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Opening webinar of the 1st 5+5 Mediterranean strategic studies. A launching that opens up very good prospects!

The context is not favorable for meetings! This is the least we can say at a time when the key words “curfew” or “confinement” are spreading almost everywhere in Europe and around the world. This is undoubtedly one of the most devastating effects of the COVID-19 crisis in the field of social relations. Everyone experiences it more or less well on a daily basis. But it is also a real difficulty regarding international relations, and we should not underestimate its scope. These relations are more necessary than ever in a restless world where even the largest democracies are faltering. We therefore have to  debate. We have to exchange. We have to know how to listen and hear the others. For nothing can ever replace the exchanges that take place around a table where everyone can carefully observe the reaction of their interlocutors by speaking “right in the eyes”. In a world where relationships are strained, any approach that favors debate and concertation is therefore welcome, and alternative solutions that allow this must be sought.

This first “5+5 Mediterranean strategic studies” consists of an introductory webinar held on Monday, January 11. It will be followed by two one-week seminars, the first one on the North shore in France and the second one on the South shore in Mauritania. The face-to-face sequence will take place as soon as the constraints are loosened. 

This introductory webinar was a great success! All the countries proposed auditors apart at this stage from Algeria. Beyond the introductory speech pronounced by the Vice-Admiral (ret) Pascal Ausseur, Director General of the FMES Institute, and the presentation of the session’s program by its director, Air Force General (ret) Patrick Lefebvre, an intervention by Pr. Pierre Razoux, Academic and Research Director of the Institute, set the scene.

He was anxious to describe the Mediterranean area and the Middle East as it is and not as one would like it to be. A language of trueness that paved the way for questions. The first debates, which only involved the participants’ opinion, illustrated the variety of points of view and the relevance of allowing exchanges, however contradictory they might be. These open and informal debates encourage mutual knowledge, and beyond the differences, which have their raison d’être, the identification of convergent points for these ten countries facing a shared reality and common challenges (health crisis, environmental crisis, radicalism, migration, terrorism, power games, …). It is this approach which, combined with meetings, visits and team work, will create a long-lasting network of young leaders who will be able to better understand the differences and the proximities of the citizens of the Western Mediterranean. This kind of meeting makes it possible and we firmly intend to anchor it in the long term.

This introductory webinar is therefore the first step in a journey that is now taking shape in concrete terms. In direct contact with the auditors, we will announce them the study theme in early April. This theme will therefore be that of the 1st 5+5 Mediterranean strategic studies. A thoughtful idea that is taking shape today! And as Antoine de Saint-Exupéry would put it: “who am I if I don’t participate?”.

Lancement de la 1ère Session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5. Une première qui ouvre de très belles perspectives !

Le contexte n’est pas favorable aux rencontres ! C’est le moins que l’on puisse dire à l’heure où les maîtres mots sont presque partout en Europe et dans le monde le couvre-feu ou le confinement. C’est sans doute l’un des effets les plus dévastateurs de la crise du COVID 19 dans le champ des relations sociales. Chacun le vit plus ou moins bien au quotidien. Mais c’est aussi, il ne faut pas en sous-estimer la portée, une vraie difficulté dans le champ des relations internationales. Or ces relations sont plus que jamais nécessaires dans un monde agité où même les plus grandes démocraties vacillent. Il faut donc débattre. Il faut échanger. Il faut savoir écouter et entendre les autres. Car en effet, rien ne remplace jamais les échanges réalisés autour d’une table où chacun peut observer attentivement la réaction de ses interlocuteurs en se parlant « droit dans les yeux ». Dans un monde où les relations sont tendues, toute démarche privilégiant le débat et la concertation est donc la bienvenue, et par défaut, les alternatives qui le permettent doivent être recherchées.

C’est pour cette raison que l’institut FMES a organisé, pour la première fois dans son histoire, une session de formation et d’échanges rassemblant des jeunes diplômés, civils et militaires, des pays du 5+5. Cette initiative avait été proposée lors du Sommet « des deux rives » organisé à Marseille en juin 2019. Elle a été immédiatement soutenue par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et par la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Cette première « session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5 » est constituée d’un webinaire introductif qui a eu lieu le lundi 11 janvier qui sera suivi de deux séminaires d’une semaine, le premier sur la rive Nord en France et le Second au Sud en Mauritanie. La séquence présentielle sera réalisée dès que l’étau des contraintes sera desserré. 

Et ce fut une belle réussite ! Tous les pays ont présenté des auditeurs à l’exception, à ce stade, de l’Algérie. Au-delà du propos introductif du vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut, et de la présentation du programme de la session par son directeur le général de corps aérien Patrick Lefebvre, une intervention de monsieur Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut, a planté le décor. Il a tenu à décrire l’espace méditerranéen et le Moyen-Orient tel qu’il est et non pas tel que l’on voudrait qu’il soit. Un langage de vérité qui a ouvert l’espace aux questions. Les premiers débats, qui n’engageaient que les participants, ont illustré la variété des points de vue et l’intérêt de permettre des échanges, aussi contradictoires soient-il. Ces débats ouverts et informels favorisent une connaissance mutuelle et au-delà des différences, qui ont leur raison-d’être, l’identification des points de convergence pour ces dix pays confrontés à une réalité et à des défis communs (crise sanitaire, crise environnementale, radicalisme, migrations, terrorisme, jeux des puissances, …). C’est cette approche qui, associée à des rencontres, des visites et travaux en commun, créera dans la durée un réseau de jeunes responsables qui seront en mesure de mieux comprendre les différences et les proximités des citoyens de l’espace ouest-méditerranéen. Ce type de rencontre le permet et nous comptons bien l’installer dans la durée.

Ce webinaire introductif est donc la première étape d’un parcours qui désormais se dessine concrètement. En liaison directe avec les auditeurs, nous leur communiquerons le thème d’étude au début du mois d’avril. Ce thème sera donc celui de la 1ère session méditerranéenne des hautes études stratégiques en format 5+5. C’est une belle idée qui prend forme aujourd’hui ! Et comme l’écrirait Antoine de Saint-Exupéry : « qui suis-je si je ne participe pas ? ».

 

 

Séminaire toulonnais de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – la défense commence au large !

Il fallait absolument se retrouver ! Évidemment, les solutions digitales sont une réponse acceptable à la poursuite des travaux de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Le séminaire du mois de novembre l’a bien démontré. Mais nous avons fait le choix de nous réunir pour ce séminaire consacré au fait maritime au bord de la Méditerranée.  Le ciel, lui-même, semblait manifester sa colère face aux remous permanents de cette crise sanitaire. Ce fut malgré tout le bon choix. Les auditeurs étaient ravis de se retrouver ensemble d’une part pour vivre un rendez-vous plus dynamique et en format de comité d’autre part pour conduire leurs travaux. Et ces travaux avancent ! Vous seriez même peut-être surpris par la rigueur et la discipline avec lesquelles les choses ont été prises en main. La volonté affichée n’est pas de décliner de façon exhaustive tous les paramètres environnementaux qui conditionneront directement ou indirectement les évolutions géopolitiques du bassin méditerranéen mais bien de proposer des scenarii. Chaque scénario sera décliné sous le prisme géopolitique dans une temporalité prenant en compte les effets d’influence sur les rapports entre les États en Méditerranée. Car ces effets ne sont pas immédiats. Et il faut parfois du temps, beaucoup de temps.  Les intervenants sollicités au cours des deux premiers séminaires ont rappelé quelques fondamentaux associés à l’environnement.  Un constat s’est immédiatement imposé, le domaine est vaste et ce thème d’étude est difficile si l’on veut éviter le risque d’une approche vulgarisée comme c’est souvent le cas lorsque l’on parle d’environnement. Les auditeurs s’attellent donc à construire une analyse fouillée en prenant en l’état les paramètres actuels, en mesurant leurs incidences éventuelles dans le temps sur le fonctionnement des États et les éventuelles frictions induites entre les États du pourtour méditerranéen et en proposant une analyse plus prospective sur le moyen et long-terme.

