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La 5G et ses enjeux

 

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Mercredi 1er mai 2019, la Première ministre britannique, Theresa May a limogé son ministre de la Défense Galvin Williamson « après avoir perdu confiance dans sa capacité à assumer [ses] fonctions », selon un communiqué de Downing Street, en raison de son implication dans des fuites concernant la décision d’autoriser l’opérateur chinois Huawei à participer au développement du réseau 5G en remplacement du 4G sur le territoire britannique.

Selon le fondateur du fonds A Capital et spécialiste de l’empire du Milieu, André Loesekru-Pietri, la 5G n’est « pas simplement une amélioration technologique, mais la prochaine grande révolution ». En effet, « la 5G est ce qui va faire tourner le monde ultra-connecté de demain : les smart cities, les objets connectés… ». Huawei revendique un avantage de 12 à 18 mois sur ses concurrents, alors que se pose la question de savoir quel équipementier sera en charge de son installation.

Les Etats-Unis ont déjà pris la décision de bannir Huawei. Le secrétaire adjoint au département d’Etat américain Robert Strayer a déclaré : « Huawei n’est pas un fournisseur de confiance », redoutant l’espionnage de Pékin à travers les réseaux 5G. En effet, une loi de 2017 dispose que les services de renseignements chinois peuvent accéder, en toutes occasions, aux données des entreprises chinoises. Pour Stéphane Teral, analyste au cabinet IHS Markit : « les Etats-Unis veulent préserver leur suprématie face à la Chine ».

En réponse au bannissement de Huawei, et des nombreux chefs d’inculpations américains (13) à l’encontre de l’équipementier chinois, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying assure que « depuis un petit moment déjà, les Etats-Unis ne ménagent aucun effort et inventent sans scrupules toutes sortes d’accusations sans fondement au point de menacer ouvertement et tenter de provoquer des dissensions dans les relations entre la Chine et les autres pays ».

La prudence présentée face au géant chinois est néanmoins légitime. La Chine est entrée dans une ère qualifiée de « capitalisme de surveillance », selon Shoshana Zuboff, Professeure émérite à la Harvard Business School. Cela se traduit notamment par le nombre croissant de caméras de surveillance dans les lieux publics, la reconnaissance faciale à la pointe de la technologie avec un système de notation, les nombreuses censures de sites internet – pour la plupart américains.

En quelques mois seulement, la 5G est ainsi devenu le centre de l’affrontement commercial entre d’un côté les Etats-Unis qui exercent une pression à l’encontre des pays européens pour bannir à leur tour Huawei, et de l’autre la Chine qui entend devenir une puissance technologique incontestée.

Toutefois, la Commission européenne, par un communiqué en date du 26 mars 2019, ne bannit pas Huawei de la concurrence. Elle recommande néanmoins une approche commune concernant la sécurité des réseaux 5G, tout en rappelant que les Etats membres sont seuls compétents pour les questions de sécurité nationale. Bruxelles ne succombe donc pas aux pressions américaines, alors qu’Ellen Lord, sous-secrétaire à la Défense fait part : « Si nos alliés et partenaires recourent à Huawei, nous devrons reconsidérer le partage des renseignements cruciaux avec eux ». A ce titre, Angela Merkel constate que « nous devons donner une chance à chacun » sans être « naïf », et n’exclut pas l’équipementier chinois du territoire national. De même, la France, qui se montre plus prudente, n’écarte pas la perspective Huawei. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, précise que « si certains de ces investissements doivent toucher la souveraineté nationale ou des technologies sensibles, c’est à nous, le gouvernement, de fixer certaines limites ».

Dans un élan de bonne foi, et surtout de contre-mesure face aux accusations américaines, Huawei a inauguré mardi 5 mars son centre de cybersécurité à Bruxelles qui permettra aux opérateurs de téléphonie de tester et examiner les matériels de la marque. Ce nouveau centre fait écho aux deux autres déjà ouverts à Londres en 2010 et à Bonn en 2018.

Situation en Libye : Jean-Yves le Drian s’exprime

 

Jean-Yves Le Drian. Tous droits réservés.

Plus d’un mois après le début de l’assaut de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar sur Tripoli – siège du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, la situation en Libye est plus que jamais dans l’impasse. Alors que l’instabilité règne dans le pays depuis 2011 et la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi, le dialogue entre les deux hommes semble impossible. En effet, les affrontements et les combats urbains se sont multipliés ces dernières semaines.

Le dossier libyen suscite l’inquiétude de la communauté internationale. Le Conseil de sécurité des Nations unies ne parvient pas à s’accorder sur une résolution. Le Royaume-Uni a en effet présenté un projet mais s’est heurté aux refus russe et américain. Des Etats sont soupçonnés de soutenir l’un des deux camps tandis que Haftar est accusé de vouloir fomenter un coup d’Etat pour s’emparer du pouvoir. Dans ce contexte, les puissances régionales jouent un rôle important. A ce titre, l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis soutiennent Khalifa Haftar tandis que la Turquie et le Qatar sont favorables au GNA d’al-Sarraj. Quant à la France, elle est très impliquée dans la résolution du conflit, à l’instar de l’Italie – ancienne puissance coloniale. Toutefois, Paris a été accusé par le GNA de soutenir l’ANL. Après que Paris a démenti en appelant à « un processus sous l’égide de l’ONU », le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves a répondu aux questions du Figaro à ce propos.

