Du 20 au 22 mai 2026, les auditeurs de la 4ᵉ session des Hautes Études Maritimes se sont retrouvés à Lisbonne au Portugal, pour un séminaire consacré à la dimension européenne et internationale de la mer.
Il a été structuré autour de quatre temps forts :
- une rencontre avec l’ambassadrice de France et les chefs de service de l’ambassade ;
- une brillante conférence de l’amiral Silva Ribeiro, ancien chef d’état-major des armées portugaises ;
- une visite à l’agence européenne de sécurité maritime (EMSA) ;
- une visite au centre opérationnel d’analyse du renseignement maritime pour les stupéfiants (MAOC (N)).
C’est à Ambassade de France au Portugal, à Lisbonne, que les auditeurs de la 4ème session des hautes études maritimes ont démarré leur module consacré aux relations internationales et européennes de la Mer. Celui-ci a été lancé par Madame Hélène Farnaud-Defromont, ambassadrice de France au Portugal, qui a permis de comprendre l’importance de la relation franco-portugaise. Cette dernière a été encore renforcée avec l’entrée en vigueur, il y a quelques semaines, du traité d’amitié et de coopération entre les deux pays. Celui-ci a permis de mettre l’accent sur la coopération militaire et les industries de défense, sur le développement des interconnexions électriques et sur la transition vers « une économie bleue durable » dans l’océan Atlantique. Madame l’Ambassadrice a souligné la très grande convergence de vue entre Français et Portugais et l’exceptionnelle qualité de nos relations. Après son exceptionnel redressement économique, le Portugal rencontre, néanmoins, des difficultés liées à une économie encore très soutenue par l’Europe, un fort vieillissement de sa population et une émigration encore massive avec 3 jeunes diplômés sur 5 qui quittent le pays après leurs études. L’économie bleue est très importante au Portugal. Ce point présenté par Diane Fattelay, cheffe du service économique de l’ambassade, a permis de réaliser l’importance du secteur maritime, 3ᵉ secteur économique du pays. C’est le tourisme qui représente la part la plus importante (57 % du CA) devant la transformation et la commercialisation des produits de la mer. Comme pour la France, la mer est un élément central du territoire portugais avec la 3ème ZEE européenne (1,7 millions de km2) qui explique le fort engagement Portugal en faveur de la protection des Océans. La France et le Portugal ont une approche convergente sur ce sujet et ont même signé une déclaration commune sur l’océan lors du sommet mondial des océans, à Nice, l’année dernière. Le Portugal sera, d’ailleurs, l’invité d’honneur lors de la Sea Tech Week de Brest en octobre 2026. La dimension stratégique et navale du Portugal a été traitée par le capitaine de frégate Stéphane BOUBEKER, attaché de défense. La France est le 3ᵉ partenaire militaire du Portugal après les USA et l’Espagne. La coopération entre les deux marines est déjà ancienne et de confiance. Les deux pays s’entraident en Atlantique où ils ont des intérêts communs comme pour la prévention de la menace russe ou la sécurité maritime dans le golfe de Guinée. Avec un budget militaire en hausse (2% du PIB en 2026), le Portugal s’est engagé dans un fort renouvellement de sa flotte avec la construction d’un navire porte-drone (Roumanie), l’acquisition de deux pétroliers ravitailleurs de 10 000t (Turquie), de six patrouilleurs de haute mer et de patrouilleurs côtiers. Le Portugal réfléchit actuellement à l’acquisition de 2 sous-marins supplémentaires.



