général Nicolas Frager, qui nous a ouvert ses portes tout en adoptant les mesures s’imposant compte tenu du contexte sanitaire. Les auditeurs ont été sensibles à cette démarche et n’ont pas regretter le déplacement. Cet AIA relève du service industriel de l’aéronautique, service de soutien de l’armée de l’air à vocation interarmées, dont les actions sont centrées sur le maintien en condition opérationnelle des moyens aéronautiques du ministère des armées. Il intervient plus particulièrement pour la maintenance des aéronefs de la marine nationale, des équipements missiles et assure également la fabrication et la réparation des radômes et structures en composite. S’agissant des radômes, c’est véritablement un domaine d’excellence, qui équipent des aéronefs de combat et des aéronefs de la gamme commerciale. Enfin, au regard de son statut, l’AIA de Cuers-Pierrefeu est une véritable entreprise qui compte plus de mille personnes sur le site. Son caractère exceptionnel mérite le détour pour y découvrir les indispensables savoir-faire garantissant la disponibilité opérationnelle des équipements militaires durement éprouvés dans les opérations actuelles.

Pour clore ce séminaire de « territoire », il nous était impossible de ne pas s’attarder un instant sur une pépite industrielle plus que centenaire. Il s’agit de la CNIM, ou entreprises de constructions navales et industrielles de la Méditerranée dit aujourd’hui de constructions industrielles de la Méditerranée. Les auditeurs n’ont pas eu l’opportunité de se rendre sur le site car les conditions d’accueil n’auraient permis de respecter les mesures barrières prescrites. Alors l’un des leurs, Pierre Jérôme Acquaviva, lui-même ingénieur et chef de projet au sein du groupe, a réalisé une présentation complète soulignant les implications industrielles dans de multiples domaines tels que ceux de l’environnement, l’énergie mais aussi bien sûr ceux de la défense et des hautes technologies. La CNIM, c’est aussi l’histoire d’une famille tournée vers l’innovation. C’est l’histoire d’une équipe qui traverse le temps avec parfois quelques obstacles dressés sur le chemin. Mais, c’est l’innovation qui fait la différence et qui assoie cette crédibilité inaltérable dans le temps. Les technologies développées apparaissent précieuses pour ne pas dire stratégique, notamment dans le domaine du nucléaire. La diversité des actions menées ouvre aussi de nouvelles perspectives. La CNIM est, pour faire court, une fierté du territoire ancrée à la ville de la Seyne sur mer qui en fut le berceau. Ce groupe est en quelque sorte le fruit d’hommes qui ont su rêver à des choses inédites[1]. C’est ce rêve qu’il faut porter pour relever les défis à venir. C’est donc un exemple à suivre.

Nous avons donc terminé notre cycle de séminaires ici à Toulon là où nous avions commencé en octobre dernier l’étude du thème relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. C’est passé le temps d’un éclair avec, il est vrai, quelques obstacles dans la réalisation de la 30ème SMHES qui a tenu bon. Je remercie les auditeurs de la confiance qu’ils ont accordé à leur équipe pédagogique et leur donne rendez-vous pour livrer les conclusions de leur étude le 5 septembre prochain après leur mission d’étude à Genève.

 

[1]John Fitzgerald Kennedy

FMES : Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) au contact de l’armée de terre

Au contact ! Dans un contexte où la distanciation sociale prévaut, ce slogan pourrait paraître inapproprié et pourtant il n’en demeure pas moins très pertinent à l’occasion du premier séminaire post déconfinement.  L’armée de terre a en effet reçu les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques : un contact utile pour appréhender les grands enjeux d’une institution en perpétuelle mutation. Cette rencontre s’inscrit dans l’acculturation des auditeurs aux grands enjeux de défense et de sécurité, partie intégrante de la formation des SMHES. Au moment où le COVID 19 constitue un point de fixation de l’actualité, il n’était pas inutile de rappeler les engagements de nos armées. Bien sûr, l’opération « Résilience » lancée le 25 mars dernier démontre, s’il en était besoin, la qualité du soutien de nos armées pour venir en aide aux populations et en appui aux services publics en métropole et en outre-mer. Elle ne doit pas faire oublier, qu’ailleurs et souvent loin de nos frontières, d’autres opérations se poursuivent. Il faut en effet se rappeler que quelques cinq milliers d’hommes poursuivent leurs actions déterminées de lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne. Cette opération du nom de « Barkhane » représente une sollicitation très lourde au plan opérationnel dans un contexte difficile. Son issue dépend bien sûr des résultats enregistrés sur le terrain mais aussi et surtout de l’implication des pays du Sahel directement concernés. Rien ne pourra en effet se faire sans une implication politique rétablissant une stabilité des pays où les tensions internes sont fortes. N’oublions pas non plus l’opération « Chammal » qui consacre la participation des forces armées françaises au sein de la coalition contre l’Etat islamique, aux guerres d’Irak et de Syrie. L’intérêt de cette actualité a sans doute été placé au second plan face une pandémie dont il est vrai qu’elle revêt une dimension exceptionnelle. Pourtant, l’histoire de nos armées retiendra le prix payé en opérations extérieures avec, encore très récemment, la mort au combat de deux légionnaires du 1er régiment étranger de cavalerie que nos auditeurs auront la chance de visiter.

Mais c’est d’abord à Marseille, ce jeudi 28 mai, qu’une première présentation de l’armée de terre a été réalisée au sein de la troisième division. Son chef, le général de division Laurent Michon a tenu à accueillir lui-même les auditeurs de la session pour leur présenter l’un des deux piliers des forces terrestres destinées à armer les unités projetées à l’extérieur du territoire et sur le territoire national.