En premier lieu, la France se dit impliquée dans le dossier libyen pour « combattre le terrorisme », qui représente « l’objectif prioritaire » de Paris dans la région depuis plusieurs années. La chute de l’Etat islamique – ou du moins de sa dimension territoriale – aurait ainsi des répercussions directes sur la Libye, le ministre français indiquant que des djihadistes auraient gagné des villes libyennes, telles que Syrte, ancien bastion de Daech libéré par les milices de Misrata ou Sabratha, autre foyer terroriste d’où avaient été planifiés des attentats visant la Tunisie. Le ministre n’a pas précisé la nationalité de ces anciens combattants de Daech, où le contingent tunisien était un des plus importants.

La dimension sécuritaire explique par la même l’engagement de Paris, qui dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU qui lui confère une « responsabilité particulière dans les grandes crises internationales ». En effet, « le chaos libyen fait peser un gros risque » pour les pays de la région dont la Tunisie et l’Egypte qui incarnent des pays clés pour la stabilité de la zone sur lesquels la France s’appuie.

Jean-Yves Le Drian, qui s’était entretenu avec le maréchal Haftar à Benghazi le 19 mars dernier, assure ne pas avoir été mis au courant de l’offensive sur Tripoli qui se préparait. Si le ministre rappelle le rôle tenu par Haftar durant son opération contre-terroriste lancée à l’est sur Derna et Benghazi en 2014 et approuvée par les autorités reconnues internationalement à l’époque, la position française affiche un soutien ferme aux accords d’Abu Dhabi devant aboutir à des élections. En effet, l’absence d’élections a engendré une situation chaotique où deux hommes forts se disputent la légitimité du pouvoir. En ce sens, le chef de la diplomatie française déclare : « Je constate que l’absence de perspective politique a entraîné l’immobilisme des uns (Sarraj) et l’imprudence des autres (Haftar). On retourne toujours au même point. Sans élection, aucun acteur libyen ne peut prétendre être totalement légitime ».

En Libye, l’homme fort de l’ANL connait des revers, de nombreuses milices s’étant réunies dans un front anti-Haftar. Parmi elles, Jean-Yves Le Drian évoque des « groupes mafieux de passeurs qui torturent et mettent en esclavage des migrants ». Face aux accusations de soutien au clan Haftar, le ministre rétorque au journaliste « je vous laisse juge » et se défend : « C’est triste. La France a continûment soutenu le gouvernement de Sarraj. Nous l’avons beaucoup soutenu aux Nations unies et sur le plan de la sécurité ».

Face à une situation qui se détériore, la position de la France est la même depuis juillet 2017, date à laquelle le président de la République française Emmanuel Macron a reçu Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj à La Celle-Saint-Cloud. Pour autant, la France ne dément pas un soutien à l’homme fort de l’ANL pour son action contre le terrorisme, en dépit d’exactions commises et de la présence au sein de l’ANL de la brigade salafiste/madkhaliste Tariq Bin Ziyad.

Fin du chantier de la Grande mosquée d’Alger : un symbole du pouvoir critiqué

 

La Grande mosquée d’Alger. Tous droits réservés.

Lundi 29 avril, la télévision officielle chinoise a annoncé : « L’Algérie est sur le point d’inaugurer la Grande mosquée d’Alger, la plus grande mosquée jamais construite par la société d’Etat chinoise CSCEC (China State Construction Engineering Corporation) ».

D’une superficie de 400 000 mètres carrés, la Grande mosquée d’Alger ou Djama el Djazair, dotée d’un minaret de 265 mètres et d’une salle de prière grande de 20 000 mètres carrés, détrône la mosquée Hassan II de Casablanca en devenant le plus grand édifice religieux musulman d’Afrique et le troisième au monde, après la mosquée du Sultan Qabous à Oman et le mausolée de l’imam Reza à Mashhad en Iran. La salle de prière peut accueillir jusqu’à 120 000 personnes. Le lieu dispose également d’un parc, d’une place publique, d’un centre culturel, d’une école religieuse, d’une caserne de pompiers et d’une bibliothèque. Des logements sont également disponibles pour le personnel.

La construction de cette mosquée, réalisée par la société chinoise CSCEC, est l’un des symboles de la coopération sino-algérienne et plus largement du lien de la Chine avec le continent africain dans le cadre des nouvelles routes de la soie. Le projet, qui a duré plus de sept années a mobilisé plus de 2 300 ingénieurs algériens, africains et chinois.

