Par Thibault LAVERNHE, août 2026
Thibault Lavernhe est capitaine de vaisseau dans la Marine nationale. Son parcours opérationnel, marqué par plusieurs déploiements au sein du groupe aéronaval, l’a notamment amené à commander un patrouilleur, une frégate légère furtive et désormais la frégate de défense aérienne Chevalier Paul. Il est l’auteur, avec François-Olivier Corman, de Vaincre en mer au XXIème siècle (Equateurs, 2023). Il est membre du réseau Castex animé par le CESM qui fédère les officiers de Marine publiant régulièrement.
La dimension navale et maritime du conflit qui oppose les Etats-Unis et Israël à l’Iran depuis février 2026 est au cœur de l’action des belligérants, depuis le niveau politique jusqu’au niveau tactique. A la fois lieu et objet d’affrontement, la mer occupe non seulement une place stratégique au travers de la question du détroit d’Ormuz, mais également une position centrale dans la manœuvre expéditionnaire de Washington et dans la posture de résistance de Téhéran. Avec une organisation, des moyens et des procédés totalement différents, les deux principaux acteurs sont engagés dans un affrontement par ou pour la mer qui mobilise tout le registre de la guerre navale, depuis le minage jusqu’aux tirs de missiles balistiques en passant par l’entrave des flux commerciaux et la guerre informationnelle. Par-delà la seule chronique des évènements, cette analyse remet en perspective les nuances de guerre navale à l’œuvre entre Washington et Téhéran, qui sont autant de sources de réflexion pour les marines européennes restées jusqu’à présent en marge des hostilités.
Dans un monde globalisé, les guerres terrestres débordent en mer : le conflit qui oppose l’Iran aux Etats-Unis et à Israël depuis février 2026 – mais qui trouve ses racines bien en amont de cette date – n’échappe pas à cette loi d’airain. Plus encore, son volet maritime et naval est en réalité déterminant, la mer y tenant le double rôle de lieu et d’objet d’affrontement. Depuis le lancement des opérations Fureur épique et Rugissement du Lion, l’affrontement à grande échelle qui se joue au Moyen-Orient donne à voir un large nuancier de guerre navale, dans presque tous ses modes théoriques, de la guerre de course à la guerre d’escadre. Cette guerre – qui n’est pas terminée à l’heure où ces lignes sont écrites – mêle ainsi quelques vérités éternelles et un aperçu des évolutions de la conflictualité en mer. Nous proposons ici de nous y arrêter brièvement, en passant en revue dix aspects qui sont autant de nuances de l’affrontement naval entre Téhéran et Washington, l’acteur israélien étant quant à lui secondaire sur le plan purement naval, malgré son rôle majeur sur le plan aéroterrestre.
Asymétrie à tous les étages
Ce qui frappe au premier chef est la profonde asymétrie entre les deux belligérants, dont le seul trait commun est probablement d’être des Etats constitués reconnus par la communauté internationale. Asymétrie politique, culturelle et économique, bien sûr. Asymétrie des buts de guerre également. Mais surtout asymétrie des moyens et des conditions d’emploi de la force militaire, en particulier en mer et depuis la mer. D’un côté, l’aigle expéditionnaire américain, qui se repose sur un maillage dense et permanent de bases militaires avancées – qui lui permettent notamment la mise en œuvre de son aviation basée à terre – et use de sa puissance thalassocratique en mobilisant d’impressionnants moyens navals dans la durée (deux porte-avions et leurs groupes aériens embarqués, une quinzaine de destroyers, deux grands navires amphibies avec des unités de Marines, plusieurs sous-marins nucléaires et de nombreux ravitailleurs). De l’autre, l’hydre continentale iranienne, incapable de contrer la supériorité aérienne américano-israélienne et privée de sa marine régulière dès les premiers jours du conflit, qui s’appuie sur la masse terrestre pour encaisser les coups et faire peser une menace en mer en mobilisant son arsenal aérobalistique. Conceptuellement, l’asymétrie est totale : Washington manœuvre selon des lignes d’opérations extérieures particulièrement allongées (qui passent par l’Europe, l’Asie voire le cap de Bonne Espérance pour converger au Moyen-Orient) et utilise les espaces fluides (air, mer, mais aussi espace et cyberespace) pour tenter de dominer, en prenant garde de ne pas franchir son point culminant[1] ; Téhéran manœuvre selon des lignes d’opérations intérieures très courtes[2] et utilise l’espace solide terrestre (et notamment sa composante sous-terraine) pour résister et peser sur le nœud maritime d’Ormuz, en espérant que l’adversaire dépasse son point culminant. Tactiquement, cette asymétrie s’illustre dans les moyens mobilisés et les procédés mis en œuvre pour l’affrontement naval. Dans le domaine du renseignement tactique, un hypersensoriel affronte un malvoyant : les forces américaines disposent d’une supériorité écrasante et lisent à livre quasi-ouvert[3] dans le dispositif iranien, comme l’a montré l’extraordinaire tempo de frappes des premiers jours, tandis que les Iraniens se contentent des bribes d’information transmises par leurs partenaires (en particulier la Russie, qui dispose d’une capacité spatiale de surveillance maritime), mais aussi des informations disponibles en sources ouvertes ou de celles transmises par leurs proxys qui opèrent en mer. Dans le domaine des frappes, une chaîne de supermarché moderne fait face à un bazar artisanal : Washington mobilise un très large arsenal de porteurs et de vecteurs létaux opérant depuis la mer et les airs, allant du missile Hellfire à la torpille ; Téhéran met en œuvre un quatuor fait de missiles balistiques, de missiles antinavires, de drones aériens et de mines navales, tous mis en œuvre depuis la terre. Enfin, dans le domaine du commandement et du contrôle, un orque fait face à une pieuvre : d’un côté, le rouleau compresseur de la jointness américaine, à la fois vertical et distribué, qui tire parti de la symbiose interarmées et de la fusion des milieux et des champs dans une approche multi-domaines ; de l’autre, la mosaïque iranienne qui tire parti de l’imbrication politico-militaire, de l’ancrage territorial de ses moyens d’agression navale, et de la décentralisation de son commandement en vertu de la doctrine de la « défense en mosaïque »[4]. Au total, et pour achever notre fresque allégorique, ce ne sont donc pas deux gladiateurs qui se font face sur le plan naval, mais plutôt un gladiateur et un judoka. En jetant un œil du côté de la mer Noire, il apparaît même que l’asymétrie navale au Moyen-Orient est encore plus prononcée que celle qui oppose la Russie à l’Ukraine (tous deux riverains de la mer Noire et agissant selon des lignes d’opération intérieures), dans la mesure où Kiev peut mobiliser un tissu de ressources extérieures auquel Téhéran n’a pas accès, et que Moscou n’a pas le même niveau de puissance navale que Washington.
