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Les auditeurs de la 6e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » prennent le large pour les Hauts-de-France

Les auditeurs de la 6e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN ont pu appareiller pour les Hauts-de-France sous le pilotage du capitaine de vaisseau Patrick RATIER, commandant la marine à Dunkerque, qui a veillé à leur bon chenalage tout au long de la journée. Après trop de séminaires en visioconférence, ces retrouvailles en chair et en os permises par l’amélioration de la situation sanitaire ont été particulièrement appréciées, malgré les contraintes résiduelles respectées de façon très rigoureuses.

Dès potron-minet après un réveil à quatre heures du matin, les auditeurs – un peu dans le brouillard, mais avec le sourire – ont été accueillis sur le port de Boulogne, plus grand port de France en volume, par son directeur, Alain Cailler, grand ami de l’IHEDN qu’il reçoit tous les ans. Ils ont pu vivre en direct la criée en bénéficiant des explications de son directeur Gildas Dubois, autre ami de la session. Les technologies les plus modernes de cette criée entièrement informatisée ont désormais remplacé les hurlements pittoresques qui régissent encore de nombreuses criées. Mais les poissons fraîchement pêchés dans la nuit et qui remplissaient la halle, eux, n’ont pas changé.

Une criée totalement informatisé

Gildas Dubois avait du mal à cacher sa passion pour les produits de la mer lorsqu’il expliquait aux auditeurs, les différents critères de qualité du poisson en exhibant des yeux étincelants et des ouïes rouge vif.    

Gildas Dubois expliquant les critères de qualité du poisson

Guidée par Alain Cailler, la visite détaillée de la Capécure, premier centre européen de transformation des produits de la mer regroupant 140 entreprises, a définitivement convaincu les auditeurs de l’importance stratégique du secteur de la pêche pour la France et de la dimension des enjeux liés au Brexit.

Lever de soleil sur des auditeurs attentifs dans le port de Calais
Alain Cailler en pleine démonstration devant les auditeurs

À huit heures du matin, ragaillardis par un bon petit-déjeuner boulonnais comportant des produits de la pêche du matin, les auditeurs ont mis le cap vers Calais, leur prochaine escale de la matinée. Philippe Suisse, directeur de la sûreté du port de Calais leur a expliqué les enjeux pour cette ville de l’immigration illégale. En effet, le détroit du Pas-de-Calais, séparant la France du Royaume-Uni, est le dernier obstacle qui sépare de leur « graal » des migrants prêts à tout après plusieurs milliers de kilomètres au péril de leur vie.

Explication de Philippe Suisse, adjoint au directeur de la sûreté du port de Calais

Les auditeurs ont visité les installations de détection des tentatives d’intrusion illégale et constaté la parfaite coopération des gouvernements français et britanniques en matière de contrôle du flux des migrants. La visite menée par Franck Suisse, adjoint de son frère, a montré aux auditeurs le dynamisme économique de ce port en pleine expansion qui inaugurera au mois d’octobre une extension impressionnante avec des infrastructures modernes parfaitement adaptées au nouvel environnement post Brexit.

Les auditeurs ont ensuite repris la route pour Dunkerque afin d’aller visiter le port capable d’accueillir les plus grands navires du monde. Ils ont d’abord été accueillis pour un déjeuner campagnard à l’air libre – COVID oblige – par le sous-préfet de Dunkerque Hervé Tourmente et Daniel Deschodt, président par intérim du directoire du Grand port maritime de Dunkerque (GPMD).

Accueil à Dunkerque par le sous-préfet Hervé Tourmente et Daniel Deschodt président par intérim du directoire du Grand port maritime

La visite guidée du GPMD par Dominique Lammin, chargé des relations publiques, a été une excellente illustration de la présentation faite en visioconférence par son directeur en mars dernier. Les auditeurs ont ainsi pu voir la concrétisation de la stratégie mise en œuvre par le GPMD pour saisir les opportunités de l’économie bleue et faire face à la concurrence des ports étrangers. Le développement d’une économie circulaire et la préservation de la biodiversité constituent deux des principaux piliers d’une politique déterminée de développement durable. C’est dans cette perspective que Norlink Ports, association des ports de la région, met en œuvre une approche commune de développement de cette façade maritime majeure des Hauts-de-France.

Les auditeurs admirant l’impressionnant porte-conteneurs Champs-Élysées de CMA-CGM (22 000 boîtes)

Après une journée bien remplie leur ayant permis de visiter trois ports de nature très différente, les auditeurs ont quitté les Hauts de France avec désormais une bonne connaissance des grands enjeux de l’économie portuaire de la France ainsi que ceux de défense et de sécurité qui y sont rattachés.

Élection présidentielle iranienne : les symptômes d’un raidissement évident

Pierre Pahlavi, directeur adjoint du département des études de la Défense et professeur titulaire au Collège d’état-major des Forces canadiennes de Toronto (CFC). Une version de cet article est également disponible sur le site du Réseau d’analyse stratégique (RAS) du ministère de la Défense nationale du Canada.

À la veille de l’élection présidentielle iranienne qui se tiendra le 18 juin 2021, la République islamique iranienne apparaît plus figée que jamais. Sans doute serait-il prématuré, comme le font certains analystes, d’évoquer une mort prochaine du régime tant celui-ci a démontré, par le passé et jusqu’à récemment, son extraordinaire capacité de résilience. Néanmoins, les conditions dans lesquelles s’est déroulé jusqu’ici le processus de sélection des candidats à la présidentielle témoignent d’une forme de sclérose institutionnelle et de rigidification politique.

Au cours des précédentes échéances électorales, les Iraniens ont pris l’habitude de voir le pouvoir en place disqualifier les prétendants les plus « réformateurs ». Placé sous le contrôle des conservateurs de tous poils, le puissant Conseil des gardiens de la Constitution – dont la fonction est notamment de valider les candidatures – a toujours eu coutume de marginaliser les postulants considérés comme étant les plus anti-establishment. Mais cette année, le Conseil a plus que jamais mis un point d’honneur à écarter les prétendants les moins orthodoxes et les plus populaires. La disqualification d’Ali Laridjani est à cet égard tout à fait symptomatique. L’ancien président de l’Assemblée consultative islamique d’Iran, pourtant homme du sérail et figure historique du camp conservateur, s’est vu écarter en raison de ses prises de position en faveur d’une relance de l’économie, d’une position plus conciliatrice dans le dossier nucléaire et d’une certaine forme de reprise du dialogue avec les États-Unis. Son frère, Sadegh Laridjani, chef du système judiciaire iranien et membre influent du Conseil de discernement (autre institution clef du système islamique), s’est lui-même insurgé contre cette décision qu’il a qualifiée d’inique et d’indéfendable. D’autres figures de proue du clan conservateur dont l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, de même que le vice-président Eshagh Djahanguiri réputés proches des réformateurs, n’ont pas non plus été jugés aptes à concourir à la prochaine élection présidentielle.

Sur les 600 candidats initialement inscrits sur les listes électorales, dont une vaste majorité de conservateurs, seul sept figures du régime se sont vues autorisées à se présenter aux élections présidentielles parmi lesquels Saeed Djallili, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, et Mohsen Rezaei, ancien commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et actuel secrétaire du Conseil de discernement. La plupart des analystes conviennent cependant que sur ces sept « élus », six d’entre eux ne sont en fin de compte que des figurants dont la seule fonction est de servir de faire-valoir pour légitimer l’élection du seul et unique véritable prétendant du régime : L’hodjatoleslam (rang inférieur du clergé chiite)  Ebrahim Raïssi, directeur de la fondation (ou Bonyad) Astan-e Qods-e Razavi, chef du système judiciaire iranien et vice-président de l’Assemblée des experts. Le procédé est si flagrant que la presse iranienne n’hésite plus à le qualifier de “candidat sans rival“.