Au-delà des capacités des différents régiments armant les brigades de cette division, c’est aussi une présentation soulignant toute l’énergie nécessaire pour bâtir des cycles opérationnels garantissant le juste niveau de préparation des forces et les dispositions prises pour les régénérer. Nous mesurons alors tout le questionnement pesant sur le format de nos armées dans une période où la densité des engagements est particulièrement élevée. En tout état de cause, nos armées restent au rendez-vous de ces exigences opérationnelles et comptent sans doute parmi les seules en Europe à tenir de tels engagements.

En début d’après-midi, les auditeurs avaient rendez-vous à Carpiagne au 1er régiment étranger de cavalerie. C’est 100 ans d’histoirequi allaient leur être livrés dans un régiment où des hommes étrangers choisissent délibérément de servir la France. C’est une singularité française qui n’a nulle part ailleurs d’égal même s’il existe une légion espagnole qui se distingue malgré tout par un recrutement exclusif d’hispanophones. Cette singularité française renvoie une exceptionnelle image de la légion étrangère où l’on devient français par le sang versé, formule retenue récemment comme appellation d’un texte de loi permettant de conférer par une procédure exceptionnelle la nationalité française à tout légionnaire blessé en opérations qui en exprime le souhait. Bien sûr aujourd’hui, une procédure classique permet au légionnaire de demander sa naturalisation au terme d’un temps d’activité au sein de la légion étrangère. La légion conjugue donc habilement ses traditions et sa modernité. Cette rencontre du 1er régiment étranger de cavalerie a eu lieu au moment où le régiment presque complet est engagé au sein de l’opération « Barkhane ». C’est donc la « base arrière » composée d’un escadron qui a reçu les auditeurs de la 30ème SMHES. Nous sentions le regard de nos hôtes tournés parfois vers le Sud recherchant leurs camarades engagés aux quatre coins de la bande sahélo-saharienne. Ce fut l’occasion d’assister à des présentations statiques de matériels dont l’AMX 10 RC, engin blindé de reconnaissance et de combat qui sera progressivement remplacé par le Jaguar, engin blindé polyvalent dont l’arrivée est prévue en 2020.

 

Bien sûr, il était très important de faire un passage dans la salle d’honneur du régiment. Ces traditions sont fortes et marquent de façon indélébile l’héritage des anciens dont les faits d’armes sont nombreux depuis près d’un siècle.

Les auditeurs ont été sensibles aux échanges très directs entretenus avec des militaires dont le béret vert ou le képi blanc est affiché avec une fierté légitime.

Le contact s’est poursuivi le vendredi 29 mai avec une présentation très complète de l’école de l’aviation légère de l’armée de terre. Le général de brigade Jean-Yves Bouillaud a lui-aussi tenu à accueillir les auditeurs de la session. Cette implantation est aujourd’hui le pivot de l’aérocombat pour l’armée de terre et un véritable centre d’excellence pour nos armées dans la formation des équipages et des mécaniciens. Un exemple évident d’une dynamique interarmées parfaitement aboutie. Qui plus est, c’est aussi un centre de formation européen pour ce qui concerne la formation des équipages allemands sur l’hélicoptère Tigre.  Enfin, cette visite a permis de mesurer le chemin parcouru avec des hélicoptères de combat et de manœuvre dont les performances n’ont plus grand-chose à voir avec les flottes antérieures qu’il s’agisse de la gazelle ou du puma malgré les éminents services rendus. L’aérocombat, en Afghanistan ou dans la bande sahélo-saharienne, est désormais une nécessité opérationnelle absolue. Le besoin d’équipements nouveaux agiles et discrets à l’image du futur hélicoptère interarmées Guépard confirme s’il en était besoin l’importance accordée par nos armées à cette composante.

Cette étape devait clore cette rencontre avec l’armée de terre. Soulignons que dans le contexte que nous vivons, elle témoigne de son exemplarité à recevoir dans des conditions exceptionnelles les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Toutes les précautions étaient prises mais elles n’étaient pas un refuge pour ne pas autoriser une telle visite. Nos auditeurs ont évidemment apprécié. Ils sauront d’ailleurs porter à l’extérieur les messages reçus. Ils ont par ailleurs été très admiratifs des valeurs portées par des soldats dont le sens du service est une évidence.

 

A leur retour, ils se sont remis au travail pour fournir une analyse très avancée sur les grands enjeux des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. La fin de la session est proche et les travaux s’accélèrent. Au contact leur a donné un nouvel élan. La version digitalisée des séminaires dans la période de confinement a certes été profitable mais rien ne remplace ce « contact » direct et les visites de terrain. Rendez-vous en juin prochain…

Webinaire sur les thèmes du climat et de l’énergie pour la 5e session nationale « enjeux et stratégies maritimes »

Les auditeurs autour d’Olivier Schmitt pour la restitution de leurs travaux

Le Covid 19 n’empêche pas l’IHEDN de poursuivre sa mission et, dans un esprit de continuité et d’innovation dans le plus strict respect des directives en vigueur, la 5e session nationale “Enjeux et stratégies maritimes” de l’IHEDN a transformé un séminaire initialement prévu à Paris à l’Ecole militaire les 15 et 16 mai en « Webinaire » inédit.

Les auditeurs attendaient avec impatience ces deux jours car, outre le plaisir de se retrouver, ils allaient réfléchir aux grands enjeux climatiques et énergétiques. Or, l’importance des océans dans ces enjeux n’est plus à démontrer que ce soit pour leur rôle majeur dans l’évolution du climat ou pour leurs ressources énergétiques, en particulier les perspectives offertes par l’éolien offshore. En outre, le thème annuel de la session et les travaux qui leur ont été confiés portent sur ces problématiques. Et, ils n’ont pas été déçus car, dans la plus pure tradition de l’IHEDN, ils ont pu débattre avec des experts de très haut niveau et internationalement reconnus qui se sont prêtés au jeu sans langue de bois.