Une guerre d’escadre très brève en apparence… mais qui se poursuit par d’autres moyens
La marine iranienne, combien d’escadres ? Très peu à l’aube du conflit, et désormais aucune depuis l’anéantissement massif de la marine régulière iranienne dans les premiers jours de l’opération Fureur épique. L’affrontement entre forces navales hauturières a ainsi été très bref, et s’est déroulé la plupart du temps alors que les unités iraniennes étaient à quai ou au mouillage (principalement dans les bases navales de Bandar Abbas et de Konarak) : frégates, corvettes, patrouilleurs, porte-drones, sous-marins, ravitailleurs et mouilleurs de mines ont été en grande majorité neutralisés par des frappes précoces de missiles de croisière et de bombes tirés par les forces aériennes et navales américaines sur la marine régulière (dite IRIN) puis sur la composante navale des Gardiens de la révolution (dite IRGCN)[5]. Dans le même mouvement, les principales infrastructures terrestres de la marine iranienne ont été frappées, tandis que certaines autorités navales étaient assassinées. Le seul duel hauturier, très inégal, est celui qui vit le sous-marin nucléaire d’attaque Charlotte couler la frégate Dena au large du Sri Lanka le 4 mars, en la frappant d’une torpille[6]. Cette séquence de décapitation illustre deux réalités du combat naval : d’une part, son caractère fondamentalement rapide, destructeur et décisif ; d’autre part, la grande vulnérabilité d’une flotte immobile à proximité immédiate de ses bases, et qui n’a visiblement pas cherché à se diluer (contrairement à la manœuvre de dispersion des lanceurs balistiques à terre). Les raisons profondes de cette absence apparente de combativité restent à explorer. Pour autant, cette guerre d’escadre éclair n’aura pas totalement emporté la décision en mer, au point que l’on pourrait considérer qu’elle se poursuit encore, après plusieurs moins d’affrontement, par d’autres moyens. En témoigne la liberté d’action des forces navales américaines, qui n’est pas totale en mer, le sea control étant encore largement « en dispute » dans la bande littorale, comme l’a montré la très brève durée de vie de l’opération Project Freedom d’incursion de destroyers américains dans le détroit d’Ormuz le 4 mai[7]. De manière similaire aux opérations en mer Noire, la guerre d’escadre n’est donc pas close et a muté sous l’effet de rétroaction de la masse continentale, pour deux raisons. Premièrement, en raison de la menace rémanente posée par l’IRGCN, dont la distribution sur tout le littoral iranien et la fragmentation en de nombreuses petites unités lui a permis de survivre aux premières frappes de décapitation et ainsi de continuer à « faire quelque chose » en mer pour y contraindre localement la liberté d’action de l’escadre américaine : tirs de missiles de croisière, salves de drones aériens low cost pouvant cibler (de manière grossière, mais cela peut suffire à dissuader, en particulier en influant sur les perceptions) des unités navales à plusieurs centaines de kilomètres au large… autant de leviers pour entretenir la flamme d’une guerre d’escadre par procuration au travers de « piqûres de moustiques » suffisamment nombreuses et potentiellement douloureuses. Deuxièmement, en raison de l’ombre portée de la menace balistique iranienne, qui fait office, conceptuellement, d’escadre de remplacement. Comme jadis l’Allemagne nazie utilisait sa force aérienne basée à terre en guise d’escadre pour permettre à ses meutes de sous-marins de s’épanouir, Téhéran, à défaut d’aviation, utilise aujourd’hui son potentiel aérobalistique pour tenir en respect les escadres adverses (qu’elles soient basées en mer ou à terre) et permettre aux « petits » (mouilleurs de mines, patrouilleurs, drones) de jouer dans l’arène. Le tir d’un missile balistique vers la base américaine de Diego Garcia dans l’océan Indien le 22 mars, à plus de 4 000km de l’Iran, va dans ce sens. Retirer à Téhéran son centre de gravité aérobalistique reviendrait à siffler définitivement la fin de la guerre d’escadre… mais Washington et Tel-Aviv n’y sont pas encore parvenus, malgré tous leurs efforts.
