Paris au détour du regard…

Séminaire parisien de la 32ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) avec la 31ème SMHES en appui !

Paris est une fête ! Certes, il ne s’agit pas ici de l’ambiance parisienne décrite dans l’œuvre d’Ernest Hemingway vécue par les écrivains installés à Paris dans les années 1920 mais d’une fête rassemblant deux sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Un caractère exceptionnel était donc donné à ces rencontres car c’est probablement la première fois dans l’histoire de nos sessions qu’un tel événement se produit.  Exceptionnel aussi parce que les 18 derniers mois n’étaient pas propices aux séminaires en présentiel. En effet, les auditeurs de la 31ème SMHES étaient conviés à ce rendez-vous parisien que nous n’avons pas pu réaliser en novembre 2020 compte tenu des circonstances sanitaires interdisant tout rassemblement. C’est d’abord sur l’invitation d’un ancien auditeur à un cocktail dinatoire que la plupart des auditeurs se sont retrouvés le mercredi 17 novembre en soirée avant de poursuivre leurs réflexions de niveau stratégique au cours d’un programme plutôt dense jusqu’au samedi 20 novembre. Ce fut une très belle soirée où les échanges ont d’emblée mis les auditeurs en situation. Ils étaient donc prêts à aller à la rencontre des grandes institutions pour mieux appréhender les mécanismes décisionnels intéressant le plus haut niveau de l’Etat.

Nous avions choisi, pour ces rencontres, un cadre prestigieux avec le cercle national des armées pour décor nous permettant de recevoir nos différents intervenants. Ce séminaire se devait de démarrer avec une présentation complète du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale le jeudi 18 novembre en matinée. Le capitaine de vaisseau Cyril de Jaurias s’est livré à une présentation complète d’un organisme central dans la mise en œuvre des décisions du chef de l’Etat. Les auditeurs ont donc pu mesurer les différents points d’application d’un secrétariat dont les missions sont au cœur des enjeux de sécurité et de défense nationale.  Ils ont, pour la plupart, découvert les mécanismes permettant au chef de l’Etat de rassembler autour de lui de façon hebdomadaire ses grands subordonnés dans le cadre des conseils de défense. Des travaux menés le plus souvent sous contrainte de temps et dont l’objectif est bien de produire des décisions qui engagent les administrations. Chacun aura apprécié les précisions de cette présentation et la profondeur des analyses dans les échanges réalisés à cette occasion.

Pour poursuivre, il était indispensable de disposer d’un état du monde tel qu’il est perçu par la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des armées. Evidemment, à la veille d’assurer la présidence française de l’Union européenne, les travaux conduits par cette direction prennent une dimension singulière où il est facile d’imaginer la très grande mobilisation des acteurs qui les produisent en interaction directe avec d’autres organismes ministériels. C’est le capitaine de vaisseau Ludovic Poitou qui a eu l’immense responsabilité de présenter les grands dossiers de portée stratégique. Une manière de nous placer au cœur de la plupart des dossiers géopolitiques dépassant d’ailleurs l’espace méditerranéen et le Proche ou Moyen-Orient où se concentrent de multiples tensions. Ces tensions confirment le bouleversement des équilibres de puissances dans le monde. A n’en pas douter, les auditeurs des deux sessions y trouveront des sources précieuses pour initier les travaux de la 32ème SMHES et confirmer ou infirmer les analyses déjà formalisées de la 31ème SMHES.   

Cette matinée fut donc très dense et très riche.

Paris est une fête disions-nous en début de propos. Il est vrai que la magie parisienne a pris une forme de fête ne serait-ce qu’au cours d’un simple déplacement pédestre entre le cercle national des armées et les Invalides pour y effectuer la pause déjeuner. Sous un soleil automnal très agréable, en longeant le palais de l’Elysée, le théâtre Marigny, le Grand Palais et en traversant le pont Alexandre III, les auditeurs ne masquaient pas leur plaisir de se retrouver ensemble dans un tel environnement pour y partager leurs réflexions. C’est finalement un peu de notre histoire qui se présente au travers de quelques monuments qui font de Paris l’une des plus belles capitales du monde.

