Edito Novembre 2021

L’équipe de direction de l’Institut

Le mois de novembre a été marqué par plusieurs évènements qui illustrent la recomposition rapide du monde qui s’opère.

Le 15 novembre, Joe Biden et Xi Jinping se sont entretenus en tête-à-tête pendant plus de trois heures, abordant très certainement de nombreux sujets de dissensions entre les États-Unis et la Chine. Ce qui est marquant n’est pas qu’ils l’aient fait, car de tels sommets sont communs, mais qu’ils aient largement communiqué sur cet évènement et annoncé ensuite un accord bilatéral sur la réduction des gaz à effet de serre, au moment même où la COP-26 tentait péniblement d’arracher un accord global. Le message est clair : les deux dirigeants les plus puissants de la planète s’entendent pour dialoguer et négocier entre eux les grands dossiers stratégiques.  Il s’agit de maitriser les risques de tensions, de dérapages et d’escalade en Asie, notamment sur la question de Taïwan, mais également de donner le la sur les dossiers transnationaux comme le climat, la Covid et si possible l’économie mondiale.   Ces prémices de duopole rappellent la logique du téléphone rouge mis en place au plus fort de la précédente guerre froide entre Moscou et Washington par Kennedy et Khrouchtchev. Indubitablement, Joe Biden et Xi Jinping semblent vouloir éviter le fameux piège de Thucydide qui conceptualise la tendance au conflit entre une puissance grandissante et une puissance installée. Le combat des rapports de force est en marche, mais les deux protagonistes souhaitent qu’il reste sous contrôle, quitte à définir des zones d’influence respective voire à se partager le monde.

Vladimir Poutine a parfaitement saisi le message et s’est rappelé au bon souvenir de ces deux interlocuteurs en ordonnant dans la foulée la destruction de l’un de ses vieux satellites, testant par là-même l’un de ses missiles de nouvelle génération. Il a de ce fait répandu en orbite basse une quantité importante de débris susceptibles de menacer la station spatiale internationale, rappelant ainsi qu’il disposait désormais d’un vecteur crédible pour l’interception de missiles balistiques comme de satellites, et qu’il était également capable de jouer les perturbateurs spatiaux si les États-Unis et la Chine s’entendaient sur son dos. Le message s’adressait clairement au nouveau duo stratégique qui a relancé tous deux la course à l’espace avec pour objectif de distancer les Russes et les Européens. Pékin est d’ailleurs en train d’assembler sa propre station spatiale internationale et progresse sur la technologie des missiles hypersoniques comme l’a confirmé le chef d’état-major des armées américain, le général Mac Milley, comparant cet essai au lancement en octobre 1957 par l’URSS du premier satellite artificiel, Spoutnik.

Les dirigeants européens, tétanisés par la gestion de la crise sanitaire, la crise des migrants transitant cette fois par la Biélorussie et le déploiement de 100 000 soldats russes à la frontière ukrainienne n’ont pas semblé réagir. Disposant pourtant d’atouts incomparables en termes d’innovation et de technologie (la visite des auditeurs des SMHES à l’ONERA ce mois-ci l’a parfaitement illustrée), l’Europe semble anesthésiée face à un monde qui ne ressemble pas à ses prévisions.

De leur côté, les pays du Moyen-Orient et de la rive sud de la Méditerranée comptent les points pour savoir vers qui, au bout de compte, se tourner pour assurer leur sécurité et leur prospérité économique.

La « fin de l’Histoire » chère au professeur Fukuyama est vraiment bien loin.

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