Une guerre des côtes… dans la profondeur
Après la guerre d’escadre, le second registre stratégique de la guerre navale est celui de la guerre des côtes, c’est-à-dire l’emploi des forces basées en mer pour « frapper » à terre par le biais de la projection de puissance ou de force[8]. Le registre de la projection de puissance tourne à plein régime depuis le premier jour de la guerre, et même, en réalité, depuis la guerre des 12 jours de 2025. Les groupes aéronavals (GAN) américains ont ainsi été employés à un rythme très soutenu pour conduire des frappes vers la terre depuis la Méditerranée (positionnement initial de l’USS Gerald Ford avant sa bascule en océan Indien début mars 2026) et depuis la mer d’Arabie (positionnement de l’USS Abraham Lincoln puis de l’USS George Bush), totalisant la moitié des sorties de combat durant l’offensive initiale. S’y sont ajoutés les frappes de missiles de croisière depuis les destroyers et les sous-marins nucléaires (850 missiles Tomahawk ont ainsi été tirés en quarante jours d’opérations, soit plus que durant les deux dernières guerres du Golfe). Car bien que le registre de la guerre d’escadre ne soit pas totalement clos, force est de constater que l’asymétrie de l’allonge joue ici en faveur des Américains, capables de frapper avec force et précision depuis la mer tout en se tenant hors de la portée des armements terrestres iraniens les plus menaçants. Les cibles atteintes depuis la mer ont d’ailleurs la plupart du temps été frappées dans la profondeur du territoire iranien, bien au-delà de sa seule bande littorale. S’agissant des armements utilisés, il est intéressant d’observer qu’en complément des armements de haute technologie utilisés par l’US Navy, plusieurs drones ont fait leur apparition dans la panoplie américaine (nous y revenons plus loin). En complément, si la guerre des côtes depuis la mer est l’apanage de Washington, les frappes de « la terre vers la terre » sont quant à elles largement pratiquées par Téhéran[9] dans une logique d’escalade horizontale : en passant par-dessus la petite mer qu’est le golfe Persique, les missiles balistiques, les missiles de croisière et les drones iraniens entretiennent à leur manière une guerre des côtes en profondeur (outre le site de Diego Garcia déjà mentionné, les missiles balistiques iraniens ont visés jusqu’à l’île de Chypre qui abrite notamment la base aérienne britannique d’Akrotiri, réputée utilisable par des aéronefs américains), d’autant plus destructrice que ses cibles sont fixes. Sur le plan naval, il est intéressant de remarquer que cette guerre aérobalistique tous azimuts pratiquée par l’Iran a imposé de mobiliser plusieurs unités de surface dotées de capacités anti-missiles balistiques[10] en protection de sites terrestres (Israël, Turquie, Chypre), en particulier en Méditerranée et en mer Rouge. Mais cette guerre des côtes menée depuis la terre n’a ni l’imprévisibilité ni la souplesse de la guerre des côtes menée par les GAN américains depuis la mer. Au registre de l’imprévisibilité, il est révélateur de remarquer que quelques jours avant les premières frappes sur l’Iran, l’USS Abraham Lincoln, présent en mer d’Arabie depuis le mois de janvier, était annoncé en escale à Oman le 1er mars, donnant un signal d’apaisement temporaire… avant d’embrayer sans préavis sur une intense campagne aérienne : où l’on voit que la lecture des positions des forces navales et ne vaut jamais la lecture de leurs intentions. Finalement, la seule absente au registre de la guerre des côtes est l’action amphibie : si un Amphibious Ready Group (ARG) du Marine Corps articulé autour de l’USS Tripoli et de l’USS New Orleans a effectivement été positionné dans la durée en mer d’Arabie[11], il n’a pas été employé dans une action de projection de forces contre l’Iran. Pour autant, cette potentialité a été mobilisée dans le narratif américain pour mettre la pression sur Téhéran en laissant planer le doute (en utilisant, là encore, le découplage entre position et intentions), et possiblement pour forcer le dispositif défensif iranien à se préparer à un assaut terrestre éventuel, le forçant ainsi à se dévoiler pour le frapper ensuite plus facilement.
La course, nerf de la guerre
Dernier sommet de la trinité stratégique de la guerre navale : la course, c’est-à-dire l’entrave des flux maritimes (en premier lieu le commerce) de l’adversaire. Cette nuance de guerre navale est sans doute la plus vivace, car elle est employée par les deux partis et produit des effets stratégiques sensibles et immédiats. Ici, la guerre de course est marquée par une unicité de lieu et une diversité des méthodes. Unicité de lieu maritime, d’abord : c’est par et pour l’artère vitale d’Ormuz que se joue l’affrontement, ce détroit international (qui voit passer 25% des produits pétroliers, 20% du GNL et 33% des engrais mondiaux) étant vu par les deux belligérants tantôt comme un levier de pression, et tantôt comme un robinet à maintenir ouvert. Diversité des méthodes navales, ensuite. D’un bord, Téhéran pèse « côté terre » par la géographie qui lui est favorable pour contrôler le trafic maritime du détroit et le remodeler à sa convenance afin de territorialiser au maximum les flux qui y passent. Ici, la guerre de course iranienne passe par un mélange d’annonce de blocages et de réouvertures, de frappes et d’arraisonnements ciblés et de signalement de zones minées[12]. En