 

Mais ce séminaire était avant tout consacré au fait maritime. Il était donc légitime d’aller à la rencontre des acteurs dont le rôle au sein de la filière est stratégique. Au regard du contexte, au lieu de nous rendre sur les sites varois fermés au public, nous avons fait venir à nous deux intervenants de Naval Group. Il était en effet très important que nos auditeurs puissent apprécier les défis que s’apprête à relever un groupe industriel majeur pour notre outil de défense et en particulier pour notre marine nationale. La présentation de monsieur Nicolas Ciaravola, directeur des axes fédérateurs de recherche et développement et des expérimentations, a souligné l’importance des enjeux. Il a permis d’appréhender les différentes facettes préparant les grands programmes d’armement. Dans un monde très évolutif, il faut naturellement s’assurer de pouvoir intégrer les évolutions technologiques tout au long du cycle de vie d’un équipement. L’équipement dont nous parlons est sur les tables de bureaux d’études aujourd’hui. Il sera en service opérationnel en 2035. Nous devons donc imaginer les meilleures technologies à cet horizon et faire en sorte que cet équipement puisse en recevoir de nouvelles que nous ne connaissons pas encore ! Car il sera toujours en service trente ans plus tard ! Il faudra aussi prendre en compte les nouveaux champs d’actions dans l’espace électromagnétique et numérique. Il faudra enfin définir précisément le rôle et la place de l’homme dans la mise en œuvre de systèmes de plus en plus « autonomes » et donc repenser l’interaction homme-machine. L’accélération du développement des nouvelles technologies, notamment numériques, nous rend aussi plus vulnérable. L’occasion était donc donnée à monsieur Pascal Mercier, responsable du CERT de Naval Group, de nous présenter les risques pesant sur les équipements militaires et notamment leurs systèmes numériques. A partir de cas concrets, il a montré toute l’importance de se protéger face à la multiplication des attaques cybernétiques. Cette matinée du jeudi 10 décembre a permis aux auditeurs de découvrir ou d’approfondir leurs connaissances sur un pilier stratégique de notre défense et de notre sécurité.

En ce début d’après-midi du jeudi 10 décembre, le rendez-vous était pris avec madame Anne-France Mattlet, administrateur des affaires maritimes venue présenter aux auditeurs de la 31ème SMHES les principales missions du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée (CROSS). C’est une première approche de l’action de l’État en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduit par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Au terme de cette présentation, monsieur Didier Leandri de  l’université de Toulon est intervenu au profit des auditeurs sur les objectifs de la session sous l’angle universitaire. Ce lien avec l’université de Toulon est très précieux car, avec l’institut des hautes études de la défense nationale, il donne à nos sessions méditerranéennes une empreinte de notre territoire et de notre région à un parcours académique largement reconnu à l’extérieur aujourd’hui. D’autres rendez-vous seront programmés tout au long de la session pour accompagner les auditeurs dans la conduite de leurs travaux.  

En fin de journée, ce fut au tour de monsieur Nicolas Mazzucchi, docteur en géographie économique, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, d’intervenir sur les différentes approches de la transition énergétique dans le bassin méditerranéen. C’est un axe particulièrement intéressant car si certaines tendances lourdes se dégagent en Méditerranée pour la production énergétique, il faut à l’évidence mesurer leurs incidences géopolitiques dans le bassin méditerranéen. Une tension perceptible en Méditerranée orientale souligne d’ailleurs que la course à l’énergie mobilise les puissances parmi les plus importantes mais aussi parmi celles qui entendent tenir leur place au niveau régional. L’énergie et l’environnement sont liés ! Les auditeurs sauront intégrer les éléments nécessaires à leurs travaux. Ils ont été séduits par l’enthousiasme de leur conférencier. Cette conférence très attendue était d’ailleurs ouverte à tous ceux qui étaient inscrits en ligne sur le site de l’institut FMES. Les participants n’ont pas regretté ce moment d’échange avec un spécialiste des questions énergétiques que nous avons le plaisir d’avoir régulièrement à nos côtés.

Le vendredi 11 décembre a scellé notre retour sur les questions maritimes. C’était donc au tour de la Marine nationale d’accueillir une nouvelle fois les auditeurs de la 31ème SMHES. Il faut ici saluer l’organisation de cette visite dans le contexte difficile que nous ne cessons de rappeler. Ce fut un rendez-vous remarquable. Certes, une déclinaison un peu dégradée par rapport à nos sessions antérieures mais une séquence remarquable tout de même. La défense commence au large ! C’est le slogan retenu. Notre auditeur, le capitaine de vaisseau Max Blanchard, a réalisé une très belle prestation en présentant la marine nationale. L’interaction avec les auditeurs de la session a été facilitée dans un échange libre en énonçant les enjeux et les défis à relever. Il a parfaitement mis en exergue la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance de notre marine nationale. Cette séquence a été suivie d’une présentation très complète de l’action de l’État en mer, réalisée par l’administrateur en chef de 1ère classe Dominique Dubois. C’est ici le fait maritime au quotidien ! Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des États et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la marine nationale tient historiquement toute sa place.

Les visites qui ont suivi, à quai, du chasseur de mines l’Orion et de la frégate « Surcouf » de la classe La Fayette ont une nouvelle fois confirmé l’enthousiasme des commandants de bâtiment fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Ils peuvent être rassurés car leurs messages seront subtilement distillés à l’extérieur.

A l’issue de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront donc en 2021. Nous formons le vœu d’être confrontés à un environnement moins hostile aux visites dynamiques et aux rencontres. Car nous ressentons tous le besoin d’être au contact après une année marquée par la distanciation sous toutes ses formes.  En tout cas, l’état d’avancement de la 31ème SMHES augure de très belles choses à venir. Pour l’heure, nous souhaitons de très joyeuses fêtes de fin d’année à nos auditeurs et ceux qui les accompagnent. Cette séquence maritime nous invite bien sûr à penser à ceux qui ont choisi de nous défendre au large…

 

Séminaire breton Virtuel pour la 6e Session nationale “Enjeux et stratégies maritimes”

Vendredi 11 et samedi 12 décembre 2020

Faute de pouvoir mettre le cap vers l’Ouest pour leur 4e séminaire à Brest et Lorient en raison des contraintes imposées par la pandémie de la Covid-19, ce sont leurs écrans et leurs réflexions que les auditeurs de la 6e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » ont virtuellement orientés vers le Ponant. Ils se sont successivement intéressés aux enjeux de la connaissance des mers et des océans, aux grands défis géostratégiques et géopolitiques de l’océan Atlantique, à la politique de dissuasion de la France et aux moyens dont dispose la Marine nationale pour y faire face.

Le vendredi matin, les auditeurs ont été plongés au cœur de la connaissance des mers et des océans en découvrant deux pépites françaises du domaine : l’Institut français pour l’exploitation de la mer (IFREMER) et le Service hydrographique de la Marine (SHOM). L’ingénieur général de l’armement Laurent Kerléguer, directeur du SHOM, leur a présenté les missions de ce service de renommée mondiale, référence française pour la connaissance des fonds marins. Ensuite, lors d’une table ronde, les auditeurs ont pu également échanger avec deux chercheurs de l’IFREMER, Benoît Loubrieu, spécialiste du programme Extraplac, et Cédric Bacher, expert des écosystèmes côtiers. Les auditeurs ont alors appris à quel point les mers et les océans étaient peu connus – beaucoup moins que la surface de la lune ou de Mars – ainsi que leurs extraordinaires potentiels et leurs grandes fragilités face aux excès de l’activité humaine. Ils ont également découvert l’importance stratégique de l’océanographie et de l’hydrographie en matière de défense ou dans les domaines juridique ou diplomatique.

IHEDN | Séminaire breton Virtuel pour la 6e Session nationale :
Les auditeurs découvrent les moyens, la haute technologie ainsi que l’expertise de l’IFREMER nécessaires à la maîtrise des enjeux de la connaissance des océans.

Après une brève pause « déjeuner », le vice-amiral d’escadre Olivier Lebas, commandant la zone maritime de l’Atlantique, a débattu avec les auditeurs des nombreux enjeux de cet océan qui a donné son nom à la plus grande alliance militaire actuelle : l’OTAN. C’est également en son sein que se diluent les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) sur lesquels reposent la souveraineté et la défense des intérêts vitaux de la France. Les auditeurs purent ensuite bénéficier d’un visite virtuelle du MICA Centre où son commandant, le capitaine de corvette Gilles Chehab leur a montré tout l’intérêt de ce centre qui réactualise en permanence la situation du trafic maritime mondial et offre une très grande réactivité d’intervention en cas d’incidents ou d’accidents, notamment face à la piraterie et au brigandage dans le golfe de Guinée.

IHEDN | Séminaire breton Virtuel pour la 6e Session nationale
Le contre-amiral Christophe Lucas débat avec les auditeurs sur les capacités d’action des commandos marines.

Enfin, la journée des auditeurs s’est terminée en apothéose avec la rencontre du vice-amiral d’escadre Chaineau, commandant les forces sous-marines et la force océanique stratégique (FOST). Ils ont pu débattre avec lui des grands enjeux de la dissuasion nucléaire française et se rendre compte du niveau de complexité, de technologie et de rigueur – propriété de quelques rares nations dans le monde – nécessaire pour assurer sans discontinuité cette mission exceptionnelle depuis maintenant un demi-siècle, 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Mais les auditeurs furent surtout impressionnés par cette chaîne d’une absolue fiabilité, fondée sur une sélection intransigeante et une confiance absolue, reliant le Président de la république, seul détenteur de la décision ultime, à chaque sous-marin en patrouille.

