Les Etats-Unis s’apprêtent à commémorer les 250 ans de leur indépendance (4 juillet 2026) dans un climat très incertain où rien n’est écrit, ni le pire, ni le meilleur.
Au Moyen-Orient, le mémorandum d’entente – un engagement sans valeur juridique contraignante – signé électroniquement le 17 juin à Versailles par Donald Trump et son homologue iranien Mahmoud Pezeshkian ouvre une période de négociation de deux mois renouvelables pour tenter de mettre un terme à la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Même si une majorité de commentateurs estime que cette séquence n’a aucune chance d’aboutir, les Iraniens paraissant en position de force et apparemment peu désireux d’offrir une porte de sortie à l’agresseur, il est très difficile de pronostiquer ce qui pourrait advenir. Tout d’abord parce que ceux qui dirigent réellement l’Iran aujourd’hui, c’est-à-dire les Gardiens de la révolution et non plus le clergé, savent qu’ils ne pourront se maintenir au pouvoir que s’ils parviennent à relancer l’économie d’une manière ou d’une autre. Ensuite parce qu’une majorité d’entre eux estime qu’un « grand marchandage » est possible avec Washington, ce dont rêvent les décideurs pragmatiques des deux pays depuis des décennies, même si la dernière tentative initiée sous les présidents Obama et Rouhani a échoué. Enfin parce que l’histoire enseigne que, pour parvenir à une normalisation, il arrive parfois que deux Etats décident de se faire d’abord la guerre pour se jauger et rejoindre la tête haute la table des négociations. C’est l’option qu’avait choisi le président égyptien Anouar el-Sadate en déclenchant la guerre du Kippour contre Israël en octobre 1973. Les deux belligérants s’étaient proclamés vainqueurs et avaient négocié dans la foulée les fameux accords de Camp David établissant une paix durable entre l’Egypte et Israël. Reste à savoir si la junte se laissera emporter par l’hubris de sa victoire tactique. Son intransigeance à l’égard du péage qu’elle souhaite instaurer dans le détroit d’Ormuz – qui serait une révolution dans le commerce mondial – laisse sceptique.
Pourtant un accord entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait déboucher sur une normalisation des relations entre les deux pays pour leur bénéfice mutuel ; ce qui ne ferait les affaires ni de la Chine, ni de la Russie. Pour parvenir à un tel accord, la Maison Blanche devra imposer sa volonté à une partie de l’establishment américain qui y est hostile mais aussi au gouvernement israélien pour l’empêcher de saboter le processus, au Liban notamment. Cette seconde condition paraît d’autant plus délicate que Donald Trump a l’habitude de se désintéresser rapidement d’un sujet pour passer au suivant tandis que Benyamin Netanyahou est habitué à faire le gros dos en attendant que l’orage passe. Deux autres incertitudes subsistent : ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui accepteront-ils de lâcher le Hezbollah et de renoncer à l’affrontement perpétuel contre Israël pour prix de leur réinsertion dans la communauté internationale et du développement économique de leur pays ? Sont-ils prêts à modifier leur législation pour permettre des investissements américains, réduisant par-là même les prébendes des Gardiens de la révolution ? Quelle que soit l’issue de cette négociation, il est déjà possible de tirer les premiers enseignements de ce conflit. L’un d’entre eux concerne la désignation d’un nouveau premier ministre irakien de compromis, après des mois de blocage politique. Un autre enseignement est le renforcement de la Turquie dans la région : Ankara qui accueillera le sommet de l’OTAN les 7 et 8 juillet profite du chaos pour se placer comme le leader du Proche-Orient, acteur essentiel de stabilisation et de contre-poids à l’encontre d’Israël et de la Grèce. L’exercice Efes 2026 qui a réuni plus de 10 000 militaires de 50 nations, et pour la première fois des militaires libyens (de tripolitaine et de cyrénaïque) et syriens, est une démonstration de force à cet égard.
Les Etats-Unis continuent de dérouler leur stratégie énoncée dans leur « revue nationale » et renforcent leur contrôle de l’hémisphère occidental en soutenant avec succès les candidats qui leur sont proche : après l’Argentine, l’Equateur et la Bolivie, la droite enregistre une nouvelle victoire en Colombie, avec l’élection d’Abelardo de la Espriella. D’une autre manière, les sanctions contre le régime castriste en grande difficulté socio-économique se conjuguent avec des rencontres entre responsables militaires américains et cubains pour préparer un avenir que Donald Trump n’envisage que sous l’égide américaine.
En Ukraine, rien n’est écrit non plus. Alors que Volodymir Zelensky paraissait en mauvaise posture ces derniers mois, son armée est parvenue à frapper Saint-Pétersbourg et sa région avec des drones lors du forum économique international, mais aussi Moscou, humiliant Vladimir Poutine et montrant la vulnérabilité de la Russie à des frappes ciblées. Le Kremlin a riposté en intensifiant les frappes de terreur contre les grandes villes ukrainiennes, tandis que l’armée russe se prépare à lancer une nouvelle offensive d’été. La Maison Blanche, voyant peut-être le vent tourner, change de posture et adopte un ton plus critique à l’égard de Moscou.
En Afrique, la guerre se poursuit au Soudan et au Mali, comme toujours dans l’indifférence générale, soulignant les limites du soutien russe à ses partenaires de circonstances. Le Tchad l’aurait-il compris ? Il rétablit en tout cas progressivement sa coopération militaire avec la France. En Asie, le Japon, la Corée du Sud, les Philippines et l’Inde soufflent, après la reprise du trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz, rassurés de voir les hydrocarbures couler de nouveau à flot. Ces pays restent toutefois conscients qu’un nouveau blocage de ce détroit ou d’un autre les remettrait dans une posture très délicate. Xi Jinping s’est pour sa part déplacé à Pyongyang pour y rencontrer Kim Jong-Un, alors que c’était le dirigeant nord-coréen qui, traditionnellement, venait à Pékin, signe que la Chine s’inquiète de la dérive de la Corée du Nord vers la Russie. Sur le plan militaire, il est possible que le président chinois ait tiré un enseignement de cette nouvelle guerre du Golfe qui pourrait s’appliquer demain à Taïwan : un blocus aéronaval est finalement plus efficace sur le plan stratégique qu’une attaque massive au résultat somme toute très incertain.
En Europe aussi, rien n’est écrit. D’un côté, l’Union européenne affiche sa solidarité avec l’Ukraine et décide de lui allouer une partie de son fonds souverain consacré à la défense. D’un autre, les intérêts industriels nationaux prévalent comme en témoigne l’abandon officiel du projet d’avion de combat futur (SCAF), fragilisant les autres projets franco-allemands.
Manifestement, les dirigeants qui comptent sur la scène internationale s’organisent pour faire face à une situation de guerres durables qui impactent leurs intérêts. C’était le sous-texte des discussions au sommet du G7 qui s’est tenu à Evian du 15 au 17 juin. En France, le profil très opérationnel des deux nouveaux chefs d’état-major de l’armée de Terre et de la Marine témoigne également de cet impératif. Dans la même logique et dans un autre domaine la Maison Blanche a pris des mesures pour s’assurer que les versions les plus élaborées de l’intelligence artificielle ne soient accessibles qu’aux seuls ressortissants américains.
L’été risque donc d’être chaud, à tous points de vue. Nous vous donnons rendez-vous après la pause estivale pour faire le point sur tous ces dossiers.
L’équipe de direction de l’Institut