réponse, la « contre-course » américaine passe par des frappes à terre le long des 160 km de côtes du détroit et par des tentatives de « forçage »[13] et d’escorte (navale et aérienne) de bâtiments civils au travers du détroit. De l’autre bord, Washington pèse « côté mer » par son aptitude à contrôler les flux maritimes dans le golfe d’Oman : concrètement, un blocus[14] a été décrété par les Etats-Unis le 13 avril sur tous les navires à destination ou en provenance d’Iran. Gourmande en moyens, la guerre de course américaine se traduit depuis par une entrave systématique du trafic, en utilisant toute la gamme de la dissuasion (simple menace verbale), de la coercition (tirs de semonce et visite à bord) et de l’intervention (frappe par missiles Hellfire dans la salle des machines). En réponse, la « contre-course » iranienne est assez limitée : ne pouvant ni fermer complètement le détroit dont il dépend[15], ni escorter ses navires civils (l’escorte est tactiquement la meilleure option pour contrer la guerre de course adverse), ni frapper efficacement les moyens militaires américains, Téhéran se limite – avec succès – à resserrer toujours plus fort son emprise sur le détroit, en prenant en otage l’ensemble des acteurs du monde maritime et en espérant ainsi hâter un règlement sur le plan politique, faute de pouvoir s’imposer tactiquement. Plus généralement, la guerre de course s’est imposée dans le temps long comme la forme de guerre navale que chacun des acteurs espère être la plus décisive pour servir ses buts politiques. La guerre d’escadre et la guerre des côtes s’inscrivent en soutien. En dernier lieu, alors que le monde redécouvre depuis quelques années la sensibilité des « infrastructures sous-marines critiques » (au premier chef les câbles sous-marins qui relient les économies mondiales), assistons-nous à une forme de « guerre de course numérique » sur les fonds marins du Moyen-Orient ? Pas vraiment. Le seul levier mobilisé par Téhéran jusqu’ici a été la menace d’instauration d’un système d’autorisation et de redevance sur la dizaine de câbles transitant dans Ormuz. Cette annonce a contribué à la pression politique autour des négociations pour la réouverture du détroit, mais n’a été accompagnée ni de menaces physiques explicites du côté iranien, ni de mesures défensives particulières du côté des pays riverains reliés à ces câbles (dont il reste de très difficile de prévoir les conséquences réelles d’une coupure accidentelle ou volontaire).
Guerre navale, guerre orale
Sans surprise, la guerre navale entre Téhéran et Washington se joue aussi dans les narratifs. Côté américain, force est de constater que les frappes initiales de Fureur épique ont été accompagnées d’un discours volontairement agressif, en particulier dans la bouche du secrétaire américain à la guerre Pete Hegseth. Ses commentaires suite au torpillage de la frégate Dena étaient ainsi sans équivoque : « Ils sont fichus et ils le savent. Et nous ne faisons que commencer la traque. Nous les frappons alors qu’ils sont à terre, cet c’est exactement comme ça que ça doit être »[16]. Plus généralement, le caractère offensif de l’action israélo-américaine a été pleinement assumé, contrastant avec les appels à la retenue et les attitudes strictement défensives des alliés occidentaux. En outre, les Américains sont restés fidèles à leurs pratiques de couplage – généralement efficace – entre action navale et pression politique, qu’il s’agisse de vanter l’ampleur de leur « armada », de mettre en avant l’efficacité de leur blocus ou de lancer planer l’ombre d’un débarquement amphibie. Côté iranien, la logorrhée du régime s’est surtout portée, dans le champ naval, sur la publicité autour de supposées frappes contre les porte-avions américains et contre des pétroliers escortés par des unités américaines, en espérant décrédibiliser l’outil naval adverse et provoquer une perte de confiance des acteurs civils vis-à-vis du parapluie américain. Les autorités américaines ont systématiquement démenti les allégations iraniennes, diminuant la portée du narratif iranien. En revanche, le levier du minage a été exploité avec plus de succès par Téhéran : dans le champ opaque de la zone sous-marine, la simple annonce de la présence de mines vaut angoisse généralisée, en dépit de la communication active des Américains sur la destruction des arsenaux de mines iraniens[17]. Mais c’est surtout le champ de la guerre de course qui a fait l’objet d’une confrontation des narratifs autour des menaces et des mises à exécution du blocage[18] iranien et du blocus américain : chaque camp s’est attaché à communiquer sur l’effectivité des mesures annoncées, en médiatisant systématiquement les arraisonnements ou les frappes réalisées. En dernier lieu, les annonces de Téhéran sur la mise en place d’un système de taxes sur les navires et les câbles sous-marins passant par Ormuz ont également contribué à entretenir une forme de pression d’ambiance sur les acteurs privés. Dans ce brouillard entretenu par les deux acteurs, se lit en creux l’importance de disposer, pour les acteurs extérieurs, qu’ils soient civils ou militaires, d’une capacité à se faire sa propre idée de la situation militaire. Incontestablement, la France a su montrer qu’elle disposait d’atouts dans ce domaine, en particulier grâce au déploiement du GAN du Charles De Gaulle en océan Indien à partir du mois de mai.