Le vendredi a débuté par une intervention d’Olivier Appert, ancien président de l’IFPEN[1] et du Conseil français de l’énergie, et actuellement conseiller du centre Energie de l’IFRI[2], sur la géopolitique de l’énergie. Ce fut l’occasion pour tous de mieux comprendre les fondamentaux de la politique de l’énergie et la très grande inertie de ce secteur qui demande une vision de long terme et des investissements colossaux. Les échanges aussi passionnés que passionnants ont également abordés les enjeux maritimes qui s’y rapportent, en particulier ceux liés à l’Arctique et l’impact de la pandémie actuelle.

Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA[3], co-présidente du groupe n°1 du GIEC[4] et membre du Haut conseil pour le Climat a ensuite animé la réflexion des auditeurs sur les grands enjeux du climat. D’une rigueur scientifique et d’une clarté exemplaire, sa démonstration sur l’impact des activités humaines, en particulier les émissions de gaz à effet de serre, a fortement impressionné les auditeurs. Ces derniers sont désormais convaincus qu’il est urgent d’agir, malgré l’inertie des phénomènes, car l’avenir des générations futures en dépend.

Toujours virtuellement, les auditeurs se sont projetés outre-mer en début d’après-midi pour réfléchir aux grands enjeux des territoires ultramarins. Ils ont pour cela été rejoints par le capitaine de vaisseau Hervé Hamelin, coordonnateur ministériel en matière de sécurité des espaces maritimes, et Max Dubois, président d’R&DOM[5] qui animèrent leur réflexion avec brio. Les auditeurs ont ainsi pu mieux percevoir à quel point la dimension maritime de la France se situe outre-mer et combien son influence dans le monde en dépend grâce à son positionnement comme nation riveraine de tous les océans. L’importance stratégique de la France ultramarine leur apparait désormais comme une évidence ainsi que la nécessité de veiller à sa sécurité comme à son développement économique dans le respect de la diversité de ces territoires. D’ailleurs, la pandémie du Covid 19 pourrait être une opportunité pour repenser cette politique.

Le dernier débat de la journée ne fut pas moins animé que les précédents grâce à Jean-Marc Jancovici. Associé fondateur de Carbone 4, fondateur et président de Shift Project et également membre du Haut conseil pour le Climat, il a animé avec son brio, sa verve et son absence de langue de bois désormais bien connus, la réflexion des auditeurs sur le thème « Climat et énergie, perspectives, impact économique et sociétal ». Sans surprise, il a impressionné son auditoire par l’originalité de ses approches et le caractère incisif de ses propos. Plus aucun auditeur ne doute de l’importance de l’énergie sur l’activité humaine et de la nécessité d’adapter le développement des sociétés à la disponibilité d’une ressource en grande partie non renouvelable.

Toujours confinés et connectés, les auditeurs ont rejoint le samedi matin deux auditeurs de sessions « Enjeux et stratégies maritimes » précédentes : Paul de La Guérivière, président fondateur d’Idéol et Vincent Bales, directeur général de WPD Offshores. Avec eux, ils se sont plongés dans l’univers des Énergies Marines Renouvelables (EMR). À travers des débats animés, ils ont approfondi les volets politique, économique, technique et administratif de cette filière novatrice et pleine de promesse. Ils ont découvert les principaux freins à son développement en France et, qu’à l’encontre des idées reçues, les EMR étaient désormais capables de produire de l’électricité à un prix compétitif.

La matinée s’est conclue par une dernière réflexion sur les perspectives et les enjeux juridiques liés au climat et à la protection des océans. Pour animer leurs débats, les auditeurs ont eu la chance de bénéficier de la présence d’un acteur majeur de la diplomatie Française dans le domaine maritime : Serge Ségura, ambassadeur de France chargé des océans. Comme à son habitude, il a su les captiver par sa connaissance du sujet ainsi que par le brio et le recul de son analyse. Il leur a montré que, malgré les difficultés, la communauté internationale ne restait pas inactive face à ces enjeux et que la France dont la voix était écoutée pouvait jouer un rôle non négligeable.

Le samedi après-midi fut consacré à la restitution tant attendue par les auditeurs de leurs travaux de réflexions devant leurs camarades et Olivier Schmitt, directeur des études et de la recherche de l’IHEDN. Pendant 4 heures, les débats ont été particulièrement riches sur les trois sujets qui leur avait été confiés : la politique et les stratégies de l’Etat en océan Arctique, la question du développement durable des énergies offshore ainsi que l’acquisition des connaissances nécessaires à l’anticipation et à la prévention des conséquences de la montée des eaux. Olivier Schmitt a ainsi pu leur faire part de sa vive satisfaction pour le travail fourni et leur prodiguer des conseils avisés pour améliorer encore la présentation de leurs rapports.

Particulièrement heureux de ce séminaire « à distance » passionnant, les auditeurs ont dû se quitter virtuellement un peu frustrés de n’avoir pu se retrouver à l’Ecole Militaire pour échanger de vive voix, mais avec l’espoir de se retrouver rapidement en « chair et en os » dans le respect des gestes barrières !

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[1] Institut français du pétrole et des énergies nouvelles.