Favori de l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution islamique, cet ultraconservateur est un farouche partisan de l’application de la Charia et du principe théocratique du Velayet-e faghih hérité de l’ayatollah Khomeini au détriment de la promotion des libertés publiques et des droits individuels. Âgé de 60 ans, Ebrahim Raïssi est un proche d’Ali Khamenei dont il a été élève au séminaire. Figure hautement controversée tant en Iran qu’à l’étranger, Ebrahim Raïssi est, entre autres, tristement célèbre pour le rôle central qu’il a joué à la toute fin de la guerre Iran-Irak dans l’exécution massive de prisonniers et de dissidents politiques (1988). En tant que juge en chef, ce Fouquier-Tinville iranien porte également une responsabilité de premier plan dans la préservation du caractère extrêmement répressif du système judiciaire iranien et dans le fait que seule la Chine exécute un plus grand nombre de prisonniers politiques chaque année que l’Iran.

D’aucuns conjecturent que, en plus de sa probable élection au mois de juin prochain, Ebrahim Raïssi est fortement pressenti pour devenir le prochain Guide suprême de la révolution islamique. Sa position de vice-président de l’Assemblée des experts constitue à cet égard un véritable atout puisque c’est cet organe qui a la charge de choisir les nominations à cette position tant convoitée. Vieillissant et malade, l’ayatollah Khamenei a par ailleurs toutes les raisons de voir en lui un dauphin idéal susceptible de prolonger son propre règne et de pérenniser le régime islamique. En ce sens, l’ascendant que connaît actuellement Raïssi sur la scène politique iranienne est révélateur d’un repli du régime islamique sur lui-même et d’un processus de radicalisation institutionnelle. Pour l’heure, le poste de président de la République iranienne pourrait constituer un marchepied pour accéder à cette fonction souveraine en cas de décès d’Ali Khamenei (82 ans).

En attendant de poursuivre son ascension au sein du système politique iranien, Ebrahim Raïssi promet, s’il vient à être élu président, d’imprimer une orientation autrement plus intransigeante que celle de son prédécesseur, l’ayatollah Rouhani, aux relations de la République islamique iranienne avec les Occidentaux. Certes, et contrairement à ce que l’on a l’habitude de croire en Amérique du Nord et en Europe, le président de la République ne jouit que de pouvoirs très limités au sein du système politique iranien. La Constitution de 1979 restreint considérablement les prérogatives du chef de l’exécutif dont le rôle est le plus souvent réduit à celui de « secrétaire » au service du Guide suprême ; ce dernier reste dans les faits le véritable maître d’œuvre de la politique étrangère et de sécurité de la République islamique. C’est la raison pour laquelle l’ayatollah Khamenei s’assure traditionnellement que n’accèdent à ce poste que des candidats connus pour leur loyauté et leur docilité envers les institutions non-élues du régime et envers le Guide suprême en particulier.

Nonobstant le rôle limité qui sera le sien s’il est élu, il convient de noter que le candidat Raïssi a fait campagne sur le thème de l’intransigeance vis-à-vis des États-Unis et les chancelleries occidentales. Cet hodjatoleslam (rang inférieur du clergé chiite) ne fait pas mystère de son hostilité envers un réchauffement des relations avec les gouvernements occidentaux ou envers la reprise des négociations pour un nouvel accord nucléaire élargi avec les pays du P5+1. Faisant référence aux difficultés économiques extrêmes auxquelles fait actuellement face l’Iran et à la nécessité de trouver une solution pour sortir de cette ornière, Raïssi a repris à son compte la déclaration du Guide suprême selon laquelle les dirigeants iraniens ne devraient pas “ne perdre ne serait-ce qu’une seconde” à essayer de faire lever les sanctions américaines. Dans cette même perspective, Raïssi a aussi déclaré : “Au lieu de chercher à négocier avec l’ennemi, nous devons résoudre les problèmes économiques du pays en gérant correctement les capacités humaines et naturelles du pays.”

Par conséquent, l’élection fort probable d’Ebrahim Raïssi n’augure pas seulement d’un durcissement des relations irano-occidentales, mais aussi d’une certaine forme de bunkerisation du régime islamique. De manière générale, l’issue de la prochaine élection présidentielle promet de confirmer l’orientation anti-occidentale et pro-asiatique du régime iranien ainsi que son arrimage croissant sur la Chine et le bloc des pays de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Institut FMES : Séminaire de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – au contact des Nations unies…

Nations Unies.

La pression est maintenue sur l’organisation de nos séminaires dans un contexte qui ne permet pas encore un retour à la situation normale tant espérée. Le mode hybride s’impose donc avec l’accent porté sur l’utilisation de la visioconférence. Ce contexte fixe une double exigence, celle de la flexibilité pour adapter le déroulement de nos séminaires, conjuguée à celle de la performance car il est toujours délicat de maintenir l’attention d’un auditoire qui n’est pas directement au contact des intervenants. En la matière, nous ne pouvons que nous réjouir de ce niveau de performance avec un parterre d’intervenants particulièrement impatients d’échanger avec les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Car finalement s’adresser à des acteurs de la société civile ayant fait le choix d’un parcours académique centré sur la réflexion stratégique et prospective n’est pas si courant. Leur impatience s’est agrégée à l’enthousiasme des actions qu’ils ont présentées et à celui des auditeurs dont les échanges ont été particulièrement nourris. Ces échanges s’inscrivent directement ou indirectement dans le cadre des travaux de leur session.

Dans le cadre de nos séminaires, il est désormais acquis de systématiser la rencontre avec les organisations internationales. A ce titre, les organisations relevant des Nations unies méritent d’être présentées car elles couvrent un spectre très large d’actions de portée mondiale. Dans un monde où le multilatéralisme s’exprime difficilement, ces organisations fournissent un bon indicateur de l’Etat du monde. En première analyse, le monde apparaît instable et plus que jamais imprévisible. La crise sanitaire en est une illustre démonstration. Née à Versailles et installée à Genève au lendemain de la Première guerre mondiale, la Société des Nations devait être le moteur d’actions multilatérales permettant de maintenir la paix universelle. Mais cette organisation sera totalement discréditée avec une seconde vague d’extrême violence au cours de la Seconde guerre mondiale. L’Organisation des Nations unies allait alors prendre la place. Entrée en vigueur le 24 octobre 1945, la charte des Nations unies a été signée par 51 États le 26 juin 1945. L’organisation compte aujourd’hui 193 États membres. Son origine caractérise sans doute le mieux la volonté occidentale au lendemain des heures sombres de son histoire. Puis, avec le transfert à New-York du siège de l’organisation, cette volonté est relayée aux Etats-Unis avec un recul de la puissance occidentale au moment où son empire connaissait progressivement le déclin. Genève constitue donc le creuset où se regroupent toutes les organisations internationales sous leurs différentes formes. C’est véritablement le berceau du multilatéralisme. Le berceau d’un multilatéralisme dont la mise en œuvre soulève aujourd’hui de multiples questions.

Le jeudi 27 mai 2021

Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France près de la conférence du désarmement à Genève.

Mais avant de rencontrer les représentants de nos organisations internationales, un rendez-vous était consacré aux fondamentaux de la culture stratégique. Monsieur Yann Hwang, ambassadeur représentant permanent de la France près de la conférence du désarmement à Genève, a finalement ouvert cette session en partageant son expérience de terrain dans son champ d’expertise du désarmement et bien au-delà. Dans son intervention très complète, c’est aussi le changement de l’état du monde qui transparait.  Dans ce changement, les sujets relatifs aux armements gardent toujours la même acuité. Ils affirment aussi une plus forte sensibilité avec une l’accélération technologique très rapide qui peut contrarier l’approche juridique portée à ces sujets. Car les traités imposent l’établissement d’un cadre juridique dont la dimension multilatérale constitue une évidente difficulté technique. Or, cette accélération technologique, l’affaiblissement du multilatéralisme et le contexte sanitaire actuel constituent autant de freins à l’élan des Etats engagés dans cette conférence du désarmement. Et dans les nouveaux équilibres du monde qui se dessinent, il n’y a pas eu d’actes majeurs en matière de désarmement en dehors d’un accord bilatéral New Start signé en 2010 entre la Russie et les Etats-Unis. Puis, notre représentant a réaffirmé le besoin de culture stratégique pour les décideurs. Car aujourd’hui, les responsables placés aux affaires appartiennent aux générations de plus en plus éloignées des heures sombres de l ‘histoire de l’Europe. Ils n’ont pas connu la guerre et pour la plupart d’entre eux n’ont pas vécu d’expériences au sein d’organismes de défense ou de sécurité. Dans un échange où les questions n’étaient pas convenues, les auditeurs n’ont pas manqué d’interpeller notre ambassadeur avec une « impertinence » annoncée qui donne l’envie de débattre.

