Turquie : les migrations au cœur des enjeux internationaux

Publié initialement dans le magazine Diplomatie.

Par Jean Marcou, chercheur associé à la FMES

Située au carrefour des Balkans, du Caucase et du Moyen-Orient, la Turquie est dans son essence même un pays de migrations (1). À partir de la fin du XVIIIe siècle, le recul de l’Empire ottoman, en particulier dans les Balkans et le Caucase, a d’importantes conséquences démographiques qui contribuent à transformer les populations anatoliennes, avec l’accueil de ceux qu’on appelle les muhadjirs (« émigrants »). En 1923, l’avènement de la République s’accompagne de l’échange forcé de populations gréco-turques prévu par le traité de Lausanne ; c’est l’époque de l’arrivée des mübadil (« échangés »). Par la suite, jusqu’au milieu du XXe siècle, des flux migratoires se poursuivent, alimentant la population de la jeune république en göçmen (« immigrants »), des Turco-musulmans venant principalement des Balkans. La guerre froide gèle, en partie et pour un temps, le processus migratoire qui renait au moment de l’effondrement du bloc communiste avec la Büyük gezi (« Grande excursion »), c’est-à-dire la venue massive de Turcs de Bulgarie, chassés par le régime finissant de Todor Jivkov.

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