Après une navigation virtuelle de nuit vers Lorient, les auditeurs se retrouvèrent le samedi matin à pied d’œuvre pour échanger avec le contre-amiral Christophe Lucas, commandant la force maritime des fusiliers marins et commandos, et le capitaine de vaisseau Jean-Christophe Turret, commandant l’aéronautique navale de Lann-Bihoué, qui leur ont fait partager les défis auxquels ils sont confrontés. Le premier les a immergés dans le monde mythique de ces unités d’élite de renommée mondiale qui ont marqué l’histoire de la France et continuent aujourd’hui de conduire  les missions les plus périlleuses où l’excellence du niveau opérationnel et la fraternité d’arme sont le ciment de l’efficacité opérationnelle. Le second leur a fait toucher du doigt la virtuosité exigée des pilotes de l’aviation embarquée pour apponter par gros temps avec une précision de quelques mètres. Puis les auditeurs ont découvert l’impressionnante largeur du spectre des capacités opérationnelles d’un Atlantique 2, sur mer comme sur terre. Cet avion de patrouille maritime, aéronef français, doté de la plus grande capacité d’emport d’armement (missiles, torpilles, bombes…), est en effet un véritable « couteau suisse ». Outre l’exceptionnelle capacité de recueil d’information et de renseignement que lui permet une grande variété de capteurs (électroniques, électromagnétiques, acoustiques, vidéo, infrarouges…), il est capable de sauver des naufragés comme de détruire un navire, un sous-marin ou un objectif terrestre au centre du désert.

Enfin, les auditeurs ont consacré le samedi après-midi à leurs travaux de comités et en élisant leur président de comité. Mais ils garderont de leur escale bretonne l’image de ces marins passionnés qu’ils se sont promis, dès que les conditions sanitaires le permettront, de retrouver en chair et en os, et surtout de « toucher la tôle » de leurs navires et aéronefs pour évacuer leur frustration de ne les avoir vu qu’à travers leurs écrans.
 
La fin d’année 2020 approche à grands pas et la nouvelle année porte l’espoir des auditeurs de pouvoir abandonner dès que possible leurs écrans pour se retrouver à nouveau et continuer ensemble à découvrir ces enjeux maritimes si importants pour la France et à réfléchir au meilleures stratégies pour y faire face.

Escale virtuelle à Toulon de la guilde de la 6e Session nationale “Enjeux et stratégies maritimes”

Après une première escale en chair et en os à Nantes début octobre, les auditeurs de la 6ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » ont vogué sur le web pour atteindre Toulon le 20 et 21 novembre 2020. Mais si les déplacements ont été virtuels, les débats et les travaux de comité n’ont rien perdu de leur réalité et de leur intensité.

Les auditeurs au grand complet et attentifs aux propos des autorités maritimes toulonnaises

Les auditeurs se sont retrouvés plongés dans les opérations maritimes et navales en Méditerranée, zone crisogène particulièrement sensible en raison de ses tensions géopolitiques, de la prolifération de la criminalité et de la vulnérabilité de son exceptionnelle biodiversité. Ils ont ainsi pu rencontrer les plus hautes autorités maritimes locales de l’État qui assurent quotidiennement en Méditerranée la sécurité de nos concitoyens et la défense des intérêts de la France. En effet, y veillent et y interviennent en particulier 24 heures sur 24 les unités de la Marine Nationale, des Affaires maritimes, des Douanes, de la Gendarmerie et de la société nationale de sauvetage en mer.

Le vendredi matin, le commissaire général de la Marine Thierry Duchesne, adjoint action de l’État en mer, a montré aux auditeurs comment l’organisation française de l’action de l’État en mer permettait au préfet maritime, sous l’autorité du Premier ministre, de coordonner avec une remarquable efficacité l’action de l’ensemble des administrations intervenant en mer, optimisant ainsi leurs moyens et leur faisant profiter des moyens des autres. Le contre-amiral Roux de Luze, adjoint opérations de CECMED, a ensuite expliqué aux auditeurs les enjeux et la diversité des opérations navales en Méditerranée conduites par le commandant de zone maritime (CECMED) sous l’autorité du CEMA.

les auditeurs au grand complet et attentifs aux propos des autorités maritimes toulonnaises

L’après-midi a dans un premier temps été consacrée aux autorités dites « organiques » responsables de l’entretien des navires et aéronefs de la marine ainsi que de la formation et de l’entraînement de leurs équipages. Le vice-amiral d’escadre Xavier Baudouard, commandant la Force d’action navale et le contre-amiral Éric Janicot, commandant la force maritime de l’aéronautique navale, ont ainsi pu débattre avec les auditeurs sur les grands enjeux techniques et humains liés à l’évolution des menaces, la montée en puissance de la numérisation au sein de la Marine, l’entretien des équipements ou encore le recrutement et la fidélisation d’un personnel toujours plus qualifié et toujours autant sollicité. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir le très haut niveau technologique des moyens de la marine – navires de surface, sous-marins et aéronefs – ainsi que l’expertise et la forte motivation des marins qui les mettent en œuvre. Mais ils ont également touché du doigt les difficultés rencontrées pour maintenir les équipements en condition opérationnelle ainsi que pour recruter et fidéliser des marins de qualité dans un contexte de pression opérationnelle croissante et de forte sollicitation des équipages.

La journée s’est finie par une visio-visite du CROSS 1 Méditerranée (CROSSMED) où les auditeurs furent accueillis par son directeur, l’administrateur en chef des affaires maritimes Philippe Michaud. En montant en passerelle « virtuellement » – une « visiovisite » a été expérimentée pour l’occasion – les auditeurs ont pu constater concrètement l’exceptionnelle efficacité de cette organisation interministérielle qui permet au préfet maritime de mobiliser immédiatement l’ensemble des moyens de l’État intervenant en mer.

En se déconnectant de leurs visioconférence, les auditeurs se sont brutalement retrouvés avec amertume isolés les uns des autres mais avec la perspective réjouissante de se revoir le lendemain. Il resteront particulièrement reconnaissants pour le temps que ces autorités ont bien voulu consacrer à leur réflexion commune et, surtout, pour la hauteur de vue, la simplicité et la grande franchise des propos qui leurs ont été tenus.

Michel L’Hour faisant partager aux auditeurs sa passion et ses convictions

Le lendemain tant attendu ne les aura pas déçu car, dès potron-minet, ils sont allés rêver au cœur des abysses avec Michel l’Hour, éminent spécialiste de renommée internationale de l’archéologie sous-marine et directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM). Il a su leur communiquer sa passion pour les richesses que recèlent les épaves du « plus grand musée du monde ». Celles-ci, outre leur exceptionnel intérêt culturel et historique, peuvent représenter de véritables enjeux stratégiques et géopolitiques, voire des menaces pour l’environnement en fonction du caractère toxique de leurs cargaisons que la corrosion peut libérer progressivement. Avec Serge Segura, ambassadeur des Océans, qui avait rejoint les auditeurs pour leurs travaux de comité, le débat fut d’une richesse et d’une intensité sans égales auquel il a malheureusement fallu mettre fin après avoir toutefois largement dépassé le temps imparti.

Olivier Schmitt en plein débat avec les auditeurs sur le sujet de la souveraineté

Avant de rejoindre leurs pénates la tête remplie d’émotions fortes, les auditeurs ont conclu leur séminaire le samedi après-midi par un point d’avancement sur les études qui leur ont été confiées par le Premier ministre sur la souveraineté dans le domaine maritime. Pour l’occasion, Olivier Schmitt, chef du département des études et de la recherche a rejoint les auditeurs et son adjointe, Mélissa Levaillant également chargée de pédagogie de la session, pour guider les auditeurs et les féliciter pour le travail accompli.