La conséquence des enjeux environnementaux en Méditerranée comporte évidemment une dimension économique. Il était donc naturel de solliciter un représentant de l’organisation mondiale du commerce. Monsieur Victor do Prado, diplomate brésilien et directeur exécutif de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), s’est plié à cet exercice en s’exprimant dans un français impeccable devant nos auditeurs. Sans en détailler toutes les facettes, il a souligné les difficultés de mise en œuvre d’une régulation économique mondiale. La logique du rapport de force entre les États semble désormais s’imposer y compris dans les instances juridictionnelles. Cette situation souligne en particulier la vive tension entre les États-Unis et la Chine sur de profonds différends commerciaux. L’organisation mondiale du commerce fait donc face à de nouveaux enjeux dans un contexte évolutif et instable où les équilibres entre les puissances changent. Le contexte de crise sanitaire a souligné quelques tendances avec notamment le repli sur soi des Etats et des réaffirmations de souveraineté économique portant aussi un coup d’arrêt au multilatéralisme commercial qui aurait atteint ses limites. A n’en pas douter, la dimension environnementale sera un élément structurant l’économie mondiale et comptera dans les facteurs de puissance des Etats.   

Déjeuner au grand air, au Fort Saint Louis (Toulon).

Monsieur Bruno Pozzi, directeur du bureau Europe pour le programme des Nations unies pour l’environnement a confirmé ce point. Ardent défenseur du multilatéralisme et de la nécessité de placer l’environnement au centre de l’action politique, il a souligné la dimension centrale des questions environnementales pour les Etats et les tensions qui pouvaient en résulter. Ces tensions résultent le plus souvent d’une différence d’appréciation sur les priorités conduisant au retrait des Etats de certains accords internationaux comme l’accord de Paris.  De fortes ambitions sont malgré tout affichées, notamment au sein de l’Union européenne, avec le Green Deal et l’objectif de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Le changement climatique et la dégradation de l’environnement constituent donc une menace existentielle pour l’Europe et le reste du monde. Dans le contexte actuel, l’anticipation, face aux conséquences de ce changement, mérite sans doute une attention particulière.

Parmi ces conséquences, la question des flux migratoire est évidemment posée. Au-delà, les tensions interétatiques, pouvant surgir compte tenu de la rareté de certaines ressources vitales, pourraient conduire à ajouter aux migrations naturelles celles de réfugiés victimes de conflits internes aux Etats ou entre Etats. II était donc intéressant de présenter à nos auditeurs la mission du Haut-commissariat pour les réfugiés, et en particulier celle de l’envoyé spécial pour la situation en Méditerranée centrale et occidentale. Monsieur Vincent Cochetel a fait une intervention remarquée, empreinte de beaucoup d’humanité, à partir de ses bureaux de Tunis. Spécialiste des questions juridiques, il a ainsi précisé tous les éléments de droit relatif à la protection des personnes. Son intervention terriblement d’actualité a mis en évidence le rôle central d’une organisation provisoire née au lendemain de la Seconde guerre mondiale en 1950. Nous reviendrons un peu plus tard sur cette thématique des flux migratoires lors d’une présentation de l’Organisation internationale pour les migrations.

La question des flux migratoires.

Le vendredi 28 mai 2021

Au terme d’une première journée d’échanges très riche, les auditeurs étaient prêts à poursuivre leur parcours pour mieux comprendre l’articulation des différentes agences des Nations unies et la cohérence des différentes structures existantes. En complément de la présentation du programme des Nations unies pour l’environnement, il était indispensable de présenter l’agence principale en charge du développement. Le programme des Nations unies pour le développement ou PNUD contribue à la réalisation d’objectifs de développement durable (ODD) dans quelques 170 pays et territoires. Comme l’indiquait monsieur Alexis Laffittan, responsable des partenariats, l’objectif est, par le biais de solutions intégrées, d’aider les pays cibles à lutter contre les inégalités, prévenir les conflits et répondre aux réalités quotidiennes des populations. La réalisation des objectifs de développement durable implique des partenariats entre tous les secteurs, publics et privés ainsi que la participation de la société civile et des citoyens. Ce qui prévaut dans la mise en œuvre des actions de ce type d’agence est d’appréhender la réalité du terrain. Madame Rachel Scott du bureau des crises pouvait en parler avec une évidente aisance en ayant couvert de nombreuses crises dont celle récente résultant de l’explosion d’un dépôt à Beyrouth. Cette réalité du terrain est déterminante et raisonne comme un écho à cette ambition des Nations unies d’éradiquer la pauvreté et de protéger la planète pour vivre dans la paix et la prospérité. Ce message peut paraître un peu idéaliste mais milite sans doute pour que l’on s’intéresse aux conséquences de nos actions anthropiques. 

S’agissant de la réalité du terrain, la présentation du comité international de la croix rouge (CICR) s’imposait. Son action se fonde sur les conventions de Genève de 1949 dont le CICR est à l’origine. Institution indépendante et neutre, elle compte parmi les plus anciennes de notre histoire. Monsieur Martin Lacourt en a fait une présentation très complète. Le message est simple et ambitieux. La vocation du CICR est unique, celle de protéger la vie et la dignité des victimes des conflits armés. Accompagnée de collaborateurs référents dans les dimensions juridiques ou opérationnelles, la présentation réalisée au cours de cet échange souligne le rôle central du CICR dans la gestion des crises dont la caractéristique aujourd’hui est de s’inscrire dans la durée. 

Pour clore ce séminaire consacré aux instances internationales, plusieurs intervenants de l’organisation internationale pour les migrations (OIM) ont présenté leurs champs d’actions. Madame Laetitia Vaval, chargée des relations externes, nous a permis d’appréhender toutes les facettes d’une organisation confrontée à une actualité particulièrement fournie. Les questions environnementales, la situation en Libye ainsi que des situations particulières en Somalie, Sud-Soudan, Afghanistan, ex-Yougoslavie, aux Philippines ainsi qu’en Syrie ont évidemment souligné l’ampleur du phénomène migratoire sous toutes ses formes. Les intervenants ont été précis et très objectifs dans la présentation de données qui sont parfois politiquement instrumentalisées. Sans aucun doute, ces flux migratoires continueront de mobiliser ce qu’il est commun d’appeler la communauté internationale sans toutefois trouver de réponse totalement homogène.

A la lecture de ces quelques lignes, chacun pourra apprécier la densité de ce séminaire au contact des Nations unies. Nous remercions nos interlocuteurs d’avoir animé toutes ces séquences avec un réel enthousiasme.  Nous les remercions d’avoir su nous faire part de la réalité du terrain. Nous formons le vœu d’être au contact de notre armée de terre, à l’occasion du séminaire du mois de juin, nous permettant là aussi d’avoir un retour d’expérience des opérations conduites sur des terrains souvent difficiles.

Visite de la Rade de Toulon : Abeille Flandre (remorqueur) et un PHA (Porte-hélicoptères amphibie).
Visite de la rade de Toulon avec les auditeurs.

Le transport maritime mondial et son impact stratégique

Franck Magarian, directeur de la sûreté, de la sécurité, de l’environnement, des achats pour les terminaux et de la gestion de crise de l’entreprise CMA-CGM, l’un des leaders mondiaux du transport maritime. 

Franck Magarian a passé 25 ans dans la marine en tant que sous-marinier durant lesquels il a commandé 4 sous-marins nucléaires. Il a rejoint CMA CGM depuis plus de 10 ans. 

Conseils de lecture – Mai 2021

Théo Nencini, L’Irak chiite parle persan, L’Harmattan, 215p, 2021, 25€.

