L’Atlantique est un océan un peu oublié ces dernières années par la réflexion stratégique. Il paye le prix de l’illusion de la « fin de l’Histoire » mais aussi de son déclassement économique au profit des océans Indien et Pacifique où le centre de gravité de notre monde s’est largement déplacé.
Pourtant, l’Atlantique conserve une dimension stratégique majeure, principalement pour l’Europe mais aussi les États-Unis dont les intérêts sont toujours étroitement liés à cet océan, qu’ils le veuillent ou non.
L’Atlantique est parcouru par d’importantes routes maritimes reliant l’Amérique du Nord à l’Europe et à l’Afrique. Les menaces pesant sur le trafic maritime en mer Rouge ont fortement accru la part de l’Atlantique dans le commerce maritime mondial en raison du contournement des navires par l’Afrique du Sud. Actuellement, 20 % du commerce maritime mondial transite par l’Atlantique nord, illustré par la forte dépendance de l’Europe dont 90 % des approvisionnements énergétiques et industriels passent par la mer.
L’Atlantique, c’est aussi la mer historique où les premiers câbles sous-marins ont vu le jour à l’époque de la reine Victoria. Cet océan représente 30 % des câbles sous-marins numériques mondiaux. Plus de 50 % du trafic internet transocéanique transite par l’Atlantique Nord.
L’Atlantique est le berceau de la plus grande alliance militaire que le monde ait jamais connue, avec le traité de l’Atlantique Nord (OTAN) signé en 1949. Les pays de l’OTAN consacrent 1500 milliards de dollars en dépenses militaires (+20 % depuis 2024), ce qui représente 50 % des dépenses mondiales. Avec un commandement maritime (MARCOM) basé à Northwood (GB), les grandes priorités de l’OTAN sont désormais la dissuasion contre la Russie, la préparation d’un conflit en Arctique, la défense antimissile en particulier dans la région du pôle et la guerre des mines.
La flotte sous-marine russe est le grand enjeu du moment en Atlantique nord compte tenu de la menace qu’elle fait peser sur les composantes nucléaires occidentales, les liens logistiques entre l’Amérique du nord et l’Europe et la sécurité du continent européen. La maitrise de l’Atlantique, étendue au milieu sous-marin, est la grande mission des marines de l’OTAN. C’est à cette fin que, l’OTAN, veille à contrôler le GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni) qui est un point d’étranglement stratégique en Atlantique Nord. En assurant la surveillance de ce passage maritime, les marines occidentales contrôlent les mouvements des sous-marins russes basés dans la péninsule de Kola pour sortir de l’Arctique. Ce contrôle est assuré par le déploiement permanent de moyens navals et aériens, mais aussi par des capteurs sous-marins SOSUS (Sound Surveillance System) sous contrôle américain, permettant de détecter la présence de sous-marins grâce à l’analyse des bruits émis.
L’Atlantique Nord a aussi comme caractéristique d’être un espace fortement territorialisé. Cette caractéristique date des années 70 avec les premières exploitations massives de pétrole et de gaz en mer en mer du Nord comme les gisements géants d’Ekofisk (1969) et de Frigg (1978). Le pic de production carbonée de la mer du Nord a été atteint en 2000 et ces exploitations sont désormais en déclin. Elles sont remplacées par une nouvelle production d’énergie marine, encore plus gourmande en espace mais plus propre, l’éolien offshore. L’Atlantique nord représente désormais la plus forte concentration de parcs éoliens avec des projets considérables. Parmi les cinq plus importants pays producteurs d’énergie éolienne en mer, quatre sont en Atlantique avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France. Le Royaume-Uni est devenu le leader mondial de cette énergie avec des parcs immenses (dont Hornsea One, plus grand parc éolien en mer au monde, ou London Array) et un grand nombre de sites en construction. Ces installation présentent des vulnérabilités importantes face à l’hypothèse d’attaques hybrides.
La territorialisation des espaces maritimes ce sont aussi les aires marines protégées (AMP). Ainsi, la Convention OSPAR (pour la protection de l’Atlantique Nord-Est) a permis la création de six aires marines protégées en eaux profondes en 2010, couvrant environ 285 000 km². Une autre AMP de 600 000 km² a été ajoutée en 2021. Elles s’ajoutent aux nombreuses autres AMP relevant des réglementations européenne (Natura 2000) ou nationale comme les réserves naturelles ou les parcs naturels marins pour la France.
Le dernier enjeu majeur de cet océan est celui du narcotrafic. L’Atlantique est l’océan le plus concerné par le transit maritime de produits stupéfiants qui, notamment, est en train d’inonder l’Europe (on évalue à 1000 tonnes de cocaïne le trafic vers l’Europe). Pour faire face à ce « tsunami blanc » en provenance d’Amérique latine, l’Europe et la France déploient des moyens considérables qui sont malheureusement largement insuffisants. En effet, seuls 20 % des « cibles » identifiées en mer peuvent faire l’objet d’une interception effective. La lutte contre ce trafic, qui est instrumentalisé par certaines puissances et par des réseaux criminels, est devenu existentielle pour nos démocraties.