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Cameroun anglophone : le conflit qui empoisonne le Cameroun

Patrouille des forces de l’ordre à Buéa, dans le Sud-ouest du pays.
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L’élection présidentielle se tiendra dimanche au Cameroun où le Président Paul BIYA, au pouvoir depuis 1982, brigue un 7ème mandat consécutif. L’élection se déroule sur fond de tensions et de guerre civile avec le Cameroun dit anglophone.

Dans ce pays aux 24 millions d’habitants, 20% de la population seulement est anglophone, vivant principalement dans deux régions à l’Ouest près de la frontière avec le Nigéria. Depuis deux ans, ces régions sont en proie à des affrontements violents entre le mouvement séparatiste anglophone de l’Ambazonie et l’armée régulière du pouvoir.  Les exactions sont légion : exécutions de femmes et d’enfants, décapitations, routes coupées ou encore villages brûlés. Les séparatistes s’attaquent à Yaoundé et ciblent les symboles de l’Etat. Alors que le pays connait un exode massif touchant plus de 400 000 personnes, ce conflit trouve son origine dans le découpage colonial. Au sortir de la Première guerre mondiale, le Cameroun, sous protectorat allemand, se trouve découpé entre puissances française et britannique, selon le schéma que l’on retrouve actuellement. Au fil des décennies, grandit l’humiliation subie par la population anglophone qui se sent marginalisée et exclue du pouvoir. La crise camerounaise prend une dimension protéiforme avec les attaques au Nord par Boko Haram et les conséquences humanitaires, sociales et économiques engendrées par le conflit. Les usines fermées paralysent l’économie du pays et les recettes d’exportation du café et du cacao, ont chuté de 20%.

Pourtant, Paul BIYA dissimule et minimise l’importance de cette guerre civile, la qualifiant simplement de « troubles ». L’ampleur des événements a éclaté dernièrement sur les réseaux sociaux, dans un Cameroun où le Président contrôle d’une main de fer son pays et notamment les médias.

En juin dernier, Nikki HALEY, ambassadrice américaine aux Nations Unies, a demandé aux autorités de Yaoundé d’arrêter la répression des populations civiles et de respecter les droits de l’Homme, la liberté d’expression et surtout, de mener des « enquêtes crédibles » concernant les massacres. Julie de RIVERO, du département Afrique du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’Homme, fait part du souhait de « réaliser des enquêtes pour aider les autorités à répondre à cette situation en respectant les cadres des droits de l’Homme » mais déplore n’avoir pas reçu « d’avis favorable pour pouvoir mener ces enquêtes ».

D’ailleurs, s’agissant du scrutin du 7 octobre, le Cameroun n’a pas désiré bénéficier d’observateurs européens. Si les bureaux de vote se feront rares dans les régions dissidentes, pour la revue African Arguments, il y a fort à parier que Paul BIYA sorte une nouvelle fois vainqueur des élections : « Malgré une corruption record et la crise qui s’accentue dans les régions anglophones, le scénario de l’élection de 2011, où Paul BIYA a réuni près de 78% des voix, a de grandes chances de se répéter ».

Trafic des migrants : le Conseil de sécurité proroge ses mesures pour un an

Des migrants en Libye

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Le 3 octobre, les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont adopté la résolution 2437, prorogeant pour une période de 12 mois, à compter de son adoption, les dispositions prises en 2015 contre le trafic des migrants et la traite des êtres humains en Libye.

Depuis 2011 et le renversement de l’ancien dirigeant et « Guide de la Révolution » Mouammar KADHAFI, la côte libyenne est en proie à la traite des êtres humains et au trafic des migrants. Des hommes et des femmes sont même vendus en tant qu’esclaves en Libye. L’ampleur de ce trafic engendre des conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires pour la Libye et toute la région.

Sur proposition du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution. Les Etats-membres, pour une période supplémentaire d’un an, s’ils soupçonnent un trafic de migrants ou une traite d’êtres humains, sont autorisés à inspecter les bateaux naviguant en haute mer au large des côtes libyennes. Ils sont d’ailleurs en mesure de les saisir.