En Irak, le meurtre du militant prodémocratie Ehab al-Ouazni par un haut responsable d’une coalition paramilitaire pro-Iran intégrée à l’Etat irakien a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Ce dernier dénonçait en effet depuis plusieurs années les groupes armés pro-Iran dans son pays ainsi que la mainmise exercée par la République islamique. Ce fait de l’actualité internationale rappelle la proximité entre Bagdad et Téhéran et souligne la pertinence de l’ouvrage de Théo Nencini L’Irak chiite parle persan. Islamisme, milices, réseaux iraniens. Diplômé de Sciences Po Grenoble et spécialiste des questions géopolitiques et sécuritaires au Moyen-Orient, il écrit cet ouvrage à la suite d’un séjour académique à l’université de Téhéran.

Dans la préface de l’ouvrage, rédigée par Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut FMES, ce dernier met en avant la triple casquette de l’auteur qui lui confère la légitimité et l’expertise pour écrire un tel ouvrage. Théo Nencini est à la fois historien, politiste et analyste, ce qui lui permet de donner les clés aux lecteurs pour décrypter les liens entre les deux pays.

Cet ouvrage est composé d’une introduction d’une dizaine de pages et de deux parties scindées en trois chapitres, eux-mêmes composés de deux ou trois sous-parties. Après sa conclusion, Théo Nencini nous livre sa bibliographie très étayée ainsi qu’une chronologie des faits depuis 632 et la mort du prophète Mohammed à la suite de laquelle la division religieuse entre Sunnites et Chiites est née. Cette chronologie déroule les événements jusqu’en novembre 2020 avec l’élection de Joe Biden à la tête de l’administration américaine, ce qui permet aux lecteurs de comprendre la situation en Irak à partir de ces éléments factuels en bénéficiant d’une vision d’ensemble.

Cette étude entend retracer la genèse de l’idéologie chiite en Irak en rapport à sa relation avec l’Iran et notamment ses gouvernants. L’auteur tente de répondre à la question : quelle emprise la République islamique exerce-t-elle réellement sur le pays et sa mouvance islamiste chiite ?

Il apparaît clair à la lecture de cet ouvrage que la République islamique use de sa posture religieuse pour influencer l’Irak où la composante chiite a longtemps été écartée du roman national. Cependant, la débaasification entreprise par la coalition internationale faisant suite à la chute de Saddam Hussein a embrasé le clivage entre Chiites et Sunnites dans un pays déjà marginalisé et islamisé depuis la guerre du Golfe et l’embargo qui a par la suite pesé sur Bagdad. Cette situation a permis à l’Iran de s’imposer comme l’un des principaux acteurs de la transition politique en Irak après 2003.

Ces liens étroits entre Téhéran et Bagdad interviennent dans un contexte de polarisation du Moyen-Orient. L’Irak catalyse ainsi les dynamiques géopolitiques complexes. D’ailleurs, le pays subit encore actuellement les conséquences de la guerre Irak-Iran (1980 à 1988) et connaît depuis 2019 une nouvelle vague de revendications. Face à l’instabilité de son voisin, Téhéran a en parallèle adopté une stratégie particulière et les gouvernants iraniens font de l’Irak leur principale priorité de sécurité extérieure.

Si l’Iran a tissé des relais opérationnels dans le passé qui lui ont permis post-2003 de muer sa politique de défense régionale en un instrument intensif, la question de l’avenir des milices chiites en Irak reste en suspens et reste liée à l’avenir politique de l’Irak qui subit depuis 2019 une nouvelle vague de revendications. L’élection de Joe Biden pourrait ouvrir un nouveau cycle s’agissant des relations entre l’Iran et les Etats-Unis et donc par extension en Irak. Il est clair que la République islamique devra réfléchir à l’efficacité de sa stratégie chiite incarnée en grande partie par les milices.

SS.

Diplomatie n° 108, La Russie en Afrique, Areion Group, 98p, mars-avril 2021, 9€80.

Le numéro 108 de Diplomatie dresse un état des lieux de la présence croissante de la Russie dans le continent africain. Alexis Bautzmann explique dans l’édito que les ambitions russes en Afrique, illustrées par le sommet de Sotchi de 2019, viennent concurrencer les politiques chinoises, américaines mais surtout françaises dans le continent. Cette véritable guerre d’influence se voit notamment en ligne, où les campagnes de désinformation russes visent à saper l’influence française.

Un grand nombre de spécialistes se sont attelés à décrypter la stratégie russe et vous livrent leur expertise sur sa nouvelle influence en Afrique. Ainsi Jean Lévesque (UQAM, Canada) se pose la question des facteurs du retour russe en Afrique après 30 ans de de désengagement. Concurrent à l’influence chinoise grâce à plusieurs leviers d’influences (accords agricoles ou de coopération militaire et nucléaire, vente d’armes, investissements divers), le leadership russe tend à se développer en Afrique centrale, en parallèle de ses engagements en Afrique du Nord. Une interview de Kevin Limonier (Institut français de Géopolitique, Paris VIII) traite plus particulièrement de l’écho médiatique russe dans le continent : selon lui, il n’existe pas de grande stratégie russe en Afrique mais des actions opportunistes de la part de Moscou dans le traitement de l’actualité.

Nour Hedjazi (doctorante à l’Institut Français de géopolitique, Paris VIII), s’intéresse à la relation russo-égyptienne, qui a connu un rebond exponentiel depuis la prise de pouvoir d’al-Sissi, rebond favorisé par des liens historiques et des points de vue communs en matière de sécurité et de diplomatie, par exemple sur les dossiers syrien et libyen. Respectivement premier partenaire commercial nord-africain de Moscou et troisième partenaire commercial du Caire, les deux pays ont signé de multiples accords dans les domaines de l’énergie, de l’armement, de l’industrie, du nucléaire civil et du tourisme, que l’auteure détaille dans l’article. Chaque pays cherchant des opportunités ailleurs, leur alliance est nécessaire tant qu’elle n’est pas exclusive.

Plus au sud, Moscou continue de tenter de tirer profit de l’isolement du Soudan afin de se construire une porte d’entrée en Afrique.  Thierry Vircoulon (coordinateur de l’observatoire de l’Afrique centrale et australe à l’IFRI) analyse le deal « sécurité contre ressources économiques » qui unie les deux pays dans les secteurs nucléaires et miniers, mais aussi diplomatiques. Malgré la chute d’el-Béchir, le partenariat, notamment militaire, n’a pour l’instant pas été remis en cause ; mais un éventuel rapprochement du Soudan avec l’Occident pourraient remettre en cause le partenariat stratégique lié avec Moscou. Sur cette question, vous pouvez vous reporter à l’article d’Arnaud Peyronnet que la FMES a publié récemment.

Si vous voulez également en apprendre plus sur les relations sino-pakistanaises, sur les enjeux de la présidence portugaise de l’UE ou sur les enjeux des Jeux Olympiques, lisez le « Diplomatie Mars-Avril 2021 » !

CJ.

Ardavan Amir-Aslani, Le siècle des défis – Grands enjeux géostratégiques internationaux, L’Archipel, 2021, 413 pages, 22€.

Avocat d’origine iranienne passionné de géopolitique, Ardavan Amir-Aslani enseigne à l’Ecole de guerre économique et conseille plusieurs gouvernements du Moyen-Orient. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Iran, l’Arabie saoudite et le Pakistan, il nous livre cette fois-ci un essai dont on comprend qu’il reprend les lignes directrices de ses enseignements, constituant une « introduction aux grandes tendances géopolitiques actuelles ».

En huit parties regroupant chacune un nombre variable de chapitres, Ardavan Amir-Aslani aborde les thèmes qui lui sont chers : les nouveaux empires (Chine, Russie, Iran, Turquie), la fracture occidentale (fin du siècle américain et réveil – selon lui – de l’Europe), les enjeux du monde musulman, l’Afrique à la peine, les conflits non-résolus (Inde-Pakistan, Israël-Palestine, Corées), les guerres énergétiques et les enjeux climatiques, pour conclure par deux chapitres sur les mondes spatial et virtuel (Internet). Il explique d’emblée pourquoi l’année 2020 restera une année charnière et comment la crise sanitaire de la Covid-19 transformera durablement les équilibres géopolitiques. En avocat très attentif à la défense des libertés individuelles, il s’étonne que « les résidents de pays démocratiques aient aussi facilement choisi de sacrifier leur liberté au profit de leur sécurité, acceptant avec une déconcertante facilité d’être contrôlés par la solution numérique » (p. 26).