Où les drones s’installent durablement, sans effacer les forces navales classiques
L’affrontement en cours entre l’Iran et le Etats-Unis permet de percevoir, en complément des observations issues des combats en mer Noire, la place des drones aux côtés des forces navales classiques. Les drones sont présents des deux côtés et dans tous les milieux, qu’il s’agisse de reconnaître ou de frapper. L’Iran utilise massivement des drones aériens pour frapper à terre, mais également pour cibler des navires civils ou militaires, revendiquant même le ciblage de porte-avions américains par des essaims de drones (ce que Washington dément systématiquement). L’utilisation de drones de surface n’est également pas en reste à proximité immédiate des côtes iraniennes (de ce point de vue, les Iraniens n’ont pas montré une capacité d’élongation similaire à celle des Ukrainiens, sans doute par manque d’accès au réseau satellitaire pour le contrôle de leurs drones). De leur côté, en complément de l’emploi massif de drones aériens de haute technologie pour l’éclairage et pour les frappes (les missiles Hellfire tirés sur certains navires tentant de franchir le blocus le sont par des drones aériens), les Etats-Unis sont un utilisateur de longue date de drones de surface dans le golfe Persique depuis la mise en place de la Task Force 59[19] il y a une décennie, en particulier pour l’éclairage maritime. Mais un nouveau seuil a été franchi le 12 juillet 2026 avec l’utilisation de 3 USV Corsair[20] de la société Saronic pour frapper une zone de maintenance abritant un sous-marin de poche au sein de la base navale de Bandar Abbas, répliquant ainsi les modes d’actions ukrainiens contre les forces navales russes en mer Noire. En outre, les drones sont également présents sous la mer, notamment pour les opérations de guerre des mines[21], même si leur potentiel n’a pour l’instant pas trouvé à s’exprimer à ce stade du conflit en raison de l’absence d’environnement suffisamment sécurisé pour opérer dans le détroit d’Ormuz. Au total, il est clair qu’aucun des partis n’a le monopole de l’emploi des drones, y compris low cost[22], et que ceux-ci sont désormais durablement installés dans le paysage de la conflictualité navale qui nourrit des cycles de perfectionnement très courts, même si nous n’en sommes qu’aux prolégomènes de leur emploi. Mais il serait erroné de penser que nous assistons à un « grand remplacement » des forces navales classiques par une armée dronisée. Le volet naval de l’opération Fureur épique nous montre au contraire que si les drones permettent certes la prise de risque, diminuent le ratio cost-to-kill, allient masse et précision et offrent une persistance de surveillance, ils ne permettent en aucun cas à eux seuls de servir de plateformes de commandement, de contrôler de vastes espaces maritimes, de faire appliquer un blocus, de protéger des flux commerciaux, d’employer la force de manière graduée et encore moins de produire des effets politiques. L’hybridité entre drones et forces navales habitées a dont de beaux jours devant elle : Fureur épique nous montre simplement que le point d’équilibre reste encore à trouver, et que le drone n’est pas l’apanage de David contre Goliath.
De l’avantage de tenir la mer
Dans une telle opération à forte dimension interarmées, l’emploi des forces navales met en avant, en plein ou en creux, l’avantage de tenir la mer. Un bref tour d’horizon de la manœuvre américaine dans ce domaine suffit à s’en convaincre. Au premier chef, c’est la liberté d’accès qui frappe l’observateur : en faisant converger ses forces navales depuis la Méditerranée, le Pacifique et l’Atlantique, Washington a pu concentrer aux portes de l’Iran, sans contraintes politiques, une force de frappe sans précédent depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Bien sûr, la mobilisation a également été impressionnante via son réseau de bases aériennes, mais les repositionnements forcés sous l’effet de la menace balistique iranienne ont été nombreux[23], tandis que les dénis d’autorisation d’utilisation de certaines bases alliées – le cas de l’Espagne a été le plus médiatisé – ont manifesté la friction qui découle de la souveraineté dès lors que l’on dépend de l’accès à la masse terrestre. Et on pourrait en dire autant des pressions politiques de pays du Golfe pour que les aéronefs américains basés chez eux ne soient pas utilisés pour des frappes contre l’Iran afin d’éviter les représailles[24]. Comme cela avait déjà été manifesté lors de la séquence de la guerre des 12 jours en 2025[25], le sea basing offre à l’inverse une grande liberté politique pour y stationner durablement et sans contraintes des moyens de frappe mais aussi, le cas échéant, « d’invasion » (un ARG du Marine Corps a ainsi été déployée en mer d’Arabie, chose sans doute difficilement faisable à terre dans un pays du Golfe). En second lieu, tenir la mer permet d’étrangler à distance d’une partie de l’économie iranienne, sans avoir à frapper ses infrastructures : le blocus américain, déjà évoqué, est l’exemple flagrant de l’option stratégique offerte au maître de la mer pour peser politiquement et rétablir la balance face au blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. En troisième lieu, sur le plan militaire, la maîtrise de la mer offre une résilience naturelle au dispositif américain : non seulement car elle évite le ciblage « facile » grâce à la mobilité naturelle des forces navales[26], mais aussi car elle offre une « porte de sortie » aux organes de commandement pour se reconfigurer depuis la mer en cas de destruction de leurs emprises terrestres (qui ont été largement ciblées au Qatar notamment, forçant une partie de l’état-major américain à se relocaliser dans des hôtels, lieux non optimaux pour la conduite de la guerre). En dernier lieu, remarquons que la mer offre la capacité à s’inscrire dans le temps long : malgré les indéniables tensions qu’une présence navale prolongée implique sur l’outil naval américain, force est de constater qu’une fois que le mirage d’une campagne courte de « renversement » s’est dissipé, que les bases terrestres avancées sont durablement sous menace iranienne et que les aller-retour de bombardiers depuis le sol américain ne sont pas soutenables dans le temps long, les forces navales permettent d’encaisser le passage dans une logique d’attrition.
Un clou supplémentaire dans le cercueil du droit ?
