Appui à l’économie de défense

Une armée numérique : une fausse bonne idée – par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre

Au moment où les conflits armés se caractérisent par un très net durcissement des engagements, il est intéressant de pousser la réflexion relative au modèle d’armée recherché. Ce modèle a souvent suscité des questionnements, notamment lors des ajustements répétés des lois de finances qui en conditionnent l’accès. Les lois de finances témoignent d’ailleurs de la bonne exécution de la loi de programmation militaire. Évidemment, le pourcentage du produit intérieur qui s’y consacre aujourd’hui, affiché à 2%, rassure sur le niveau de prise de conscience des enjeux de défense et de sécurité. Il ne garantit pas pour autant la réalisation d’un modèle qu’il faut ajuster en permanence. D’ailleurs, cette donnée ne reste qu’un indicateur dont il faut se rappeler la valeur relative. Ainsi, la croissance mondiale continue depuis le début du 21ème siècle explique le paradoxe qu’en 2018, les dépenses de défense atteignent en valeur absolue un niveau record tout en se situant en part du PIB à un niveau historiquement bas.

Un monde plus dangereux où les rapports de force subsistent

Au-delà des chiffres, une vérité s’impose. Le monde n’est pas moins dangereux. L’incertitude et l’imprévisibilité des événements architecturent une posture de plus en plus difficile à tenir pour les instruments de défense et de sécurité. Cette posture s’étend d’ailleurs à bien d’autres domaines comme en témoigne la crise sanitaire actuelle. Tout près de nous, la Méditerranée, l’Afrique du Nord, le Sahel, le Proche et le Moyen-Orient ainsi que l’Asie centrale soulignent d’indéniables facteurs d’instabilité. Le risque de prolifération nucléaire est avéré. Le poids relatif des mers, de l’espace et du cyber, les « espaces communs » ne cessent d’augmenter dans les enjeux de sécurité. Le continuum de sécurité entre la sécurité intérieure et extérieure s’affirme plus que jamais. Le terrorisme, l’internationalisation des militants extrémistes dans les affaires intérieures des États ne peuvent être sous-estimés. Ce constat peut paraître pessimiste mais il convient d’être lucide sur les enjeux de sécurité auxquels nous serons très probablement confrontés. Un autre constat s’impose. Il est souvent rappelé par les grands responsables du ministère des armées. La contraction des formats nous amène aujourd’hui à la masse critique de l’outil de défense. Naturellement, la performance des équipements a substantiellement accru celle des capacités. Il faut comprendre la capacité comme étant la résultante des technologies de l’équipement, d’un savoir-faire spécifique et de la préparation du personnel qui en assure la mise en œuvre. Pour autant, à la masse critique, cette performance globale pourrait ne pas suffire. Incontestablement, dans tout conflit, le rapport de force quantitatif reste un élément clé de l’avantage potentiel de la force armée engagée. Pour mémoire, l’armée de l’air russe affiche plus de mille avions de combat allant du Mig 29 au Sukhoï 35 omnirôle au moment où nous comptons quelques 220 avions de combat.  Au-delà des écarts technologiques entre les équipements, il est évident que le rapport de force quantitatif ne nous serait pas favorable. Or, dans les conflits à venir où s’imbriquent des puissances, cet élément doit être pris en compte.

La technologie peut nous être favorable

Il est aussi vrai qu’il faut naturellement miser sur les évolutions technologiques pour démultiplier la puissance pour que cette masse critique ne devienne pas sous-critique. J’exclus de cette analyse le rôle clé de la dissuasion qui reste l’assurance vie de notre nation. Ce sujet ne devrait donc pas faire débat. D’autant que l’invention d’une arme est irréversible, la désinventer ne s’est jamais vu dans l’histoire. À court terme, les armes hypervéloces, à énergie dirigée ou autres ne seront que des compléments facilitant la pénétration des défenses adverses dont il est clair qu’elles s’organisent. Elles augmenteront d’ailleurs substantiellement le coût des opérations et pourraient contraindre davantage les formats. C’est un fait, les fameuses bulles A2AD[1] sont très largement mises sur le devant de la scène. Elles imposeront de revisiter les mécanismes d’acquisition de la supériorité en général et ceux de la supériorité aérienne en particulier. Pour cette dernière, la réelle mise en œuvre remonte à la guerre du Golfe où l’armée irakienne avait été élevée, à tort, au troisième rang mondial.

Depuis des années, c’est un fait, les évolutions technologiques, notamment numériques, bousculent les processus traditionnels des chaînes de décisions. L’accroissement exponentiel des données, la capacité de les analyser et de les traiter modifie l’agilité décisionnelle liée à ces processus. Car, il n’y a pas si longtemps, il était encore possible de procéder à plusieurs itérations sur une boucle décisionnelle qu’elle qu’en soit la forme. L’arme aérienne s’appuie toujours sur la boucle de John Boyd, dite OODA pour observation – orientation – décision – action, qui n’échappe pas à cette contraction temporelle. Et lorsqu’il n’y a plus qu’une itération possible, une itération humaine, le risque associé à la décision est plus fort. Il faut donc se faire aider. En la matière, la révolution numérique est en marche et peut concourir à cette aide. L’utilisation d’algorithmes, l’introduction de l’intelligence artificielle comptent parmi les moyens d’accompagnement probablement indispensables au profit d’une véritable agilité décisionnelle. C’est elle qui donnera l’avantage pour acquérir au plus vite la supériorité opérationnelle recherchée.   

Le numérique n’est pas une fin en soi mais il change la perception des espaces de bataille

Un deuxième constat s’impose. Au plan militaire, il faut privilégier une approche globale dans la conduite des opérations. Ceci vaut pour les lignes d’opérations bien sûr mais cela s ’applique à la dimension spatio-temporelle. La ségrégation des espaces ne peut plus obéir aux règles classiques. Les espaces maritimes jusqu’aux fonds marins, les espaces aériens endo et exo-atmosphériques et les espaces terrestres sont plus que jamais liés. Là encore, la révolution numérique exerce un effet de continuum faisant prévaloir les espaces communs. Elle avait déjà en d’autres temps modifié les manières d’opérer à partir d’opérations dites réseaux centrées avec de nombreuses réflexions sur ce que les Anglo-saxons appelaient le Network Centric Warfare (NCW). La distribution des données, à partir de ces réseaux, visait à optimiser les effets militaires recherchés. Ces opérations réseaux centrées ont modifié en profondeur l’utilisation et l’emploi des effecteurs. Elles ont structuré la dimension interarmées. Elles ont permis de changer le tempo des opérations. Ainsi, encore assez récemment en Afghanistan, l’armée de l’air américaine réalisait des appuis aux forces terrestres en moins de 15 minutes. Elle déclarait d’ailleurs pouvoir passer en dessous du « single digit » c’est-à-dire moins de 10 minutes. Ce n’est pas seulement lié aux performances de l’arme aérienne. C’est avant tout le résultat de la combinaison des capacités et les liaisons établies entre elles. Ces principes ont permis d’accepter un rapport de force parfois défavorable en volume parce que les gains acquis dans les processus de décision et la performance du ciblage en temps contraint (Time Sensitive Target) donnaient un avantage décisif pour les armées modernes et donc plutôt occidentales ou anglo-saxonnes. Cet apport des nouvelles technologies d’information et de communication, car c’est bien de cela dont il s’agit, a largement concouru à consolider l’efficacité opérationnelle d’une force terrestre, maritime ou aérienne. Elle a permis d’offrir une situation tactique partagée (situation awareness). Enfin, elle a optimisé la collaboration des capacités, la synchronisation des efforts induisant une optimisation de la durabilité du commandement. Dans les années 1990, la doctrine militaire américaine relative aux opérations réseaux centrées était pionnière. L’objectif était bien de relier les différentes composantes d’armée entre elles. Aujourd’hui, l’explosion quantitative des données consolide cette démarche. Sans contester la spécificité des milieux, les chaînes de commandement doivent intégrer ce facteur. Les niveaux stratégiques et opératifs en particulier ne peuvent l’ignorer. Il en va de leur agilité décisionnelle. Cette explosion quantitative pose question en matière de sécurité et de stockage. Sans doute faudra-t-il s’appuyer sur un cloud de combat qui réduira encore davantage la ségrégation des espaces.

Pour ancrer la stratégie de digitalisation, le département de la défense américaine a publié en 2019 la doctrine qui lui est associée fixant quatre priorités majeures. La cybersécurité, l’intelligence artificielle, le cloud et le C3 (commandement, contrôle et communication) en constituent les piliers fondamentaux. Ils doivent concourir à l’innovation, à l’accroissement de l’efficacité opérationnelle et augmenter la résilience et l’agilité des postures de défense. Au-delà bien sûr, la nécessité de disposer d’une main d’œuvre numérique s’impose. Au regard des évolutions technologiques de ce domaine, le défi RH est sans doute le volet le plus lourd dans la déclinaison de cette stratégie. L’importance des défis à relever dans le champ numérique est telle que la création au sein même du département de la défense d’un responsable chargé de sa mise en œuvre souligne le caractère fondamental accordé à ce domaine. 

Mais il ne s’agit pas pour autant de créer une armée numérique. Il s’agit avant tout de garantir une cohérence opérationnelle globale au moment où toutes les composantes d’armée utilisent des systèmes numériques communs et très élaborés dont certains restent vulnérables aux multiples menaces dont celles liées aux attaques cybernétiques.