Le rappel du piège de Thucydide est pertinent, tout comme le constat selon lequel le conflit sunnites-chiites reste avant tout une histoire de rivalités communautaires instrumentalisée par des régimes qui en profitent au gré de leurs intérêts économiques et géopolitiques. Sur un tout autre registre, une phrase à retenir et méditer : « le monde est par nature inquiétant et imprévisible, réalité longtemps niée par deux illusions : celle qui veut qu’une croissance économique effrénée soit le meilleur chemin vers le progrès social universel ; et celle portée par le transhumanisme qui pousse jusqu’à l’absurde la nécessité de progrès et le mythe presque icarien de l’homme maître de toute chose » (p. 35).

On regrettera l’absence d’analyse sur la fragmentation actuelle de l’Europe, peut-être parce que l’auteur, convaincu que l’Union européenne va se réveiller après la crise de la Covid-19, reste un optimiste infatigable de la cause européenne. On aurait aimé également quelques développements sur l’Amérique latine, notamment sur le Brésil. On ne peut qu’apprécier en revanche la présence de quelques cartes et d’une bibliographie à jour, même si celle-ci se limite aux seuls ouvrages en langue française. Il est dommage que certains des plus brillants essais en langue anglaise n’y figurent pas, même lorsqu’ils ont été traduits en français à l’instar de ceux de Yuval Noah Harari.

Au fond, c’est beaucoup plus l’état du monde actuel que la vision du monde vers lequel nous allons que nous livre l’auteur. On ne peut pas vraiment le lui reprocher, car les éditeurs renâclent bien souvent à ce que leurs auteurs s’engagent dans des analyses prédictives qui risquent de démonétiser leur ouvrage trop rapidement. Dans ce registre, l’ouvrage de Thomas Gomart que nous avons recensé très récemment nous semble un bien meilleur viatique pour aborder la décennie qui vient, même si les analyses d’Ardavan Amir-Aslani restent précises et précieuses.

PR.

Pascal Boniface, Comprendre le monde, les relations internationales expliquées à tous, Armand Colin, avril 2021, 332 pages, 19€90.

Pour comprendre le monde, l’auteur, Pascal Boniface a tenu tout d’abord à préciser le cadre de la vie internationale. Elle s’inscrit dans un environnement mondialisé ou plus précisément globalisé qui aurait pu laisser imaginer la disparition de toute forme de frontières. Dans les faits, il n’en est rien et ces frontières cristallisent d’ailleurs les plus vives tensions géopolitiques de ce début de 21ème siècle (Haut Karabakh, Crimée, Erythrée et le Sud Soudan…).   Les Etats sont et resteront donc les acteurs clés des relations internationales. Les rapports de force en sont d’ailleurs le principal déterminant. Dans cet environnement, il souligne le bilan mitigé des grandes instances, notamment les Nations unies dont la vocation universelle et multilatérale peine à s’imposer. L’auteur aborde ensuite les puissances dont le caractère est évidemment relatif et évolutif. L’Europe n’en a plus le monopole. Seuls, les Etats-Unis affirment une puissance globale au-delà des contradictions internes et de la crainte d’être déclassés. L’Asie est le nouveau centre du monde avec la montée en puissance de la Chine dont la combinaison de l’autoritarisme politique et du libéralisme économique rencontre un franc succès. Le Japon, plate-forme insubmersible de l’Amérique, reprend une place de choix en Asie alors que l’Inde reste englué dans les méandres de ses handicaps structurels. Mais c’est aussi le grand retour de la Russie sur la scène internationale. Elle l’exprime notamment dans la déclinaison de sa politique étrangère au Moyen-Orient. L’Amérique latine a fait son entrée dans ce monde globalisé avec les deux grands de cet espace, l’Argentine et le Brésil, la première victime de sa dette et le second confronté à ses problèmes intérieurs. Le continent africain fait aussi son entrée avec une croissance notoirement insuffisante pour les populations malgré un capital de matières premières intéressant. S’agissant du monde arabe, l’auteur insiste sur le ressentiment de plus en plus fort des pays arabes vis-à-vis de l’Europe et souligne la désunion qui le caractérise avec une montée en puissance de l’islamisme radical. Dans cette compréhension du monde, l’auteur s’intéresse aux défis globaux à venir. Les enjeux environnementaux, les déséquilibres économiques et démographiques avec des incidences migratoires dont l’acceptation sociale est de plus en plus difficile pour les pays d’accueil. Puis, contrairement à la fin de l’histoire emportée par un libéralisme économique faisant prévaloir la paix, les guerres résistent et même si le choc des civilisations de Samuel Huntington n’en est pas le nouveau paradigme, elles résultent le plus souvent de conflits idéologiques. Dans cet ouvrage est également abordée la prolifération. Elle reste un sujet alors que nucléaire avait révolutionné la stratégie mondiale tout en gelant la situation stratégique. Enfin, Pascal Boniface s’intéresse aux valeurs qui façonnent la marche du monde. La démocratie progresse même si quelques signaux incitent à la prudence. La responsabilité de protéger s’est imposée en lieu et place de l’ingérence antinomique de la souveraineté.  La morale aussi s’impose dans les affaires internationales avec le poids croissant de la société civile de mieux en mieux informée. Les effets ne sont d’ailleurs pas toujours à la hauteur des attentes et pourraient faire regretter l’approche réaliste des relations internationales préconisées par Henry Kissinger.  En conclusion, Pascal Boniface affiche un optimisme mesuré par rapport à l’édition antérieure. Le lecteur disposera, à n’en pas douter, d’une vision d’ensemble. Mais il pourra s’intéresser davantage à la combinaison des facteurs qu’ils soient économiques, environnementaux, sociétaux voire éthiques. C’est cette combinaison qui façonnera le monde de demain. Plus que tout, la volonté stratégique reste le principal déterminant. Pour s’en convaincre, et lorsqu’elle existe, elle permet de s’affirmer en tant que puissance mondiale ou régionale. La Russie et la Turquie (peu abordée) en sont l’illustrative démonstration !   

PL.

Édito lettre de mai 2021

Mai 2021 aura été marqué par un énième round d’affrontement entre Israël et le Hamas retranché à Gaza, rappelant que le conflit israélo-palestinien n’était toujours pas réglé même s’il avait été placé sous la pile des dossiers de nombreux dirigeants, n’attirant plus par là-même l’attention des médias. Ce nouvel épisode démontre en tout cas que la procrastination permet rarement de régler un conflit, tout particulièrement au Moyen-Orient. Il est survenu assez logiquement compte-tenu de la situation intérieure israélo-palestinienne : d’un côté la direction palestinienne, totalement délégitimée, venait de reporter sine die des élections générales qui auraient très probablement conduit à sa défaite. De l’autre l’Etat d’Israël était en quête d’une majorité introuvable, alors même que la cour suprême israélienne venait de rendre un arrêt ne pouvant qu’attiser les revendications d’une population ayant perdu tout espoir d’obtenir des concessions par la négociation. Bref, le Hamas et le gouvernement israélien de transition ont montré les muscles pour mobiliser leurs troupes et rappeler qu’il fallait compter avec eux. Et Benjamin Netanyahou a gagné un répit en tuant dans l’œuf la perspective de toute alliance entre ses opposants et les partis islamistes fédérant les Arabes israéliens. Sur la scène régionale, le président turc R.T. Erdogan s’est un peu plus éloigné de Joe Biden qu’il a vertement critiqué pour son soutien appuyé à Israël, ce qui semble avoir fait le jeu de l’Egypte et du Qatar qui redeviennent les deux interlocuteurs privilégiés de l’administration américaine sur ce dossier. Comme souvent dans ce conflit, ce sont les ultras des deux bords qui sortent renforcés de ce nouvel épisode guerrier qui aura permis à l’armée israélienne d’étriller sévèrement l’arsenal offensif du Hamas. Paradoxalement, alors même que Tsahal a porté des coups très durs au Hamas et au Djihad islamique, ses stratèges estiment avoir perdu la bataille de la communication, car de nombreux médias occidentaux se sont mobilisés pour critiquer les frappes disproportionnées ayant visé Gaza ; ils pointent également du doigt le risque d’une troisième Intifada impliquant les israéliens arabes qui montre qu’Israël pourrait bien se retrouver un jour dans une situation où il lui faudrait combattre sur tous les fronts intérieurs et extérieurs en même temps.

