Le sultanat d’Oman, porte d’entrée du golfe Persique

Discret et peu médiatisé, le sultanat d’Oman est au cœur de la crise du détroit d’Ormuz qui oppose les Etats-Unis à l’Iran depuis le 28 février 2026, dans le contexte d’un cessez-le-feu très fragile entre les deux belligérants. Oman reste le gardien théorique du détroit d’Ormuz puisqu’il contrôle le cap du Ras al-Musandam et la quasi-intégralité du rail de navigation entrée et sortie du golfe Persique. Téhéran n’a pas hésité à frapper le territoire omanais et exerce de très fortes pressions sur Mascate pour mettre en place un condominium irano-omanais contrôlant l’entrée et la sortie du détroit, déniant le principe de libre passage érigé par le droit international. L’Iran souhaite imposer une redevance pour l’ensemble des navires qui l’emprunteraient. Ce condominium vise à imposer une nouvelle route maritime qui passe par les eaux territoriales de l’Iran pour permette aux Iraniens d’inspecter les navires qui leur sembleraient suspects, mais aussi pour interdire le passage de navires jugés hostiles. Les Etats-Unis, de leur côté, insistent pour conserver le principe du libre passage et de sa gratuité. Ils affirment se tenir prêts à continuer d’imposer le filtrage du détroit et le blocus maritime des ports iraniens aussi longtemps que cela sera nécessaire à leurs yeux. Dans son style tonitruant habituel, Donald Trump a menacé à plusieurs reprises de bombarder Oman qu’il accuse de faire le jeu de l’Iran, alors qu’il s’agit d’un allié de longue date de Washington et d’un intermédiaire respecté lors des négociations entre la Maison Blanche et Téhéran.

Les Omanais sont pris entre deux feux. D’une part ils ressentent leur vulnérabilité à l’égard de Téhéran qui a montré qu’il n’hésitait pas à frapper ceux qui lui résistent. D’autre part, ils veulent apparaître respectueux du droit international et réfutent le principe de droits de passage. Ils savent que c’est leur image qui est en jeu, élément capital de leur soft-power. Les Omanais essaient de dégager des marges de manœuvre par rapport aux pressions américaines et iraniennes, en se tournant notamment vers leurs partenaires européens. Le sultan Haïtham ben Tariq, qui a consolidé son pouvoir sur la scène intérieure, vient d’effectuer une visite d’Etat en France (29-30 juin 2026) au cours de laquelle d’importants accords économiques et industriels ont été signés, notamment avec Suez et CMA-CGM. Cette visite peut être interprétée à la fois comme une main tendue à la France, un signal d’agacement en direction des Etats-Unis et du Royaume-Uni (les deux partenaires historiquement les plus influents à Oman), et un moyen de réengager intelligemment les Européens, via Paris. Oman reste cependant très réticent à l’égard du projet de mission de sécurisation maritime du détroit d’Ormuz poussé par la France et le Royaume-Uni qui irrite l’Iran.

La France pourrait aider les Omanais à identifier les opportunités qui s’offrent à eux car la crise du détroit d’Ormuz leur offre paradoxalement une opportunité historique de diversification économique dans les domaines de la connectivité et du maritime, tout particulièrement au niveau du hub de Doqum. Oman est en effet idéalement situé avec un accès direct à la fois sur l’océan Indien, le golfe Persique et la péninsule Arabique, ce qui lui permet de court-circuiter les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb considérés comme problématiques. C’est la raison pour laquelle Riyad a signé avec Oman plusieurs projets structurants (oléoduc, axes routier et ferroviaire) visant à relier le royaume saoudien au hub de Doqum. Le pouvoir omanais fait toutefois très attention à ne pas créer d’irritants trop vifs avec l’Iran et les Emirats Arabes Unis qui sont ses deux voisins les plus complexes à gérer. Il reste ancré sur ses deux fondamentaux : d’une part, une diplomatie active et neutre visant à promouvoir la stabilité régionale en continuant de jouer le rôle d’intermédiaire fiable, même si l’hégémonie iranienne qui se met en place rend cette posture d’équilibre plus difficile à tenir ; d’autre part, un contrôle bienveillant mais strict de la population, pour acheter la paix sociale et promouvoir une image de tolérance vis-à-vis des minorités (y compris religieuses) qui sont autant de leviers actionnables par les adversaires potentiels de la monarchie omanaise.

Partager sur les réseaux sociaux

Rejoignez-nous

La newsletter FMES

Déposez votre mail pour vous abonner à notre newsletter mensuelle
et autres mailings (conférences, formations, etc.)

La newsletter FMES

Déposez votre mail pour vous abonner à notre newsletter mensuelle
et autres mailings (conférences, formations, etc.)