En France, pour répondre à ce besoin de modernisation et de cohérence, la création de l’agence du numérique de défense (AND) le 1er décembre 2020 traduit aussi cette volonté de conduire des projets numériques complexes dont la vocation est bien d’accroitre la résilience de nos systèmes et leur performance à des fins opérationnelles. Florence Parly, ministre des Armées indique d’ailleurs que « le numérique occupe une place croissante au cœur des capacités opérationnelles et fonctionnelles du ministère des Armées. Ce sont plusieurs milliers d’agents civils et militaires et près de 1500 systèmes d’information et de communication qui concourent directement ou indirectement aux missions du ministère. Il était urgent de simplifier notre manière de faire pour une meilleure efficacité opérationnelle. Le ministère des Armées est pionnier en la matière et entend bien le rester. Plus que jamais, un numérique solide, fiable et efficace est un gage de résilience ».

Nos organisations doivent se transformer mais pas nécessairement disparaître

Cette démarche est évidemment nécessaire et indispensable. Sans doute faudra-t-il veiller à cette cohérence nécessaire entre les armées en laissant à chacune d’entre elles les marges de manœuvre qui s’imposent compte tenu des spécificités des milieux. Car si des similitudes existent, les systèmes de commandements restent, par nature, différents même si la ségrégation des espaces ne doit plus être celle que nous avons connue jusqu’alors. Il ne faudrait pas interarmiser à l’excès en imposant un commandement opérationnel où le numérique serait le facteur dominant. Le numérique n’est qu’un démultiplicateur de force permettant la contraction des cycles opérationnels dans les différents milieux. Ce n’est qu’un moyen qui imposera de repenser le rôle et la place des opérateurs dans la gestion des moyens qui seront de plus en plus autonomes. Ces opérateurs resteront cependant dépendants de leur milieux respectifs. Il est important de préciser ce point car trop souvent, par simplification, la création d’une structure unique semble répondre à tous les besoins alors qu’il n’en est rien. Il faudra optimiser et garantir la transversalité numérique dont auront besoin les différentes composantes de forces, terrestres, maritimes et aériennes jusqu’aux forces spéciales. Repenser la ségrégation des espaces revient à considérer le cyberespace comme étant l’espace commun aux trois milieux traditionnels.  

Au bilan, il faut réfléchir dès maintenant en urgence aux options à retenir pour le stockage des données et à leur protection. Aujourd’hui, nous enregistrons un retard dans ce domaine où les acteurs civils mettent en avant des centres de stockage souverains. La dualité civil-militaire prend ici un sens particulier et il faut sans doute s’inspirer de certaines solutions sans nécessairement les prendre en l’état. Les data center ou le cloud souverains s’imposeront donc pour garantir un niveau de protection suffisant. Mais il faudra aussi protéger les interconnexions entre les systèmes ou les plateformes collaboratives. Pour garantir la supériorité opérationnelle, il faudra donc maîtriser la robotique, l’intelligence artificielle, l’internet of things, le big et la fast data. N’oublions pas aujourd’hui que les objets connectés se comptent en milliard et que cette croissance est quasi exponentielle.

Un point d’arrêt à la contraction de nos formats

A ce stade, il est impossible de conclure sur les perspectives de cette révolution numérique qui n’en est qu’à ses débuts. Il ne s’agirait que d’une conclusion partielle. Une conviction s’impose, celle d’un monde qui est probablement plus dangereux. Les signaux reçus le démontrent assez facilement. Pour l’institut FMES, qui centre ses réflexions sur le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient, nous les communiquons et fournissons, avec la publication d’analyses, le champ des possibles. Avec la révolution numérique en marche, ce monde plus dangereux se combine à un environnement opérationnel pervasif ou ubiquitaire. Les experts mettent souvent en avant ce changement de paradigme opérationnel. L’interconnexion démultipliée des capteurs ou effecteurs contribuent à cet état de fait. Il faut cependant conserver à l’esprit, qu’au-delà des couches logicielles ou applicatives des systèmes numériques, une couche physique subsiste, notamment celle des câbles sous-marins, des satellites ou microsatellites en orbite basse et des infrastructures nécessaires aux routeurs, serveurs et espaces de stockage. Il faudra en garantir l’efficacité en les protégeant. Une nouvelle posture de défense imposera que le rapport de force nous soit favorable. En substance, cette révolution des affaires militaires en cours doit éviter à tout prix une nouvelle contraction des formats de nos forces armées ! Enfin, nous utiliserons de plus en plus le numérique sans pour autant créer une armée numérique et c’est exactement là où la fiction, qui la met parfois en avant, ne rejoint pas la réalité.


[1] A2AD : Anti Access Aera Denial – Déni d’Accès Interdiction de Zone.

L’institut FMES lance le projet Prépa Tremplin en région Sud avec le GIP FIPAN et le GRETA du Var : une réponse prometteuse aux spécificités de l’emploi en Région

L’institut FMES a signé le 2 novembre 2020 un partenariat avec la Fondation « agissons pour l’emploi » (FAPE), le GIP FIPAN et le GRETA du Var pour déployer le projet « Prépa Tremplin » en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Soutenu par l’État et la Région, il est aussi encouragé par la Direction générale de l’armement.

L’institut FMES qui œuvre pour le soutien à l’économie de défense en région Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis 2017, notamment dans le domaine des ressources humaines, constate depuis plusieurs années que l’insertion professionnelle est plus efficace et pérenne lorsque les besoins des entreprises en sont le point de départ.

La FAPE a développé le projet Prépa Tremplin en Bretagne, Pays de la Loire et Auvergne-Rhône-Alpes à partir d’un constat similaire. L’institut FMES, le GIP FIPAN et le GRETA du Var, ont entrepris de s’associer avec la FAPE afin de développer ce projet en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, en l’adaptant aux spécificités et aux secteurs d’activité de la Région (industrie, en particulier navale).

Prépa Tremplin est un projet de médiation centré sur le besoin en compétences des entreprises, dans les secteurs de l’industrie et du numérique. L’objectif est la réalisation pragmatique d’un recrutement durable, notamment grâce à une médiation entreprises et un accompagnement des bénéficiaires individualisés. À travers les parcours Prépa Tremplin est mis en place un travail d’orientation et de développement des compétences transverses des demandeurs d’emploi afin de construire des profils adaptés aux besoins des entreprises.

Le consortium créé en Région a toutes les compétences pour mener à bien ce projet. L’institut FMES, chargé du pilotage général en Région, assurera la médiation entreprises afin d’identifier les métiers en tension, les profils recherchés et les compétences à valoriser. Le GIP FIPAN, chargé du pilotage opérationnel, assurera la mobilisation des réseaux de prescription qui suivent les demandeurs d’emploi dans leurs démarches de formation et d’insertion professionnelle. Enfin, le GRETA du Var, principal réseau de formation professionnelle assurera l’ensemble de l’ingénierie nécessaire à la formation ou à la montée en compétences des demandeurs d’emploi. Ce partenariat réunit ainsi les trois piliers du dispositif d’insertion professionnelle avec un seul objectif : réussir un recrutement durable qui sera suivi et analysé pendant deux ans.

Le service de médiation dispensé dans le cadre du projet Prépa Tremplin est gratuit pour les entreprises et les bénéficiaires. L’initiative est financée par l’État (PIC), par les collectivités locales et par le privé avec la volonté de pérenniser le projet au-delà de 2022 avec des financements de plus en plus locaux, publics comme privés.

Appel à manifestation d’intérêt – Partenaires régionaux en cybersécurité

Le centre de ressources régional en cyber (C2RC) est une structure technique non commerciale opérée par l’institut FMES (Fondation méditerranéenne d’études stratégiques). Il sera en charge d’assurer un support auprès des entreprises (PME/ETI) et les collectivités locales de la région Sud Provence-Alpes-Côte-d’Azur dans le domaine de la lutte informatique défensive (cyberdéfense) et de les informer et de les sensibiliser en cybersécurité en liaison avec les organismes d’Etat en charge de ces sujets.

Dans le cadre de son activité de gestion des incidents et de réponses aux attaques le C2RC propose de s’appuyer sur un réseau d’entreprise et de cabinets spécialisées sur les différents secteurs de la cybersécurité et du droit du numérique :

  • Prestataires de services ayant des compétences en cybersécurité ;
  • Sociétés d’avocats spécialisés dans le droit du numérique.

Le présent appel à manifestation d’intérêt a pour objectif d’identifier des partenaires spécialisés en cybersécurité au sein de la région.

Le centre n’assure pas directement la réponse à incident, son principal objectif et de faciliter l’accès à l’écosystème cyber aux PME de la région. Son rôle est avant tout facilitateur

Calendrier :

  • Lancement de l’AMI : 14 septembre 2020
  • Présentation du projet en visioconférence : 23 septembre 2020
  • Date limite de dépôt des candidatures :  9 octobre 2020

Une réunion d’information sous forme d’une visioconférence sera organisée afin de présenter le projet. Nous vous remercions de signaler votre participation en envoyant un mail au correspondant.

Monsieur Florian PUTAUD
f.putaud@fmes-france.org
Chef de projet en Intelligence économique Institut FMES

Maison du Numérique et de l’Innovation

Place Georges Pompidou

83 000 TOULON

Tel : 06 25 09 49 64

Intelligence artificielle : vers la fin des états-majors ?