L’Iran, qui aurait pu facilement exploiter la faiblesse passagère d’Israël pour relancer les hostilités via le Hezbollah et les milices chiites, semble avoir adopté une attitude de grande retenue. De manière très pragmatique, les Iraniens priorisent pour l’instant les négociations de Vienne avec les Etats-Unis et la préparation de leur élection présidentielle du 18 juin prochain, dont notre directeur académique décrypte les enjeux dans l’un des podcasts du mois.

Une fois encore, l’Allemagne s’est affichée en soutien total d’Israël, bien que sa stratégie méditerranéenne ait considérablement évolué au cours des dernières années comme le démontre avec brio Amira von Call dans un article très novateur que nous sommes heureux de publier en prime en anglais et que nous publierons le mois prochain en français. Nous vous le recommandons d’autant plus chaleureusement qu’il nous permet de mettre en valeur le travail d’une étudiante de Sciences-Po Aix. La Russie et la Turquie sont restées pour leur part très prudentes dans cette crise, comme l’a expliqué Caroline Galactéros dans la conférence du mois dans laquelle elle a décrypté de manière percutante les relations triangulaires entre Moscou, Ankara et Téhéran.

En France, l’affrontement entre Israël d’un côté, le Hamas et le Djihad islamique de l’autre, semble avoir connu une évolution significative dans sa couverture médiatique, témoignant d’une prise de conscience de certains journalistes et intellectuels qui opèrent désormais la distinction entre la cause nationaliste (et laïque) palestinienne d’un côté, et l’agenda islamiste politique du Hamas ouvertement soutenu par certains thuriféraires des Frères musulmans. C’est la raison pour laquelle il est urgent de déminer à l’avance les incompréhensions entre communautés, tout comme les frustrations grandissantes entre les deux rives de la Méditerranée. C’est tout l’enjeu de la session SMHES 5+5 très réussie que la FMES a animé ce mois-ci, et que nous serons fiers de rééditer prochainement avec nos partenaires de la rive sud.

Sur un registre plus économique mais non moins stratégique, l’Egypte a annoncé la commande d’un lot supplémentaire de 30 chasseurs Rafale, renforçant ainsi l’influence de la France dans ce pays crucial, partenaire incontournable pour assurer la sécurité de l’axe Méditerranée orientale – Canal de Suez – Mer Rouge et dont la diplomatie très active a facilité la négociation d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Chloé Berger décrypte dans l’article du mois les enjeux internes de cette Egypte écartelée entre défis sociaux et transformation profonde, dix ans après la révolution avortée de 2011. Nous vous en souhaitons bonne lecture.

L’équipe de direction de l’institut FMES.

5+5 SMHES brief

On Monday, May 10th, the FMES institute organized a Mediterranean strategic rencontre with young leaders from the 5+5 countries. After a first meeting organised in January 11th, it was a new opportunity for young graduates of 5+5 countries from the North and the South to share their geopolitical views in a fast-changing world. As it was scheduled, we have made the choice to have a parity of students between civilians and militaries. For this first 5+5 SMHES, military students belonged to the naval academies of the two shores. This webinar was the alternative option due to the health constraints which did not allow a physical rendez-vous for one week at Toulon. Our next goal is to renew this experience each year on both sides of our common Mediterranean area. 

The introduction of this seminar was made by M. Rostane Medhi, director of Science Po Aix. It was very interesting for all regarding his huge knowledge of the Mediterranean basin with a global approach involving history, cultural and societal elements.  At this occasion he set out the major strategic issues of the Mediterranean.  He explained very precisely the main consequences of the recent revolutionary period within the southern shore which probably did not give all what the Arab people expected. Excepting for Tunisia, we may consider the failure of these movements almost everywhere. Then, Rostane Medhi gave his view upon the expression of power in a sensitive area. Of course, Turkey plays a key role today in the region and is probably a regional power which must be taken into account in a wide range of countries or organizations including the European union and NATO. Later, he explained the visible return of Russia in the Mediterranean diplomatically affairs as well as the Chinese irruption in the region that might be a game changer in the influence of powers. The 5+5 participants did not hesitate to give their own opinions on these different issues and they put forward some possible projects between the Mediterranean States.

In that exchange, it was also the opportunity to present some key points regarding technology issues to the participants. At Toulon, a presentation on technology transfer by Naval Group was a way to share some cooperation fields as it was shown by M. Xavier Caux, a sales manager of Naval group.  In the discussion, a focus was made especially in the field of maritime security and surveillance. We are aware about the importance to control state borders to avoid illegal trafficking and terrorism actions. In these fields, many cooperation between the two shores could be possible and several contracts still exist between Naval Group and some Mediterranean countries.

To face illegal trafficking or immigration and to respond from a global security approach, it was interesting to understand some ways of action driven by the European union. Rear-admiral Jean-Christophe Martinet, deputy commander of EUNAVFOR IRINI operation, was welcomed to this meeting. He explained the involvement of 24 members regarding maritime security in the Mediterranean area. The 5+5 participants have a better understanding of the main goals of this operation even if some questions remain.

This webinar was an amazing opportunity to talk together. The participants gave their own opinions without any institutional framework. This framework enables a fruitful dialogue aimed at addressing a common response by the future generation. It is truly a very positive initiative which will be renew in the 2021-22 academic year.

A German Mediterranean policy? Self-image, interests, and strategies of the Federal Republic of Germany in the Mediterranean

A German Mediterranean policy? Self-image, interests, and strategies of the Federal Republic of Germany in the Mediterranean

Jara Amira von Call, Germano-Lebanese graduate of Sciences Po Aix-en-Provence. Future postgraduate student at the College of Europe in Bruges.

                                                                                                 Abstract

With the beginning of the 21st century, Germany’s Mediterranean policy has been experiencing a certain dynamization. The creation of the Union for the Mediterranean (2008), the Arab Spring (2011) and the international military intervention in Libya (2011) put the Southern Mediterranean on the political agenda of the Federal Republic. However, even if Germany’s foreign policy responses to these transformation processes differ, the core interests of Germany in the Mediterranean remain the same (descending prioritisation): (1) Freedom of trade routes and the protection of undersea cables, (1) Prevention of further streams of refugees to Europe, (2) Strengthening EU’s actorness and maintaining NATO’s cohesion, (2) Upholding its responsibility towards the international community while limiting the expansionist influences of state-actors (Russia and Turkey) and (3) Contributing to the fight against terrorism and the illicit trade of arms and humans (Berlin process). Israel’s security continues to be a “raison d’Etat” for Germany but is not anymore the decisive interest of the Federal Republic in the MENA region (Prioritisation varies according to political party).

L’Égypte, entre révolution avortée et transformation profonde

Chloé Berger, chercheuse Moyen-Orient au Collège de défense de l’OTAN.

(Les vues exprimées dans cet article ne reflètent ni la position de l’OTAN, ni celle du Collège de défense de l’OTAN et relèvent de la seule responsabilité de l’auteur.)