« Séminaire parisien » de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Dans un contexte où les visites d’organismes sont souvent impossibles, les solutions alternatives sont systématiquement recherchées pour assurer la réalisation du programme de nos sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Finalement, la crise du COVID 19 exerce une forme d’accélération de la transition numérique nécessaire au fonctionnement des organismes publics ou privés. En tout cas, elle nous oblige à penser les choses autrement ! Cette transition concerne bien sûr beaucoup d’autres segments stratégiques. Celui de la communication interne ou externe revêt une importance évidente. Pour les organismes de formation, il est nécessaire et indispensable de maintenir le lien quoi qu’il arrive même si rien ne remplace la rencontre directe des acteurs. Cela vaut naturellement pour les présentations dynamiques mais aussi pour les conférences où l’intervenant perçoit d’emblée la sensibilité et l’assiduité de son auditoire lorsqu’il est au contact.  Ce facteur de contact ne peut donc être sous-estimé car il est un moteur de la dynamique collective. Les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques peuvent être rassurés. La programmation des séminaires, si l’étau du contexte sanitaire ne se desserrait pas, pourrait être ajustée en prenant au mieux leurs contraintes. Pour autant, la réalisation du séminaire parisien consacré à la rencontre des acteurs participant aux processus décisionnels de nos grands décideurs politiques et institutionnels s’imposait d’autant plus au moment où ces derniers sont très exposés dans la conduite d’une gestion de crise sans précédent. C’était donc le moment de les rencontrer.

Les auditeurs réunis en ligne.

Le jeudi 19 novembre, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a donc ouvert un canal digital aux auditeurs de la 31ème session. Ils ont pu mesurer le rôle essentiel de cet organisme à pied d’œuvre au quotidien pour tout ce qui concerne la protection et la sécurité de la Nation et très impliqué dans le domaine de l’anticipation stratégique. Le contexte de crise sanitaire a d’ailleurs souligné le caractère crucial de celle-ci. Elle est un préalable indispensable à la mise en œuvre des organisations de gestion de crise pour en appréhender tous les paramètres.  Enfin, les auditeurs ont pu apprécier le rôle particulier des conseils de défense et de sécurité nationale. Outil très médiatisé en ce moment et parfois critiqué à tort, il est un instrument de l’agilité décisionnelle de nos processus qui permet de solliciter les administrations les plus appropriées dans les réponses qu’elles doivent apporter dans l’urgence. Cette agilité est souvent enviée à l’extérieur là où les États sont soumis à un processus décisionnel ralenti par la consultation d’instances intermédiaires. Nous remercions le capitaine de vaisseau Cyril de Jaurias qui a réalisé une présentation complète et très appréciée des auditeurs. A leurs manières, ils participeront à l’anticipation stratégique dans les travaux qu’ils conduiront sur les conséquences des enjeux environnementaux en Méditerranée.

Elle fut suivie par une intervention de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Monsieur Tom Haristias, chargé de mission au sein de cette direction et en charge des dossiers où les questions environnementales intéressent les armées sous l’angle de ses conséquences stratégiques pour le ministère des Armées, a animé cette séquence avec beaucoup de talent. Le traitement de ce sujet prend donc une forme nouvelle avec une approche plus approfondie et plus globale. Les enjeux environnementaux ne se limitent pas au seul volet du développement durable initié dès les années 2008 mais aussi à celui pouvant faire émerger de nouvelles tensions géopolitiques. La réflexion prospective est pleinement ouverte et l’environnement pris dans son acception large, y compris sanitaire, apporte des éléments nouveaux de réflexion géopolitique. Les États ne peuvent ignorer ce domaine qui s’installe désormais dans le dialogue politique.

Tom Haristias

Dans la continuité de cette intervention, il était intéressant d’aller au contact de la direction du renseignement militaire. Évidemment, l’interaction n’a pas permis d’aborder les thèmes sensibles compte tenu de leur caractère confidentiel. Le contre-amiral Denis Bertrand s’est donc livré à un exercice un peu frustrant, pour l’orateur comme pour les auditeurs, tout en démontrant sans ambiguïté le rôle clé de cette direction au sein du ministère des Armées. Il a aussi démontré la cohérence de l’organisation du renseignement à l’échelle nationale dans un contexte où les menaces se multiplient dans leurs formes et où la coordination s’impose. La création en 2008 du coordinateur national du renseignement, élargi en 2017 à la lutte contre le terrorisme (CNRLT), en est une illustration. Le terrorisme reste une préoccupation majeure et les événements récents de l’actualité ne cessent de le rappeler. Enfin, pour la partie renseignement, les questions environnementales sont de plus en plus mises en avant.  Si elles s’intégraient dans les analyses antérieures, ne seraient-ce que pour la mise en œuvre de capteurs et une meilleure aptitude des hommes sur le terrain, leurs places pourraient s’amplifier à court terme avec les effets directs et indirects sur l’emploi des forces et le développement des capacités, mais aussi sur les causes initiales d’un conflit.

Pour parachever ces présentations à caractère institutionnel, il était nécessaire de faire comprendre aux auditeurs l’action centrée sur les relations internationales menée par l’état-major des armées au profit du chef d’état-major lui-même.  L’officier général RIM pour « relations internationales militaires », le général de division aérienne Laurent Marboeuf, a accepté de présenter les grands enjeux internationaux pour nos armées. Qu’ils s’agissent d’engagements nationaux ou multinationaux sous l’égide de l’Union européenne, de l’OTAN ou des Nations unies, les auditeurs ont pu apprécier la multiplicité des engagements français partout dans le monde. C’est le témoignage d’un savoir-faire mais aussi celui d’une place particulière qu’occupe toujours la France à l’échelle mondiale. Les débats sont pourtant très présents sur le rôle et la place des organisations internationales à un moment où le multilatéralisme marque le pas et laisse la place à l’expression des puissances, notamment régionales. La preuve, s’il en était besoin, que le monde change. Et la France, pour tenir son rang, devra sans doute redoubler d’efforts en Europe.

Mais l’espace méditerranéen change aussi. L’occasion était donc donnée le vendredi 20 novembre de solliciter le directeur académique et de la recherche de l’institut FMES, monsieur Pierre Razoux, pour présenter un panorama géostratégique du bassin méditerranéen. L’objectif de cette séquence était de fournir aux auditeurs leur cadre d’actions. Car leur thème d’étude, il ne faut pas l’oublier, doit leur permettre d’établir des scenarii à caractère géopolitique dans un espace où des tensions existent déjà. Elles pourraient s’accroître par l’effet d’autres facteurs dont celui de l’environnement. Sous son seul effet, des tensions nouvelles pourraient aussi apparaître. Cette séquence très riche devait précéder une interaction avec un comité de l’École de guerre dont le thème se rapproche de celui de la 31ème SMHES à l’exception près qu’il concerne un espace géographique presque diamétralement opposé puisqu’il s’agit de l’Arctique.

Animé par monsieur Mikaa Mered, professeur de géopolitique des pôles Arctique et Antarctique, cet échange a permis de mesurer les changements radicaux induits par l’évolution de l’environnement dans des zones souvent hostiles à toute forme de développement. En Arctique, une forme de dilemme stratégique s’installe avec l’ouverture d’activités commerciales et des opportunités régionales de développement. Ces perspectives ne seront pas sans conséquences géopolitiques. Évidemment, tout n’est pas transposable à l’espace méditerranéen mais il y a, en y regardant de plus près, des similitudes. Un nouvel échange entre l’École de guerre et les auditeurs de la session semble donc presque s’imposer. Le comité rencontré organise un colloque au printemps. Ne serait-ce pas là une opportunité nouvelle de rencontre? À tout le moins, il faut saluer l’initiative du lieutenant-colonel Jean-Christophe Houdré à l’origine de cet événement, et ancien auditeur de la 30ème SMHES, avec l’accord bienveillant du général de brigade aérienne Jean-Marc Vigilant, directeur de l’École de guerre.

Enfin, nous avons reconduit cette année le passage au centre de crise et de soutien du quai d’Orsay qui a permis aux auditeurs d’appréhender la gestion des crises pilotées par cet organisme né en 2008. Présenté par son directeur adjoint, monsieur Alexis Le Cour Grandmaison, ce centre n’a cessé, depuis sa création, d’accroître son champ d’action et s’appuie sur une organisation resserrée en termes de ressources humaines avec de très nombreuses expertises. Il n’a pas d’équivalent en Europe et souligne aussi son agilité décisionnelle en étant directement rattaché au cabinet du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. La chargée de la formation et du RETEX, a une nouvelle fois accompagné nos auditeurs dans la présentation de ce centre d’excellence. Elle avait, et nous l’en remercions, initié cette séquence avec la session précédente. Enfin, nous avons eu la chance d’échanger avec monsieur Vincent Muller, chargé de mission pour la coopération franco-allemande du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Il fut créé à l’initiative de monsieur Michel Jobert en 1973, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères sous la présidence de monsieur Georges Pompidou. Il insistait sur la nécessité de disposer d’un outil de prospective diplomatique. Cet organisme composé de diplomates et de consultants est presque un Think Tank interne du quai d’Orsay directement lié aux autorités du cabinet. C’est un outil très précieux qui assure une veille sur les événements, notamment leurs signaux faibles parfois oubliés des observateurs ou experts en relations internationales. Monsieur Vincent Muller, au-delà de son expertise des relations franco-allemandes, a convaincu les auditeurs du caractère indispensable de cette réflexion prospective. Il l’a illustré en déclinant les grandes priorités géopolitiques dans un monde où les équilibres entre les grandes puissances changent.   