[2] Institut français des relations internationales

[3] Commissariat à l’énergie atomique

[4] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[5] République et développement Outremer

Séminaire du mois de mars de la 30ème SMHES – Le COVID 19 est un frein qui ne ralentit pas tous les engagements…

Conférence en ligne d’Emmanuel Véron

Fallait-il interrompre le rythme soutenu de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ? L’interrompre face à une crise d’ampleur inégalée dans notre histoire récente ! L’histoire de générations dont seules celles de nos aînés ont connu les privations, et pas seulement celles des libertés individuelles. Ce contexte, pesant pour chacun d’entre nous, nous rappelle qu’il faut savoir s’adapter aux situations. Il faut aussi savoir y apporter une réponse. Une réponse rapide et à l’évidence collective. Et c’est là sans doute que l’exercice apparaît plus difficile, tant les uns et les autres se sont habitués à ne pas nécessairement tenir compte des autres pour avancer. Cette crise sanitaire, sans précédent, encore qu’il n’y a pas si longtemps tout le monde craignait le pire lors de l’épisode grippal A – H1N1, une forme nouvelle dont les effets auraient pu être similaires à ceux de la grippe espagnole de 1918 qui fit, faut-il le rappeler ici, plus de cinquante millions de morts, n’a sans doute pas encore dit son dernier mot. Pour autant, il convient sans doute de ne pas noircir le tableau car l’effet de la pandémie, renforcé par la mondialisation, révèle également une mobilisation mondiale. Cette mobilisation, si elle se concrétise, pourrait atténuer les conséquences pour les populations, même si cela n’est pas de nature à affaiblir la douleur de ceux qui perdront un être cher. Affaiblir la menace voire la neutraliser car nous pouvons faire confiance à la capacité des chercheurs qui finiront par trouver l’anti poison d’un virus qui aura fait son entrée dans l’histoire.

Alors, oui la réponse est claire, il ne fallait pas interrompre la session en cours mais la poursuivre pour réfléchir collectivement aux grands enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. D’ailleurs, le thème relatif aux « risques et opportunités des nouvelles routes de la soie » est plus que jamais d’actualité. Il n’y a pas si longtemps, personne ne connaissait Wuhan, capitale de la province de Hubei qui compte plus de 11 millions d’habitants et dont le confinement généralisé de la population fut une première dans l’histoire. Ce thème plus connu sous le nom de « Belt and Road Initiative », déjà caricaturé avec mauvais goût sous le nom de « New Sick Road » avait permis aux auditeurs d’identifier les facteurs de risques à la fois pour nos sociétés et les ambitions chinoises. Mais ce facteur sanitaire est nouveau. Il influe évidemment sur les perspectives initiales de ce défi de très grande ampleur.

Si ce facteur de risque est d’abord d’ordre sanitaire, il est encore davantage au plan économique. Il va falloir inexorablement tirer les conséquences de la perte progressive de l’autonomie stratégique de certains pays, dont une partie de l’approvisionnement dépendait des chaines de production chinoises. Aujourd’hui, le débat sur l’approvisionnement des masques FFP2 (Filtering Face Piece) pourrait rapidement mettre en avant cette forme de dépendance conjuguée à une réduction drastique des stocks considérés comme trop chers lors de l’épisode de la grippe A H1N1 de 2009 à 2010. Deux constats s’imposent donc. Le premier est celui de conserver son autonomie stratégique quoi qu’il arrive. C’est déjà un devoir complexe auquel il faut s’atteler rapidement. Modestement, les Think Tank, en l’absence totale de conflits d’intérêts, peuvent apporter des réponses. Deuxième constat, il est irréaliste de penser pouvoir capitaliser financièrement sur une crise. Lorsque des postures même adéquates sont adoptées, elles ont un coût et le retour sur investissement peut être faible voire nul. Le traitement sanitaire de la pandémie grippale précédemment cité avait été remarquable et on ne peut que se réjouir des résultats enregistrés. Pourtant, les dividendes n’ont été que virtuels, par comparaison au coût qu’aurait engendré une catastrophe sanitaire. Ce gain sous-évalué, associé au retour d’expérience positif qui a démontré la pertinence des réflexions engagées sur la continuité de l’action gouvernementale nous montre la voie d’une préparation aux crises qui, par définition, sortent d’une épure classique de recherche de l’efficience.

Alors, doublement oui, il fallait poursuivre les travaux de la session. Ce sont ces travaux qui contribueront à apporter les bonnes réponses pour mieux appréhender les crises et en maîtriser au meilleur niveau les différents ressorts.

Les poursuivre certes mais dans un mode nouveau qui respecte les règles de confinement. Nous le voyons aujourd’hui, la discipline, qui sous-tend l’observation des lois, des règlements et des obligations auxquels doit se soumettre un groupe, n’est pas acquise d’emblée. Les règles édictées ne sont peut-être pas la réponse absolue au traitement de cette crise mais elles en sont un instrument indubitablement efficace dans l’attente des autres leviers infléchissant le rythme pandémique. Troisième constat donc, il faudra tirer les leçons d’un civisme adapté aux exigences de notre temps. On ne peut pas indéfiniment contester telle ou telle posture pour ensuite s’interroger sur l’action de l’Etat et tout en attendre. Les principes régaliens dans la gestion des crises doivent reprendre leur primauté. Cette crise sanitaire rappelle que tout n’est pas dans les mains exclusives des acteurs économiques et dans la recherche du profit. D’ailleurs, nous le voyons bien, les dispositions prises qui seront déterminantes pour ne pas ajouter à cette crise de santé publique une crise économique et financière seront celles de l’Etat. Ici aussi, cela ne fait que confirmer la nécessité de réfléchir en profondeur à tous les sujets qui structurent nos sociétés dans un monde qui réapprend le tragique de l’Histoire.

Fort heureusement, les modes alternatifs existent et nous avons, d’une certaine manière, digitalisé le séminaire du mois de mars. C’était une première pour l’institut FMES et elle souligne de nouvelles pistes d’échanges possibles dans le cadre des formations qu’il dispense. Nous avons donc réalisé des travaux de comité pour la session qui s’est organisée en trois groupes de travail portant chacun un scénario sur le thème d’étude. Plaisir donc de retrouver les auditeurs qui ont pu rejoindre cette salle de réunion virtuelle le jeudi 19 mars, certains étant excusés parce qu’ils sont concernés de près ou de loin dans le soutien apporté à la gestion de cette crise sanitaire.