Symbole de l’Algérie musulmane et participant à son rayonnement, la construction de la Grande mosquée d’Alger a toutefois suscité de vives polémiques. Si la télévision chinoise estime que « le projet a été achevé dans les délais impartis », la presse algérienne rappelle que le projet devait durer 42 mois. De fait, la construction aurait dû s’achever en octobre 2015. Ainsi, le retard engendré a eu pour conséquence une augmentation du coût de construction. Ce dernier s’élève ainsi à environ 2 milliards de dollars, dans un pays marqué par une crise financière. A l’heure où l’Algérie est en plein bouleversement politique et social, la construction de l’édifice représente un symbole de démesure de l’ère Bouteflika. A ce titre, le plus haut minaret du monde, permettant « une vue panoramique époustouflante sur les eaux turquoise de la Méditerranée le long de la baie d’Alger » selon la chaine de télévision chinoise, bénéficie d’un dôme incrusté d’or. Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999 est à l’origine de cette demande de construction. Cette dernière est d’ailleurs considérée comme l’une des dérives du système dorénavant rejeté. La Grande mosquée d’Alger symbolise pour certains la rivalité avec le Maroc à travers la concurrence avec la mosquée Hassan II.

Apparition d’Abou Bakr al-Baghdadi : la nouvelle stratégie de l’Etat islamique

 

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Pour la première fois depuis cinq ans, l’Etat islamique a diffusé une vidéo lundi 29 avril du « calife » Abou Bakr al-Baghdadi.

Cette vidéo intervient plus d’un mois après la chute de Baghouz, permise par l’offensive des combattants arabes et kurdes soutenus par la coalition internationale. Il s’agissait du dernier bastion territorial du « califat » autoproclamé en 2014 sur des territoires syriens et irakiens.

Si cette vidéo relayée par al-Fourqane, « l’agence de presse » de l’Etat islamique, ne donne aucune indication sur la date et le lieu de tournage, son enregistrement est récent. Abou Bakr al-Baghdadi y évoque en effet la chute de Baghouz – le 23 mars 2019 – la victoire de Benjamin Netanyahou aux législatives israéliennes et la chute « des tyrans en Algérie et au Soudan », en l’occurrence Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Bechir. Toutefois, les attentats survenus au Sri Lanka le 21 avril dernier, lors du dimanche de Pâques, sont évoqués sous la forme d’un audio, ce qui suggère que cette vidéo a été enregistrée antérieurement à ces attentats.

A l’issue de la défaite territoriale de l’organisation terroriste, le message de son chef est clair : l’Etat islamique survivra. Le djihadiste, âgé aujourd’hui de 47 ans, promet une vengeance au nom de ses combattants tués et déclare à l’Occident une « longue bataille ». L’Etat islamique entend prouver qu’il existe toujours et que sa capacité de nuisance est bien réelle. Par la même occasion, Abou Bakr al-Baghdadi, donné à plusieurs reprises mort ou blessé, prouve qu’il est vivant et qu’il est toujours à la tête du mouvement. Avec cette vidéo, une première de ce genre depuis sa proclamation à la tête du califat, Abou Bakr al-Baghdadi se met en scène. A l’image d’Oussama Ben Laden, il pose aux côtés d’un fusil d’assaut AKS74, donnant l’image d’un combattant.

Il est évident que l’Etat islamique, affaibli par la disparition de son empreinte au sol, cherche à se renouveler. Son chef, qui a survécu à plusieurs attaques aériennes, vit reclus. Selon Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements djihadistes, al-Baghdadi n’est entouré que de trois personnes – qui apparaissent par ailleurs dans la vidéo. Il s’agit de « son frère Joumouaa, plus âgé que lui, son chauffeur et garde du corps Abdellatif al-Joubouri, qu’il connaît depuis l’enfance, et son estafette, Seoud al-Kourdi ». Les quatre hommes, vivraient selon l’expert dans une zone désertique entre la Syrie et l’Irak. 

Cette mise en scène, qui pourrait potentiellement donner des indications sur la localisation du fugitif est pour certains observateurs une prise de risque traduisant une nécessité pour l’organisation terroriste d’exister médiatiquement et de mobiliser ses troupes. En ce sens, le chef djihadiste a énuméré les origines de ses combattants, qu’il a félicités. Parmi eux, les djihadistes français Fabien et Jean-Michel Clain, neutralisés dans la région de Baghouz en février dernier. Il a par là même salué les nouvelles allégeances des groupes terroristes à l’EI dans le dessein de souligner le caractère internationaliste de l’organisation. Ces derniers mois, l’organisation ne cesse de gagner des fidèles dans les pays du Sahel, en particulier au Mali et au Burkina Faso.

Abou Bakr al-Baghdadi est l’homme le plus recherché du monde. Les Etats-Unis offrent 25 millions de dollars pour sa capture.

La France, l’Allemagne et l’UE à l’initiative d’un Sommet pour la stabilité régionale des Balkans

 

Sommet pour la stabilité régionale des Balkans à Berlin sous l’égide de la haute représentante de l’UE. Tous droits réservés.

Lundi 29 avril 2019, un sommet informel concernant la stabilité régionale des Balkans a eu lieu à Berlin à l’initiative de la France et de l’Allemagne et sous l’égide de la haute représentante de l’Union européenne (UE), Frederica Mogherini. Cette réunion a réuni les dirigeants de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine du Nord, de l’Albanie, de la Bosnie-Herzégovine, du Monténégro, de la Serbie et du Kosovo, afin de discuter des relations économiques, de la connectivité et la collaboration en matière de trafics d’armes et de lutte contre la criminalité. Néanmoins, le cœur du sommet était consacré à l’opportunité de relancer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo. En effet, le président de la République française Emmanuel Macron a déclaré : « Nous réunissons les pays des Balkans occidentaux avec deux priorités : 1. Renouer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo. 2. Travailler à la stabilité de la région ». Le dialogue entre Belgrade et Pristina a été interrompu en novembre 2018 après que la Serbie s’est opposée à la candidature du Kosovo à Interpol. En réponse, le Kosovo a instauré une hausse de ses droits de douane sur les produits d’importations de fabrication Serbe.

