C’est vendredi 26 juin 2026, que s’est tenue la cérémonie de clôture de la 4ème Session des hautes études maritimes. Cette cérémonie s’est déroulée à l’Institut des sciences de l’Océan de Marseille (Pharo) en présence de son directeur, Richard Sempéré, qui est intervenue aussi à cette occasion et de nombreuses hautes autorités du monde maritime.
Les auditeurs de cette 4ème session ont eu l’occasion de faire un bilan de leur année de formation de haut niveau devant les autorités présentes et leurs employeurs. Les neuf modules de l’année leur ont permis de rencontrer un grand nombre d’acteurs du maritime pour découvrir les enjeux stratégiques, institutionnels, industriels, économiques, environnementaux ou scientifiques de la mer.




Mais, cette session a été surtout l’occasion de restituer devant de grands acteurs du monde maritime les travaux communs sur « Quelles stratégies maritimes sectorielles pour la France ? ».
Avant cette cérémonie de clôture, la présence à Marseille des auditeurs a été mise à profit pour visiter Digital Realty qui met en œuvre quatre data centers de grande capacité sur le port de Marseille, un cinquième étant en cours de construction.
C’est Dominique Colas, le directeur des Opérations pour l’Europe et la Méditerranée de Digital Realty, qui a conduit cette passionnante visite.

Le premier constat a été qu’en raison du très fort développement des câbles sous-marins, les data center font désormais partie de l’économie maritime. La Méditerranée est ainsi en train de devenir un nœud majeur d’interconnexion et d’échange de trafic à l’échelle mondiale, réunissant plusieurs continents. Marseille a su parfaitement jouer la carte des data centers en tirant partie de sa situation géographique et du très fort développement des réseaux sous-marins. Cette stratégie est aussi payante pour le port de Marseille, engagé dans un travail de diversification de ses activités. En offrant un foncier précieux et rare à proximité de l’atterrage des 19 câbles sous-marins, il ne pouvait que susciter l’intérêt d’entreprises comme Digital Realty.
La conséquence est que Marseille est passé de la 42ème place (2012) à la 6ème comme hub internet mondial et devrait passer à la 5ème place dans quelques mois.
La dimension « maritime » des data center de Marseille n’est pas le fruit du hasard. En effet, ces centres ont tout intérêt à s’implanter près des points d’atterrage des câbles sous-marins pour trois raisons. D’abord, pour minimiser la latence. Plus le data center est proche du câble, plus les données circulent rapidement. Les ports permettent aussi de réduire les coûts en offrant un foncier plus avantageux. Enfin, les zones d’atterrage majeures comme celle de Marseille permettent aux opérateurs de bénéficier de la redondance des câbles qui sont tous concentrés au même endroit.
Le marché mondial des data centers est désormais évalué entre 300 et 540 milliards de $. Quant aux investissements en cours, ils sont considérables puisqu’ils devraient dépasser les 600 milliards de $ en 2026 (430 en 2024). Et tout est en train de s’accélérer à cause de l’IA qui va nécessiter des besoins colossaux de traitement des données.
La France dispose de 352 data centers ce qui la place au cinquième rang mondial. Les opérateurs mondiaux sont attirés par la France qui possède trois atouts : une énergie décarbonée et abondante, du foncier et de la connectivité. Mais le raccordement au réseau électrique de ces centres est devenu un point décisif car l’énergie constitue désormais le goulot d’étranglement de cette nouvelle industrie indispensable à notre monde moderne.
Après cette visite, les auditeurs ont été chaleureusement accueillis par le président de la station de pilotage de Marseille, Rémi Lesto, et par le secrétaire exploitation, Martin Cardi. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir le pilotage français dans une des plus anciennes stations de France (fondée en 1807) et la plus importante avec 55 pilotes.

En France, le pilotage maritime ce sont, aujourd’hui, 325 pilotes, hommes et femmes, qui agissent au sein de 30 stations organisées en syndicat professionnels. Le pilotage d’un navire garantit la sécurité sa sécurité et du coup celles, aussi, des personnes et de l’environnement.
Le rôle du pilote maritime est d’assurer le conseil au capitaine d’un navire pour les entrées et les sorties d’un port afin de pallier à sa mauvaise connaissance des dangers éventuels aux approches de la terre et dans le périmètre portuaire.

Obligatoire en France depuis 1551 (!), le pilotage est considéré comme un service public organisé et contrôlé par l’Etat (Affaires maritimes / DDTM) avec des obligations de service public. Pour en assurer le service, les stations de pilotage facture la prestation en fonction du tonnage des navires et suivant un barème des prix validé par l’Etat.
Le recrutement de nouveaux pilotes est proposé par la station de pilotage et il est validé par l’Etat. Un concours public très sélectif est organisé ensuite avec des conditions d’âge (35 ans) et d’exercice du métier d’officier à la mer. C’est le préfet de Région qui nomme les nouveaux pilotes. La formation du jeune pilote va ensuite prendre du temps avec une forme de compagnonnage très poussé ; les plus expérimentés veillant scrupuleusement à la formation des plus jeunes.
A Marseille, il faudra plus de huit ans pour que le jeune pilote puisse prendre en charge le pilotage d’un grand porte-conteneurs. Et près de 10 ans pour piloter un porte-avion américain qui est considéré, à Marseille, comme étant le « graal » du pilotage !
Cette dimension très humaine du pilotage est aussi son grand défi. En effet, entre 2025 et 2035, il va falloir renouveler 2/3 des pilotes français dans les stations maritimes. Un défi majeur à l’heure où la France ne forme plus assez d’officiers de marine marchande au regard des immenses besoins qui sont les nôtres dans tous les secteurs du maritime.