En début d’après-midi, un autre rendez-vous important du programme les attendait avec la présentation de la direction du renseignement militaire par le contre-amiral Nicolas Cailliez. Cet officier général, homme de terrain aux expériences multiples, contribuera assurément à l’évolution de l’une des directions les plus importantes du ministère des armées. Car cette direction interagit avec d’autres organismes dans un cadre interministériel soulignant la dimension globale du renseignement même si le renseignement d’intérêt militaire revêt une singularité dans son utilisation. Liberté de ton donc et précision du propos qui ne laissent pas insensibles. L’habileté et la force de conviction qui se dégagent de cette intervention aura aussi profondément marqué les auditeurs. Elle aura souligné la nécessaire agilité d’un organisme devant s’adapter aux réalités du monde où la conflictualité met en exergue des formes hybrides pour lesquelles la réponse militaire doit s’ajuster en permanence. 

Pour parachever ces présentations à caractère institutionnel, il était nécessaire de faire comprendre aux auditeurs l’action centrée sur les relations internationales menée par l’état-major des armées au profit du chef d’état-major des armées lui-même. Le colonel Fabrice Chapelle a su transmettre aux auditeurs toute l’importance des relations internationales militaires pour mieux agir lorsque des coalitions prennent forme et pour consolider davantage les actions bilatérales ou multilatérales. Elles contribuent elles-aussi à gagner la guerre avant la guerre selon la vision stratégique du chef d’état-major des armées. Les auditeurs ont, à cette occasion, visualisé de façon concrète les cartes d’identité des opérations en cours. Ce fut un bel exemple de géopolitique appliquée où les questions relatives aux conséquences de la crise de la COVID 19 en Méditerranée n’ont pas manqué puisqu’il s’agit du thème d’étude de la 32ème SMHES.

En cette fin de journée, les auditeurs ont été conviés à un cocktail organisé au cercle national des armées en présence des auditeurs de la 31ème SMHES et quelques anciens ainsi que des personnalités appartenant au comité stratégique de l’Institut et des invités industriels et des médias. Ce rendez-vous témoigne du rayonnement de l’institut FMES et constitue aussi une formidable opportunité d’échanger avec des responsables en exercice ou l’ayant été récemment au plus haut niveau des administrations ou des ministères.

Pour clore cette journée, les auditeurs se sont dispersés pour se retrouver pour un dîner convivial permettant de prolonger les débats en s’autorisant ici ou là, malgré tout, quelques digressions… C’est là toute l’alchimie entre les auditeurs qui prend forme dès le deuxième séminaire. Un esprit promo en somme !

Avant de poursuivre la description de ce séminaire, il est sans doute utile de rappeler ici que l’institut FMES organisera, à Toulon, les 27 et 28 septembre 2022, les premières rencontres stratégiques de la Méditerranée. Elles permettront un croisement des regards, géopolitiques, stratégiques et technologiques. Le site de l’Institut présente d’ores et déjà les grands objectifs de ce rendez-vous dont la fréquence sera annuelle. C’est la raison qui nous a conduit, pour ce séminaire parisien, à organiser une visite de l’ONERA [1] car les technologies de ruptures sont et seront potentiellement des déterminants stratégiques et géopolitiques.

Cet office fut créé en mai 1946 avec pour ambition de relancer la recherche aéronautique. En 1963, dans son acronyme, le qualificatif aéronautique est remplacé par celui d’aérospatiale avec le début de la conquête de l’espace où la compétition des puissances était surtout centrée dans un duel entre les Etats-Unis et l’URSS. S’ajoute aujourd’hui la Chine qui en a compris les enjeux fondamentaux.  