Ils ont ensuite bénéficié d’une remarquable présentation de l’amiral Silva Ribeiro, ancien chef d’état-major des armées portugaises qui leur a partagé sa vision sur le besoin de définir une stratégie navale pour l’Atlantique Nord ambitieuse, dans laquelle le Portugal et la France, par leur position et leurs intérêts stratégiques dans la zone, pourraient jouer un rôle moteur au sein de l’Union européenne et de l’OTAN.
Les auditeurs de la 4ème SHEM se sont également rendus à l’EMSA (European maritime security agency) pour une matinée d’approfondissement du fonctionnement et des missions de cette grande agence européenne du maritime et pour bénéficier d’un point de situation sur les règles mises en place par l’Europe pour encourager la décarbonation des flottes marchandes. C’est Radina Russeva, responsable de la communication, qui a introduit cette matinée très riche en présentant les grandes missions de l’EMSA. La première consiste dans l’assistance scientifique avec la publication de nombreuses études comme des rapports sur les carburants synthétiques ou les risques liés à l’emploi de l’ammoniac. L’EMSA remplit aussi des missions d’assistance technique au contrôle des navires dans les ports et a développé une base de données, Thetis, qui permet de coordonner les inspections de sécurité des navires faisant escale dans les ports des États membres. Cette base de données classe les navires par « profil de risque », qui détermine ensuite une périodicité des contrôles dans les ports. L’EMSA assure aussi un support opérationnel en mettant à disposition des Etats des drones aériens (« renifleurs » des émissions des navires) ou sous-marins (détection de menaces pour la sécurité maritime ou l’environnement) mais aussi des moyens de lutte antipollution comme des navires, des stocks de dispersants ou des drones (détection des polluants). L’EMSA ce sont aussi des systèmes de surveillance maritime comme SafeSeaNet qui permet d’accéder aux données de la sécurité maritime hébergées par les Etats membres ou des systèmes spatiaux comme CleanSeanet (identification des pollutions). Les auditeurs ont aussi bénéficier grâce à l’intervention de FREDERIC HEBERT, chef de l’unité « Durabilité » d’un briefing précis sur la décarbonation. C’est l’EMSA qui est chargée de la mise en œuvre des réglementations européennes visant la décarbonation du secteur maritime européen. Les objectifs sont ambitieux et les flottes européennes vont devoir redoubler d’efforts au cours des prochaines années pour atteindre les objectifs climatiques et environnementaux de l’UE. L’UE est devenue le premier ensemble de pays à fixer un prix du carbone sur les émissions de gaz à effet de serre des navires avec l’extension du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) au transport maritime en 2024. Ces recettes financent le Fonds pour l’innovation, l’un des plus grands programmes au monde en faveur des technologies innovantes à faible intensité de carbone, avec plus de 300 projets liés au transport maritime déjà soutenus. Parallèlement, le Règlement maritime FuelEU, en vigueur depuis janvier 2025, encourage l’utilisation de carburants et de solutions énergétiques bas carbone.



Pour terminer ce passionnant séminaire, les auditeurs se sont rendus au MAOC (N). Ce centre est une initiative lancée par huit États membres de l’Union européenne (la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et le Portugal) ainsi que le Royaume-Uni, cofinancée par le Fonds de sécurité intérieure de l’Union européenne. Il offre un cadre de coopération multilatérale visant à lutter contre le trafic illicite de stupéfiants par voie maritime et aérienne. Le MAOC (N) est composé d’officiers de liaison nationaux représentant les autorités policières, douanières, militaires et maritimes des nations européennes participantes, ainsi que d’officiers de liaison permanents des États-Unis (la Drug Enforcement Administration et la Joint Interagency Task Force – South).nLa philosophie, les méthodes de travail et les opérations du MAOC (N) visent à réduire au minimum la bureaucratie tout en optimisant l’activité opérationnelle. Outre les renseignements et les moyens navals et aériens fournis par ses pays partenaires, le succès du MAOC (N) est également attribué à d’autres facteurs, notamment son modèle de fonctionnement dans lequel les officiers de liaison issus des autorités civiles et militaires travaillent côte à côte dans une transparence et une parité totales, collaborant à la poursuite d’un objectif commun.


Au terme de ce passionnant séminaire dans un pays voisin à la riche histoire maritime, les auditeurs de la 4ème session des hautes études maritimes ont pu s’enrichir d’autres approches sur des problématiques déjà abordées lors des séminaires dans l’hexagone. Ils se retrouveront le 24 juin à Marseille pour un dernier séminaire qui sera l’occasion de la cérémonie de clôture de la session durant laquelle ils présenteront leurs rapports d’études intitulé « Quelles stratégies sectorielles pour la stratégie maritime de la France ? »