Alexis Le Cour Grandmaison

Vous l’aurez compris, ce séminaire, même sous sa forme strictement digitale, a été assez dense et très utile. Il était important de le maintenir. Les intervenants ont été au rendez-vous et se sont livrés à des échanges suffisamment nombreux pour alimenter les réflexions de nos auditeurs pour un thème d’étude où la prospective tient toute sa place.

Encore une fois, nous retiendrons toute l’importance de l’anticipation stratégique. À l’institut FMES, tout concourt à fertiliser cette réflexion d’anticipation indispensable pour mieux maitriser les crises et leur gestion. Une certaine façon de préparer l’avenir dont Antoine de Saint-Exupéry disait que nous n’avons pas pour mission de le prévoir mais plus simplement de le permettre. Les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques vous donnent désormais rendez-vous en décembre où ils iront à la rencontre de notre très belle Marine nationale.

Escale en Pays de Loire pour la 6e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN

Les auditeurs de la 6e session nationale “Enjeux et stratégies maritimes” (ESM) ont mis le cap vers les Pays-de-la-Loire pour un séminaire de deux jours à Nantes et Saint-Nazaire les vendredi 9 et samedi 10 octobre. Cette région est en effet un modèle de dynamisme dans le domaine maritime avec des pépites de la construction navale, de la filière des énergies marines renouvelables et des technologies marines innovantes.

Le vendredi matin tôt, la session a accosté aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, leader mondial sur le marché de la construction navale de croisière. Cette visite a permis aux auditeurs de découvrir ce chantier emblématique dans lequel ont été construit les porte-avions Foch et Clémenceau, et d’où le cuirassé Jean-Bart a appareillé en 1940 dans des conditions rocambolesque. Ils ont été accueillis par Philippe KASSE, directeur de la communication et des relations publiques du groupe et Mickaël Le Gal, responsable des navires militaires, et auditeur de la 5e ESM. Au-delà des infrastructures impressionnantes – les plus grandes en Europe comme la gigantesque forme de montage de 900 mètres de long ou le pont de levage d’une capacité de 1400 tonnes -, c’est bien l’excellence de l’ingénierie et des processus de construction qui, par la maîtrise de la complexité et de la technologie, confère au groupe cette productivité exceptionnelle. Les plus grands paquebots du monde sont ainsi construits en moins de trois ans. Après des débats passionnants avec Philippe KASSE, sur tous les grands enjeux de la construction navale civile, les auditeurs ont pu en voir la concrétisation avec la visite du MSC VIRTUOSA en phase finale de construction.  

Plus inattendue fut la vision d’une énorme plateforme de raccordement d’un champ d’éoliennes en mer au réseau électrique à terre. En effet les Chantiers de l’Atlantique ont diversifié leur activité dans les Énergies Marines Renouvelables (EMR). Ils offraient ainsi un lieu idoine pour une table ronde sur ce sujet qui a réuni Frédéric GRIZAUD, son directeur « Business Unit Energies Marines », Stevens CURET, président de GE offshore France et GE Wind France SAS, et Vincent Bales, directeur général de WPD Offshores et auditeur de la 3e ESM. Ils ont pu approfondir les volets politique, économique, technique et administratif de ce secteur d’activité désormais en plein essor après un départ difficileen France. Les débats animés et passionnants ont ainsi permis aux auditeurs de découvrir l’extraordinaire dynamisme de cette jeune filière dont les impressionnantes perspectives étaient encore insoupçonnées il y a encore quelques années. En effet, à l’encontre des idées reçues, les EMR sont désormais capables de produire de l’électricité à un prix très compétitif. Elles constituent un enjeu majeur et, sans doute, une partie de la solution face à l’actuel défi climatique.

L’après-midi, les auditeurs ont appareillé pour l’usine voisine de General Electric (GE) où ils ont retrouvé Stevens CURET qui a ainsi pu leur montrer concrètement la construction des éoliennes dont il leur avait parlé lors de la table ronde du matin. La chaîne de montage des rotors d’éoliennes offshores flottantes, blocs de plus de 400 tonnes, assemblés au millimètre près, a particulièrement impressionné les auditeurs par la dimension des objets manipulés mais aussi par la performance technologique et la maîtrise d’un processus permettant de produire un rotor tous les trois jours. Ils ont ainsi pu réaliser la dimension de ces éoliennes gigantesques dont la hauteur peut avoisiner celle de la tour Eifel.

Le dernier moment fort de la journée fût l’accueil au pôle national de formation de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), qui sauve environ 8000 personnes par an, tant sur les plages qu’au large, portant haut la solidarité des gens de mer qui anime tous les marins. Après un débat de plus d’une heure sur les enjeux de cette grande cause nationale, Didier Moreau, directeur de la formation de la SNSM, a lâché les auditeurs à la barre des vedettes de sauvetage des simulateurs de navigation du pôle de formation. Si l’appareillage par beau temps s’est relativement bien passé, , les auditeurs se sont retrouvés rapidement dépassés avec l’arrivée des orages et de la nuit, touchant ainsi du doigt  les conditions particulièrement difficiles rencontrées par les bénévoles de la SNSM lors des opérations de secours aux naufragés..

Dès potron-minet le samedi, les auditeurs se sont rendus au Technocampus Océan de Nantes où les attendaient Hubert Lécuyer, co-directeur du site, et Didier Besnard, directeur adjoint du CEA Tech. Cette matinéefut consacrée aux grands enjeux de la recherche technologique et de l’innovation dans le domaine naval. Philippe Baclet, directeur de WeAMEC et Pierre Serre-Combe, directeur du Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Energies Nouvelles et les nanomatériaux au CEA se sont joins à Didier Besnard pour animer une matinée de débats particulièrement riches sous le feu nourri des questions des auditeurs. Ces derniers ont ainsi pu découvrir l’extraordinaire dynamisme de la recherche dans le domaine maritime, mais également l’écosystème particulièrement vertueux mis en place par la région des pays de Loire. Le CEA Tech y joue un rôle moteur peu connu de soutien aux entreprises au cœur d’une organisation décloisonnée permettant une synergie exceptionnelle entre l’État, le monde universitaire et les entreprises. Les différents travaux de recherche conduits par le CEA ont particulièrement passionné les auditeurs, car ils se situent au cœur des travaux de réflexion sur le thème de la souveraineté qui leur ont été confiés par le Premier ministre.

L’après-midi du samedi, les auditeurs ont consacré leur demi-journée à leurs travaux de comité, dont les premiers axes de réflexion devront être présentés à la direction de l’IHEDN lors de leur prochain séminaire le 20 et 21 novembre à Toulon.

Des gestes barrières et une distanciation sociale qui n’entament pas l’attention des auditeurs lors des explications de Philippe Kasse, directeur de la communication des chantiers de l’Atlantique
Table-ronde sur les EMR avec Frédéric GRIZAUD, Stevens CURET et Vincent BALES
Les auditeurs à bord du VIRTUOSA autour des responsables du navire
Les auditeurs devant les impressionnants rotors des éoliennes offshores
A la barre d’une vedette du simulateur de la SNSM, une auditrice porte secours à un ferry en feu
Didier Besnard répond aux auditeurs
Pierre Serre-Combes expose aux auditeurs sa vision des enjeux de souveraineté scientifiques et technologiques
Pierre Baclet en pleine démonstration

Séminaire de rentrée pour la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des Sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques.

C’est donc le jour même de la cérémonie d’anniversaire des 30 ans de l’institut FMES qu’était lancée la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES). C’est donc un bon début ! Les auditeurs se sont retrouvés le mercredi 14 octobre en soirée à la maison d’hôtes du CEA de Cadarache.  Cette première rencontre des auditeurs leur a permis de faire mieux connaissance et de découvrir les grands enjeux de la session. L’institut FMES leur a également été présenté avec les multiples actions réalisées dans le champ académique et celui de l’appui à l’économie de défense. Le directeur général, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, a tenu à faire le déplacement pour aller à la rencontre de cette très belle promotion. Elle se caractérise par une très grande diversité d’origines et de parcours de nos auditeurs. C’est incontestablement une formidable richesse. « La beauté d’un tapis ne vient-elle pas de la diversité de ses couleurs ? » comme le rappelait un auditeur de la session au cours des échanges de la soirée.

