RETOUR SUR LE 4ÈME SÉMINAIRE DE LA SESSION 2026

Module II : Agir pour l’Afrique

Session 4 : Militer pour l’Afrique 

Le quatrième séminaire de la Session des Hautes Études Géopolitiques Africaines s’est tenu les 16 et 17 avril 2026 avec pour thème « Militer pour l’Afrique ». Les interventions ont permis aux auditeurs d’en apprendre davantage sur les droits de l’homme, le panafricanisme, les médias africains et internationaux ainsi que la stratégie américaine sur le continent.

La première journée s’est ouverte avec l’intervention de Madame Abigail Gérard Baldé (chercheuse en droit international humanitaire et des droits de l’homme) sur la situation des droits humains en Afrique et les mécanismes de lutte contre l’impunité. Elle a d’abord posé le cadre juridique international et régional avant de mettre en lumière le poids souvent méconnu du continent africain dans la construction de la justice pénale internationale. La CPI compte en effet 33 États africains parmi ses 125 membres, contre 19 États d’Asie-Pacifique et 25 d’Europe occidentale, avec une contribution déterminante dès sa création, portée notamment par le tandem franco-sénégalais. Revenue sur les dates clés de la relation entre la CPI et l’Afrique, elle a analysé les limites structurelles des mécanismes régionaux et internationaux. Sur les 34 États de l’union africaine ayant ratifié le protocole de la Cour africaine, seuls 8 reconnaissent sa compétence pour les individus et ONG, limitant considérablement son accessibilité. La CPI, malgré ses apports jurisprudentiels réels, reste quant à elle un instrument soumis aux rapports de force politiques. Elle a ensuite détaillé le fonctionnement et les défis de la Cour pénale spéciale de Centrafrique, modèle hybride suscitant un intérêt croissant sur le continent, notamment en RDC. Elle a conclu par un tour d’horizon des violations des droits humains documentées sur le continent, des exactions au Sahel, en passant par les violences sexuelles systématiques à l’est de la RDC, au génocide en cours au Darfour à la répression croissante des personnes LGBTQIA+. 

La matinée s’est poursuivie avec l’intervention de Monsieur Claude Wilfried Ekanga (acteur politique camerounais et auteur du livre « Tu dois t’impliquer »), qui a proposé une approche du panafricanisme et du néo-panafricanisme. Il a défini le panafricanisme comme une idéologie reposant sur la reconnaissance d’une origine commune des Africains, mais également comme une idéologie née d’une analyse historique de rejet et de domination. Il a retracé les différentes phases de son évolution en distinguant le panafricanisme originel, le panafricanisme intermédiaire marqué notamment par l’influence de figures comme Kwame Nkrumah et une certaine relocalisation du mouvement en Afrique, puis le néo-panafricanisme. Il a rappelé que la première grande conférence panafricaine organisée en Afrique remonte à 1958, dans un contexte où les années 1960 étaient marquées par une volonté forte de créer des institutions panafricanistes destinées à structurer et diffuser cette idéologie. Enfin, il a mis en avant le néo-panafricanisme comme une nouvelle manière de penser et de pratiquer ce courant, qui, tout en poursuivant l’objectif de sortie de la domination et d’établissement de relations d’égal à égal avec le reste du monde, se caractérise par une appropriation par les peuples africains eux-mêmes :  ce ne sont plus les élites mais le peuple africain qui revendique ce panafricanisme. Dans cette perspective, il a présenté l’Alliance des États du Sahel comme une illustration contemporaine d’un projet panafricaniste porté par les dynamiques populaires.

Enfin, la journée s’est poursuivie avec l’intervention de Théophile Kouamouo (journaliste, producteur et coprésentateur du programme TV Décrypter l’Afrique) sur les nouveaux médias et les espaces publics africains. Il a mis en lumière la transformation rapide des médias africains sous l’effet du numérique, marquée par la montée en puissance des influenceurs et la fragilisation des médias traditionnels. Porté par une jeunesse ultra-connectée, avec 60% de la population africaine âgée de moins de 25 ans, le continent adopte rapidement de nouvelles pratiques numériques. Cette évolution soulève toutefois d’importants enjeux de qualité et de déontologie. L’information professionnelle reste coûteuse, tandis que les influenceurs sont souvent peu ou pas soumis à des règles déontologiques. Parmi les pistes évoquées figurent la création de labels d’influenceurs responsables et le renforcement des collaborations entre journalistes et influenceurs.

