Edito février 2022

Par l’équipe de direction de l’Institut

Ce mois de février aura bien sûr été marqué par la guerre ukrainienne dont l’ampleur n’aura étonné que ceux qui négligent les leçons de l’histoire et ont oublié les déclarations et les coups de force de Vladimir Poutine. Dès 2007 lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le maître du Kremlin, après avoir résolu la question tchétchène à son avantage, avait clairement annoncé ses objectifs stratégiques : redonner à la Russie sa place d’acteur incontournable sur la scène internationale, s’entendre avec les Européens sur une nouvelle architecture de sécurité ou à défaut leur faire payer le prix de l’humiliation subie par les Russes après l’effondrement de l’URSS, et s’assurer que la Géorgie et l’Ukraine ne feraient jamais partie de l’OTAN. Force est de constater qu’il s’est montré constant. Aujourd’hui, il réédite quasiment à l’identique le scénario qui lui avait permis de neutraliser durablement la Géorgie en 2008, au moment où se déroulaient les olympiades d’été de Pékin ; dans un étrange effet d’écho, la France assurait alors, comme aujourd’hui, la présidence tournante de l’Union européenne. Cette fois, Vladimir Poutine aura attendu la clôture des jeux olympiques d’hiver de Pékin pour passer à l’acte, non sans avoir mis en scène avec le président Xi Jinping leur vision commune de la sécurité internationale. Le bloc des puissances continentales (Russie-Chine) s’est reformé face aux démocraties occidentales, comme au début de la Guerre Froide. La France est devenue une cible pour le Kremlin, comme en témoigne l’activisme dont celui-ci fait preuve contre elle en Afrique, tout particulièrement au Mali et en République démocratique du Congo.

L’affrontement qui commence aux frontières de l’UE, confirme une forme de naïveté des Européens qui semblent comme désemparés face aux rapports de force désinhibés et à l’emploi d’une violence qu’ils avaient évacuée de leur logiciel intellectuel. Cette séquence révèle également la fragilité de l’administration Biden.  Lors de nos précédents éditoriaux nous avions souligné l’efficacité discrète dont le président américain a fait preuve pour recoller les pots cassés par ces prédécesseurs. Force est de constater qu’empêtré dans ses difficultés intérieures et handicapé par son âge, il n’a pas su répondre au défi posé par son adversaire russe.

La crise ukrainienne présente toutefois quelques mérites. Le premier, c’est de raviver la solidarité atlantique car l’OTAN reste le seul outil conventionnel capable de dissuader Vladimir Poutine de pousser trop loin son avantage, notamment en direction de sa base de Kaliningrad et des États baltes. Le second, c’est de forcer le président turc à choisir son camp ; ses récentes déclarations condamnant très fermement la reconnaissance russe de l’indépendance des provinces du Donbass semblent indiquer qu’il a choisi Washington plutôt que Moscou. Le dernier, c’est l’opportunité d’un électrochoc salutaire qui pourrait enfin faire rentrer les populations européennes dans le monde réel. Le monde n’est pas un parc de loisir.

En tout état de cause, le monde entier regarde les États-Unis et l’Europe pour savoir si nos pays trouveront les ressources pour répondre à ce type d’attaque. En cas de négative il faudra s’attendre à d’autres agressions, de toute forme. En cette période électorale française, une des conséquences devrait être l’insertion de l’augmentation du budget de la défense dans les programmes des candidats.

L’Iran rejoindra-t-il le bloc continental formé par la Chine et la Russie ? Tout dépendra probablement de l’issue des négociations qui se sont accélérées sur le dossier nucléaire à Vienne ce mois-ci. Il semblerait qu’un accord soit sur le point d’émerger, ce qui serait une bonne nouvelle pour la région ; sauf pour Israël qui devra alors s’accommoder d’un Iran proche du seuil nucléaire. Bien conscients de cette nouvelle donne, les dirigeants israéliens ont renforcé leurs liens avec le Maroc et Bahreïn dans le cadre des accords d’Abraham ; ils viennent également de faire leur shopping militaire à Washington. Le mois de mars risque d’être animé.

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