Le lendemain, le jeudi 20 mars, nous avons présenté les travaux à l’université de Toulon pour initier un échange sur l’approfondissement des recherches à réaliser pour étayer les différents scénarii. Enfin, pour parachever cette session « extraordinaire », Emmanuel Véron a prononcé une intervention sur les grands axes qui structurent les nouvelles routes de la soie en apportant un éclairage particulier sur les interactions de la Chine avec l’Afrique, continent qui prolonge stratégiquement l’espace méditerranéen. Evidemment, nous souhaiterions renouer avec les modes habituels de fonctionnement pour le séminaire du mois d’avril. Mais il nous faut préparer des solutions alternatives.

Cette posture prise pour les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques n’est d’ailleurs pas exclusive aux sessions car elle est appliquée dans d’autres domaines. L’institut FMES, centre ressources de la Région Sud, est très largement impliqué dans l’appui à l’économie de défense et se doit de maintenir son niveau d’activité au profit des acteurs économiques qui auront besoin de souffle pour tenir dans la durée. L’institut FMES confirmera sa résilience pour poursuivre sa mission avec un seul objectif, celui de servir l’intérêt général. En attendant des jours meilleurs pour ce printemps, nous retiendrons que l’homme se découvre en se mesurant avec l’obstacle comme devait l’écrire Antoine de Saint-Exupéry. Dont acte… nous les surmonterons !

Travaux de comité sous la direction du professeur des universités Didier Leandri, de Sea Tech. 

Séminaire à Bruxelles de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Adenauer, Churchill, Schuman, Monnet, autant de noms donnés à des stations d’arrêt du tram, métro ou bus bruxellois dans une capitale européenne évidemment marquée par des hommes politiques prestigieux engagés au lendemain de la Seconde guerre mondiale à l’union des européens du vieux continent ! Pour les auditeurs de la 30ème session des hautes études stratégiques, la cartographie des transports bruxellois n’a presque plus de secret car ils ont eu la chance d’arpenter une partie de la ville pour aller à la rencontre des acteurs qui font vivre les grandes instances européennes et internationales. Sous un ciel chargé, définitivement décidé à nous rappeler que l’hiver existe encore, cette distance nous séparant de la Méditerranée s’imposait pour consolider l’analyse des relations entre l’Europe et la Chine en consultant les experts qui, à Bruxelles, assurent la mise en œuvre des dispositions européennes décidées par les membres de l’Union.  Car ne nous y trompons pas, le dynamisme européen se manifeste ici en reflet de celui voulu par les Etats membres.  En la matière, ce dynamisme pourrait paraître un peu fragile au regard des enjeux d’un monde qui change. Et ce monde change vite. Nous voilà donc revenu sur notre thème d’étude relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. L’actualité, avec cet épisode inquiétant de risque pandémique lié au coronavirus, met d’ailleurs en avant un facteur de risque inattendu dont les conséquences pourraient peser sur la stratégie chinoise même s’il est encore un peu tôt pour en mesurer toutes les conséquences directes ou indirectes. Mais avant de mesurer les interactions entre l’Europe et la Chine, il était intéressant de rappeler aux auditeurs les mécanismes de fonctionnement de l’Europe.

 

La matinée du mercredi 26 février passée à la commission européenne n’a certes pas été suffisante mais elle s’est avérée utile et indispensable.  Elle a permis de mieux appréhender le rôle de la commission, organe exécutif de l’Union européenne, vis-à-vis des représentations nationales au sein du conseil de l’Europe et du parlement européen qui se partagent le pouvoir législatif. Les auditeurs ont pu, à cette occasion, mesurer le pouvoir normatif de la commission au travers des règles, directives et décisions qui en constituent les éléments dérivés structurant l’action européenne au sein des nations. La première intervention de la commission visait à bien comprendre l’articulation entre la voix de l’Union européenne, celle des Etats et celle des citoyens s’appuyant sur ce triangle institutionnel constitué de la commission, du conseil et du parlement. Si cette organisation paraît simple en première approche, sa mise en œuvre n’en reste pas moins complexe avec, au sein de la commission, quelques 30 000 fonctionnaires à la tâche. C’est finalement peu en volume au regard de ce que représente l’Union européenne dans son ensemble. Cette présentation fut suivie par une intervention centrée sur les relations entre l’Europe et la Chine. Sans surprise, c’est le prisme économique qui a dominé l’approche du conférencier. Cela s’inscrit donc dans une forme de continuité car cette dimension économique a sous-tendu la plupart des travaux européens dans un monde en paix depuis la fin de la Seconde guerre. Cette dimension a contribué à la stratégie de puissance de l’Europe. Sans doute faudrait-il aujourd’hui la repenser dans une dimension plus globale. Pour conclure cette séquence à la commission, une présentation très dynamique et précise a été réalisée sur les enjeux énergétiques. Ce fut l’occasion de mettre en avant le Green Deal européen. A l’évidence cette démarche souligne une réelle ambition des Européens visant à faire de leur continent un continent climatiquement neutre d’ici à 2050.  C’est un véritable pacte vert pour l’Europe. Il est associé à un ensemble de mesures qui devrait permettre aux citoyens et aux entreprises de l’Union européenne de profiter d’une transition écologique durable. Ces mesures nécessitent également de stimuler la recherche et l’innovation de pointe afin de protéger l’environnement naturel de l’Europe. Au-delà, c’est aussi une impulsion donnée à une nouvelle stratégie de croissance dans une transition juste et socialement équitable. Cette approche européenne est évidemment unique et s’inscrit bien dans les traces des conférences internationales sur le climat, notamment celle de Paris. S’agissant des enjeux énergétiques, l’intervenant a finalement confirmé les présentations antérieures faites au cours des derniers séminaires sur le rôle et la place de la Chine dans cet environnement énergétique. A ce titre, il ne faut pas sous-estimer le niveau des investissements chinois réalisés dans ce domaine en Europe. Il ne faut pas non plus occulter le caractère stratégique de ces investissements. Quant au Green Deal, il revêt sans doute un caractère d’importance pour la nation chinoise très exposée aujourd’hui à des risques sérieux de pollution. Dans cette ambition des nouvelles routes de la soie, le développement et la recherche d’énergie nouvelle à faible émission de gaz à effet de serre constitue un objectif au travers des investissements consentis à l’extérieur.