La présidence française souhaite « apporter l’expérience historique de la réconciliation et de la coopération active entre l’Allemagne et la France ». Quant au gouvernement allemand, il déclare vouloir procéder à un « échange de vue » visant à promouvoir la « stabilité de la région et en particulier de trouver un moyen pour relancer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo ».

Vingt ans après la fin des guerres de l’ex-Yougoslavie et des déclarations d’indépendance, des tensions subsistent toujours dans la région, notamment entre la Serbie dirigée par le Président Aleksandar Vucic et le Kosovo, présidé par Hashim Thaci.

Le Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008. La Serbie ne reconnaît pas son ancienne province, berceau historique des Serbes, en tant qu’Etat. S’en est suivie une prise de position internationale, avec des Etats aux points de vue divergents : 144 Etats parmi les 193 Etats membres de l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissent l’indépendance du Kosovo. Parmi les Etats ne reconnaissant pas le Kosovo, l’Espagne estime par la même que le Kosovo est une province de la Serbie, comme stipulée par la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations unies, votée en 1999, prévoyant le respect de « la souveraineté et l’intégrité territoriale » de l’ex-Yougoslavie. La Russie, qui soutient Belgrade, et la Chine estiment que l’ONU n’a pas rempli son rôle d’arbitre dans le conflit au Kosovo. Ces trois pays considèrent cette déclaration unilatérale d’indépendance comme étant une menace qui renvoie aux questions sensibles que représentent la Catalogne, le Pays Basque espagnol, la Tchétchénie ou encore Taiwan.

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Reconnaissance internationale du Kosovo : Kosovo ; États reconnaissant formellement l’indépendance du Kosovo ; États prévoyant de reconnaître formellement le Kosovo ; États s’étant déclarés préoccupés par une déclaration d’indépendance unilatérale ; États ayant déclaré ne pas reconnaître l’indépendance du Kosovo ; États n’ayant pas exprimé de position.

Avant le sommet, le Président Serbe a affirmé qu’« à l’heure actuelle je ne vois pas bien comment et de quoi parler avec Priština ». Pour sa part, le Président du Kosovo a jugé que l’événement « pourrait ouvrir des opportunités », ou être « décevant ».

Les enjeux futurs pour Belgrade et Priština sont la stabilisation de la région afin d’éviter tout nouveau conflit meurtrier, mais également l’adoption d’un nouveau accord de normalisation de leurs relations, à la vue d’une possible future intégration à l’UE. La Serbie, déjà sur la voie de cette intégration européenne a, depuis septembre 2013, conclu un accord de stabilisation et d’association avec l’UE, dont les négociations d’adhésion ont débuté depuis le 21 janvier 2014. L’un des facteurs clés pour l’acceptation d’entrée à l’UE est cette normalisation du conflit avec le Kosovo. Quant à Priština l’enjeu est également de taille. Souhaitant bénéficier d’une reconnaissance internationale et d’une autonomie complète, elle verrait également, par la stabilité régionale, une opportunité de se structurer et de demander le statut d’adhésion à l’UE.

Encore très marqués par les récents conflits, les Balkans représentent toujours une zone de tensions où le jeu des influences se fait ressentir, dont celles de la Chine, qui fait désormais connaître son intérêt croissant envers cette région, afin de l’associer à ses nouvelles routes de la soie, mais aussi celles de l’UE qui veut conforter la stabilité régionale.

Cependant, ce sommet peut être considéré comme une réussite par les parties, dans le sens où Priština et Belgrade ont accepté de reprendre les pourparlers et prévoit d’autant plus, une nouvelle rencontre début juillet à Paris. C’était aussi l’occasion pour la France de se « réengager […] d’une façon plus active dans la région ».

Cyber cercle : Rencontres cybersécurité à Toulon

 

Intervention d’autorités civiles, militaires et de représentants d’entreprises autour de la cyberdéfense. Tous droits réservés.

Cyber cercle a décidé jeudi 25 avril 2019, de se rendre au Palais Neptune à Toulon, dans le cadre de son tour de France de la cybersécurité. Cette journée, consacrée aux enjeux de sécurité numérique, permet la rencontre des acteurs publics et privés autour de séances plénières et d’ateliers afin qu’ils puissent réfléchir ensemble à la mise en œuvre de politiques adaptées pour faire face aux cybers menaces en pleine expansion.

Dans les sociétés contemporaines, baignant dans l’hyper connexion et l’interconnectivité, de nouveaux enjeux numériques apparaissent. Ils engendrent ainsi de nouvelles menaces.