La France s’est félicitée du renouvellement des autorisations et souligne le soutien unanime du Conseil à l’engagement de l’Union européenne en faveur de la paix et de la stabilité en Libye à travers l’opération EUNAVFOR MEED Sophia. Cette dernière, décidée en 2015 par l’UE dans le cadre de sa PSDC, est chargée de lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée en désorganisant les réseaux de passeurs tout en sauvant des dizaines de milliers de vies chaque année. Elle mène ses missions en lien avec le Gouvernement d’entente nationale incarné par le Premier ministre libyen EL-SARRAJ. L’autorisation permise par le Conseil permet à EUNAVFOR MEED Sophia de disposer des moyens adaptés pour remplir efficacement son rôle. Paris regrette tout de même que le texte ne soit pas plus explicite dans le rappel des positions sur le sort des migrants au regard du cadre juridique international et des conventions internationales sur le droit de la mer, le crime international organisé et les réfugiés.

A l’issue du vote, France et Royaume-Uni ont désiré prendre la parole pour rappeler la gravité du sujet. De nombreux migrants continuent de risquer leur vie en tentant de traverser la Méditerranée, victimes de passeurs exploitant leur détresse. La France rappelle, conformément aux résolutions 2240 (2015) et 2380 (2017), la nécessité de traiter les migrants avec humanité, dignité et dans le plein respect de leurs droits. Elle rappelle les obligations qu’imposent le droit international et notamment le droit international des droits de l’Homme et exhorte les Etats à protéger les droits de l’Homme des migrants, en dépit de leur statut migratoire.

 

Etats-Unis – Israël : début du protocole d’accord décennal historique

Le Président américain Donald TRUMP et le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHU à Jérusalem en mai 2017.

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Le 1er octobre 2018, Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat américain, annonce le début du protocole d’accord décennal, signé par les Etats-Unis et Israël en 2016. Selon les termes de l’accord, les Etats-Unis octroieront, pour les dix prochaines années, une aide s’élevant à 3,3 milliards de dollars pour les financements militaires étrangers et 500 millions de dollars serviront à l’Etat hébreu pour des programmes de coopération pour la défense antimissile. Cette somme considérable s’élevant à 7 230 dollars par minute, représente l’aide la plus importante octroyée par les Etats-Unis à son allié moyen-oriental.

Dans le but d’accroitre la sécurité d’Israël et de renforcer la coopération bilatérale entre deux Etats, ce protocole « historique », reflète « l’engagement durable et inébranlable du Président, de l’administration américaine et du peuple américain à l’égard de la sécurité d’Israël ».

Le protocole a été conclu en 2016, sous l’administration OBAMA, entre le Président américain et le Premier ministre israélien, Benyamin NETANYAHOU. Si Barack OBAMA espérait que ce geste servirait pour ses actions à l’égard des initiatives palestiniennes, le protocole a fait l’objet de vives négociations de la part de Benyamin NETANYAHOU qui entendait bénéficier d’une aide importante.

Dans son communiqué, H. NAUERT fustige le régime iranien de « parrainer des groupes terroristes cherchant à attaquer non seulement les intérêts d’Israël, mais également les Américains ». Israël incarnant « un allié précieux et compétent pour les Etats-Unis » la porte-parole du Département d’Etat insiste sur la menace régionale qui pèse sur le pays et craint « la possibilité d’une escalade du conflit » dans une région déjà instable.

L’aide permise par Washington est l’affirmation sans réserve du droit d’Israël à s’autodéfendre en bénéficiant d’un « avantage militaire qualitatif sur tous les adversaires régionaux potentiels ». Sur Twitter, le Premier ministre israélien remercie l’administration américaine et le Congrès pour cette aide financière. En rappelant les problèmes auquel son pays est confronté, B. NETANYAHOU écrit que « le soutien sans réserve des Etats-Unis à la défense d’Israël est l’un des piliers du lien très fort qui unit les deux pays ».