Dix ans après le soulèvement qui a provoqué la chute du président Moubarak et qui n’a donné lieu à aucune commémoration par les autorités actuelles, il convient de s’interroger sur les acquis d’un mouvement populaire dont la portée va bien au-delà de l’Égypte. Si avec le recul les événements du 25 janvier 2011 apparaissent comme un rendez-vous manqué pour les forces révolutionnaires progressistes, ils ont en revanche ouvert la voie à un mouvement réactionnaire qui entend réformer l’Égypte en profondeur. Le bilan de la politique de « réformisme autoritaire » du président al-Sissi reste cependant ambiguë. La politique de grands travaux initiée par le président a grevé les finances publiques et peine à générer les bénéfices attendus. En dépit des objectifs ambitieux affichés par la vision stratégique « Égypte 2030 » et des multiples financements internationaux et aides dont bénéficie le pays, depuis 2011, les conditions de vie des Égyptiens n’ont cessé de se dégrader tant au niveau socio-économique que des libertés. Les défis à venir s’annoncent considérables et pourraient à terme fragiliser le régime.

L’obstruction du canal de Suez par le porte-conteneurs Ever Given pendant près d’une semaine aurait coûté, selon l’Autorité du canal de Suez, pas moins de 916 millions de $ US de pertes et dommages à l’Égypte[1]. Paralysant pendant presque une semaine le trafic maritime mondial, cet incident a rappelé le rôle crucial que joue l’Égypte dans les échanges internationaux entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Une position stratégique qui est au cœur de la « vision 2030 »[2] définie par le régime en février 2016 afin de promouvoir le développement économique, social et environnemental de l’Égypte. Largement conditionnée par les exigences du FMI et des autres bailleurs de fonds internationaux, la stratégie 2030 a fait du développement territorial et de la mise en valeur des ressources naturelles, touristiques et patrimoniales du pays des axes prioritaires. Début avril 2021, le déplacement en grande pompe d’une vingtaine de momies du cœur du centre-ville vers le tout nouveau Musée national de la civilisation égyptienne tourne définitivement la page de la période coloniale et européenne de l’histoire du pays. L’inauguration fin 2021 de la nouvelle capitale administrative, située à 45 km à l’est du Caire, représentera ainsi « la proclamation d’une nouvelle république et la naissance d’un nouveau pays[3] ». Visant à redonner à l’Égypte son statut de puissance régionale, cette stratégie 2030 cherche également à clore la parenthèse ouverte par la révolution du 25 janvier 2011 par une restauration musclée de l’ordre intérieur et une diversification de la politique extérieure de l’Égypte, de plus en plus tournée vers l’Afrique.

Mutation de l’État profond 

La dégradation sécuritaire et l’instabilité qu’a engendrées le soulèvement du 25 janvier 2011 ont constitué un choc pour l’appareil militaire égyptien. L’élection démocratique d’un exécutif d’obédience Frères musulmans a marqué le point de départ de la reprise en main autoritaire du pays par l’appareil militaro-sécuritaire. La politique « réactionnaire » initiée par le président Abdel Fattah al-Sissi depuis 2014 ne marque cependant pas un retour au statu quo ante révolutionnaire ; elle reflète au contraire une transformation des équilibres de pouvoir du régime – souvent appelé « État profond » – au bénéfice de la présidence et de l’appareil sécuritaire.

Les révisions constitutionnelles entérinées par le référendum d’avril 2019[4] ont induit un processus de désinstitutionnalisation du pouvoir au profit d’un recentrage autour de la personne du Raïs, assuré de se maintenir au pouvoir a minima jusqu’en 2024, voire jusqu’en 2030. Ce mouvement s’est accompagné d’une légalisation de l’emprise croissante des services de sécurité sur l’économie et la sphère publique, en particulier médiatique, et d’une réduction drastique de l’indépendance de la magistrature civile. Le Conseil d’État est désormais privé de tout droit de regard sur les contrats signés par les institutions publiques. Constitutionnellement reconnue garante de l’État, de sa nature séculaire et démocratique, l’institution militaire est de facto autorisée à intervenir dans tout processus électoral menaçant potentiellement l’intégrité de l’État. La nomination du ministre de la Défense est désormais soumise à l’approbation du Conseil suprême des forces armées. Bénéficiant d’une complète autonomie dans la gestion de ses affaires, l’institution militaire est cependant strictement subordonnée au président comme l’a illustré l’arrestation de l’ancien chef d’État-major Sami Anan qui s’était porté candidat à l’élection présidentielle de 2018.

L’institution militaire, qui avait constitué la colonne vertébrale du régime depuis l’époque nassérienne, tend à subir un relatif déclassement au profit de l’appareil sécuritaire. Alors même que la sécurité militaire avait joué un rôle prépondérant dans l’ascension au pouvoir de al-Sissi, à travers notamment le mouvement Tamarod, elle a été depuis 2017-2018 reléguée à la surveillance du corps des officiers et des opérations dans le Sinaï et l’ouest du pays. Ce sont désormais les services de sécurité et le ministère de l’Intérieur qui sont à la manœuvre pour coopter les soutiens politiques et médiatiques nécessaires au régime (campagnes électorales, référendum pour l’amendement de la Constitution, etc.) et renforcer le contrôle sur la société civile et l’opposition politique.

De l’État rentier à la prédation de la rente

Ces rééquilibrages se sont traduits dans le domaine économique[5] par la création de nouvelles holdings, à l’image des groupes Falcon, Eagle Capital ou al Qala’a, liées à l’appareil sécuritaire et assurant des gratifications et de lucratives opportunités de reconversion aux officiers des services de sécurité égyptiens. Le développement de ces « partenariats public-privé » permet à la nouvelle bourgeoisie d’État que constituent ces anciens cadres de l’appareil sécuritaire de capter les fonds publics et de contrôler les secteurs les plus actifs de l’économie égyptienne (énergie, tourisme, télécommunications, projets immobiliers et infrastructures). L’arrivée de ces nouveaux acteurs dans des secteurs traditionnellement gérés par les organisations liées aux forces armées (Service national de l’organisation des projets, Organisation arabe pour l’industrialisation, Autorité de l’ingénierie de l’armée) a poussé l’armée à investir dans de nouveaux marchés[6] : médias, prospection et extraction minières, production d’acier, tourisme religieux. La politique de grands projets initiée par le président al-Sissi illustre ce besoin de diversifier les opportunités à mesure que se multiplient les acteurs autant qu’elle souligne les limites d’une politique de prédation économique qui attise la concurrence entre les différentes composantes de l’appareil sécuritaire d’une part et les forces armées d’autre part. Ces évolutions tendent à fragmenter la base du régime et posent la question de la résilience de l’appareil militaro-sécuritaire face à l’émergence de tendances dissidentes, voire à une tentative de « coup » que des éléments étrangers pourraient tenter d’instrumentaliser à leur profit.

L’emprise de l’appareil militaro-sécuritaire sur l’économie est telle qu’elle dicte désormais largement la politique d’investissement du régime, sans considération de l’impact sur les finances publiques, la productivité de l’économie égyptienne et le développement de l’entrepreneuriat privé. L’Égypte est devenue en quelques années la principale destination des investissements directs étrangers en Afrique, notamment dans le domaine énergétique ; une attractivité qui repose en grande partie sur les avantages fiscaux dont bénéficient les compagnies liées à l’appareil sécuritaire et aux forces armées. Enfin, le gouvernement a dépensé pas moins de 3,8 milliards de dollars par an en moyenne depuis 2014 pour moderniser et entraîner les forces armées et de sécurité, se classant au troisième rang des plus gros importateurs de matériels et technologies militaires de la région entre 2015 et 2019[7].

Des défis socio-économiques considérables

La politique de grands travaux, à l’image du percement d’une deuxième voie d’eau du canal de Suez ou encore de la construction de la nouvelle capitale administrative, peine pour l’instant à générer les retombées attendues alors que la dette publique avoisine les 90 % du PIB et que le service des intérêts représente près d’un tiers du budget de l’État. Structurellement dépendante des importations pour son approvisionnement en biens manufacturés et denrées alimentaires, l’économie égyptienne reste ainsi particulièrement vulnérable aux chocs externes. La croissance est essentiellement soutenue par les revenus produits par les transferts des expatriés, les exportations d’hydrocarbures et le canal de Suez, et enfin par le secteur touristique : autant de domaines que la crise de la Covid-19 n’a pas épargnés[8].