Alors qu’il est devenu banal de dire que le cadre normatif du droit international hérité de l’après Seconde Guerre mondiale est en voie de délitement accéléré, la manière dont le droit de la mer et de la guerre navale a été pris en compte dans ce conflit armé international mérite qu’on s’y attarde. Et le constat n’est, hélas, pas rassurant. Avant de parler du jus in bello naval, relevons que ce conflit donne en premier lieu un nouvel exemple de la remise en cause du droit de la mer (issu de la convention de Montego Bay de 1982, qui n’a d’ailleurs jamais été ratifiée ni par les Etats-Unis, ni par l’Iran) dès lors que le statut de détroit international d’Ormuz, normalement soumis à la règle du transit sans entrave, a été largement malmené au gré des fermetures unilatérales et des annonces de mise en place d’un droit de péage. Les menaces de taxation sur la pose et l’exploitation de câbles sous-marins sont une autre tentative d’extorsion non conforme au droit de la mer. En second lieu, s’agissant de la conduite des hostilités, plusieurs principes de la guerre navale ont été contournés : les eaux omanaises, réputées neutres et donc théoriquement exclues des actes de belligérance, ont pourtant été le théâtre de frappes et de minage assumé de la part de l’Iran ; l’Iran a considéré de manière unilatérale que certains navires civils pouvaient devenir des cibles légitimes (à défaut d’être légales) dans le détroit d’Ormuz, alors que le droit veut que les navires marchands (ennemis comme neutres) soient exempts d’attaque (ils peuvent en revanche faire l’objet de visites ou de prises) dès lors qu’ils ne constituent pas un objectif militaire[27] ; enfin, si les Etats-Unis ont globalement conduit leur blocus en application du droit de la guerre navale (notamment concernant les frappes réalisées sur des navires civils voulant violer le blocus, après plusieurs sommations), force est de constater que le torpillage de la frégate Dena n’a donné lieu de leur part à aucune opération de sauvetage des survivants (le Sri Lanka et l’Inde, pays neutres, s’en sont chargés), alors que le droit prévoit que les parties au conflit doivent prendre toutes les mesures possibles dans ce sens après un combat. Sur un plan plus procédural, l’épisode du torpillage de la frégate Dena a en outre provoqué le refuge durable du bâtiment amphibie Lavan à Cochin et celui du pétrolier ravitailleur Bushehr à Colombo, alors qu’en théorie, un navire belligérant ne doit pas faire escale dans des eaux neutres plus de 24 heures, faute de quoi l’Etat neutre est en droit de procéder à son désarmement et à l’internement de l’équipage (ce qui ne semble pas avoir été strictement fait par l’Inde et le Sri Lanka, mais cela reste à confirmer). En dernier lieu, dans un registre proche, il n’est pas inutile de remarquer que la gestion des dommages collatéraux dans la guerre de course évoquée plus haut est très « libérale » : non seulement des biens purement civils, dont la destruction ne confère aucun avantage militaire direct, sont frappés de manière discrétionnaire par les belligérants, mais la question des morts à bord des navires lors de ces frappes (y compris contre les remorqueurs qui tentent de porter assistance à certains navires désemparés par les frappes) ne provoque aucun émoi particulier, les marins civils – la plupart du temps non occidentaux – étant implicitement vus comme ayant librement choisis leur sort. Ce constat illustre l’aspect en apparence « indolore » de cette forme de guerre navale, lui conférant une forme « d’acceptabilité ».
Où l’on voit la vocation d’une marine de combat
L’arène navale du Moyen-Orient est scrutée avec attention par l’Asie et par l’Europe. Avec probablement deux points de vue différents. D’un côté, les marines d’Asie (la Chine en tête), qui sont depuis de nombreuses décennies dans un cycle « mahanien » [28]: dans cette vision, la vocation première d’une marine de guerre est le combat, et les problématiques de « bon ordre en mer », bien que reconnues comme importantes dans le cadre d’une stratégie maritime globale, sont néanmoins secondaires et doivent être traitées par des composantes de garde-côtes. De l’autre, les marines d’Europe, engagées dans un cycle « post-mahanien » depuis la fin de la guerre froide : dans cette approche, la vocation première d’une marine de guerre est la préservation plus ou moins active du statu quo au travers du « bon ordre en mer », ce qui se traduit principalement par, d’une part, des déploiements « de l’avant » et, d’autre part, par la participation à un large spectre de missions (allant jusqu’au service public). Depuis leur hublot, les marines asiatiques verront donc probablement dans cette « guerre d’Espagne » du XXIème siècle une confirmation de leur approche et un appel à accepter le rapport de force en augmentant leurs capacités d’agression et leurs stocks de munitions. Qu’y verront les marines européennes, qui ont déployé des trésors d’énergie pour tenter de rétablir, au travers de l’initiative M3SOH[29], le « bon ordre » dans le détroit d’Ormuz, dans une approche purement défensive ? Un appel à augmenter leur létalité et leur résilience, comme l’ambitionne le nouveau chef d’état-major de la Marine française ? Espérons-le. L’US Navy, quant à elle, tourne à marche forcée la page de son ère post-mahanienne, comme en témoigne son action durant Fureur épique, mais surtout ses orientations stratégiques[30] qui actent que le contrôle de la mer doit à nouveau être âprement disputé et placent explicitement le combat comme la raison d’être de la flotte. Il fait en tout cas peu de doute que l’US Navy saura tirer les enseignements de cette séquence aux résultats paradoxaux où le succès éclatant de l’action des GAN et de l’emploi des drones s’est conjugué avec un niveau sans précédent de contrainte sur la flotte (des records de jours de mer ont été atteints) et avec les faiblesses de certaines composantes (érosion des capacités de guerre des mines et limitations des Littoral Combat Ship qui ont dû quitter le golfe Persique sous escorte avant le lancement de l’offensive).