Actuellement, Israël craint un regain des tensions. A l’issue de l’incident de l’avion russe en Syrie pour lequel la Russie tient Israël responsable, Moscou a annoncé la livraison de systèmes de défense antiaériens S-300 à Damas. Interrogée par les journalistes après l’annonce du ministère de la Défense russe, H. NAUERT espère que cette transaction n’a pas eu lieu. Un haut responsable israélien a confié qu’Israël se réservait le droit de se protéger en cas d’attaque, le pays restant soutenu par les Etats-Unis.

Tunisie : Nidaa Tounes au bord de l’implosion

Le Président Béji CAÏD ESSEBSI charge Youssef CHAHED, nouveau chef du gouvernement, de former un gouvernement d’union nationale. Août 2016.

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Alors qu’un double scrutin, présidentiel et législatif, doit se tenir en 2019, le parti du gouvernement Nidaa Tounes est en état de déliquescence.

Créé en 2012 dans le but de promouvoir le modernisme et l’héritage d’Habib BOURGUIBA, par son ancien ministre Béji CAÏD ESSEBSI qui fêtera bientôt ses 92 ans, Nidaa Tounes fédère plusieurs mouvances politiques. Il y a quatre ans, à la surprise générale et dans l’optique de préserver le processus né de la révolution de 2011, Nidaa Tounes s’est allié au parti islamiste Ennahdha dans le cadre d’une politique dite du consensus.

Le 25 septembre 2019, le Président de la République tunisienne et fondateur du parti annonce à la télévision la rupture de Nidaa Tounes avec Ennahdha, parti mené par Rached GHANNOUCHI. Le schisme entre les deux partis était toutefois perceptible : l’action du gouvernement est ballotée depuis plusieurs années entre des forces contraires et la perspective des élections ne permet plus à Nidaa Tounes et Ennahdha de faire front commun. La confusion est telle que le chef du gouvernement, Youssef CHAHED, est soutenu par le groupe parlementaire Coalition nationale qui attire les députés des deux partis, désireux de tracer les prémices d’un nouveau rassemblement. Le chef du gouvernement incarne un point de crispation entre GHANNOUCHI et ESSEBSI, le premier le soutenant, le second voyant en lui un potentiel adversaire. Les tensions au sein du parti sont d’autant plus grandes que le chef du gouvernement et le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh CAÏD ESSEBSI, fils du Président de la République, se livrent à une lutte personnelle. Le directeur exécutif, jugé comme un leader illégitime et peu charismatique, exige la démission du chef de gouvernement choisi par son père. Béji CAÏD ESSEBSI a même sommé Youssef CHAHED, en juillet dernier, de choisir entre remettre sa démission ou solliciter une nouvelle fois la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple. Selon Larbi CHOUIKHA, professeur à l’université de la Manouba près de Tunis, la confrontation avec Hafedh CAÏD ESSEBSI « a beaucoup servi en termes d’image » à Youssef CHAHED qui incarne de fait « une alternative à cette transmission dynastique ». D’ailleurs, il bénéficie du soutien de la communauté internationale.

Tandis que Nidaa Tounes a perdu environ 200 000 électeurs, Kamel HAMZAOUI, président du conseil municipal de Kasserine et membre de Nidaa Tounes a annoncé, lundi 1er octobre 2018, démissionner si la crise interne du parti se poursuivait.

Si le plus vieux chef d’Etat élu du monde espère « laisser une trace dans l’histoire », son parti vit ses pires heures. En effet, le pays connait actuellement un contexte économique et social difficile. Les mesures d’austérité prises par le gouvernement mené par CHAHED ont engendré un mécontentement grandissant, l’Union générale du travail tunisienne (UGTT) ayant annoncé une grève pour la fin du mois d’octobre.

 

Appareillage pour la 4e Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN

Le séminaire d’ouverture de la 4ème Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN s’est déroulé les 28 et 29 septembre 2018 à l’École militaire à Paris. Ce fut un prélude dense pour les 36 auditeurs de cette année qui sera riche en formations et partage.
La première matinée a été consacrée aux conférences académiques introductives données par les professeurs Philippe VIAL sur les relations politico-militaires dans la France contemporaine et Martin MOTTE sur les grandes puissances maritimes dans l’histoire.
Puis le général de corps d’armée Patrick DESTREMAU, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale, a officiellement ouvert la session, en présence du vice-amiral Benoit le MASNE de CHERMONT, président de l’Institut FMES, avec lequel, depuis de longues années, l’IHEDN entretient un partenariat riche et fructueux qui a pris un nouvel essor dans le domaine maritime.