Découvrez cet article d’Elodie Andriot, publié par Areion 24 le 10 avril 2020

Le recours croissant aux technologies, le foisonnement des données, la prééminence de l’approche globale et la prédilection pour les coalitions tendent à rendre plus complexes les engagements militaires. Face à ces nouveaux défis, les États-Majors (EM) des niveaux les plus élevés en opération ont évolué pour intégrer davantage de fonctions, les conduisant à une hypertrophie et à une complexification de leur fonctionnement. Cette adaptation induit de nouvelles fragilités : une empreinte et une sédentarité accrues des postes de commandement les rendant plus vulnérables – surtout face à une menace symétrique –, une surcharge informationnelle source de troubles psycho-­sociaux et de baisse de performance, une inertie, voire une paralysie d’EM « auto-­intoxiqués »…

L’Intelligence Artificielle (IA) pourrait-elle, en évitant ces écueils, être la panacée du chef militaire en opération ? Serait-elle synonyme d’extinction programmée des états-majors ? L’état actuel de la technologie ne permet pas encore la création d’une IA « forte », omnisciente, autonome et polyvalente, pouvant supplanter la totalité des capacités cognitives humaines. Il n’est donc pas sérieusement envisageable que l’IA puisse, à brève échéance, se substituer à un EM en opération. En revanche, au terme d’une maturation suffisante, elle pourrait devenir un véritable atout et même minorer les vulnérabilités précédemment citées. Pour ce faire, il convient d’analyser les champs d’action possibles de l’IA dans l’aide à la décision opérationnelle et d’en maîtriser les risques et enjeux.

Qu’est-ce que l’IA ?

Le terme « intelligence artificielle » est employé pour la première fois à la conférence de Dartmouth en 1956. Dès lors, deux courants de pensée font leur apparition : l’IA symbolique tournée vers la modélisation de la connaissance (intelligence par raisonnement et logique), et l’IA connexionniste tournée vers la modélisation du cerveau humain (intelligence par apprentissage). L’IA symbolique a connu un fort développement durant les précédentes décennies. Elle est aujourd’hui dominée par l’IA connexionniste qui connaît un véritable essor depuis une dizaine d’années. Trois facteurs fondamentaux expliquent cette récente montée en puissance : l’élaboration d’algorithmes novateurs permettant notamment l’apprentissage automatique de la machine (machine learning), l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des ordinateurs (en particulier de Graphics Processing Unit), et la production effrénée de données numériques. Bien qu’il n’existe pas de consensus autour de la définition de l’IA connexionniste, celle-ci peut être considérée comme « un ensemble d’algorithmes conférant à une machine des capacités d’analyse et de décision lui permettant de s’adapter intelligemment aux situations en faisant des prédictions à partir de données déjà acquises (1) ».

Si l’imaginaire collectif, nourri des films de science-­fiction, représente spontanément l’IA comme un robot autonome, il occulte sa caractéristique fondamentale : son action dans les champs immatériels. L’IA s’applique avant tout au traitement d’informations de nature parfois hétérogène, pour lequel une méthode simple ne donne pas de résultats satisfaisants. En fonction des algorithmes utilisés, elle peut elle-­même déterminer les critères de comparaison et d’analyse des données. Elle implique des choix, sans certitude, entre plusieurs possibilités. Elle permet de modéliser des problèmes complexes, de valoriser des données, de mettre en évidence des corrélations ou au contraire des signaux faibles, d’effectuer des prédictions, de proposer des solutions… À moyen terme, il paraît plus vraisemblable d’envisager l’apparition d’une myriade d’IA « faibles » interconnectées, chacune limitée à une tâche spécifique, plutôt que l’émergence d’une IA « forte » supérieure à l’homme.

L’IA dans les armées : une nécessité

Conscient de la portée stratégique de l’IA, le président russe, Vladimir Poutine, déclarait, le 1er septembre 2017 à l’occasion de la Journée du savoir, que celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde. En réponse à ce pronostic et face aux géants de la discipline que sont les États-Unis et la Chine, la France souhaite « une réponse coordonnée au niveau européen (2) » tout en garantissant son indépendance nationale. À ce titre, l’État se veut exemplaire et définit quatre secteurs prioritaires, parmi lesquels la défense-­sécurité. « Dans les prochaines années, l’utilisation de l’intelligence artificielle sera une nécessité pour assurer les missions de sécurité, conserver l’ascendant face à nos adversaires potentiels, tenir notre rang par rapport aux alliés (aussi bien au sein de coalitions que dans une perspective d’export) et maintenir un niveau de qualité élevé concernant les services dispensés à l’ensemble des personnels des ministères. (3) »

Dans certaines circonstances, la numérisation des armées sature déjà la chaîne de Commandement et de Contrôle (C2) de données toujours plus nombreuses et variées. À la confluence de la contrainte et de l’impératif, l’IA accompagnerait efficacement la transformation numérique, allégeant la charge cognitive du militaire et lui permettant de se focaliser sur sa mission. Cette perspective est particulièrement prégnante pour les états-­majors en opération.

La voie vers la supériorité décisionnelle ?

Ronald Howard, écrivait déjà, en 1980, « Décider, c’est ce que l’on fait lorsque l’on ne sait pas quoi faire (4) » pour expliquer le chaos qui environne la prise de décision des chefs d’entreprise. Cette appréciation prend encore tout son sens dans un engagement armé actuel. « Avec les ressources humaines disponibles, quand aujourd’hui on parvient à traiter une quantité de données qui avoisine au mieux les 20 %, à terme ce sera probablement moins de 2 %. (5) » Dans ce déluge informationnel, conserver toute sa lucidité demeure un enjeu capital pour les états-­majors en opération. Ceux-ci n’ont guère d’alternative entre, d’une part, exigence de réactivité et d’instantanéité, et, d’autre part, impossible renoncement à la domination informationnelle et à l’approche globale, toutes deux particulièrement chronophages.

Dans plusieurs conférences introductives sur l’aide à la décision en 2004, Denis Bouyssou mettait en évidence le peu de temps que peut s’accorder un dirigeant en entreprise pour réfléchir et prendre des décisions, à savoir moins de six minutes par jour. Si ces statistiques ne sont pas intégralement transposables au monde militaire, les battle rhythm et daily cycle de nos EM en opération sont, à cet égard, révélateurs : ils sont jalonnés par de multiples réunions et comptes rendus à temps. Dans le cycle OODA (Observation, Orientation, Décision, Action), l’IA utilisée comme aide à la décision opérationnelle permettrait un parcours plus rapide de cette boucle, principalement des deux premières phases. Elle semble donc la plus indiquée pour accélérer notre cycle décisionnel, maîtriser le tempo des opérations et renforcer la performance et l’agilité du C2.

L’essence de l’IA : la simplification

La simplification du quotidien est l’enjeu majeur de l’IA. Une application de gestion de l’information serait, à ce titre, particulièrement profitable. Elle assurerait le nommage, le stockage, le partage, l’archivage des données et faciliterait ainsi l’accès à l’information. Elle éviterait l’engorgement des messageries et améliorerait la transversalité des flux d’information. Exploitant le big data, l’IA pourrait être particulièrement performante dans l’exploration de données : elle collecterait les informations éparses recherchées qu’elle agrégerait en une synthèse pertinente en un temps particulièrement court. Elle inclurait des enregistrements audio et vidéo ainsi que des images qu’elle aurait préalablement analysés. La reconnaissance vocale permettrait en outre une retranscription écrite immédiate des ordres et comptes rendus. Avec de telles perspectives, il serait totalement envisageable qu’une IA rédige automatiquement des comptes rendus à temps, soumis à validation humaine. L’augmentation de la fréquence de remontées des données tactiques par les systèmes de numérisation de l’espace de bataille garantirait une production de telles synthèses en temps réel.

L’IA pourrait être un excellent outil de veille, d’alerte et de réaction immédiate, que ce soit pour le suivi tactique des opérations, la surveillance des réseaux sociaux ou du cyberespace pour contrer immédiatement les cyberattaques. Le programme CHESS (6) de la DARPA vise, en ce sens, à instaurer une meilleure collaboration entre les experts de la cybersécurité et les programmes automatisés de sécurité informatique. Dans une démarche d’évaluation, l’IA pourrait compléter régulièrement les indicateurs mesurant la performance et l’efficacité des opérations en cours. À l’issue d’une mission, elle pourrait générer automatiquement le journal de marches et opérations ainsi que les comptes rendus de fin de mission, parfois négligés faute de temps. De cette manière, l’IA contribuerait utilement à un retour d’expérience plus étayé et objectif.

Un outil bientôt incontournable dans la conception des opérations ?

L’IA serait d’une redoutable efficacité pour analyser l’environnement des opérations, en planification comme en conduite. Nourrie de l’abondance des données provenant de sources ouvertes, elle excellerait dans l’analyse systémique qui combine de multiples domaines : militaire, économique, logistique, politique, idéologique, social… Elle concourrait efficacement au ciblage large spectre, létal ou non. L’IA déterminerait, par exemple, les relais d’opinion à partir de la fréquentation de certains sites ainsi que les messages transmis et leur audience. Plus encore, elle pourrait elle-­même pratiquer de l’influence dans le cyberespace.

Dans le domaine du renseignement, les données issues de différentes sources pourraient être recoupées automatiquement et instantanément, améliorant la connaissance de l’adversaire et le suivi en temps réel de son évolution. La reconnaissance vocale et la traduction instantanée y apporteraient une réelle plus-­value, tout en s’affranchissant de certains interprètes locaux. Afin de mieux cerner la menace hybride, la DARPA a lancé le programme COMPASS (7), pilier du Multi-Domain Battle. Ce programme incorpore de l’IA et vise à réduire l’incertitude sur l’ennemi, en discernant ses intentions, ses objectifs, ses rouages, en anticipant ses actions et en recommandant les réponses les plus appropriées.