La mer, ce milieu global
Achevons cette revue des nuances de guerre navale en nous attardant sur l’influence de la nature globale du milieu maritime sur le cours de l’affrontement, qui à l’évidence dépasse le seul cadre du détroit d’Ormuz. D’abord, la mer agit comme un propagateur de crise : dans un contexte où la mondialisation est une maritimisation, toucher Ormuz, c’est affecter directement l’économie mondiale, avec des répliques lointaines. Malgré la grande plasticité dont font preuve les flux maritimes depuis le début de la crise, les nombreuses nations dont les intérêts économiques et la prospérité – à commencer par l’augmentation du prix du pétrole – sont affectés par cette guerre se retrouvent ainsi impliquées, qu’elles le veuillent ou non. Et c’est cette même mer qui leur permet, en retour, d’intervenir lorsqu’elles en ont les moyens : Européens, Indiens, Chinois, Turcs… autant de pavillons qui ont convergé dans cette zone de tensions, en venant parfois de très loin, comme le suggère le repositionnement du GAN français (incluant des navires européens) en mars 2026 de la mer du Nord vers la Méditerranée puis vers l’océan Indien à partir de mai 2026. Une telle bascule a précisément été permise par le caractère global du milieu maritime, et il est en de même pour la mobilisation des moyens de lutte contre les mines dont la concentration en océan Indien a été lancée par les Européens, et plus généralement pour la manœuvre de concentration de moyens américains depuis l’Atlantique (où l’USS Gerald Ford était en mission au large des Caraïbes début 2026) et le Pacifique (où l’USS Abraham Lincoln était initialement déployé)[31]. Ensuite, la mer s’est de nouveau affirmé comme un medium pour les rétroactions et pour l’escalade horizontale. Si cet aspect est flagrant dans le cas de la guerre entre l’Ukraine et la Russie (dilatation de la guerre de course en Méditerranée et jusqu’aux côtes de l’Afrique, opérations occidentales contre la flotte fantôme russe), il est aussi présent dans la crise opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran : en témoignent les frappes contre les navires iraniens en mer Caspienne, le torpillage de la frégate Dena « devant » les côtes indiennes (certes en haute mer, mais impliquant ainsi de facto l’Inde et le Sri Lanka dans les opérations de sauvetage), ou encore la résonance entre les tensions à Ormuz et le niveau de menace houthie dans le détroit de Bab-El-Mandeb contre les navires civils. Cette amplification mondiale de la crise moyen-orientale par le biais maritime est encore plus manifeste si l’on adopte une lecture du temps long de l’opposition entre Téhéran, Tel-Aviv et Washington depuis 2023 (Fureur épique étant une campagne au sein d’une « méta-campagne »), voire 2019.
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Les dix nuances de guerre navale que nous avons esquissées se veulent d’abord des constats avant d’être des enseignements, car il est encore trop tôt pour pouvoir dresser un bilan complet et pertinent du volet naval et maritime de cette campagne. Mais les marines occidentales devront s’y atteler, en commençant par reconnaître que les ingrédients des succès historiques d’hier au Moyen-Orient ne sont plus d’actualité : malgré leur supériorité miliaire, les Etats-Unis n’ont pas réussi à reproduire les dividendes des opérations Praying Mantis (1988)et Earnest Will (1987-1988) ; la France n’a pas été en mesure de reconduire une manœuvre politico-militaire du niveau de l’opération Prométhée (1987-1988) ; et le Royaume-Uni n’est clairement plus au temps de l’Armilla Patrol (1988), comme en témoigne au premier chef ses difficultés techniques. Dans un monde où « la vitesse est la matrice de la nouvelle puissance »[32], les leçons de la guerre navale entre Washington et Téhéran sont du carburant – presque gratuit – pour accélérer.
[1] La notion de point de culminant est d’origine clausewitzienne. En théorie, il s’agit d’un « point » spatio-temporel atteint par l’attaquant ou le défenseur, au-delà duquel non seulement ses objectifs ne peuvent plus être accomplis, mais tout effort d’obstination augmente alors les chances d’échec voire de défaite totale.
[2] Sur le plan strictement militaire. Au niveau politique, la manœuvre d’influence et de menaces de rétroactions de Téhéran se joue au niveau mondial.
[3] La principale bulle d’opacité iranienne reste son réseau de souterrains qui héberge non seulement des « cités de missiles » jusqu’à 500m de profondeur (dont seuls quelques points sur vulnérables aux frappes aériennes), mais également, à proximité du littoral d’Ormuz, un collier de sites de départ de missiles de croisière, de drones et d’embarcations rapides.
[4] Doctrine dite defa-e mozaiki théorisée par le régime iranien à partir de 2005 et mise en œuvre depuis 2008.
[5] Le 4 mars, soit quelques jours après le début de l’offensive, le commandement américain annonçait avoir neutralisé 30 navires iraniens. Le 16 mars, le seuil des 100 navires neutralisés est franchi. Au moment du cessez-le-feu le 8 avril, le bilan annoncé est de 150 navires iraniens neutralisés. On pourra noter que plus tard au mois de mars, les forces aériennes israéliennes ont balayé de la mer Caspienne les quelques navires iraniens, rééquilibrant durablement la balance entre l’Iran et l’Azerbaïdjan dans cette petite mer fermée.
[6] Le bilan est de 87 morts, 61 disparus et 32 blessés.
[7] Cette opération, destinée à permettre l’escorte de navires civils en dehors du golfe Persique et mobilisant deux destroyers américains, a été suspendue dès le 5 mai. Ses résultats sont ambivalents : d’un côté, elle peut être vue comme un plafond pour l’US Navy en termes de prise de risque et de liberté action ; de l’autre, elle peut être interprétée comme un succès tactique dès lors de deux destroyers ont pu naviguer sous menace directe (et réelle) des Iraniens pendant plusieurs heures, en en sortant indemnes.