Ouverture de la session par le général de corps d’armée Patrick DESTREMAU, directeur de l’IHEDN, en présence du vice-amiral (2s) le MASNE de CHERMONT, président de l’institut FMES, partenaire de l’IHEDN

Plusieurs personnalités du monde maritime français se sont ensuite succédées : le préfet Vincent BOUVIER, secrétaire général de la Mer, l’amiral Christophe PRAZUCK, chef d’état-major de la Marine, et Frédéric MONCANY de SAINT-AIGNAN, président du Cluster maritime français. Elles ont naturellement abordé les grands enjeux de la politique maritime de la France, de la défense et de la sécurité en mer, et de « l’économie bleue ».

Monsieur le préfet Vincent BOUVIER, secrétaire général de la Mer répond aux questions des auditeurs

L’amiral Christophe PRAZUCK, chef d’état-major de la Marine, présente le rôle de la Marine nationale face aux grands enjeux de défense et de sécurité en mer

Les auditeurs n’ont pas ménagé les différentes autorités avec leurs nombreuses questions. Ils ont ainsi pu mieux cerner l’importance des enjeux maritimes, l’efficacité de l’organisation française en matière d’action de l’État en mer et les extraordinaires opportunités économiques offertes par les mers et les océans sous réserve d’en préserver la biodiversité.

Frédéric MONCANY de SAINT-AIGNAN, président du Cluster maritime français, explique les grands enjeux de « l’économie bleue ».

Ce séminaire fut aussi l’occasion pour les auditeurs de faire connaissance et mesurer la diversité de leurs origines géographiques et professionnelles, source de « fertilisation croisée » et facteur déterminant de leur recrutement. Ils ont également pu constater combien ils sont unis par leur attrait pour la mer. Une facette supplémentaire de cette fameuse solidarité des gens de mer que découvrent les auditeurs qui ne bénéficient pas d’une culture maritime particulière.

Une parfaite cohésion s’est donc sans surprise immédiatement installée, d’où des débats animés par comités, sur les trois thèmes qui leur avaient été proposés : « Quelle politique et quelles stratégies de la France en Indopacifique ? », « Quelle politique et quelles stratégies de la France vis-à-vis de ses Drom-COM ? », et « Quelle politique et quelles stratégies portuaires pour la France ? ».

Les amarres de la 4e session maritime sont donc larguées, pour une navigation aux escales qui promettent d’être passionnantes, dans de grands ports français (Boulogne-sur-Mer, Brest, Calais, Dunkerque, Lorient, Marseille, Nantes, Saint-Nazaire, Toulon) et des ports internationaux majeurs au cours des missions « Europe » et « Monde », sans compter le centre de l’Europe, Bruxelles.

 

Macédoine ou Macédoine du Nord : un résultat contradictoire

En présence de Matthew NIMETZ, médiateur de l’ONU, Federica MOGHERINI, cheffe de la diplomatie de l’UE et Johannes HAHN, commissaire européen en charge de l’élargissement, Alexis TSIPRAS et Zoran ZAEV signent l’accord de Prespa le 17 juin 2018.
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Le 30 septembre 2018, les électeurs macédoniens se sont rendus aux urnes pour voter concernant le changement de nom lors du référendum consultatif. Conformément à l’accord passé avec la Grèce en juin dernier qui s’oppose à l’utilisation du nom Macédoine, faisant déjà référence à l’une de ses régions, les Macédoniens devaient décider s’ils désiraient devenir les « Macédoniens du Nord ». Entré à l’ONU sous le nom d’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM, FYROM en anglais), le pays entend, grâce à cette décision, pouvoir outrepasser le blocage grec et adhérer à l’OTAN et à l’UE.