La reconnaissance d’images et l’analyse comportementale, toutes deux appliquées à des infrastructures, à des équipements ou à des groupes humains, permettraient de détecter des activités particulières qu’un opérateur pourrait ne pas avoir décelées par manque de concentration ou par manque de temps pour visionner toute une succession d’images ou de vidéos. En 2017, l’université du Missouri a mené une expérience sur l’analyse d’images satellitaires afin d’identifier des sites de lancement de missiles sol-air en Chine. Des algorithmes d’IA ont été entraînés avec une banque de 893 000 images puis ont été testés dans des conditions réelles. Ils ont atteint une fiabilité de 90 % en 42 minutes, alors qu’il a fallu 60 heures à un groupe d’analystes pour le même résultat. La start-up française EarthCube développe également des logiciels basés sur de l’IA afin d’identifier automatiquement des sites ou des matériels stratégiques et de remonter des alertes en cas de suspicion. Quant à la reconnaissance faciale, et plus généralement la reconnaissance de données biométriques, elle permettrait l’identification immédiate et indubitable d’individus, en particulier dans des lieux fréquentés, à l’instar du système chinois Skynet.

Outre son action sur l’adversaire, l’IA pourrait déterminer les itinéraires les plus appropriés, en intégrant la praticabilité des axes ou la géologie du terrain, les conditions météorologiques, les capacités des véhicules, la présence probable d’engins explosifs improvisés, la situation tactique… En exploitant les données de maintenance recueillies sur les équipements, par exemple grâce à la vétronique des véhicules du programme SCORPION, l’IA anticiperait les dysfonctionnements, la commande de pièces de rechange et les opérations de réparation. La maintenance préventive du matériel garantirait une meilleure disponibilité de celui-ci et une atténuation des aléas des pannes en mission.

L’IA est déjà utilisée en simulation constructive à des fins de préparation opérationnelle des états-­majors. Dans l’armée de Terre, le système SOULT (8), logiciel SWORD du groupe Masa, peut simuler un affrontement terrestre et son impact sur des unités qui suivent fidèlement les principes de leur doctrine. Son usage pourrait être étendu à la conception de la mission réelle en cours. L’IA participerait ainsi à la validation des modes d’action, comme le propose Nexter avec sa caisse à sable digitale FINDMP. À terme, l’opérateur n’aurait plus à renseigner lui-même la doctrine adverse, l’IA la déduirait des données qu’elle a collectées. Elle pourrait même proposer des modes d’action aussi bien ennemis qu’amis. Par ailleurs, la simulation plus précise des effets des feux indirects rendrait plus réaliste le battle dammage assessment et l’appréhension des potentiels dommages collatéraux.

L’exigence primordiale de l’emploi de l’IA dans les armées réside dans une interface homme/machine éminemment convaincante au risque de désabuser les enthousiastes et de conforter les sceptiques. Une attention toute particulière doit être accordée à l’ergonomie et à l’intuitivité des applications, à la visualisation des réponses apportées par l’IA, à son interopérabilité avec les systèmes existants français et alliés ainsi qu’avec d’autres IA, aux technologies conversationnelles (traitement du langage, reconnaissance vocale) et à sa fiabilité technique. Pour être probante, l’IA doit être facilitateur pour l’utilisateur et non pas plus contraignante et chronophage, quelles que soient ses prouesses.

Pour que l’IA soit performante, certaines contraintes techniques doivent être prises en compte et d’autres levées. En effet, l’IA ne peut fonctionner que si elle dispose de suffisamment d’informations. Il s’agit donc de relever le défi du décloisonnement des données. Celui-ci remet en question le concept de droit d’en connaître, suppose des passerelles entre réseaux et systèmes fermés ainsi que des déclassifications massives, le tout en restant dans un cadre juridique de protection des données. En outre, la protection et la résilience des IA suggèrent la délocalisation en métropole de leurs serveurs de calcul et de stockage des données, ce qui soulève les questions de la sécurité et de l’accessibilité des flux d’informations ainsi que de la rapidité de transmission.

En outre, l’IA doit disposer de données abondantes et avérées à la fois pour son apprentissage et pour son fonctionnement nominal. D’une manière générale se pose le problème de la fiabilisation des données. Comment s’assurer que les données sont exactes et comment relativiser certaines sources ? Ces interrogations méritent des réponses adaptées sous peine de résultats faussés par des données erronées. De même, si les bases de données des exercices de préparation opérationnelle sont intégrées pour augmenter les bases d’apprentissage, ceux-ci doivent faire preuve d’un réalisme exemplaire afin de reproduire les conditions les plus proches possible de celles d’un engagement, et ce, dans toutes les fonctions opérationnelles. Un soin particulier doit donc être apporté pour ne pas inclure de biais au sein des données, car cela conduirait l’IA à les reproduire.

Par ailleurs, la crédibilité des résultats d’une IA réside dans la transparence de sa méthode pour y parvenir. Or les résultats, aussi spectaculaires soient-ils, sont aujourd’hui encore difficilement explicables. L’effet « boîte noire » crée de l’opacité autour de l’IA et provoque un réflexe de défiance face à des résultats énigmatiques. L’intelligibilité immédiate du « raisonnement » de l’IA est une absolue nécessité pour répondre aux enjeux éthiques, moraux, sociétaux et juridiques. Au-delà de l’instantanéité de l’opération, il est également impératif d’assurer l’auditabilité a posteriori de l’IA. Au contraire des débats actuels sur les voitures autonomes, la réflexion sur la responsabilité des prises de décision doit être pleinement aboutie avant la mise en service d’IA en opération.

Pour satisfaire toutes ces exigences, une allocation importante de ressources humaines, matérielles et financières est essentielle. En outre, l’obsolescence rapide d’algorithmes élaborés nécessite une perpétuelle évolution pour rester compétitif et performant. Une démarche d’expérimentations et d’évaluations, réalisées dans des conditions réalistes et encadrées par des experts compétents à la fois sur la technologie et sur la compréhension des spécificités militaires, est indispensable.

Des effets revers à appréhender

Temporairement, la mise en œuvre d’IA en EM opérationnel produira de la complexité, une charge de travail supplémentaire, une multiplication de la main-­d’œuvre et donc un accroissement de la taille du poste de commandement considéré. En somme, l’IA créera provisoirement l’opposé des résultats escomptés. Ce désagrément, inévitable, car il est inhérent au développement d’une technologie de rupture, pourrait cependant être minoré. Les efforts consentis dans la réflexion doctrinaire et dans les ressources allouées au bon fonctionnement de l’IA réduiraient à son strict minimum cette période transitoire.

Par nature, l’homme est influencé par ses sentiments, son expérience, sa tolérance au risque, ainsi que par sa fatigue et son stress qui peuvent perturber sa décision. En revanche, l’IA est considérée comme neutre et objective. En réalité, son apprentissage est biaisé par les données qui lui sont présentées. Il serait tout à fait imaginable qu’une IA destinée à la production de modes d’action amis en valorise certains par rapport à d’autres et se cantonne à une conformité représentative des données fournies. À l’inverse, une solution originale ou inhabituelle pour un EM pourrait dérouter et susciter du doute et des interrogations chronophages.

Par ailleurs, l’adversaire pourrait tout à fait concevoir des contre-­mesures face à une IA, à l’instar des « attaques contradictoires » (adversarial attack) développées actuellement par des IA pour induire en erreur une autre IA dont les algorithmes sont connus. Les images créant une sorte d’illusion d’optique pour l’IA ou les bruits de fond inaudibles pour l’homme et déformant la perception de l’IA en sont de bonnes illustrations. Il serait également envisageable que l’adversaire intoxique une IA « online » (qui apprend en permanence) avec des informations erronées, mettant à rude épreuve les mécanismes de fiabilisation des données. En 2016, d’après son communiqué officiel, Microsoft a fait la douloureuse expérience d’une attaque ciblée sur son chatbot Tay dès les premières heures de sa mise en ligne sur les réseaux sociaux. Tay en est venu à tenir des propos extrêmement racistes, antisémites, vulgaires… Les algorithmes d’IA doivent donc être en constante évolution afin de se prémunir contre ces menaces.

À l’opposé, une opération pourrait être menée dans une région reculée pour laquelle les armées disposent de peu de données numériques ou dans laquelle la population n’a pas accès à l’électricité ou à Internet. Dans de tels cas, l’emploi de l’IA serait fortement limité. Cela impose que les savoir-­faire humains soient intégralement conservés, au minimum tant que le fossé numérique entre les pays n’est pas comblé. La nécessité de résilience des EM face à des défaillances technologiques repousserait même cette échéance.

L’intelligence artificielle semble s’imposer comme un véritable enjeu de souveraineté et une évolution inéluctable de la technologie, qui n’épargnera pas les états-­majors en opération. Le prestigieux cabinet de conseil en stratégie McKinsey estime que 60 % des emplois actuels comprennent 30 % d’activités automatisables à une échéance de 20 à 40 ans. Sans tomber dans l’effet de mode, le fatalisme ou la résistance au changement, il convient d’agir résolument pour préparer la complémentarité entre l’homme et l’IA de demain. Dans cette perspective, un mandat sur le Commandement et le Contrôle des opérations Interarmées (C2IA) a été confié par le sous-­chef opérations de l’état-­major des armées, en adéquation avec les orientations de l’Officier Général Transformation Digitale des Armées (OGTDA), au Commandement Pour les Opérations Interarmées (CPOIA) et un C2 Lab a été lancé auprès des acteurs de l’innovation.

Dans certaines circonstances, il pourrait être envisageable que des EM opérationnels, restreints à leurs fonctions essentielles, soient déployés et s’appuient, pour les autres fonctions, sur des IA pleinement matures. L’IA crée des opportunités, mais aussi de nouveaux risques et de nouvelles menaces. Inexorablement, l’adversaire conduira lui aussi sa transformation numérique.