En début d’après-midi, la dimension sécuritaire de la politique européenne a été au cœur des sujets présentés par le service européen pour l’action extérieure (SEAE). Ce Service, organe diplomatique institutionnel de l’Union européenne placé sous l’autorité du Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, est la voix de l’Europe à Bruxelles et à l’extérieur. Sa portée, certes importante, révèle aussi la difficulté d’être à l’unisson sur les grands sujets sécuritaires qui concernent l’Europe. Il possède un réseau de plus de 140 délégations et bureaux dans le monde, chargés de promouvoir les valeurs de l’Union et de protéger ses intérêts. Il était donc indispensable de pouvoir en apprécier les outils, notamment l’état-major de l’Union européenne (External European Military Staff), dont le rôle est de planifier et de conduire des opérations militaires sous le drapeau européen ou en coopération avec l’Alliance atlantique. Le directeur des opérations de cet état-major a tenu à accueillir lui-même les auditeurs de la session. Ses officiers ont ainsi pu présenter les ambitions d’une structure de taille modeste qui veille, à partir d’un flux d’informations provenant des pays membres, sur l’état du monde et le cas échéant doit planifier les interventions là où l’Union européenne doit tenir son rang. Ainsi, deux opérations intéressant le bassin méditerranéen ont été présentées, l’une visant à interdire le trafic d’armes à destination de la Libye et l’autre fixant les suites à donner à l’opération EUNAVFOR MED SOFIA pour laquelle une décision doit être prise sur les conditions de sa prorogation. Cette opération, qui a évidemment secouru certains migrants en Méditerranée, vise surtout à empêcher les commanditaires d’une forme de commerce humain promettant à des migrants d’origine diverse de rallier l’Europe. Ce rendez-vous a permis aux auditeurs de présenter leurs premiers travaux sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Cet exercice, toujours difficile, a suscité un réel intérêt auprès de nos hôtes soulignant la qualité de la réflexion conduite et l’originalité des scénarii présentés.

Cette séquence s’est poursuivie au SEAE dans une dimension plus politique avec l’intervention d’un ancien ambassadeur présentant le rôle et les priorités du service européen pour l’action extérieure. Ce fut l’occasion de mesurer l’implication déterminée du Haut représentant pour les affaires étrangères de l’Union et la sécurité commune en charge de mise en œuvre de la politique de défense et de sécurité commune. Les avancées sont certes incontestables au regard des 16 missions civiles et militaires conduites par l’Union européenne. La légitimité des actions est toujours systématiquement recherchée auprès des Nations unies ou du pays sollicitant l’aide de l’Europe. Dans un monde qui change vite où la voie du multilatéralisme s’efface bien souvent devant le jeu des puissances, les enjeux de l’Europe dans les domaines de la sécurité et de la défense n’ont jamais été aussi forts et méritent d’être très largement relayés pour redonner à l’Europe toute sa place dans le concert des nations.

Au terme de cette journée bien remplie, les auditeurs allaient pouvoir apprécier l’engagement des autres acteurs européens responsables de la sécurité et de la défense auprès des autres grandes instances internationales installées à Bruxelles, en particulier l’état-major de l’OTAN. C’est donc au cours de la matinée du 27 février qu’ils furent accueillis dans la structure monumentale de l’état-major de l’OTAN installé à Ever. La représentation militaire française, en la personne de son représentant militaire de la défense adjoint, a dressé l’état des principaux défis à relever par Alliance atlantique dans un contexte où la nécessité de repenser la stratégie globale de cet outil s’impose. Elle s’impose notamment au regard de l’affaiblissement du multilatéralisme dans la gestion des affaires des membres de l’organisation transatlantique d’une part et par une bascule évidente du centre de gravité des intérêts de notre principal allié, lui-même, à la tête de la sécurité collective de l’Europe portée par cette organisation depuis sa création d’autre part.

Cette intervention a été suivie par celle d’un officier général, représentant national militaire français au sein du grand quartier général des puissances alliés en Europe, plus connu sous le nom de SHAPE pour Supreme Headquarters Allied Powers Europe, installé à Mons. Les auditeurs ont ainsi pu mesurer les capacités de cette structure de commandement totalement dédiée à la planification et la conduite des opérations. Comptant à son actif nombre d’opérations mené en associant non seulement les membres de l’OTAN mais aussi les partenaires associés, à l’instar de ceux ayant rejoint de l’ISAF (international Security Assistance Force) en Afghanistan, cet état-major dispose de tous les moyens ad-hoc pour conduire des opérations d’envergure. De plus, il peut compter sur toutes les structures implantées en Europe sous le nom de Joint Force Command à Naples et Brunssum pour les états-majors interarmées et à Northwood, Ramstein ou Izmir pour les états-majors de composantes maritimes, aériennes et terrestres. Une organisation éprouvée et rôdée au fil du temps depuis les lendemains de la Seconde guerre mondiale.