[8] Dans le vocabulaire militaire contemporain, cette aptitude à « frapper » à terre se traduit de deux manières : la projection de puissance (tirs de bombes, d’obus et de missiles de la mer vers la terre, depuis des aéronefs, des navires de surface ou des sous-marins) et la projection de force (mise à terre de troupes depuis la mer au travers d’une manœuvre amphibie). Généralement, la projection de puissance précède la projection de forces.
[9] Entre le début de la guerre et le cessez-le-feu du 8 avril 2026, l’Iran a tiré environ 6 800 missiles et drones de tous types.
[10] Destroyers de la classe Arleigh Burke équipés d’un système de combat AEGIS capable de détecter et d’engager des menaces balistiques exo-atmosphériques.
[11] Il a été relevé à l’été 2026 par un ARG articulé autour de l’USS Boxer et de l’USS Portland.
[12] Mi-avril, l’Iran confirme pour la première fois depuis le début du conflit la présence de mines dans le détroit et publié deux itinéraires de contournement, dont l’un fait passer au nord de l’île iranienne de Larak. De son côté, le renseignement militaire américain annonce le 10 mars que l’Iran mouille des mines.
[13] Les 4 et 5 mai 2026, l’US Navy monte l’opération éphémère Project Freedom au cours de laquelle deux destroyers américains forcent le passage du détroit d’Ormuz, détruisant à cette occasion plusieurs unités de l’IRGCN.
[14] Le blocus est une opération de guerre navale licite par laquelle un Etat belligérant déclare l’interdiction de communication, par entrée et par sortie, entre la haute mer et le littoral ennemi. Pour être valide, il doit être déclaré et effectif (c’est-à-dire appliqué par une force navale suffisamment conséquente). Il ne doit pas être confondu avec l’embargo.
[15] C’est une différence importante avec le précédent historique des Dardanelles, que la Turquie pouvait se permettre de miner à outrance dès lors que cette artère n’était pas vitale pour elle.
[16] ALDEBERT Mayeul, « Pete Hegseth, un chef de guerre américain désinhibé », Le Figaro, 6 mars 2026.
[17] Le 8 avril 2026, le commandement américain annonçait que 97% des stocks de mines navales iraniennes avaient été détruits.
[18] Si la notion de blocus a une définition précise en droit de la guerre navale (cf. note supra), l’annonce du « blocage » du détroit d’Ormuz par l’Iran ne correspond à aucune modalité clairement définie et n’est de surcroît pas conforme au droit de la mer. Le terme « blocage » est ici employé par défaut pour rendre compte de l’annonce de Téhéran.
[19] Force de drones navals intégrée dans le dispositif américain en zone CENTCOM, en plus particulièrement dans le golfe Persique, ayant au départ une vocation expérimentale.
[20] Ce drone de surface s’est également illustré le 8 juin 2026 en portant secours en mer à un équipage d’hélicoptère AH-64 Apache.
[21] L’US Navy dispose notamment des drones UUV Mk-1 mod 2 mis en œuvre depuis les Littoral Combat Ship (LCS) qui peuvent embarquer des Mine Countermeasures Mission package (dont la fiabilité reste l’objet de débats récurrents). Les marines européennes ont également positionné des moyens dronisés de lutte contre les mines en océan Indien.
[22] Dans le domaine aéroterrestre, il est intéressant de relever que les Etats-Unis ont utilisé leur nouveau « drone kamikaze » LUCAS (Low-Cost Uncrewed Combat Attack System) durant l’opération Epic Fury. Fabriqué par l’entreprise américaine SpektreWorks, ce drone coûterait seulement 35 000 dollars (30 000 euros) par unité et est grandement inspiré du drone Shahed-136 iranien.
[23] Début 2026, alors que l’US Navy concentrait ses moyens en mer d’Arabie, les moyens aériens d’US AFCENT basés à terre entamaient une phase de dispersion.
[24] Dès janvier 2026, les partenaires régionaux ont publiquement souligné les limites de leur implication, déclarant notamment que leur territoire, leur espace aérien ou leurs eaux territoriales ne seraient pas utilisés pour des attaques.
[25] LAVERNHE Thibault, « From the sea, in your face. À propos de l’emploi des groupes aéronavals américains en mer Rouge », Défense et sécurité internationale, n° 180, novembre-décembre 2025, pp. 78-85.
[26] Le 28 mars 2026, plusieurs avions américains (dont un E-3F et des ravitailleurs), stationnés sur une base aérienne en Arabie saoudite, ont ainsi été touchés par une frappe de drones iraniens. Plus généralement, entre le 28 février et le 25 mars 2026, 51 des 100 impacts recensés des frappes iraniennes sur 19 sites avaient touché des bases aériennes.
[27] C’est-à-dire qu’ils n’apportent pas de contribution effective à l’action militaire adverse.
[28] YOSHIHARA Toshi et HOLMES James, Red Star over the Pacific, 3ème édition, US Naval Institue Press, 2026.
[29] Multinational Military Mission in the Strait of Hormuz, initiative lancée par Paris et Londres pour rétablir la sécurité de navigation dans le détroit d’Ormuz.
[30] Voir les US Navy Fighting Instructions publiées début 2026 par l’amiral Daryl Caudle. 34ème Chief of Naval Operations (CNO) de l’US Navy.
[31] Ces manœuvres étaient couplées avec les négociations en cours au même moment à Genève à la mi-février 2026, dans une logique de mise sous pression de l’Iran sur le plan militaire.
[32] VANDIER Pierre, « La vitesse est la matrice de la nouvelle puissance », Le Grand Continent, 28 avril 2026.