Le vice amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut FMES et le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des SMHES

Après la présentation complète du programme de la session, les auditeurs ont poursuivi leurs échanges au cours d’un dîner d’accueil. Ce moment de convivialité, réalisé dans le respect des gestes barrières, est particulièrement important pour créer un « esprit promotion » essentiel à la cohésion du groupe. En première analyse, cet esprit a pris forme et ne demande qu’à se consolider au fil du temps.  Il conditionne, pour une large part, le succès des travaux conduits par les auditeurs.

A l’heure où la population mondiale et les besoins en énergie sont croissants, les ressources en énergies fossiles s’épuisent. Celles de la fusion demeurent disponibles pour des millions d’années. Avec un thème d’étude portant sur les conséquences géopolitiques des enjeux environnementaux en Méditerranée, voici donc une belle entrée en matière pour les auditeurs de la session avec la visite de l’institut de recherche sur la fusion par confinement magnétique (IRFM) du Commissariat à l’énergie atomique le jeudi 15 octobre tout au long de la matinée. Car cette énergie de fusion respecte l’environnement et n’émet ni monoxyde de carbone et ne dégage qu’un gaz inoffensif et inerte, l’hélium.

C’est sans doute un élément parmi d’autres dans les analyses conduites par cette session. Mais cette prospective technologique doit être appréhendée à sa juste place et démontre le poids de son interdépendance à la réflexion stratégique et géopolitique. Les auditeurs ont donc particulièrement apprécié de pouvoir partager avec des experts scientifiques la portée de ce phénomène. Ils ont constaté la passion qui les animait. Ils ont pu mesurer toute l’importance du développement d’un champ magnétique intense nécessaire à la fusion à partir de bobines supraconductrices confinant le plasma où s’opère la fusion dans un tokamak[1].

Cette recherche fondamentale précède un objectif concret de mise en œuvre avec un démonstrateur développé en coopération multinationale. Il s’agit d’ITER où le « chemin » en latin sans oublier qu’initialement l’acronyme décrivait une action internationale dans le domaine thermonucléaire (International Thermonuclear Experimental Reactor), acronyme moins séduisant dans sa portée  environnementale.

La suite de la visite a donc été consacrée au chantier ITER.  Ce projet de réacteur de recherche à fusion nucléaire est une exception mondiale. 35 pays participent à la mise en œuvre de ce laboratoire avec pour simplifier, parmi les principaux, les Etats-membres de l’Union européenne, la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon et la Russie. La fusion par compression magnétique… Un premier rendez-vous est donné en 2025 pour cette démonstration. Cela confirmera qu’il est possible d’accéder à une source naturelle d’énergie, celle qui alimente les étoiles et le soleil synthétisée en anglais par « bringing the sun to earth ». Le réacteur, dans sa version productive, est pour plus tard vers 2050.

Christophe Ramu, directeur de la division sécurité, santé, sûreté à ITER

A l’issue de cette présentation et visite exceptionnelles, les auditeurs se sont présentés en exprimant leurs attentes relatives à ce cycle de formation académique. Elles sont convergentes et démontrent une volonté partagée d’accorder du temps à la réflexion. Elle démontre aussi cette volonté de prendre le temps d’écouter les autres et de découvrir des secteurs d’activité éloignés de leurs préoccupations courantes. Dans un environnement où chacun est pris dans une spirale où le rythme ne permet pas toujours de s’accorder cet espace de liberté, les séminaires des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques offrent cette parenthèse. C’est une parenthèse indispensable pour les décideurs.  

Les auditeurs en visite à ITER

Dès le lendemain, le vendredi 16 octobre, les auditeurs allaient apprécier un autre rendez-vous, celui programmé avec l’armée de l’air. Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), allait leur exposer les défis de l’arme aérienne au 21ème siècle. Dans un exposé particulièrement riche et précis, il a su souligner le rôle crucial de l’armée de l’air et de l’espace dans le cadre des opérations militaires proprement dites et dans celui assurant la sûreté aérienne de la métropole et des outre-mer.  Il a su également souligner l’évolution des formes de conflictualité et de l’évolution des risques militaires dans un monde où les équilibres de puissance ont brutalement changé.

Au terme de cette présentation et des échanges très directs avec les auditeurs, le colonel David Marty a présenté la base aérienne 125 « Charles Monier » d’Istres. C’est une base aérienne qui n’a pas d’équivalent en métropole en étant un véritable tremplin de projection de nos forces armées où sont regroupées les capacités concourant à l’ensemble des fonctions stratégiques. Nous noterons au passage l’intérêt des auditeurs pour la fonction de dissuasion. Le colonel David Marty, en connaisseur averti de ce domaine, se tient d’ailleurs prêt à l’approfondir et nous l’en remercions.   

Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et le colonel David Marty, commandant de la base 125 d’Istres.

La visite dynamique a obtenu le même succès. Elle a permis d’aller au contact des opérateurs et équipages. Elle a permis aussi de découvrir le nouvel avion ravitailleur stratégique Phénix, véritable Game Changer pour les forces aériennes. Il faut comprendre ainsi le rôle polyvalent de ce nouveau vecteur qui élargit d’emblée le spectre d’actions dans la nature des opérations aériennes qu’il peut conduire.

Le MRTT surla base 125

La 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques devait conclure ce rendez-vous avec l’arme aérienne à Salon de Provence sur le site de l’école de l’air. Evidemment, ce fut pour moi un retour sur des terres familières. Nos grandes écoles militaires quelles qu’elles soient nous laissent toujours une empreinte indélébile aux officiers qui y ont fait leurs premiers pas . En entrant dans l’amphithéâtre Marin la Meslée, une solennité naturelle s’est imposée avec les auditeurs accompagnés des officiers élèves de l’école de l’air pour assister à une conférence consacrée à leur thème d’étude. Pour mémoire, il est utile de rappeler que le commandant Edmond Marin la Meslée fut l’un des as les plus titrés de la campagne de France mort en service aérien commandé le 4 février 1945. C’est donc dans cet amphithéâtre magnifique que Madame Julia Tasse, directrice de recherche à l’institut des relations internationales et stratégiques, a proposé à un très bel auditoire son intervention sur les grands enjeux environnementaux. Le cadre est ainsi fixé et offre un champ d’investigations considérable pour ce qui concerne les conséquences géopolitiques à l’échelle du monde et à celle de la Méditerranée.  

Julia Tasse durant sa conférence à l’Ecole de l’air

Au terme de cette conférence de lancement de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques, les auditeurs ont rallié Toulon. Le samedi 17 octobre en matinée, deux interventions visaient à livrer quelques clés aux auditeurs pour les placer dans les conditions les plus favorables à l’exécution de leurs travaux. Ainsi, successivement messieurs Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut FMES et Didier Leandri, professeur des universités, leur ont proposé les approches possibles et les pièges à éviter face à cet exercice toujours délicat.  Les auditeurs savent en effet qu’au terme des neuf séminaires, ils auront à produire collectivement un mémoire suggérant les pistes possibles relatives à leur thème d’étude. C’est un défi. Mais à n’en pas douter, en les observant au cours de ce premier séminaire, ce défi est accessible et ils sauront le relever.

Rendez-vous au mois de novembre à Paris pour poursuivre cette formidable aventure !  


[1] Tokamak : TOroïdalnaïa KAmeras MAgnitnymi – chambre toroïdale avec bobines magnétiques

Mission « Europe » et dernier accostage pour la 5e Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

La mission « Europe », reportée aux 28 et 29 septembre 2020 en raison du confinement imposé par la pandémie, permit aux auditeurs de se retrouver une dernière fois dans le cadre de la session. Ils se sont ainsi rendus à Bruxelles, cœur des institutions européennes où ils purent découvrir les grands enjeux maritimes de l’Union européenne, les politiques et les stratégies mises en œuvre  pour y faire face, et comment la France coopère avec ses alliés européens pour construire une Europe capable d’affronter les défis du monde d’aujourd’hui qui ne font que croître avec le retour des Etats puissance, leur politique du fait accompli, le moindre respect du droit international et l’effritement du multilatéralisme.      

Application stricte des mesures de protection contre la pandémie COVID 19 : prise de température matinale

Dès le vendredi matin, la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne (RPUE) a plongé les auditeurs dans l’atmosphère européenne. Claire RAULIN, ambassadrice de France auprès du Comité politique et de sécurité (COPS) de l’UE, a abordé les enjeux sécuritaires du Brexit  avec ses conséquences pour la France et son positionnement au sein de l’UE.

Claire RAULIN, ambassadrice de France auprès du Comité politique et de sécurité (COPS) de l’UE, en plein débat avec les auditeurs

Le vice-amiral d’escadre Henri SCRICKE, représentant militaire français auprès de l’Union européenne et du comité militaire de l’OTAN, s’est concentré sur les questions militaires et maritimes avec le délicat partage des rôles entre l’OTAN et l’UE dans un domaine particulièrement sensible qui touche directement la souveraineté des Etats-membres.