Si le camp du oui sort vainqueur avec plus de 91% de votes favorables, la victoire est en demi-teinte, ternie par le faible taux de participation. Moins de 37% des Macédoniens ont voté, influant de fait sur la légitimité du scrutin.

Dans un communiqué commun, Federica MOGHERINI, cheffe de la diplomatie européenne et Johannes HAHN, commissaire européen chargé de l’Elargissement, soulèvent « l’écrasante majorité de ceux ayant exercé leur droit de vote en faveur de l’accord de Prespa et de leur futur européen » et soulignent « la chance historique non seulement pour la réconciliation dans la région mais aussi pour faire avancer de manière décisive le pays vers la voie de l’Union ». Washington félicite également les résultats du scrutin et affirme son soutien à l’accord de Prespa qui permettra à Skopje « d’occuper la place qui lui revient au sein de l’OTAN et de l’UE, contribuant ainsi à la stabilité, à la sécurité et à la prospérité régionales ».  A l’issue du scrutin, Athènes se montre solidaire du camp du Oui. Le Premier ministre Alexis TSIPRAS, dans un appel téléphonique, a salué « la détermination et le courage » de son homologue macédonien. Le ministère des Affaires étrangères grec réaffirme son attachement à l’accord mais dénonce le « oui contradictoire » à la participation décevante. Athènes estime que les « grands avantages » de l’accord de Prespa sont évincés au profit d’un « climat de nationalisme et de suspicion, de fausses nouvelles quotidiennes et de fanatisme rampant », influant ainsi sur la compréhension mutuelle des peuples.

Au-delà de la perception occidentale du résultat, ce référendum consultatif est soumis à un problème d’ordre interne. La participation étant trop faible, Zoran ZAEV doit demander à l’opposition au Parlement de voter ce changement. En comptant ses alliés des partis de la minorité albanaise, il manque encore au Premier ministre social-démocrate 11 élus de l’opposition. Alors que l’opposition dénonce un vote illégitime et appelle au boycott, Radmila SEKERINSKA, ministre de la Défense, avance qu’un délai d’une semaine est accordé pour convaincre ces députés de droite. En cas d’échec, le gouvernement de Skopje organisera des élections parlementaires anticipées.

Union européenne : mort du Lieutenant-Général Wolfgang WOSOLSOBE

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Les autorités autrichiennes et européennes ont confirmé, le 24 septembre 2018, le décès brutal du Lieutenant-général Wolfgang WOSOLSOBE à 63 ans.

Né en 1955 et de nationalité autrichienne, Wolfgang WOSOLSOBE a débuté sa carrière militaire à la “Theresianische Militärakademie”, l’Académie militaire thérésienne formant les officiers de l’armée fédérale autrichienne. Ayant rejoint à la fin des années 1980 l’Ecole supérieure de Guerre interarmées en France, il s’est illustré au sein du ministère de la Défense et des forces armées autrichiennes et européennes. Francophone et francophile, W. WOSOLSOBE a été de 1992 à 1997, Attaché de défense en France puis nommé Directeur de la Politique Militaire autrichienne de 1999 à 2005. Durant ces années, il a œuvré en faveur du positionnement international et à l’acceptation des nouvelles réalités aux Forces armées autrichiennes. Cette vision et cette carrière remarquables lui ont permis d’être désigné successivement Directeur de la Politique de Défense au Conseil de l’Union européenne, durant la présidence autrichienne en 2006, et Représentant militaire pour l’UE.

En 2012, il est élu au poste de Directeur Général de l’Etat-major de l’Union européenne et promu une année plus tard au rang de Lieutenant-Général. Durant son mandat de trois ans, il est chargé de superviser le soutien militaire aux opérations et aux missions de la PSDC (Politique de Sécurité et de Défense Commune) telles qu’EUNAVOR, ATALANTA ou encore EUTM Mali. Son expertise militaire et son rôle de premier plan dans l’orientation européenne de la Défense ont contribué aux principales initiatives du Service européen pour l’action extérieure. Après sa retraite, il a poursuivi ses efforts et son engagement en faveur du renforcement d’une Europe de la Défense. Officier de la Légion d’Honneur en 2006, il était depuis 2016, Secrétaire général du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe.