 

(1) CEA, « L’essentiel sur… L’intelligence artificielle », publié le 21 novembre 2017, (http://​www​.cea​.fr/).

(2) Cédric Villani, « Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne », rapport, mars 2018, p. 11.

(3) Ibid., p. 219.

(4) Ronald A. Howard, « An Assessment of Decision Analysis », Operations research, vol. 28, no 1, 1980.

(5) Cédric Villani, op. cit., p. 220.

(6) Computers and Humans Exploring Software Security.

(7) Collection and Monitoring via Planning for Active Situational Scenarios.

(8) Simulation pour les Opérations des Unités interarmes et de la Logistique Terrestre.

L’innovation : Game Changer pour les grandes filières industrielles – par le GCA (2s) Patrick Lefebvre

 

 

Par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur du centre méditerranéen d’études stratégiques de l’institut FMES

 

La crise sanitaire mondiale du COVID 19 est sans doute loin d’être terminée. Un peu à l’image des mouvements météorologiques saisonniers comme le front intertropical qui oscille autour de l’équateur, son centre de gravité s’est déplacé et le risque d’un balancement géographique plus complexe d’Est en Ouest et du Nord au Sud ne peut être écarté. Hier en Asie du Sud Est puis en Europe et aujourd’hui aux Etats-Unis et en Amérique du Sud où les effets dévastateurs semblent se démultiplier, cette crise n’en finit pas de souligner des contradictions dans les choix pour y faire face avec toujours en toile de fond une nécessité absolue d’équilibrer les mesures sanitaires avec le soutien des activités économiques. Si le choix économique prévaut aux Etats-Unis, c’est plutôt la recherche d’équilibre qui s’installe en Europe avec quelques subtiles variations. Ainsi, l’Allemagne résiste mieux que la France, l’Italie ou l’Espagne. Une période d’incertitude d’amplitude strictement inconnue pèse donc sur la nature des décisions à prendre. C’est ce qui est sans doute vraiment nouveau dans ce contexte inédit. Elle pèse aussi bien sûr sur la tendance des marchés où le pessimisme ne mobilise guère de potentiels investisseurs.

Cette crise incite aussi à porter un nouveau regard sur la mondialisation de l’économie telle que nous la vivions jusqu’alors. Chacun aura mesuré que les secteurs les plus touchés sont évidemment ceux directement marqués par les mesures de confinement, notamment pour les entreprises où la mobilité est un facteur structurant de croissance. Ainsi, tous les secteurs fortement exposés au commerce international ont subi de plein fouet les effets de cette crise avec une paralysie presque totale de leurs activités. Le produit intérieur brut a plongé de 19% au mois d’avril tandis que le commerce mondial a reculé de près de 25%[1]. La tendance du ralentissement était d’ailleurs déjà annoncée par l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et donc antérieure à la crise du COVID 19. Il tenait principalement à des changements de modèle de croissance en Chine et aux Etats-Unis. Il était aussi lié à certaines tensions géopolitiques. Il est prévisible que les sanctions économiques américaines à l’encontre de la Chine ou de l’Europe perdurent sans pour autant craindre une escalade de cette guerre commerciale.

Les perspectives économiques à l’échelle mondiale étaient assez finement appréciées par les spécialistes tenant compte des différents facteurs l’influençant et de la capacité des banques à financer l’endettement des Etats. Elles tiennent évidemment compte des accords interétatiques et des règles de droit mis en avant par certains Etats. Aujourd’hui, le facteur pandémique vient s’ajouter et modifiera sans doute durablement les modes opératoires du commerce mondial.

Nous laisserons les spécialistes s’emparer de ce sujet pour nous placer au plus près des préoccupations des entreprises françaises. La mobilisation des services de l’Etat et des collectivités territoriales mérite d’être rappelée car elle est exceptionnelle et sans précédent. L’Etat à lui-seul soutient l’économie avec près de 500 Mds€ de mesures économiques d’urgence. A ce soutien s’ajoute celui des Régions qui se sont mobilisées pour identifier, accompagner et dynamiser un tissu économique fragilisé par cette crise. Il faut relever cette dynamique où les pôles de compétitivité, les agences de développement, les services territoriaux spécialisés ainsi que les services de l’Etat en Région se coordonnent, s’organisent presque militairement sous forme de Task Force pour apporter des réponses concrètes. Il faut noter l’émergence d’une nouvelle articulation entre l’Etat et les Régions. Cette cohérence d’ensemble est nouvelle et permet de mieux coordonner les aides nationales à celles des territoires.

Si la mondialisation de l’économie prend une forme nouvelle sous l’effet de cette crise sanitaire, cette crise donnera par rebond une nouvelle forme à l’économie nationale et celle des territoires. Il faudra mieux synchroniser les actions de soutien qui bien souvent apparaissaient dispersées. Cette crise a favorisé une nouvelle forme de solidarité. C’est le sens de la création des Task Force régionales où l’intelligence collective l’emporte sur la démarche individuelle dont les effets sont certes positifs mais souvent de portée limitée.

Enfin, la crise sanitaire renforce l’importance de l’innovation. L’innovation par l’apport des solutions numériques a démontré sa pertinence dans le contexte de la crise sanitaire en offrant des solutions alternatives de fonctionnement aux entreprises. Mais l’innovation dans son acception plus large reste le meilleur signal de la vitalité des secteurs industriels. Il est aussi un gage de leur performance. C’est ce levier qui permettra demain de faire la différence en portant l’effort sur des chaînes de valeur plus respectueuses d’un certain nombre de critères. L’environnement, le bien-être au travail, l’éthique pour n’en citer que quelques-uns s’intégreront davantage dans la définition des produits mis sur le marché. Les capacités de recherche et de développement doivent donc se diversifier pour être au rendez-vous des succès technologiques. Les technologies développées sont déjà aujourd’hui le plus souvent duales. Cette dualité doit être mieux appréciée au sein des petites et moyennes entreprises. C’est bien souvent ce tissu industriel qui est à l’origine du développement de technologies nouvelles. Il importera donc de consolider les synergies entre ce tissu et les grands donneurs d’ordres. Elles permettront de mieux irriguer les filières par des technologies dont les applications sont multiples.

Les technologies futures et l’innovation sont probablement les meilleurs leviers permettant aux filières de consolider leur place sur les marchés. Il faut donc donner une vision stratégique aux tendances technologiques. Il faut aussi retrouver notre place de meneur technologique conduisant à retrouver notre indépendance stratégique et économique.

Ce besoin d’indépendance a été maintes fois souligné durant la crise du COVID 19. Chacun aura pu mesurer la nécessité de conserver la maîtrise de ses approvisionnements stratégiques. Chacun aura pu mesurer la vulnérabilité des entreprises dans leurs capacités à gérer leurs activités à distance. Evidemment ici, une meilleure gestion des données, l’apport de l’intelligence artificielle dans l’élaboration des processus et la protection du patrimoine immatériel sont des facteurs clés de performance. Ce sont aussi des facteurs assurant une forme de continuité de l’action dans un contexte de crise.

Ce besoin d’indépendance s’affirme au moment où se développent des systèmes complexes qui suscitent des interrogations quant à leur stricte intégrité. A titre d’exemple, les applications des principes de la Blockchain se multiplient aujourd’hui. Ces principes changeront substantiellement la distribution des données et leur contrôle même si leur intégrité est garantie par l’emploi de systèmes cryptés. De multiples applications vont voir le jour permettant pour les unes d’accélérer les transactions financières, pour les autres d’augmenter les gains de productivité en confiant l’organisation des échanges à un protocole informatique. Des applications sur la traçabilité alimentaire s’imposeront chez les grands distributeurs. Autant d’avancées qu’il faudra intégrer dans le fonctionnement où à défaut les subir auprès des principaux spécialistes du traitement de données protégées.

Ce besoin d’indépendance s’exprime aussi à l’heure où s’installent des règles juridiques contraignantes. Ainsi, le Cloud Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act)[2] fixent des règles pouvant compromettre la sécurité des données stockées dans des DATA Centers sur lesquels nous n’avons pas le contrôle. Ici aussi, la souveraineté digitale devient un gage de notre indépendance stratégique. Le besoin de Cloud souverain n’est-il pas aujourd’hui fréquemment mis en avant et rappelé par les décideurs ? D’une manière plus générale, les questions autour de la donnée se multiplient. Leur confidentialité, les droits de propriété, la dimension éthique et leur partage ouvrent de nouveaux champs d’actions techniques et morales.

Cette dimension numérique se développe d’ailleurs tous azimuts. Ainsi demain, le déploiement de la 5G modifiera substantiellement l’Internet des objets. Elle modifiera les usages allant de la maison connectée, aux véhicules autonomes, aux vidéos immersives jusqu’à l’application de la médecine dite 2.0. Les enjeux de sécurité nationale sont ici évidents. Dans le contexte de la crise sanitaire, notre capacité à conserver notre indépendance sanitaire et médicale est évidemment stratégique. Elle revêt une dimension politique extrêmement sensible.

La souveraineté technologique est donc aujourd’hui synonyme de souveraineté stratégique.

Ces quelques éléments soulignent donc le besoin d’une nouvelle stratégie consolidant nos filières nationales en stimulant l’innovation et la recherche. Mais au préalable, il faudra reconquérir les secteurs fragiles souvent jugés peu rentables. Il faudra aussi démultiplier les efforts pour reconstruire certains secteurs abandonnés sous l’effet la mondialisation. Certains se sont pourtant révélés stratégiques. Ils renvoient le plus souvent à des responsabilités régaliennes dans les domaines de la santé ou de la sécurité. Notre autonomie en matière d’approvisionnement s’inscrit dans ce périmètre de responsabilités.