Le vice-amiral d’escadre Henri SCRICKE, représentant militaire français auprès de l’Union européenne et du comité militaire de l’OTAN, s’adressant aux auditeurs

Enfin, Ludovic BUTEL, conseiller chargé des négociations avec le Royaume-Uni au sein de la RPUE a permis aux auditeurs de découvrir et de répondre à leur question sur les « Enjeux du Brexit dans le domaine maritime ». Edouard SIMON, directeur de recherche à l’IRIS spécialisé sur les questions de sécurité et de défense européennes a présenté l’Europe de la défense et les enjeux de politique industrielle et d’armement.

Edouard SIMON, directeur de recherche à l’IRIS, donne aux auditeurs sa vision de l’Europe de la Défense

Enfin, Théo BARBE et Paul AVRILLIER, conseillers « pêche » et « transport » de la RPUE, ont notamment permis aux auditeurs de découvrir comment la politique commune de la pêche (PCP) a permis la reconstitution de certains stocks de poissons et les efforts mis en œuvre par l’UE pour limiter la pollution par les navires. Tous ces représentants de la France à Bruxelles contribuent, chacun à son niveau, à améliorer le dialogue et la compréhension entre les échelons national et communautaire et à promouvoir la vision, les positions et les intérêts de la France auprès de ses partenaires européens.

Théo BARBE et Paul AVRILLIER, conseillers « pêche » et « transport » de la RPUE

Le samedi, davantage consacré aux intervenants des institutions européennes, a commencé par une table ronde sur la « Coopération structurée permanente » (CSP) avec Arnaud MIGOUX, Chef de secteur au SEAE, l’ingénieur général de l’armement Yves CALECA, Conseiller armement au sein de la RPUE et Jean-Charles BOULAT de Naval Group. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir des avancées insoupçonnées dans le domaine de la défense et encore inconcevables il y a moins de 10 ans, telles que la création du Fond européen de défense (FED) et la montée en puissance de cette CSP dans les domaines opérationnel et capacitaires. 

Table ronde sur la « Coopération structurée permanente » (CSP)

Le député européen Pierre KARLESKIND, président de la commission pêche et vice-président de celle chargée de la biodiversité et de l’intercommission Mer au sein du parlement européen, a présenté la mise en œuvre de la politique maritime intégrée (PMI) de l’Union européenne. Il a longuement expliqué aux auditeurs le processus de négociation interne au parlement et rappelé le succès de la PCP. Après avoir abordé les enjeux en matière de sécurité et sûreté maritimes, la matinée s’est terminée par un très riche débat avec les auditeurs sur les grands défis du Brexit, en particulier pour la pêche.    

Pierre Karleskind, député européen, recueille les questions des auditeurs

L’après-midi a débuté par une table-ronde sur la « Stratégie de sûreté maritime de l’UE » regroupant Alexandre CHIRIC de la DG Mare[1],  Oren Wolf du SEAE[2] de la DG Mare et le contre-amiral Jean-Marie L’HUISSIER, spécialiste des systèmes d’information et de communication. Les auditeurs ont ainsi pu réfléchir et débattre sur des sujets aussi importants et divers que la coopération maritime entre les pays membres, la mise en œuvre d’une déclinaison maritime de la coopération structurée permanente (CSP) ou l’interopérabilité des systèmes d’information des Etats-membres.

C’est à Isabelle VIALLON, de la DG Mare, qu’est revenu l’honneur de clore la mission « Europe » de la session en animant un débat sur une économie maritime durable. Elle a notamment évoqué les grands enjeux liés à l’autonomie stratégique de l’Europe, le défi que représente pour l’UE la mise en place d’une économie circulaire qui permette la durabilité des chaînes de valeur, la définition d’un juste équilibre entre le climat, la protection de la biodiversité et l’exploitation raisonnée des mers et des océans tout en ne créant pas de distorsion de concurrence aux dépens des entreprises européennes.

Isabelle Viallon, en plein débat sur l’économie maritime durable

La journée s’est terminée par la remise de son diplôme à chacun des auditeurs par le général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN et le traditionnel dîner de clôture teinté d’une certaine nostalgie liée à la séparation proche mais aussi sans doute amplifiée par une ambiance festive contenue en raison de l’application des gestes barrières imposés par la COVID 19.

Remise des diplômes par le général de corps d’armées Patrick Destremau, directeur de l‘IHEDN – Seul le diplôme n’est pas masqué !

[1] Direction générale de la Mer de la commission européenne.

[2] Service européen pour l’action extérieure

Séminaire de la 30ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – dans le berceau du multilatéralisme

La 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques arrive au terme de son parcours. Elle aura vécu des étapes très riches avec néanmoins quelques turbulences. Le contexte inédit de la crise sanitaire du COVID 19 en a évidemment été à l’origine. Ces turbulences ne l’auront pas pour autant empêcher d’atteindre sa destination.  Une session qui se termine, c’est aussi un élan nouveau qui s’annonce. La 30ème SMHES s’est engagée à maintenir les liens établis entre les auditeurs au cours d’une année de partage. C’est aussi cela la mission des SMHES que de créer un réseau robuste et vivant.  

Les auditeurs de la 30ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques se sont finalement retrouvés à Genève pour clore leur année de réflexion sur leur thème d’étude. Cette mission, initialement programmée en Algérie, avait pour objectif de les confronter aux réalités du terrain. Il s’agissait en effet de mesurer les actions concrètes induites par la mise en œuvre des nouvelles routes de la soie en Méditerranée. Les contraintes sanitaires n’ont pas permis la réalisation de cette mission et une solution alternative devait être envisagée. Le choix de Genève s’est vite imposé car aller à la rencontre des responsables de l’organisation des Nations unies ouvrait une opportunité unique d’appréhender globalement les enjeux de ces nouvelles routes de la soie à l’échelle mondiale. Ce déplacement permettait aussi de mieux cerner les mesures sanitaires telles qu’elles ont été préconisées par l’Organisation mondiale de la santé. Enfin, au moment où les leviers du multilatéralisme ne semblent plus produire les effets attendus, une appréciation de situation du rôle des organisations internationales s’avérait particulièrement utile dans le cadre du thème d’étude de la session.

La 30ème SMHES devant l’Organisation des nations unies

Au préalable, il est toujours utile de rappeler l’origine de ces organisations dont la vocation était de trouver le meilleur chemin pour maintenir la paix dans le monde. Car tel était l’objectif du traité signé à Versailles au lendemain de la Première guerre mondiale avec la création de la société des nations. La SDN devait être le moteur d’actions multilatérales permettant de maintenir la paix universelle. C’était une conséquence du rêve porté alors par de nombreux philosophes. Mais cette organisation sera totalement discréditée avec une seconde vague d’extrême violence au cours de la Seconde guerre mondiale. C’est donc la fin du rêve de la paix perpétuelle (Emmanuel Kant).L’Organisation des nations unies allait alors prendre la place. Son objectif sera aussi celui de maintenir la paix et la sécurité internationale avec moins de profondeur philosophique et plus de réalisme dans la mise en œuvre des actions de portée internationale. Entrée en vigueur le 24 octobre 1945, la charte des Nations unies a été signée par 51 États le 26 juin 1945. L’organisation compte aujourd’hui 193 États membres. Son origine caractérise sans doute le mieux la volonté occidentale au lendemain des heures sombres de son histoire. Puis, avec le transfert à New-York du siège de l’organisation, cette volonté est relayée aux Etats-Unis avec un recul de la puissance occidentale au moment où son empire connaissait progressivement le déclin. Genève constitue donc le creuset où se regroupent toutes les organisations internationales sous leurs différentes formes. C’est véritablement le berceau du multilatéralisme. Le berceau d’un multilatéralisme dont la mise en œuvre soulève aujourd’hui de multiples questions.

De fait, le thème d’étude de la 30ème session soulève aussi d’importantes questions sur le jeu des puissances et donc sur la forme de leurs relations. En particulier, la puissance chinoise a modifié substantiellement les équilibres qui prévalaient jusqu’alors. D’un monde unipolaire où s’affirmait tous azimuts l’hyperpuissance américaine, nous sommes passés à un monde multipolaire où les puissances s’affirment unilatéralement dans leur diplomatie ou leur économie. A cet égard, la Chine tient une place singulière dans le concert des Nations. Cette place soulève d’importantes interrogations. Les instances internationales ne semblent plus disposer des leviers pour réguler l’économie mondiale. La mondialisation a totalement libéré l’économie de marché créant une forme de jungle où les États placent désormais les autres États devant le fait accompli.  