La postérité retiendra du Lieutenant-Général WOSOLSOBE un véritable professionnel, se distinguant par son ouverture d’esprit et sa capacité à établir des liens entre les domaines militaire et civil. Ayant démontré une haute stature morale et fervent défenseur d’une vision européenne juste, il a attiré durant toute sa carrière le respect unanime de tous ceux qui l’ont côtoyé.

 

Décès d’Antoine SFEIR, spécialiste du monde arabe et musulman

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Dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre, est décédé des suites d’un cancer le journaliste et politologue franco-libanais Antoine SFEIR, à l’âge de 70 ans.

Né au Liban en 1948 dans une famille chrétienne maronite, Antoine SFEIR commence sa carrière au sein du quotidien francophone libanais L’Orient-le Jour. S’intéressant aux événements au Moyen-Orient, il est enlevé et torturé à l’âge de 27 ans par une milice du front de libération de la Palestine pendant sept jours durant la guerre du Liban en 1976. Ayant poursuivi sa carrière en France, il fonde en 1986 la revue d’études et de réflexion sur les mondes arabe et musulman Les Cahiers de l’Orient.

Surnommé « l’homme qui simplifie l’Orient compliqué », il est l’auteur de nombreux ouvrages et essais, conférencier et commentateur régulier dans les médias français des affaires moyen-orientales. Le journaliste et politologue présidait également le Centre d’Etudes et de Réflexion sur le Proche-Orient (CERPO). Chevalier de la Légion d’honneur et président de l’Iléri depuis 2014 (Institut libre d’étude des relations internationales), Antoine SFEIR était un proche collaborateur de l’Institut FMES au sein duquel il intervenait.

Son dernier ouvrage L’Islam contre l’Islam : l’interminable guerre des sunnites et des chiites, en 2013, a été plébiscité et a remporté le prix Livre et droits de l’homme de la ville de Nancy.

Reconnu pour son expertise et la qualité de ses analyses, l’annonce de son décès par Les Cahiers de l’Orient a été suivie d’une pluie d’hommages de la part des mondes politique et médiatique, de gauche comme de droite. Renaud MUSELIER, Président du Conseil régional de la Région SUD a exprimé sur Twitter sa tristesse :

« C’est avec une infinie tristesse que j’apprends le décès de mon ami Antoine Sfeir. Un esprit brillant mais avant tout un homme généreux et bon. Je garde en souvenir nos discussions passionnées sur l’avenir du monde et de la #Méditerranée. Au revoir mon ami #RIP »

 

Président du Conseil européen à l’Assemblée générale des Nations-Unies : la position européenne

Donald TUSK, Président du Conseil européen, a prononcé un discours lors de la 73ème Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le 27 septembre 2018. Il déclare au préalable que l’Union européenne lutte pour préserver l’ordre international régulé, menacé dans les domaines du commerce, de la sécurité, du changement climatique et des droits de l’Homme. Devant les chefs d’Etats et de gouvernements du monde, Donald TUSK insiste sur le soutien du continent européen à l’Organisation des Nations-Unies : « En tant que dirigeants, nous devons donner aux Nations-Unies les moyens de s’acquitter avec succès de leur mandat » en précisant qu’il faudrait « davantage d’unité et d’action collective dans la lutte contre les conflits, la pauvreté et la famine, le terrorisme et les déplacements massifs des personnes perceptibles au Venezuela en Syrie, en Birmanie et dans bien d’autres endroits ».