Le 18 janvier 2018, la ministre française des Armées, Florence Parly a déclaré : « Depuis quelques années le cyberespace est devenu un lieu de confrontation comme un autre, un lieu où des milliers de hackers avancent masqués. Un lieu d’impunité où certaines nations se cachent pour mieux attaquer. Sous couvert d’anonymats, certains groupes, certains Etats se croient tout permis ». Les cyberattaques sont ainsi devenues une réalité à laquelle il est difficile d’y échapper.

De fait, l’événement organisé par Cyber Cercle s’inscrit pleinement dans le climat actuel.

Un atelier a tout particulièrement retenu l’attention de l’institut FMES. Organisé par la Marine nationale sous la houlette Capitaine de Frégate Éric Herveleu, commandant du Centre Support Cyberdéfense, cet exercice consiste à la planification d’un exercice de cyberdéfense pour le port civil de Toulon. Cet atelier a pu réunir des personnalités de la Région tels que le vice-président du conseil régional de Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur et membre du Conseil d’administration de l’institut FMES, Philippe Vitel, ainsi que le directeur adjoint du Pole Mer Méditerranée, Bruno Lossi mais également le coordonnateur cybersécurité maritime pour le Comité France maritime, Secrétariat général de la mer (SG Mer) – ‎Premier ministre représenté par Bruno Bender. Cet événement a permis à des acteurs civils et militaires de partager leurs connaissances et expertises en matière de cybersécurité et d’organisation pour le futur projet d’exercice. A la différence d’exercices plus techniques, pris en charge uniquement par des services publics et militaires (Cf : Exercice « Estrel »), celui-ci, en incluant notamment des acteurs privés, aura pour but de vérifier la bonne coordination entre les différentes parties, publiques comme privées et permettra d’en tirer les conséquences.

Dans une volonté grandissante de protection face aux menaces liées au numérique, Cyber cercle s’inscrit comme étant un moteur réunissant les nombreux acteurs concernés.

29ème SMHES à Genève : au cœur du multilatéralisme et des institutions internationales

Les 17 et 18 avril, les 20 auditrices et auditeurs de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques (SMHES) se sont rendus à Genève pour leur 7ème séminaire basé sur les institutions internationales.

La première matinée s’est déroulée à l’Humanitarium du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Après une vidéo recensant les activités de l’organisation internationale, Pascal Daudin, ex-conseiller à la direction du droit international et des politiques humanitaires fraichement retraité, a fait le déplacement spécialement pour les auditeurs. Il a présenté les activités du CICR autour du thème « Les nouveaux défis de l’action humanitaire dans les zones à risques ». Cette conférence a été l’occasion d’apprendre les circonstances de la création du CICR, imaginé durant la bataille de Solferino par Henry Dunant. Possédant une identité duale – normative et opérationnelle – le CICR, qui est basé sur une action neutre, indépendante et impartiale, possède un budget de 2 milliards de dollars par an et bénéficie de 80 délégations à travers le monde. Pascal Daudin a évoqué le déclin du multilatéralisme dans un contexte géopolitique mondial où le souverainisme est exacerbé. Ce phénomène rend difficile l’intervention dans certains Etats qui y voient une ingérence. Ce climat questionne sur le devenir du CICR et plus globalement de l’action humanitaire, notamment avec l’émergence des nouvelles technologies.

A l’Humanitarium du CICR.

A l’issue de cette conférence, Brian McQuinn, chercheur diplômé de l’université d’Oxford a donné une analyse des groupes armés non étatiques. Spécialiste de la Libye, il travaille avec plus de 100 groupes armés à travers le monde.

La matinée s’est poursuivie à la villa des Ormeaux où travaillent les deux ambassadeurs français auprès des organisations internationales : Yann Hwang et François Rivasseau. Yann Hwang est le représentant de la France auprès de la Conférence du désarmement à Genève tandis que François Rivasseau est le représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations unies à Genève et des organisations internationales en Suisse.

Après un déjeuner dans le jardin de la villa permettant une splendide vue sur la ville de Genève où les auditeurs ont pu tour à tour discuter avec M. l’ambassadeur Yann Hwang, la diplomate égyptienne Heidi Serry a évoqué l’amitié franco-égyptienne, la coopération euroméditerranéenne et les défis auxquels Le Caire est confronté, notamment le terrorisme ou les migrations illégales. Ces thèmes font partie des priorités de l’Egypte depuis février, date qui marque le début de sa présidence de l’Union africaine.

L’ambassadeur Hwang, en poste depuis septembre 2018 à Genève, a expliqué la notion du désarmement aux auditeurs. Ce terme faisant référence à la contrainte de l’arme et de sa possession, il s’agit d’un droit à vocation universelle auquel tous les Etats sont supposés s’engager. Née après la Première guerre mondiale, cette idée a réémergé à l’issue de la Seconde guerre mondiale à Genève : la course aux armements doit être régulée par le droit. L’ambassadeur a donné un éclairage sur les Etats et leurs rapports à la notion de désarmement.

Les auditeurs en présence de l’ambassadeur Hwang

A l’issue de ses propos, les auditeurs se sont entretenus avec les conseillers de l’ambassadeur. Benjamin Weizs, son premier conseiller a dressé un tableau sur le métier de diplomate et a donné des éclairages sur l’immunité diplomatique. Les diplomates sont en effet les canaux de communication entre les Etats.