Finalement, cette mission d’étude à Genève s’imposait d’elle-même. Sans doute d’ailleurs faudra-t-il l’inclure dans le programme des sessions ultérieures car les échanges réalisés avec les différents piliers de l’organisation des Nations unies sont indispensables à la compréhension des principaux enjeux de ce monde. La démonstration en sera faite au cours de ce séjour.

Une partie des auditeurs dans le jardin de la villa des Ormeaux

Dès le jeudi 3 septembre, les auditeurs ont pu apprécier le cadre plutôt agréable des échanges. Les contraintes sanitaires nous ont en effet imposé de réaliser nos différentes rencontres à la villa des Ormeaux située sur la rive droite du Léman. C’est le siège de la mission permanente de la France auprès de l’office des Nations unies. C’est aussi un lieu de partage puisque le représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarmement y déploie également ses équipes.

C’est d’abord monsieur Victor do Prado, diplomate brésilien et directeur exécutif de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a tenu à venir à la rencontre des auditeurs. Son intervention, dans un français impeccable, a évidemment suscité un immense intérêt. Sans en détailler toutes les facettes, elle a souligné les difficultés de mise en œuvre d’une régulation économique mondiale. La logique du rapport de force entre les États semble désormais s’imposer y compris dans les instances juridictionnelles. Cette situation souligne en particulier la vive tension entre les États-Unis et la Chine sur de profonds différends commerciaux. Au-delà des difficultés, l’Organisation mondiale du commerce s’inscrit malgré tout dans une réforme de fond qui doit prendre en compte un contexte économique mondial profondément changé. L’élection à venir de son futur directeur général sera sans doute un signal fort de ce changement de posture. Enfin, l’épisode du COVID 19 a eu une forte incidence sur le commerce mondial révélant de réelles vulnérabilités. De cet épisode pourraient résulter de nouveaux équilibres dans les domaines de la production et de la souveraineté industrielle. 

Victor Do Prado devant les auditeurs

Le deuxième rendez-vous nous replaçait au cœur de l’actualité portée par la crise du COVID 19. Madame Sylvie Briand, directrice du département des pandémies et épidémies de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait un point très complet de la situation. L’OMS a fait au mieux dans un contexte difficile. Si ce message est entendu, il souligne néanmoins une fois encore la fragilité des instances internationales. Au-delà de son action déterminée, l’action multilatérale qui aurait pu prévaloir n’a donc pas pris la forme attendue. Le désengagement financier des États-Unis de l’OMS en dit long sur les vulnérabilités nouvelles auxquelles il faudra faire face. Car le risque d’épidémie ou de pandémie restera un sujet sensible. La crise du COVID 19 est une alerte sérieuse dont il faudra tirer toutes les leçons. Par ailleurs, cette crise a sans aucun doute freiné l’élan chinois des nouvelles routes de la soie. Dès le 16 mars dernier, les auditeurs avaient intégré dans leurs travaux ce nouveau paramètre qui allaient modifier la déclinaison des différents scénarios envisagés.

Sylvie Briand

Il était donc intéressant de poursuivre cette journée avec la présence du GCSP (Geneva Center for Security Policy). La création de cette fondation remonte au début des années 1980. La première rencontre entre le Président des Etats-Unis Ronald Reagan et le premier secrétaire du parti communiste Mikhail Gorbatchev durant la guerre froide avait souligné la nécessité de mettre en œuvre un centre de formation internationale dédié aux questions de sécurité. Le GCSP fut créé à cette occasion sous l’impulsion du ministère des affaires étrangères suisse. Pour ce qui concerne les auditeurs de la 30ème SMHES, le rendez-vous genevois proposait d’aborder la question de la gestion des crises. Le directeur des opérations, le général (2s) Philippe Meyer accompagné de monsieur David Horobin et de madame Clémentine Gaspar ont présenté les paramètres déterminants d’une crise et les clés indispensables favorisant le retour aux conditions normales. Au bilan, cette rencontre démontre qu’en matière de gestion de crise, il faut encourager toutes les initiatives de ce type. Elles peuvent opportunément s’appuyer sur des organismes tels que l’institut FMES. Cela conforte donc une dynamique d’ores et déjà envisagée au profit des décideurs publics ou privés.  

L’équipe du GSCP

Après une première journée d’échanges avec les représentants de deux très importants organismes des Nations unies (OMC – OMS), les rendez-vous du vendredi 4 septembre se sont concentrés sur la vision des représentants français au sein de nos missions permanentes installées à Genève. L’opportunité était ainsi donnée aux auditeurs de mesurer les éventuelles divergences de vues sur les outils de régulation de l’économie mondiale et l’approche globale de la crise du COVID 19.  

Mais ce fut d’abord un rendez-vous consacré aux fondamentaux de la culture stratégique. Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de la conférence du désarment à Genève, a tenu personnellement à prononcer cette intervention à l’attention de nos auditeurs. Dans une période marquée par l’imprévisibilité des situations et un retour à des logiques de rapport de force des Etats quel que soit le type d’action concernée, le constat dressé par notre représentant démontre la nécessité de bien comprendre le siècle d’histoire de nos organisations internationales dont la vocation était de promouvoir les leviers concourant à la sécurité internationale. Il a probablement souligné un point d’inflexion des mécanismes internationaux au moment où les Etats rejettent le dialogue multilatéral dont le fruit n’est plus conforme à leurs attentes. Ce constat démontre aussi les évolutions liées aux générations qui n’ont pas connu les drames de la guerre et qui, d’une certaine manière, idéalisent le monde tel qu’elles voudraient qu’il soit face à la réalité du monde tel qu’il est. Dans un échange où les questions n’étaient pas convenues, la nécessité de réacquérir une culture stratégique s’impose d’elle-même. Le thème d’étude de la 30ème SMHES a donc le mérite de modestement y’concourir. Vous nous avez, monsieur l’ambassadeur, donné l’envie de revenir débattre !

L’ambassadeur Yann Hwang durant sa conférence

Il fut suivi par la rencontre de monsieur Jean-Marie Paugam, délégué permanent de la France auprès de l’OMC, dans des échanges très nourris sur le fonctionnement de la régulation économique mondiale. Ces échanges auraient pu être techniques et austères. Ils ont été clairs, précis et accessibles en apportant les clés de compréhension indispensable aux mécanismes de cette régulation. La mondialisation n’en a sans doute pas simplifié la mise en œuvre. Certaines règles sont contournées. Des procédures juridiques sont engagées. Elles mettent ici ou là des principes de subventions contestés, des règles de croit bafouées avec des sanctions financières dont les montants paraissent vertigineux. Cet échange n’est pas à l’opposé des propos tenus par notre premier intervenant qui n’avait pas manqué de mettre en avant la période difficile traversée par l’OMC. Il fut complémentaire et particulièrement utile. Evidemment, la Chine fut, à maintes reprises, citée dans une dynamique économique que rien ne doit arrêter.

Jean-Marie Paugam

Pour clore ce séjour à Genève, il nous a paru intéressant de solliciter un chercheur travaillant sur les nouvelles routes de la soie. C’est une façon de compléter l’ensemble des conférences réalisées au cours du cycle annuel de la 30ème SMHES. Monsieur Benno Zogg du Center for Security studies de Zurich s’est plié à cet exercice et les auditeurs lui en sont reconnaissants. Sa présentation fut remarquable. Elle n’a pas fondamentalement marqué de différences avec les chercheurs français que nous avions sollicités antérieurement. C’est donc le signe d’une certaine vision partagée des incidences de ces nouvelles routes de la soie. Une vision qu’il faudra approfondir dans le temps. Et s’agissant de ce projet, le temps long doit être retenu à l’instar de celui qui convient le mieux à la philosophie chinoise au moment où les Européens sont piégés pas l’instantanéité des faits et les réponses qu’il faut apporter.

Benno Zogg

Finalement, pour paraphraser Jean Monnet, nous pourrions presque affirmer que « le monde se fera dans les crises et qu’il sera la somme des solutions apportées à ces crises ». Il reste donc à trouver les mécanismes permettant cette addition. A défaut, le chacun pour soi risquerait de produire des effets collatéraux dont il faut souhaiter qu’ils ne produisent pas d’effets dévastateurs. Mais, il convient d’être optimiste et la réflexion prospective et stratégique, le débat d’idées voire le combat des idées sont de précieux moteurs du changement. Les auditeurs de la 30ème SMHES auxquels je resterai fidèlement attaché y contribueront à leur manière. Il y a certes quelques imperfections dans la conduite de leurs travaux. Mais il y a aussi une formidable richesse.  C’est celle que je retiens. Et je les en remercie. A n’en pas douter, leur thème d’étude n’a pas fini de faire couler de l’encre ici à Genève et très probablement dans le reste du monde.