A ce titre, Donald TUSK témoigne de l’appui européen aux initiatives de réformes onusiennes et déclare que l’UE prend davantage ses responsabilités en matière de sécurité face à l’urgence que traversent plusieurs régions du monde. L’Union européenne participe aux missions de gestion de crise et de maintien de la paix avec des organisations telles que l’OTAN, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ou encore l’Union africaine. Le Président du Conseil européen assure qu’en Afrique, « continent de grands défis » et « d’excellentes opportunités », « l’éducation, l’investissement dans le développement, le changement climatique et le libre-échange seront au cœur de nos relations futures » et rappelle l’excellente coopération entre ONU, l’UA et l’UE qui a permis à plus de 30 000 personnes de quitter la Libye grâce à des retours humanitaires volontaires. L’instabilité en Libye s’est érigée en cause urgente qui a attiré l’attention du monde. Si Donald TUSK félicite le Conseil de sécurité pour ses actions, il précise que l’UE travaillera « avec diligence et de bonne foi » avec les partenaires nord-africains dans les opérations en Méditerranée. En effet, « seule la responsabilité collective peut offrir des solutions efficaces aux phénomènes mondiaux tels que les migrations et les déplacements forcés ».

Donald TUSK rappelle les nombreux défis auxquels l’UE doit faire face. Alors qu’il énumère les urgences résultant des conflits (problème des migrants, guerre en Syrie, en Libye et tensions dans de nombreuses régions du monde qui peuvent présager une catastrophe humanitaire), il alarme sur la situation climatique et le développement durable qui doivent faire l’objet d’une coopération accrue avec les partenaires européens notamment grâce à l’Accord de Paris.

Cette déclaration du Président du Conseil européen fait suite au Sommet informel de Salzbourg, lequel n’a pas permis de dégager une solution de sortie consensuelle au Royaume-Uni, la proposition de Londres sur la future relation commerciale entre Londres et Bruxelles ayant été rejetée. En somme, l’UE doit faire face à des challenges à la fois internes et externes.

 

Situation alarmante dans la bande de Gaza

A Gaza, les affrontements meurtriers perdurent entre Israéliens et Palestiniens. Dimanche 23 septembre, un Palestinien a été tué d’une balle dans la tête alors que des Gazaouis s’étaient rassemblés dans le but de lancer des pierres et des pneus enflammés en direction de soldats israéliens.

La situation ne cesse de se détériorer depuis le 30 mars, date à laquelle ont débuté des manifestations pour demander la levée du blocus israélien. Depuis 2007, date à laquelle le Hamas, un mouvement islamiste, remporte les élections législatives, Israël et l’Egypte imposent un embargo à la bande de Gaza. Trois guerres ayant opposé Israël et le Hamas ont eu lieu et, depuis la fin du mois de mars, au moins 180 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens. Les conséquences d’une telle situation sont psychologiques, sanitaires, écologiques et économiques. En effet, l’économie gazaouie est dite « en chute libre » : la croissance négative est d’environ 6% pour le premier trimestre 2018. Ce chiffre peut encore s’aggraver et s’ajoute à un taux de chômage historique de 53% de l’ensemble de la population et de 70% concernant les jeunes.

Entourées d’un mur et privés d’échange avec l’extérieur, deux millions de personnes vivent dans cette enclave de Gaza. La région est prise en tenailles par les querelles intra-palestiniennes entre Fatah et Hamas, mais également par les velléités israélo-américaines. Si le Président américain Donald TRUMP affirme pencher pour la première fois pour la solution à deux Etats lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le plan de paix préparé par Jared KUSHNER, gendre et conseiller du Président, est très attendu. KUSHNER aimerait faire de Gaza un proto-Etat ou une sorte d’entité autonome liée à l’Egypte.

Plus tôt cette année, Washington a décidé de déplacer son ambassade, de couper les financements aux programmes d’appui aux Palestiniens et notamment à l’UNRWA, l’agence de l’ONU concernant les camps de réfugiés palestiniens. 70% de la population à Gaza bénéficie du statut de réfugié et la situation risque de devenir de plus en plus précaire sans cette aide. Ces décisions américaines interviennent après que Mahmoud ABBAS, Président de l’Autorité palestinienne ait décidé de couper les liens avec Washington. De plus, marginalisé sur la scène internationale, le leader de 83 ans est quasi abandonné par son peuple. Alors qu’en 2017 était envisagée une tentative de réconciliation entre Fatah et Hamas, les positions restent figées, le Fatah espérant toujours pouvoir récupérer la bande de Gaza.