Pour clore ce séjour Bruxellois, il était intéressant d’échanger avec une structure originale, l’assemblée parlementaire de l’OTAN, créée en 1955 sous forme d’organisme interparlementaire consultatif dont la vocation est de rassembler des parlementaires de l’OTAN pour conforter le consensus parlementaire et public autour des politiques alliés. Sans entrer dans le détail du fonctionnement de cette assemblée parlementaire, il faut cependant souligner son rôle dans le renforcement des relations transatlantiques et dans l’apport d’analyses favorisant une meilleure compréhension des objectifs et missions de l’Alliance. Soulignons au passage que des travaux ont été conduits sur la persistance du défi russe, le Moyen-Orient et l’Afrique et sur l’essor de la Chine parmi d’autres sujets. Une façon de ramener nos auditeurs au cœur de leurs préoccupations avec leur étude sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Une belle manière, pour la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques de reprendre la route !

En quittant nos stations de transport bruxelloises aux noms emblématiques des Pères fondateurs de l’Europe, nous pourrions méditer tranquillement ce que nous rappelait Jean Monnet qui compte parmi ces grands hommes européens : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ». Pour les sessions méditerranéennes, cette réflexion sur l’avenir est, à elle seule, un facteur de changement…

Séminaire toulousain de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Une rentrée dans les étoiles en ce début d’année 2020 ! Dans un monde désormais connecté étendu à l’espace exo atmosphérique ou tout ou presque est géoréférencé, il n’était pas inutile de se rendre dans une région plus continentale pour y découvrir des savoir-faire d’exception dans le milieu aérospatial. Evoquer le géoréférencement apparaît ici pour souligner que nous devons la précision de nos systèmes de guidage à partir des multiples applications existantes issues de la constellation de satellites décidée par l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne sous le nom de Galileo. Parmi les autres usages des satellites en orbites polaires ou géostationnaires, il faut naturellement souligner les équipements de télécommunication civils et militaires, les outils d’observation de la terre ou les capteurs exploratoires projetés dans notre système solaire au service de la recherche scientifique. L’espace reste donc un champ d’investigations extraordinaires et de compétitions entre les puissances. En cela, la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques avait matière à connecter cette visite d’études avec le thème relatif aux risques et opportunités des nouvelles routes de la soie. Car, à n’en pas douter, la Chine investit dans l’espace.

Cap sur Toulouse donc où prend forme l’aerospace space valley française. Il s’agit d’un véritable accélérateur d’innovations pour soutenir les entreprises développant une activité aérospatiale avec une forte composante technologique duale. Cet accélérateur se trouve donc au cœur d’un écosystème tourné vers l’aéronautique et l’espace. Toulouse, terre d’envol, s’était d’ailleurs largement illustré en d’autre temps avec l’essor d’une aviation postale et commerciale. Toulouse Montaudran n’est-il pas le fossile vivant de l’Aéropostale et de Latécoère ? Elle fut la plateforme aéronautique d’où Mermoz et Saint-Exupéry s’envolaient pour transporter le courrier en Afrique et en Amérique du Sud. Elle fut aussi le site où Latécoère construisait ses premiers avions. C’est à Toulouse que l’armée de l’air décide d’implanter sa première base aérienne militaire. Cette rentrée est donc un rendez-vous avec l’histoire mais aussi un rendez-vous avec l’avenir.

Présentation du CNES pour les auditeurs de la 30ème SMHES

La première visite qui s’est imposée à l’occasion de ce déplacement fut celle consacrée au centre national d’études spatiales le jeudi 16 janvier. Le CNES a été créé à l’initiative du Président Charles de Gaulle le 19 décembre 1961 afin de fournir une structure chargée de coordonner et d’animer les activités spatiales françaises centrées à l’époque sur le développement du lanceur-fusée Diamant. Ce lanceur fut le premier construit en dehors des Etats-Unis et de l’ex URSS. Le CNES est toujours aujourd’hui l’agence spatiale nationale la plus importante des pays de l’Union européenne. Cette initiative, pour le moins stratégique, souligne l’importance qu’il fallait et qu’il faut concéder au domaine spatial pour conserver sa souveraineté, celle de la France et celle de l’Europe. Le directeur d’établissement a ainsi pu présenter le site dans sa globalité d’une part et dessiner les perspectives d’un milieu très convoité d’autre part. Trois ateliers ont permis aux auditeurs de mesurer la performance des activités réalisées. L’un portait sur l’instrument principal de la mission martienne américaine InSight. Il s’agit d’un sismomètre permettant la mesure des vibrations sur une certaine épaisseur de la planète et tous les paramètres de pression ou de température. En entrant dans cette salle avec une vue de la planète rouge et le bruit du vent, inutile d’exprimer ici les sensations ressenties à l’occasion de cette séquence nous projetant à quelques 300 millions de kilomètres de la Terre. L’autre atelier, tout aussi fascinant, présentait l’international space station (ISS). Les présentations ont été réalisées avec une simplicité déconcertante par des spécialistes de renommée internationale. Ces spécialistes aux qualités inestimables ont consenti un énorme investissement, en recherche et développement, pour atteindre de tels résultats. Il ne faut surtout pas l’oublier. La présentation du microsatellite Taranis dédié à l’observation et à la caractérisation des phénomènes lumineux, radiatifs et électromagnétiques se produisant entre 20 et 100 kilomètres d’altitude a souligné les mêmes exigences et le même niveau de performance des équipes du CNES. Enfin, une présentation des enjeux du segment spatial consacré à la défense démontre que dans ce domaine beaucoup d’évolutions sont envisagées à moyen-terme et qu’elles caractérisent bien les engagements pris par les puissances disposant des capacités d’accès à l’espace.