Ce vendredi 19 novembre en matinée, monsieur Jacques Lafaye, conseiller de monsieur Bruno Sainjon, président de l’office après avoir été directeur des opérations de la direction générale de l’armement, a tenu à accueillir lui-même les auditeurs pour présenter les grandes missions de l’ONERA. Les auditeurs ont pu apprécier le niveau d’excellence français dans le champ aérospatial et les capacités de notre pays dans le domaine de l’innovation. Face aux transitions multiples vécues par les industries stratégiques, l’ONERA concourt en permanence à l’innovation pour accélérer la performance des équipements aéronautiques ou aérospatiaux. Qu’il s’agisse de l’hypervélocité des missiles, des énergies nécessaires au fonctionnement de moteurs hybrides ou électriques, de la furtivité des futurs équipements pour ne citer que quelques briques technologiques, l’ONERA se positionne parmi les meilleurs à l’échelle mondiale. Au-delà de notre fierté légitime, cela doit nous rappeler que certaines avancées technologiques mises en avant par certains pays doivent parfois être relativisées même si elles méritent évidemment que l’on s’y intéresse. En tout état de cause, dans ce domaine, nous n’avons pas de retard. Les auditeurs ont par ailleurs réalisé une visite dynamique où la passion communicante des présentateurs a favorisé de très nombreux échanges. A l’évidence, nous retiendrons cette visite dans nos futurs séminaires où les technologies de rupture, véritables « game changer » stratégiques, suscitent l’intérêt manifeste de nos auditeurs. C’est un pôle d’excellence d’une exceptionnelle maturité.   

L’après-midi était réservé à une séquence très attendue au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Superbe hôtel particulier dont il est utile de rappeler qu’il fut le premier bâtiment officiel de la République française abritant les services d’un ministère précis, en l’occurrence celui du ministre des Affaires étrangères sous la Monarchie de Juillet (1830 – 1848), il renvoie une certaine image de la France en termes de rayonnement international. Précisons que les travaux de ce ministère furent achevés en 1855 sous Napoléon III. Nos auditeurs, impressionnés, ont parcouru quelques salons où sont notamment reçus les personnalités étrangères avant de rejoindre une magnifique salle de conférence aménagée pour ce temps fort de notre séminaire parisien.

Madame Audrey Lesperres, diplomate ayant une connaissance particulièrement aiguisée des grands enjeux du bassin méditerranéen, a orchestré cette visite au travers de deux ateliers thématiques en laissant un temps d’échange aux auditeurs leur permettant d’interroger les conseillers qui les animaient. Messieurs Guillaume Henry, avec un sujet relatif aux perspectives géopolitiques de la Turquie et Jean-Christophe Augé en abordant la question stratégique du Levant ont évidemment apporté un éclairage précis et très documenté sur des dossiers parfois superficiellement traités à l’extérieur. Ces témoignages illustrent toute l’importance du centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères. Créé en juillet 1973 par monsieur Michel Jobert, alors ministre des Affaires étrangères, ce centre produit des analyses prospectives et des recommandations politiques présentées spontanément ou demandées par le ministre. Il favorise ainsi le débat d’idées et privilégie les échanges avec les Think Tank et les universités. En la circonstance, les auditeurs de la 31ème et la 32ème SMHES et l’institut FMES ont été admirablement servis. L’enthousiasme manifesté par les auditeurs au cours de ce séminaire continuait de croître.    

C’est donc avec le même enthousiasme que la session s’est retrouvée à l’Ecole militaire pour terminer son séminaire le samedi 20 novembre. Dans un contexte marqué par de nombreux bouleversements des équilibres stratégiques, une séquence dédiée au thème de la prolifération nous paraissait utile même si elle parait éloignée du thème d’étude. Les considérations de ce domaine font indéniablement partie des fondamentaux que nous devons inscrire dans le parcours des auditeurs de nos sessions méditerranéennes. Monsieur Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste des questions de la prolifération et du désarmement nucléaire, a réalisé un exposé très complet entrecoupé de très nombreuses questions soulignant ainsi un thème terriblement d’actualité où bien souvent de trop nombreux raccourcis sont pris pour appréhender un sujet d’importance. Ne nous y trompons pas, le risque nucléaire militaire existe et il faut toujours envisager l’impossible mais il faut aussi en relativiser la portée. L’histoire nous a d’ailleurs démontré que le risque balistique annoncé parfois n’était pas aussi caractérisé conduisant d’ailleurs la France à ne pas rejoindre une coalition de circonstance dont l’engagement n’aura pas produit les effets attendus.

Au terme de cette très belle séquence parisienne, la 32ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques poursuit désormais sa route et prend rendez-vous au mois de décembre à Toulon pour mieux apprécier le fait maritime. Nous y rencontrerons bien sûr notre Marine nationale, une force qui assurément tient son rang avec un certain caractère d’assurance pour paraphraser cette célèbre citation du général de Gaulle.

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