Le conseiller militaire de l’ambassadeur, le colonel Pascal Levant, a donné un discours franc sur la place qu’occupe la France dans le désarmement. Parce qu’elle fait la guerre, produit, utilise et vend des armes, Paris fait figure de « mauvaise élève ». Toutefois, la commission de désarmement a pour mission de défendre ses intérêts. Les auditeurs ont appris que la Conférence du désarmement à Genève repose sur le consensus. Or, cette notion est difficile à atteindre. On parle alors de blocage des institutions, notamment du fait des positions américaine et russe.

La fin de l’après-midi a été marquée par l’intervention de M. l’ambassadeur François Rivasseau, représentant permanent de la France auprès de l’ONU et des 37 organisations internationales à Genève. Ses missions à Genève sont duales. D’abord, il doit représenter la France à travers l’influence et la défense des intérêts français. D’autre part, il a pour mission d’œuvrer en faveur des droits de l’homme. A ce titre, les sujets humanitaires en lien avec le CICR, l’OIM, l’UNHCR sont nombreux, d’autant plus que les crises sont bloquées. Il est plus aisé pour les interlocuteurs de se rencontrer à Genève plutôt qu’à New York, siège de l’ONU. Dans la ville suisse, François Rivasseau a expliqué que le multilatéralisme se faisait « au jour le jour », le contexte étant moins « abrasif » qu’à New York.

Le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur de l’institut FMES et l’ambassadeur François Rivasseau

Ses propos ont laissé place à l’intervention de Cécile Mahé, déléguée permanente adjointe auprès Délégation permanente de la France auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’OMC est une organisation indépendante comptant 164 Etats membres, les derniers pays ayant adhéré étant le Libéria et le Yémen. L’Union européenne est en charge de négocier à la place de Paris. Quant à la France, elle « explique et écoute ». Avec un budget de 200 millions de francs suisses, l’OMC vit des contributions de ses membres. A ce titre, la France en est la 6ème contributrice en 2019. Cécile Mahé a donné une description complète et honnête des problèmes que traverse l’OMC notamment s’agissant des cycles de négociations qui sont longs et qui nécessitent un consensus.

Cette première journée s’est conclue par l’inauguration du « chalet de la paix » dans le jardin de la Villa des Ormeaux.

Jeudi 18 avril qui marque la deuxième journée de séminaire a été consacrée à l’Organisation des Nations unies (ONU) et à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans le bâtiment historique de l’ONU, inauguré à l’époque de la Société des Nations, Alexandre Carette, assistant presse a détaillé l’organisation, ses activités et les enjeux contemporains que pose le multilatéralisme. Tandis que l’ONU compte actuellement 193 Etats membres, pas moins de 10 000 réunions se tiennent chaque année dans l’enceinte du bâtiment. L’ONU est le symbole même du multilatéralisme, son idée de départ étant de construire un monde où les camps de concentration et la Seconde guerre mondiale ne devaient plus arriver. L’organisation officie à Genève, « capitale des droits de l’homme ». En effet, dans cette ville se trouvent les sièges du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, du Conseil des droits de l’homme ou encore des organes des traités des droits de l’homme.

La matinée s’est poursuivie au siège de l’Organisation mondiale du commerce avec l’intervention de Pierre Latrille, conseiller, division de l’examen des politiques commerciales. Ses propos ont complété ceux de Cécile Mahé la veille et ont donné un éclairage sur la stratégie de l’OMC.

Après un déjeuner dans la cafétéria de l’ONU, les auditeurs de la 29ème session SMHES ont assisté à la conférence de Luc Brandt, conseiller spécial au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Une vidéo a présenté l’action de l’organisation. Luc Brandt a détaillé les caractéristiques des réfugiés et leur parcours pour accéder à l’asile. Il a toutefois expliqué que le système d’asile est actuellement en crise alors que le monde compte environ 25 millions de réfugiés – la plupart originaires du Soudan du Sud, d’Afghanistan et de Syrie. Avec un budget annuel total de 7 milliards de dollars, le UNHCR est également en charge de l’installation de ces migrants, conformément aux demandes des pays d’accueil. Les Etats-Unis figurent à la première place des donateurs tandis que la France est à la 14ème position.

 

Le séminaire international s’est achevé avec Azzouz Samri, chef de la division des organes directeurs et conseiller régional pour l’Afrique par intérim qui a décrit les activités de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Après un bref historique de l’OIM, Azzouz Samri a décrit le profil des migrants avec des chiffres et a donné l’étendue des missions de l’OIM. L’OIM agit afin relever les défis que pose la gestion des flux migratoires, entend favoriser la compréhension des questions de migration, promeut le développement économique et social à travers les migrations et œuvre au respect de la dignité humaine et au bienêtre des migrants. Son champ d’action est étendu et concerne le développement humain, la santé, le rapatriement et la consolidation de la paix.

Au cœur de « Genève internationale », les auditeurs ont reçu un message fort sur le multilatéralisme. Motivé par un idéal de paix, le multilatéralisme est indispensable au maintien de la paix et à la garantie des droits de l’homme. Toutefois, les interlocuteurs rencontrés ont souligné la difficulté que connait actuellement cette notion et les enjeux auxquels elle est confrontée.