Dans ce contexte de crise certaines pistes sont cependant encourageantes. Cette stratégie nationale de recherche et d’innovation existe. Elle nécessite donc d’être remise en perspective au regard de la période que nous traversons. D’ailleurs, toute stratégie impose cet exercice permanent d’adaptation.

Inscrite dans la loi, la stratégie de recherche est élaborée en cohérence avec celle de l’Union européenne. Il s’agit d’identifier un nombre limité de priorités scientifiques et technologiques permettant de répondre aux défis majeurs des prochaines décennies. Son objectif est de garantir notre place parmi les premières puissances de recherche mondiale. Le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en est l’artisan. Cette ambition nécessite un soutien permanent car la production de connaissances n’enregistre pas nécessairement de dividendes immédiats. Financer l’innovation présente pour les créanciers des risques qu’il faut accepter. Mais c’est une condition nécessaire pour féconder cette culture de la connaissance et celle de l’innovation technologique. Le retour sur investissement peut être long mais lorsqu’il est au rendez-vous, c’est la clé de la performance du système économique.

Nous évoquions antérieurement la création de Task Force régionale dont l’objectif est d’apporter des réponses concrètes aux petites et moyennes entreprises qui se trouvent souvent au cœur de l’innovation et qui sont aujourd’hui confrontées à de sérieuses difficultés conjoncturelles. Cet appui est indispensable et préservera un écosystème vital pour les grandes filières stratégiques.

Cette notion presque militaire nous rappelle, qu’en d’autres temps, et pour combler le retard technologique des Etats-Unis, la création de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) avait été à l’origine de très nombreuses technologies innovantes destinées à un usage militaire. Ces technologies sont d’ailleurs très rapidement devenues duales et sensibles en termes de sécurité avec la création d’Internet et du GPS (Global Positioning System). Les Etats-Unis ont d’emblée affirmé leur souveraineté dans les domaines de l’information et de la géolocalisation. L’Europe, pour la géolocalisation, a répondu en développant dans les années 2000 le système Galiléo.

C’est d’ailleurs la DARPA qui a inspiré la création de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI) en 2017, initiative franco-allemande qui fédère l’essentiel des grands centres de recherche, des start-ups « DeepTech » et des groupes technologiques en France et en Allemagne. Cet organisme à caractère associatif a vocation à mettre en place un outil de financement des innovations de rupture. L’ambition est de créer un pacte de confiance avec l’écosystème de l’innovation à l’échelle européenne.

Quant à l’économie de défense proprement dite, l’agence de l’innovation de défense, créée le 1er septembre 2018, fédère les initiatives d’innovation en assurant la coordination de l’ensemble des démarches d’innovation. Cette agence est aussi le capteur des innovations d’opportunité au bénéfice de tous les utilisateurs quels que soient leurs domaines. Parmi les différents projets, il faut citer les projets de technologie de défense, les projets d’accélération d’innovation, les projets d’innovation participative et les projets de recherche permettant de faire émerger les futures technologies stratégiques.

Enfin, à l’échelle des territoires, cet accompagnement indispensable du tissu économique promoteur de l’innovation et co-acteur de la performance des grandes filières industrielles prend forme. Pour exemple en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, il se caractérise par la mise en place d’une Task Force régionale dont l’objectif est d’apporter des réponses concrètes et rapides en coordination avec les pôles de compétitivité, les agences du territoire et les chambres de commerce et d’industrie. Il y a également des actions de formation notamment pour accélérer cette transition numérique qui doit à la fois accroître la performance tout en garantissant le meilleur niveau de sécurité.  Il y a enfin pour l’économie de défense, un « parcours défense » dont l’objectif est de mieux structurer des offres de service donnant accès à d’autres marchés et ouvrant la voie à d’autres coopérations. Au-delà de la réflexion stratégique portée par l’institut FMES dans le champ académique, son implication dans l’appui à l’économie de défense et duale se manifeste au sein de cette Task Force. Ce champ académique n’exclut donc pas les réflexions stratégiques à caractère technologique.

Et ce sera sans aucun doute l’industrie de la connaissance qui sera décisive à moyen et long termes. Au titre des enseignements tirés de cette crise et des crises antérieures d’une toute autre nature comme la crise financière de 2008, il faut sans doute, aux échelles nationale ou régionale, se placer très en amont de la chaîne de valeur des filières industrielles et rechercher tous les facteurs de résilience précieux pour l’ensemble de l’écosystème. Parmi ces facteurs, l’innovation, la polyvalence, la dualité des technologies, l’agilité des dispositifs d’accompagnement qu’ils s’agissent de dispositifs régionaux ou de ceux d’agences et des pôles seront d’indéniables atouts. Car « il faut aux acteurs économiques pour tenir leur rang un certain caractère d’assurance[3] » qui leur permettra de relever les défis à venir.

[1] Source OFCE

[2]  Le Cloud Act a vocation de clarifier les règles relatives aux réquisitions des autorités américaines sur les données stockées en dehors de leur territoire.

[3]« Il faut à la Force pour tenir son rang un certain caractère d’assurance » Charles de Gaulle

Lancement du Label régional d’intelligence économique à destination des PME et TPE

La Région Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur est un acteur évidemment incontournable dans l’appui du développement économique d’un tissu régional très riche. A ce titre, son centre ressources, l’institut FMES a développé une démarche visant à consolider la robustesse de ce tissu par le biais d’une démarche régionale d’intelligence économique au profit des PME et TPE très exposées aux risques affectant leur patrimoine immatériel.

Cette démarche a conduit à la création d’un label régional d’intelligence économique destiné aux PME et TPE du territoire.

Elle revêt un caractère unique à l’échelle nationale. Un caractère exemplaire aussi. Cet engagement de la Région vient enrichir les actions d’ores et déjà concrètes menées en faveur des entreprises. Elle offre aux entreprises l’opportunité de suivre un parcours de formation et de conseils. Ce label a pour objectif d’assurer la sécurisation de leurs savoir-faire ainsi que de leur patrimoine informationnel afin d’améliorer leur positionnement stratégique vis-à-vis des grands donneurs d’ordre ou dans la passation de nouveaux contrats.

Dans un contexte singulièrement compliqué pour les entreprises quelle que soit leur taille, cette initiative prend un sens particulier car elle s’inscrit dans une perspective de renforcement de la protection d’acteurs économiques sensibles. Elle concourra à l’accroissement de leur compétitivité    et à l’attractivité du territoire.

Ce parcours, proposé à partir du mois d’octobre 2020, s’adresse aux PME et TPE régionales volontaires. Elles s’engageront, une fois leur candidature retenue, dans un parcours de formation et de conseil adapté à leur taille et à leurs effectifs.

A l’issue du cycle de formation comprenant trois niveaux distincts et complémentaires, un label régional d’intelligence économique pourra leur être délivré.

Les entreprises intéressées sont aujourd’hui invitées à se rapprocher de monsieur Florian PUTAUD, chef de projet en intelligence économique à l’institut FMES, chargé de les accompagner pour faciliter les démarches de candidature (montage du dossier, aide de minimis)

f.putaud@fmes-france.org / 06 25 09 49 64

La date limite de retour des candidatures est fixée au 30 juin 2020. Les entreprises candidates seront informées de leur sélection avant le 31 juillet 2020.

Un élan concret au service de l’économie de défense

Dans un contexte de la pandémie COVID 19 où des incertitudes pèsent sur les conditions de relance des activités de nos entreprises, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur est mobilisée pour accompagner au mieux l’écosystème industriel. A cette fin, tous les leviers mis en place à l’échelle régionale ou nationale sont proposés aux acteurs économiques pour atténuer les effets inévitables de la paralysie de certaines filières ou du ralentissement de l’activité. Depuis le début de cette crise, une écoute et un dialogue se sont noués de façon permanente avec des rendez-vous en visioconférence.

Ainsi, pas moins d’une trentaine d’acteurs publics et privés a participé à une réunion pilotée par Philippe Vitel vice-président de la Région et centrée sur l’économie de la mer le jeudi 16 avril. Par ailleurs, il est utile de rappeler ici l’engagement du ministère des armées en sa qualité de premier acheteur public de l’État pour accompagner au niveau régional les petites et moyennes entreprises (PME), les entreprises de taille intermédiaire (ETI). Ce tissu est particulièrement riche sur notre territoire méditerranéen et couvre presque toutes les filières existantes dont certaines transverses s’intéressent à un champ très large d’applications. Cet engagement s’inscrit donc en relation directe avec la Région qui veille en permanence à la vitalité et la pérennité d’une base industrielle et technologique de la défense (BITD) capable de développer, de réaliser et de soutenir de manière autonome et compétitive les capacités stratégiques de notre outil de défense. Cette vitalité s’impose aussi pour toutes les PME performantes et dont le fil directeur est celui de l’innovation.

L’institut FMES, centre ressources de la Région Sud, Provence-Alpes-Côte d’Azur, constitue un précieux levier de l’accompagnement de cet écosystème technologique qui représente près de 2000 entreprises. Il était dès lors naturel qu’une convention entre le ministère des armées et l’institut soit établie. Elle traduit l’esprit d’un engagement au service des entreprises dans l’environnement de la défense et de la sécurité ou dans les domaines technologiques de pointes susceptibles d’intéresser la défense.

L’objet de cette convention s’inscrit dans le cadre du plan « action PME » du ministère des armées et se décompose en quatre champs d’actions: la sécurisation économique (participer à l’éveil des entreprises aux enjeux de l’intelligence économique, de la protection des actifs et de la menace cyber), la connaissance de la BITD méditerranéenne (pour faciliter les partenariats entre entreprises su-européennes), le Soutien export et la structuration d’une offre de services pour aider les entreprises.