La deuxième journée a débuté par une intervention de Madame Florence Boyer (Directrice de l’Unité de Recherches Migrations et Société) sur les migrations en Afrique de l’Ouest. Son exposé a permis de dépasser la vision classique qui réduit les mobilités aux seules migrations vers la Méditerranée, en rappelant que la région est traversée par une longue histoire de circulations intra-africaines, constituant de véritables ressources économiques pour des villes comme Agadez. Ce modèle a été profondément perturbé par la loi nigérienne 2015-36, adoptée sous pression européenne, qui visait à mettre fin à la circulation des populations vers la Libye et l’Algérie, entravant ainsi la mobilité des étrangers comme des nationaux sur le territoire nigérien. Dans ce contexte, les expulsions massives de migrants se sont multipliées et tendent à devenir un outil de gestion des populations étrangères et de la main-d’œuvre. Des pays comme l’Algérie et la Mauritanie sont aujourd’hui non seulement des pays de transit, mais également des pays de destination, ce qui s’accompagne de dynamiques d’expulsions importantes, notamment en Mauritanie où plus de 40 000 personnes ont été expulsées. Madame Boyer a enfin abordé les recompositions en cours liées à la création de l’Alliance des États du Sahel. Récemment, la loi 2015-36 a été abrogée, réaffirmant le principe de libre circulation. Toutefois, le contexte sécuritaire fragilise fortement de nombreuses routes migratoires, désormais moins empruntées ou en situation de « sommeil », tandis que l’on observe une augmentation des mobilités aériennes.

La matinée a continué avec une présentation plus large abordant le rôle des États-Unis en Afrique, dans le cadre de la stratégie de la nouvelle administration Trump. Monsieur Patrick Ifonge (expert des enjeux africains, éditeur & directeur exécutif d’Illmatik) a mis en évidence une rupture majeure opérée depuis 2025, marquée par le démantèlement des instruments traditionnels de soft power au profit d’une approche plus directe et transactionnelle. Désormais, la politique américaine s’inscrit dans une logique “America First”, centrée sur la sécurisation d’intérêts stratégiques, notamment l’accès aux ressources critiques. Contrairement à la stratégie de Pékin, les États-Unis privilégient une approche ciblée et sélective, articulée autour de projets structurants comme le corridor de Lobito. L’intervention a également souligné l’émergence de nouveaux leviers d’influence, notamment dans le domaine de la santé, désormais utilisée comme outil de projection stratégique et de captation de données. Cette reconfiguration des rapports de puissance a des conséquences importantes pour les États africains, dont les marges de manœuvre se trouvent réduites, mais aussi pour la France et l’Europe, confrontées à la nécessité de redéfinir leur positionnement face à une rivalité sino-américaine de plus en plus structurante sur le continent.

Enfin, la dernière intervention portait sur un panorama des médias internationaux, privés et communautaires en Afrique. Ousmane Ndiaye (journaliste et auteur du livre « L’Afrique contre la démocratie ») a présenté les principaux acteurs de cet écosystème, en soulignant le poids historique de la France à travers des médias comme RFI ou France 24, mais aussi la montée en puissance d’acteurs tels que la Chine, la Turquie ou la Russie. Ces derniers déploient des dispositifs offensifs, étroitement liés à leurs stratégies économiques et politiques. L’intervention a également mis en lumière le rôle croissant des médias africains et des diasporas. Si les médias publics africains restent encore contraints par des moyens limités, ils gagnent progressivement en légitimité. Parallèlement, les radios communautaires et les plateformes diasporiques jouent un rôle essentiel de lien social, d’expression politique et parfois de contre-pouvoir face aux États. Cette diversité d’acteurs témoigne de la complexité croissante de l’espace informationnel africain et de ses enjeux stratégiques.

Lors de ces deux journées les auditeurs ont également eu le temps d’avancer sur leur rapport d’étude. Cela a été l’occasion de discuter de la terminologie et des grilles de lecture des souverainismes. 

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