 

Sommets d’urgence à l’UA sur les crises en Libye et au Soudan

Les dirigeants de l’UA réunis pour les sommets d’urgence sur les crises du Soudan et de la Libye au Caire le 23 avril 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 23 avril 2019, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi a convoqué ses homologues du Tchad, de Djibouti, du Rwanda, du Congo, de la Somalie et de l’Afrique du Sud pour un sommet d’urgence sur le Soudan dans le cadre de l’Union africaine (UA). Un autre sommet portant sur la crise en Libye s’est tenu le même jour, réunissant autour du président égyptien et de Moussa Faki, président de la Commission de l’UA, les chefs d’Etats rwandais, sud-africain et congolais, ce dernier étant également président de la Commission sur la Libye à l’UA.

Alors qu’au sein du Conseil de sécurité des Nations unies réside une « division extrême » sur le conflit libyen selon le représentant spécial de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé, et que gravitent beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir du Soudan, ces deux sommets d’urgence ont été motivés par la dégradation récente des conflits en Libye et au  Soudan.

Le premier sommet sur le Soudan a porté sur « l’évolution de la situation au Soudan » ayant « pour objectif de discuter […] des moyens les plus appropriés pour faire face à l’évolution de la situation et de contribuer à la stabilité et à la paix », selon la présidence égyptienne. Une stabilité qui se fait d’autant plus rare depuis décembre 2018, lorsque des manifestations populaires ont éclaté après la hausse du prix du pain – qui est passé d’une livre soudanaise (équivalent d’un centime d’euro) à trois livres – et du carburant. Au-delà des revendications sociales, la population a réclamé la chute du régime d’Omar el-Béchir. L’armée soudanaise a destitué le chef d’Etat par un putsch le jeudi 11 avril 2019. Le mercredi 24 avril 2019, les manifestants sont toujours mobilisés malgré les incitations du Caire afin que « le peuple et l’armée [coopèrent] pour surmonter les défis ». La population réclame un gouvernement civil et le retrait du nouveau chef, le général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan, qui dirige le Conseil militaire de transition.

La crise que subit le Soudan rappelle les « printemps arabes » des pays voisins. Toutefois, les chefs d’Etats africains, réunis au sommet de l’UA, intiment le pouvoir militaire au Soudan et les manifestants à parvenir à une « transition pacifique » d’ici trois mois, afin d’éviter tout chaos comparable à celui de la Libye.

Le deuxième sommet s’est déroulé autour de la situation de crise que connaît la Libye où le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, chef de l’ANL (Armée nationale libyenne), a engagé depuis le jeudi 4 avril 2019 de violents combats à l’encontre des forces loyales au Gouvernement d’Union nationale (GNA), dirigées par Fayez al-Sarraj. Les dirigeants africains réunis au sein de l’UA ont demandé « l’arrêt immédiat et inconditionnel » des combats en Libye, appelant « toutes les parties à la retenue » et à permettre « l’arrivée de l’aide humanitaire ». Selon l’OMS, « les derniers chiffres de la nuit du 22 avril 2019 sont de 264 morts et 1 266 blessés » civils et militaires, des deux bords confondus.

Du côté de la communauté internationale, l’ANL bénéficie du soutien de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis et de la Russie. Quant à la France, selon le représentant spécial des Nations Unies pour la Libye, elle « soutient l’activité des Nations unies en Libye », alors que le GNA prône le contraire.

L’Egypte, présidente de l’UA et frontalière du Soudan et de la Libye, entend jouer un rôle dans la résolution de ces conflits.

Exécutions de masse en Arabie saoudite

Exécution à mort par décapitation au sabre en Arabie saoudite. Tous droits réservés.

Mardi 23 avril 2013, 37 Saoudiens ont été mis à mort en Arabie saoudite pour des faits de « terrorisme ».

Dans un communiqué relayé par l’agence de presse nationale SPA, le ministère de l’Intérieur a indiqué l’exécution de ces personnes, reconnues coupables d’avoir « adopté la pensée terroriste extrémiste » et d’avoir « formé des cellules terroristes ». En une seule journée, ces hommes ont été exécutés par décapitation, à l’exception d’un ayant fait l’objet d’une crucifixion. Ce traitement est réservé aux individus ayant commis les crimes les plus graves.

Cette exécution de masse, qui représente la plus importante dans le pays depuis plus de trois ans, a eu lieu dans cinq régions du royaume wahhabite. Parmi elles, la capitale Riyad, les villes saintes de Médine et La Mecque et une région à majorité chiite. Sur les 37 personnes suppliciées, 11 d’entre elles ont été accusées d’espionnage au profit de l’Iran et exécutées après des procès « contraire aux normes d’équité les plus élémentaires », selon Amnesty International. 14 autres étaient déclarées coupables d’actes violents survenus durant les manifestations antigouvernementales menées dans la province orientale à majorité chiite en 2011.