Cette convention illustre parfaitement les engagements partagés de l’État et de la Région et l’esprit de responsabilité qui les anime dans leur vocation à servir les intérêts de nos entreprises. Une belle manière en somme de concentrer nos efforts pour maintenir une autonomie stratégique des filières dont certaines sont vitales pour notre souveraineté.

Dans ce contexte de crise sans précédent, il était sans doute utile de mettre en avant une dynamique dont nous mesurons aujourd’hui qu’elle conserve une exceptionnelle vitalité.

L’institut FMES prendra sa part à ce formidable élan régional.

L’écosystème devra s’adapter demain… La dynamique de l’économie de défense en Région ouvre la voie – par le GCA (2s) Patrick Lefebvre

Par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur du centre méditerranéen d’études stratégiques de l’institut FMES

Personne n’avait prédit une crise mondiale d’origine exclusivement sanitaire ! Les ravages que la maladie avait propagé en Europe au début du 20ème siècle ne sont en effet plus dans la mémoire collective. Un événement d’une telle ampleur n’était donc plus envisagé malgré le signal donné par l’épisode du H1N1 entre 2009 et 2010.  Sans doute avions-nous sous-estimé les effets démultiplicateurs de la mondialisation. Paradoxe de cette mondialisation, où bien que l’information circule en temps réel, les effets produits à distance ne semblent pas pouvoir nous affecter avec la même ampleur et avec un temps de réponse au moins égal. Pourtant, une forme de fulgurance est bien présente. C’est sans doute ce qui explique la posture différenciée des États face à cette crise ; du temps perdu pour prendre collectivement conscience des enjeux. Personne n’avait prédit une telle situation à l’exception peut-être de certaines personnalités consacrant un peu de leur temps à la réflexion. Ainsi, Bill Gates en 2015 avait abordé ce thème au cours d’une mini-conférence[1] en annonçant que les sociétés n’étaient pas prêtes à faire face à ces risques pandémiques. Une nouvelle surprise stratégique donc que ce COVID 19 dont il ne faudra pas sous-estimer les conséquences sur le moyen et long terme. Mais il faut aussi prendre garde à ne pas exclusivement centrer les risques sur le cas sanitaire qui ne sera que ponctuel à l’échelle du temps. D’autres ruptures peuvent naître de ce désordre mondial dont les signaux sont aujourd’hui multiples. Des signaux économiques, sociétaux, environnementaux, des signaux culturels et plus globalement de civilisation aussi car ses différentes formes semblent s’opposer davantage désormais. Ces oppositions ou ces déséquilibres sont apparents entre le Nord et le Sud, entre l’Ouest et l’Est pour ne pas dire qu’ils se sont généralisés. Pourtant, l’impression est donnée de ne pas vouloir les voir. L’économie, centre d’intérêts des puissances, est tout aussi vulnérable. Et nous ne méprenons pas, une crise économique quelle que soit sa forme induirait des effets redoutables sur d’innombrables secteurs. Les enjeux de cette pandémie sont donc très importants et il importera de se relever très vite pour ne pas emballer ces déséquilibres, notamment au plan économique.  La réflexion d’ordre stratégique doit donc bien être pluridisciplinaire et les laboratoires d’idées doivent s’inscrire dans cette discipline.

En première analyse, deux éléments saillants pourraient être retenus au titre des futures « Lessons Learned ». Le premier est celui de la résilience. Cette capacité doit être comprise comme celle permettant d’endurer une crise et d’en supporter les épreuves tout en se projetant pour mieux rebondir. Une voie possible pour consolider cette capacité peut être celle de la diversification des sources d’approvisionnement nécessaires à la production du tissu industriel. Ce peut être la redondance aussi. Cette résilience doit également s’appuyer sur un réseau logistique suffisamment robuste pour garantir une continuité de service. Elle ne s’improvise pas et nécessite en amont d’y être préparée. Le second est celui de l’autonomie. Dans un monde globalisé, les interdépendances souvent bénéfiques dans le cours normal des choses, peuvent avoir des effets dévastateurs lorsqu’elles disparaissent de façon circonstancielle. L’autonomie est donc le garant absolu du maintien de sa capacité à produire. Elle est inévitablement associée à des coûts dont la maîtrise, bien que nécessaire, ne doit pas compromettre la production. Il s’agit notamment de prioriser les sources vitales d’approvisionnement. Elles concernent évidemment les composants indispensables à certains équipements de défense ou de sécurité mais aussi ceux garantissant toute forme de sécurité sanitaire ou alimentaire. Il est indispensable aussi de conserver les savoir-faire et de connaître précisément le temps nécessaire au rétablissement de certaines chaînes de production lorsque ce rétablissement est possible.  Là aussi, la capacité d’autonomie ne s’improvise pas et toute comparaison avec l’autonomie stratégique abordée dans les domaines de la défense ou de la sécurité ne serait pas fortuite. Là aussi, l’élaboration de plans de sauvegarde, de protection active et passive ainsi que des plans de continuité de l’action des entreprises est une voie à explorer pour mieux réagir face à un large éventail d’événements. Les conséquences de cette crise sanitaire soulèveront donc des questions fondamentales obligeant à repenser les processus dont la forme était essentiellement liée aux économies qu’ils généraient. Il faudra résolument élaborer des plans stratégiques dont la vocation sera in fine de garantir la sécurité dans sa dimension globale.

Donc oui, un changement profond va s’installer dans un monde globalisé où il faudra redéfinir de nouveaux contours. Oui, il faut se préparer dès maintenant à d’autres ruptures parce qu’à l’instar d’un cyclone qui s’alimente dans les eaux chaudes océaniques où nous contribuons, par le réchauffement climatique, à les maintenir à une température suffisante, nous agissons aussi artificiellement sur les paramètres qui accélèrent et alimentent les risques pouvant peser sur nos sociétés. Attention donc à ne pas jouer aux apprentis sorciers ! Alors, d’une manière presque simpliste, il faut réfléchir avant d’agir. Se redonner du temps car d’innombrables questions sont devant nous. Celles de l’environnement, celles du vivre ensemble dans un monde devenu multipolaire et où les sociétés s’archipélisent, celles de l’éthique prise sous son acception la plus large et concernant tous les grands sujets humains, celles d’une économie responsable et mieux équilibrée à l’échelle du monde, celles des sciences et techniques permettant aux hommes d’en garder le contrôle et de mieux vivre. C’est le sens de l’action des laboratoires d’idées dont les points d’application sont désormais multiples.

Au vu de ces quelques remarques préliminaires, une approche novatrice de l’appui à l’économie de défense en Région répond pour partie à ces questions de résilience et d’autonomie d’un écosystème industriel indispensable à l’autonomie globale de la Nation. Il s’agit par ailleurs non seulement d’un appui mais d’un élan donné au développement de cette économie en garantissant un environnement sûre confortant ainsi l’attractivité de nos territoires.

Le premier élément clé structurant l’ensemble des actions en appui à l’économie de défense est celui de la cartographie complète de notre écosystème. Bien exploitée, elle ne contrevient pas aux objectifs propres de chaque entreprise ou des organismes publics ou privés qui les accompagnent. En dehors du fait qu’elle fournit un aperçu réaliste et à jour de l’activité des entreprises, elle peut surtout servir judicieusement à apprécier les capacités critiques qu’il faut préserver et celles s’inscrivant dans la perspective de développement de l’écosystème régional voire national. Sur ce point, concédons que cela peut utilement contribuer à notre autonomie de production et donc d’indépendance qui semble cruellement faire défaut en matière d’approvisionnement aujourd’hui. De fait, elle constitue un outil extraordinairement précieux permettant d’accompagner au mieux les structures relevant de la base industrielle de technologie et de défense. C’est un outil au service des pôles de compétitivité et des structures régionales directement impliquées dans l’appui à l’économie compte tenu de la mise en œuvre de la loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République plus connue sous le nom de loi NOTRe. Cette loi confirme bien la place centrale de la Région dans les mesures prises pour élaborer un schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation. L’institut FMES, compte tenu de son originalité en qualité de centre ressources de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui l’exclut de toute forme de conflit d’intérêt, est un levier efficace dans la mise en œuvre de cette cartographie qui intègre par ailleurs les entreprises produisant des technologies duales. Cette cartographie étendue à moyen terme à la zone euro-méditerranéenne contribuera à mieux identifier les pistes de coopération industrielle européenne ainsi que celles ouvrant des perspectives de marché à l’exportation.

S’agissant des technologies duales, il apparaît ici qu’elles sont souvent à la croisée des chemins pour ce qui concerne leur champ d’applications. Ainsi, pour la protection de l’environnement il serait absurde d’établir des frontières entre le monde civil et le monde de la défense. De fait, l’innovation et les technologies duales seront mises à profit pour proposer des pistes visant à mieux protéger l’environnement par l’emploi de multiples moyens. Cela impose d’innover en matière de mobilité notamment sur des emprises de défense où les mouvements terrestres sont considérables. Cette étude n’a évidemment de sens que si elle conduite en coordination avec les organismes du territoire impliqués dans l’émergence de nouveaux moyens de transport. En la matière, c’est la cohérence globale de l’action régionale qui prévaut. L’institut FMES en sera l’un des défenseurs au bénéfice du plus grand nombre.

A partir de la cartographie étendue à la zone euro-méditerranéenne dans un premier temps puis élargie pour couvrir une zone géographique de plus en plus large, il était naturel d’accompagner cette démarche par de multiples rendez-vous visant à soutenir l’activité des PME de la BITD à l’export. Ces rendez-vous se multiplieront et l’institut FMES au regard de son expertise dans les domaines de la défense et de la sécurité favorisera toutes les rencontres où le potentiel de l’écosystème de défense sera mis en avant.