Découverte de l’ISS

Au terme de cette visite, les auditeurs ont pu se rendre sur le site d’Airbus Defence & Space pour consolider leur appréciation sur la forte implication française et européenne dans les programmes spatiaux et les perspectives de ce secteur. La présentation complète des activités du groupe a souligné les principaux défis à relever et les tensions qui pèsent sur ce marché. Ces activités imposent ici aussi d’être très compétitif et de multiplier les offres répondant aux besoins rappelés précédemment dans les capacités de télécommunication civil ou militaire, d’observation de la terre et de recherche scientifique. Elles conduisent aussi à mieux gérer l’occupation de l’espace et le retrait du service des satellites en fin de vie en respectant au mieux la protection de notre environnement. Les équipes d’Airbus Defence & Space ont elles aussi démontré un niveau d’excellence hors du commun. Elles ont témoigné de l’attractivité de ce secteur où le renouvellement des ingénieurs ne semblent pas poser de difficulté particulière. Au terme de cette présentation, la visite des salles blanches a permis de mesurer l’ensemble des actions préalables au lancement d’équipements qui rejoindront prochainement des orbites polaires ou géostationnaires. Parmi ces actions, celles relatives à la mise en situation des satellites en condition de température dans des conteneurs spécifiques pouvant accueillir des plateformes de la gamme de 5 tonnes, celles aussi permettant des mesures spécifiques électromagnétiques dans des chambres anéchoïques ont été présentées aux auditeurs. Cette séquence industrielle, très complémentaire de celle réalisée au CNES, confirme la performance d’un groupe autour duquel constelle des petites et moyennes entreprises de cet aerospace valley toulousain.

Le lendemain, le vendredi 17 janvier, l’approfondissement de la connaissance du milieu spatial en se rendant à un autre rendez-vous industriel s’est confirmé. L’entreprise Thalès Alenia Space nous a donc ouvert ses portes, c’est un industriel qui s’affirme comme un référent européen et un compétiteur à l’échelle mondiale.

Evidemment, une certaine comparaison pourrait être faite avec la visite précédente car certaines actions se ressemblent. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs conduites en coopération. Mais d’autres sont en revanche complémentaires. Le directeur de l’établissement de Toulouse a tenu à nous recevoir lui-même, accompagné de ses proches collaborateurs pour présenter le site. Il a également fait le lien avec le site « spatial » implanté sur les rives de la Méditerranée de Cannes. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur tient toute sa place dans les technologies de pointe lui conférant une place de choix dans l’écosystème des entreprises innovantes. La visite dynamique de l’établissement a replongé les auditeurs en salles blanches et leur a permis aussi d’apprécier l’évolution des techniques dans la fabrique des composants équipant les différents satellites. Cette séquence a aussi permis de présenter l’innovation cluster. Ce fut l’occasion d’appréhender des mécanismes spécifiques favorisant l’innovation au sein des équipes. Nous y avons découvert la sérendipité. Terme dont la compréhension saute aux yeux ! Car vous l’aurez compris, la sérendipité se rapporte à une découverte par chance et sagacité de résultats pertinents que l’on ne cherchait pas. Cela se rapporte au fait assez courant d’observer une donnée inattendue et stratégique qui donne l’occasion de développer une nouvelle théorie ou d’étendre une théorie existante. En somme, l’innovation ne se décrète pas et ne peut être imposée, elle se vit… Une visite exceptionnelle donc qui clôt le volet spatial proprement dit. Les auditeurs de la 30ème SMHES dispose désormais d’une vision assez complète des actions conduites dans un domaine stratégique. Ils pourront remettre tout cela en perspective dans la conduite de leurs travaux.

A la découverte de la salle blanche de Thalès Alenia Space.

Toulouse, terre d’envol ! Il nous fallait inévitablement revenir au berceau de l’aéronautique française et européenne. Un retour donc sur le site emblématique où est né l’avionneur Airbus. Que de chemin parcouru depuis l’Airbus A300 qui a marqué la naissance d’un pôle aéronautique dont personne n’imaginait qu’il allait devenir le numéro 1 mondial. Les auditeurs de la 30ème SMHES y ont été admirablement bien reçus. La présentation très complète nous a renvoyé au lendemain de la création de la Caravelle et du Concorde pour un élan aéronautique relevant, les uns derrière les autres, de très nombreux défis dans une compétition internationale très sévère. L’avenir apparaît serein au vu des carnets de commandes. Les perspectives ne se ferment pas et les innovations sont toujours au cœur des enjeux. Car il faut aujourd’hui répondre à de nouvelles exigences, celles des clients dont l’avion commercial constitue un outil à bord duquel il doit pouvoir maintenir toutes les connexions nécessaires, celles de la sécurité dont le niveau est aujourd’hui extraordinairement élevé et dont les conséquences industrielles peuvent être terribles à l’instar de celles vécues par le principal concurrent d’Airbus, celle enfin de l’environnement où la réduction des émissions de gaz à effet de serre est systématiquement recherchée . Alors, en se rendant sur le site de production où les bâtiments anciens aux couleurs de la ville rose côtoient des structures récemment sorties de terre, l’Airbus A350 sur sa chaîne de montage ressemble étrangement aux avions qui l’ont précédé. Mais ne nous y trompons pas ! Presque tout y est différent. Une structure en carbone conjuguant légèreté et résistance, un profil aérodynamique offrant un niveau de performance accru, des équipements satisfaisant la plupart des exigences des exploitants de toutes les compagnies aériennes et une motorisation réduisant drastiquement les coûts d’exploitation et s’inscrivant dans cette dynamique très volontariste de protection de l’environnement. Toulouse terre d’innovation ! C’est un peu le bilan que les auditeurs retiendront de ce séjour très dense consacré au fait aérospatial.

Sur le site d’Airbus

En passant devant le bâtiment B612, nom donné à ce lieu tourné vers le spatial dans ce bassin toulousain souvenir de l’astéroïde dont le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry est originaire, ils se rappellent cette phrase du même auteur qui rappelle que « l’homme se découvre en se mesurant avec l’obstacle ». C’est le prix à payer pour innover, c’est le prix des efforts de la 30ème session pour relever le défi de leur thème d’étude sur les risques et opportunités des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Une belle année 2020 en perspective…