La majorité des individus exécutés mardi 23 avril – 33 selon Human Rights Watch – est chiite. La rivalité Riyad – Téhéran et plus globalement la rivalité sunnite – chiite permet à l’Arabie saoudite d’éliminer des opposants politiques sous couvert de lutte contre le terrorisme. Dans ce pays sunnite abritant une minorité chiite qui représente selon des estimations entre 10 et 15% des 32 millions de Saoudiens, la peine de mort sert ainsi les intérêts politiques de Riyad. En effet, l’Arabie saoudite, qui a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran depuis 2016, accuse la République islamique d’ingérence dans certains pays du Golfe et de tentative de déstabilisation de la région. Cette décision d’exécuter des Saoudiens pour la plupart chiites provoquera certainement une escalade de tensions avec la République islamique.

Riyad est très souvent pointé du doigt concernant le respect des droits de l’homme. Au moment de leur procès, trois des condamnés étaient mineurs, ce que considère « odieux », le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet. Selon Amnesty International, le nombre de personnes exécutées depuis le début de l’année 2019 s’élève à 104. Ce chiffre suscite l’inquiétude. Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la peine de mort au sein d’Amnesty International a déclaré : « Globalement, l’ordre de grandeur du nombre annuel d’exécutions dans le pays a toujours oscillé entre 145 et 150 ces dernières années. Mais en être déjà à 104 en avril présage d’une année particulièrement noire pour 2019… ». Toujours selon l’ONG, Riyad est le pays où les exécutions sont les plus nombreuses après la Chine et l’Iran.

L’Arabie saoudite clame être en guerre contre « toutes les formes de terrorisme ». La pétromonarchie, victime au début des années 2000 d’une vague de terroristes est en effet parvenue à contenir la menace des groupes djihadistes mais n’a pas réussi à les éradiquer complètement.

Pétrole iranien : la nouvelle décision de Donald Trump

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Lundi 22 avril 2019, le président américain Donald Trump a annoncé sa volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes à partir du 2 mai, afin de « priver le régime de sa principale source de revenus ».

Depuis le mois de novembre 2015, le président américain, après être sorti unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien, avait déclaré le retour des sanctions à l’égard de l’Iran. Les Etats-Unis, tout en sanctionnant le pétrole iranien, avaient tout de même accordé quelques dérogations. En effet, huit pays pouvaient encore importer du pétrole brut iranien. Il s’agit de la Chine, de la Corée du Sud, de la Grèce, de l’Inde, de l’Italie, du Japon et de la Turquie. Or, ces dérogations prendront fin dès le mois de mai prochain sous peine de sanctions. Parmi ces pays, la plupart sont des alliés américains et il apparait peu crédible que ces derniers résistent à la décision américaine. Quant à la Turquie, son ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir que le pays n’accepterait pas cette décision : « La Turquie est opposée à ce type de contraintes, elle l’exprime depuis le début, et nous ne les acceptons pas ». Pour autant, le volume de pétrole acheté par Ankara à Téhéran est peu important. En définitive, seules la Chine et l’Inde, en tant que puissances significatives, sont en mesure de questionner le choix américain. Par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, Pékin s’est insurgé contre ces « sanctions unilatérales » qui « augmenteront inévitablement l’instabilité du Moyen-Orient et du marché pétrolier global ». Plus prudemment, New-Dehli a tenu à rassurer sa population sur la sécurité de « l’approvisionnement des raffineries indiennes en pétrole à partir de mai 2019 ».

Si la volonté de réduire à néant les exportations iraniennes semble difficile à atteindre, il n’en reste pas moins que cette action politique de Donald Trump sera lourde de conséquences pour Téhéran. Pour le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, « la campagne de pression » américaine sur l’Iran a déjà porté ses fruits : le chef de la diplomatie estime que « les sanctions ont privé le régime de beaucoup plus de 10 milliards de dollars ». La décision iranienne a fait grimpant les cours du pétrole brut. Après une augmentation de 3%, ils atteignent dorénavant 74,28 dollars, ce qui correspond à leur plus haut niveau depuis le début de l’année 2019. Dans un pays où les ventes de pétrole représentent traditionnellement 60 à 70% des exportations iraniennes, le retrait américain du JCPoA a déjà ébranlé l’économie iranienne qui ne cesse d’être fragilisée. Sans surprise, la population iranienne représente la première victime de cette décision. Le marasme économique que connait le pays a engendré une inflation supérieure à 25%. Alors que le pays subit depuis quelques semaines des inondations importantes, il n’est pas en mesure de recevoir l’aide financière étrangère du Croissant-Rouge du fait des sanctions américaines.

Du côté de la communauté internationale, l’Arabie et les Emirats arabes unis accueillent d’un bon œil la décision américaine. En effet, Riyad et Abu Dhabi, à l’instar des Etats-Unis, entendent réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient, leur principal rival dans la région. De fait, le royaume wahhabite a appelé mardi 23 avril 2019 à maintenir la pression exercée sur l’Iran afin que le pays cesse sa « politique de déstabilisation ». Les pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, restent attachés à cet accord mais surveillent d’un œil attentif les agissements américains. Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères a déclaré : « Avec ses partenaires européens, la France entend poursuivre ses efforts pour que l’Iran tire les bénéfices économiques liés à la levée des sanctions aussi longtemps qu’il respectera l’ensemble de ses obligations nucléaires ».