Plus généralement, cette vision précise de l’écosystème régional conduit à mieux structurer les offres de service vers le tissu économique, qu’il soit industriel ou non. Au-delà de la présence des grands groupes, cet écosystème compte entre 200 et 300 PME et ETI identifiées dans la BITD et plus de 2000 PME de sous-traitance, plaçant ainsi la région Provence-Alpes-Côte d’Azur au deuxième rang après la région Ile de France en termes d’activités liées à la défense. C’est aussi une région très bien placée en termes de capacités d’innovation technologique. Cela conduit à disposer de très nombreux centres d’essai où sont réalisées des expérimentations de technologies nouvelles dont certaines sont duales avec de nombreuses applications civiles. Cette richesse est à mettre en perspective de la nécessaire cohérence des actions à mettre en œuvre pour venir en appui de cet écosystème.  A cet égard, les synergies et la structuration de cet appui sera déterminante au lendemain d’une crise aux conséquences économiques sans doute encore sous-évaluées.

La cartographie y participe, les acteurs économiques en charge de l’accompagnement des entreprises se trouvant mieux armés pour proposer des prestations adaptées aux besoins des entreprises et pouvant accroître de fait leur aptitude à mieux encourager le développement d’acteurs industriels mieux positionnés sur le marché. Il s’agit bien ici, en s’appuyant sur cet outil cartographique, d’établir un « parcours défense » qui permettra d’accroître les moyens d’entreprises dont le potentiel ouvre d’indéniables perspectives. C’est aussi un parcours dans lequel, les sources de financement d’origine européenne seront recherchées. Cette dynamique régionale est donc un facteur consolidant la robustesse des entreprises régionales offrant pour certaines d’entre elles une dimension européenne. Ici aussi, l’autonomie industrielle devra s’appuyer sur une cohérence des actions menées à l’échelle européenne ; c’est une manière efficace et pragmatique de relancer une dynamique industrielle où l’Europe pourrait, si elle s’en donne les moyens, réindustrialiser des filières et renforcer des branches d’activité délaissées parce que la production faite à l’extérieur était jugée plus rentable. Ce sujet d’interdépendance est terriblement d’actualité dans le contexte de la crise sanitaire que nous traversons. Les absences d’approvisionnement de certains groupes industriels vont inévitablement induire une hystérésis dans la reprise des cycles de production. Le jour d’après verra donc une reprise économique avec une inévitable inertie induisant des coûts supplémentaires se surajoutant aux coûts de cette crise sanitaire. Le parcours défense devrait favoriser cette reprise en optimisant le soutien aux entreprises

A l’évidence, l’écosystème régional est devenu plus vulnérable face au pillage ou à l’agression des systèmes d’information. La digitalisation des processus et leur numérisation expose davantage le monde économique, en particulier les TPE et les PME technologiques. Il semblerait d’ailleurs que les cyberattaques capitalisent sur le coronavirus. L’organisation mondiale de la santé prévient d’ailleurs sur ses risques constatant une hausse des pratiques frauduleuses.  C’est donc bien le premier risque pour l’écosystème de défense et dual dont l’intégrité est rendue plus fragile. Les attaques se multiplient et, sans jouer les Cassandre, des attaques massives pourraient paralyser certaines activités vitales. Les conséquences seraient à l’évidence stratégiques. Si le réseau d’acteurs existants est particulièrement mobilisé pour lutter contre ces menaces, il est sans doute insuffisamment organisé et probablement trop dispersé. A l’échelle nationale, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information a considérablement développé ses capacités. Elle ne peut cependant répondre à toutes les sollicitations. Elle a besoin de relai sur le territoire et doit pouvoir s’appuyer sur des organismes publics ou privés pour créer un réseau de confiance qui saura animer efficacement les opérateurs en charge de sécuriser et de rétablir, le cas échéant, des systèmes d’information neutralisés ou affectés par des attaques cyber. La création prochaine du centre ressource régional cyber (C2RC) porté par l’institut FMES s’inscrit dans cette logique. Ce centre, qui s’appuiera sur l’outil cartographique, deviendra le véritable poumon de l’intelligence économique régional. Il importera de protéger au mieux l’ensemble des acteurs économiques de la BITD et duales et bien sûr tous les autres acteurs économiques le moment venu. Il est entendu que certains acteurs ne relevant pas du périmètre de la BITD présentent une sensibilité de nature équivalente et que d’inévitables dispositions doivent être prises pour les protéger. Il va là aussi de l’enjeu de notre autonomie. Cette autonomie passe inévitablement par la formation de spécialistes et la sensibilisation de tous ceux qui sont exposés quotidiennement à cette nouvelle menace. Les conséquences « sanitaires » d’une attaque cyber de grande ampleur pourraient être considérables pour un écosystème dépassant très largement celui de la BITD. Il était donc légitime d’adosser à ce centre régional un centre de formation associant les meilleures écoles de notre territoire, notamment l’ISEN-Yncréa dont la vocation digitale en fait la renommée.  Là encore, la protection des entreprises sensibles de la Région Sud les aidera à mieux rebondir après la crise.

Lorsque l’on évoque la vulnérabilité du tissu industriel face à ces menaces, elle est intimement liée à l’emploi massif des outils numériques et à la capacité de gérer un volume considérable de données. Ces données, à elles seules, représentent un enjeu considérable. Elles sont assurément un facteur de souveraineté. Elles doivent donc être protégées à la hauteur de leur valeur stratégique. Une réflexion profonde devra être conduite sur l’identité de ces données au sens de la propriété intellectuelle mais aussi au sens de l’éthique. Beaucoup reste à faire dans ces domaines. Tout un champ du droit reste à bâtir. La « manipulation » de ces données et l’utilisation croissante d’outil telle que l’intelligence artificielle vont considérablement modifier le paysage numérique avec la nécessité de lui associer des frontières évitant de perdre des savoir stratégiques indispensables au fonctionnement d’une économie souveraine. Plus modestement à l’échelle du territoire, il est apparu important d’encourager les universités et leurs écoles d’ingénieurs de développer leurs capacités propres en analyse de données massives. Un premier laboratoire verra bientôt le jour pour se consacrer à la gestion des données maritimes. C’est une première étape qui, ici sur les bords de la Méditerranée, s’imposait pour répondre au besoin d’un écosystème dont les actions maritimes sont nombreuses. Cette étape en appellera d’autres qui seront coordonnées avec tous les organismes impliqués dans l’intelligence artificielle et l’Internet of Things en Région.

Enfin, cette cartographie, véritable socle de l’appui à l’économie de défense en Région, est aussi un outil permettant de cerner plus précisément les besoins des entreprises en ressources humaines. Elle permet en effet de visualiser précisément les métiers indispensables au développement. Elle permet de renforcer certaines filières de formation pour répondre à des besoins aujourd’hui insatisfaits. Elle permet aussi de renforcer les synergies entre les acteurs responsables de formation pour répondre à temps et non pas de façon dispersée à ces besoins. Dans ce domaine humain, où l’excellence est de mise, la formation revêt là aussi une dimension stratégique car elle conditionne l’indépendance de notre tissu industriel. La cible de cet exercice d’optimisation des formations à l’échelle régionale s’inscrit dans des logiques faisant prévaloir la complémentarité, l’économie des moyens, la mutualisation des efforts. Cet exercice vise à rendre nos outils de formation plus réactifs et davantage tournés vers l’avenir avec de vraies visions prospectives.  Le terreau régional est fertile et riche. Mais assurément, la formation est un domaine stratégique qui permet d’accéder à l’autonomie et d’être le moment venu résilient. Elle est aussi le facteur clé pour l’essor d’un écosystème industriel à même de relever les défis à venir. Enfin, elle concentre cette dimension humaine qui réaffirme que « la vraie grandeur d’un métier, ce sont les relations humaines [2]».

[1] https://www.youtube.com/watch?time_continue=3&v=6Af6b_wyiwI&feature=emb_title

[2] Antoine de Saint-Exupéry

Mobilité et technologies duales

Au cours de l’année 2019, l’institut FMES a mené une étude sur l’intérêt de la défense dont les emprises sont nombreuses en Région sur le développement d’une filière sur les véhicules terrestres du futur.

Plutôt connue pour ses filières navale et aéronautique, la région Sud dispose aussi de la capacité industrielle à développer des solutions innovantes pour l’automobile. Les constructeurs ont par ailleurs accès à des centres d’essai particulièrement adaptés. Les capacités technologiques dans les domaines de l’énergie ou du numérique développées en Région sont des atouts permettant d’influer sur l’empreinte environnementale et l’autonomie des véhicules du futur. Si des leaders industriels existent pour les filières navale et aéronautique tels que Naval Group ou Airbus Helicopter, ils font cependant défaut pour celle liée à la mobilité terrestre.

Pour autant, le caractère dual des technologies développées autorise à démultiplier l’emploi d’une brique technologique indépendamment de la filière. Ainsi de nombreux domaines technologiques comme la robotique ou l’intelligence artificielle, pour lesquels la région Sud est en pointe, peuvent autant intéresser l’industrie automobile du futur et les services qui lui seront associés que les forces armées.

Cette dualité intéresse d’autant plus le ministère des Armées qu’il fait appel lui aussi à des technologies d’application civile. En conséquence, l’innovation centrée sur les nouvelles technologies est bénéfique au développement durable d’une part et s’inscrit en cohérence avec les politiques locales de mobilité d’autre part.