Les ajustements structurels préconisés par le FMI ont partiellement permis d’assainir les finances publiques mais la situation reste très fragile[9]. Le flottement de la livre égyptienne (LE), la restructuration des subventions, la réforme des retraites, ainsi que la généralisation de la TVA, ont réussi à juguler la spirale inflationniste[10]. Le chômage régresse mais reste particulièrement important parmi les jeunes (autour de 30 %) alors même que le secteur informel constitue toujours 50 % de l’économie égyptienne. La paupérisation des classes moyennes et populaires s’est accélérée et la croissance démographique a largement restreint l’impact réel du programme Takaful et Karama destiné à soutenir les plus défavorisés[11] : 0,05 % de la population détient la majorité des richesses du pays, tandis que 70 % des Égyptiens vivent avec moins de 6 $ US par jour ; sans compter les plus de 250 000 réfugiés et demandeurs d’asile[12] laissés-pour-compte.

Les aides d’urgence concédées par le FMI en 2020/2021[13] et le confinement partiel ont permis de maintenir une croissance positive en 2020 (3,6 % du PIB[14]) en dépit de la crise sanitaire. Contraint budgétairement, le gouvernement a financé le surcroît de dépenses lié à la crise par des prélèvements sur les traitements et les pensions des fonctionnaires et la vente d’une partie des vaccins[15]. Cependant, on est en droit de s’interroger sur la capacité du gouvernement à faire face aux conséquences de la crise à moyen terme. La croissance démographique (environ 2 % par an) exerce une pression significative sur les ressources naturelles et les infrastructures du pays, d’autant plus que la réduction de la productivité des terres arables[16] due aussi bien au réchauffement climatique qu’à l’urbanisation, encourage l’exode des travailleurs agricoles vers les grands centres urbains du pays. Le partage des eaux du Nil[17] constitue donc un enjeu crucial pour le développement économique et l’autonomie alimentaire du pays.

Le mirage de l’État fort

La mise en œuvre depuis 2016 d’une partie des réformes conditionnées par l’obtention de l’assistance du FMI et de la Banque mondiale a permis au régime de consolider sa crédibilité auprès de la communauté internationale et des bailleurs de fonds internationaux[18] en dépit de la détérioration générale des conditions de vie en Égypte, tant au niveau socio-économique que des libertés fondamentales[19]. Les questions du rôle de l’État, de la redistribution des richesses et de la réforme du contrat social restent hautement problématiques, comme l’illustre la récurrence des mouvements de protestation contre la vie chère, la corruption et le népotisme de la classe dirigeante. Le gouvernement a choisi d’y répondre par la force et s’est engagé dans une répression systématique de toute forme d’opposition ou de dissidence, même modérée, qui l’isole dangereusement. L’élimination systématique des organisations et plateformes islamistes a privé le régime de tout moyen de dialoguer avec cette frange de la population que la répression contribue à radicaliser ou pousse vers la clandestinité.

Une situation d’autant plus préoccupante qu’on observe une recrudescence des attaques du groupe Wilayat al Sina (affilié à Daesh) dans la partie nord-ouest du Sinaï (autour de Bir al-Abed) depuis le printemps 2020[20]. En dépit de la présence des 2e et 3armées dans le secteur, les infrastructures énergétiques et les projets de construction gérés par les forces armées constituent des cibles privilégiées. En conséquence, la coordination sécuritaire avec Israël dans la zone et autour de la bande de Gaza n’a cessé de s’approfondir[21] alors que les négociations entre Israël et les Palestiniens sont au point mort depuis plusieurs années. La récente visite d’une délégation israélienne à Charm el-Cheikh suggère une évolution vers des relations plus cordiales[22], dynamisées en particulier par l’exploitation des richesses énergétiques en Méditerranée orientale.

L’activisme militaire croissant de la Turquie en Libye, ses manœuvres en Méditerranée orientale mais aussi dans la Corne de l’Afrique, suscitent l’ire du régime égyptien, comme en témoigne le lancement d’une coalition internationale contre la Turquie en mai 2020 (France, Émirats, Grèce, Chypre). En réponse au déploiement des troupes et conseillers turcs en soutien au gouvernement Sarraj, l’Égypte a conduit d’importantes manœuvres (forces terrestres, aériennes et navales) dans la zone frontalière (Qadir 2020) et réorganisé ses forces dans la zone. La situation sécuritaire en Libye continue par ailleurs de favoriser les trafics et migrations illégales en Méditerranée, menaçant potentiellement la sécurité des activités gazières dans la zone et des stations balnéaires en Méditerranée. Une préoccupation que semblent partager les autorités italiennes à l’initiative de la création du Eastern Gas Forum[23] auquel participe l’Égypte qui ambitionne de jouer un rôle de premier plan dans la fourniture de GNL à l’Europe[24], un marché également convoité par la Turquie. ENI produit 40 % du pétrole égyptien et, en dépit des pressions liées à l’affaire Regeni[25], la marine égyptienne recevra bientôt deux frégates FREMM italiennes[26]. L’Italie est ainsi en passe de devenir l’un des principaux fournisseurs de matériel militaire de l’Égypte, aux côtés des États-Unis, de la Russie et de la France.

Le départ du président Moubarak a marqué un tournant dans les relations entre les États-Unis et l’Égypte, jusque-là considérée comme un pilier du dispositif américain dans la région. Le renversement du président Morsi et la dégradation continue des droits de l’homme qui s’en est suivie n’ont cessé d’empoisonner les relations entre les deux pays. Or, en dépit des menaces de gel, l’aide américaine s’est maintenue. L’Égypte a ainsi perçu depuis 2016 plus d’un milliard de dollars d’aide par an afin d’acquérir des matériels militaires américains[27] ; les reprogrammations de crédits n’ont en réalité concerné que l’aide au développement.

Face à une administration américaine de plus en plus pointilleuse sur les droits de l’homme et affichant clairement son ambition de maintenir la supériorité technologique israélienne, la Russie offre d’intéressantes alternatives en matière de technologies de systèmes d’armes, comme le prouvent les nombreux contrats, militaires[28] mais aussi civils[29], signés avec la Russie depuis 2014. Le rapprochement avec le Kremlin s’explique également par la proximité de vues des deux pays sur un certain nombre de dossiers régionaux, au premier rang desquels la Syrie et la Libye.

Après les tensions liées au devenir de Bachar al-Assad, le soutien aux forces du général Haftar a ouvert la voie à une coopération politico-militaire croissante entre l’Arabie saoudite, les Émirats et l’Égypte. Un alignement justifié par une opposition commune aux Frères musulmans[30] aussi bien que par les généreuses aides financières des voisins du Golfe (entre 30 et 40 milliards de dollars depuis 2014). En contrepartie, l’Égypte a pris part à la coalition au Yémen et accepté le transfert des îles de Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite. L’essor de la coopération militaire entre les trois pays[31] a également accompagné le développement des activités économiques en mer Rouge et en Méditerranée (projets NEOM, Red Sea Initiative, accord maritime avec la Grèce) par lesquelles transite la majorité des exportations d’hydrocarbures du Golfe.

La nouvelle stratégie africaine de l’Égypte 

Afin de réaliser les objectifs de développement durable annoncés dans la « vision 2030 », Le Caire cherche à valoriser sa place de tremplin vers les marchés africains ; une stratégie qui bénéficie aussi bien du soutien de la Russie que de celui de la Chine. Dans ce contexte, le bras de fer avec l’Éthiopie fait peser une menace sérieuse sur les ressources du pays en même temps qu’il fournit au régime une opportunité de renouer avec ses voisins africains, et tout d’abord avec l’Union africaine.

En dépit des menaces d’une intervention militaire égyptienne, l’Éthiopie poursuit depuis 2011 la construction de son Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Le Caire a progressivement délaissé l’option militaire au profit de la diplomatie afin de rallier des soutiens sur le continent mais aussi parmi les grandes puissances, notamment les États-Unis et la Chine. Cette dernière occupe une place cruciale dans le développement économique de l’Égypte qui représente, au-delà des opportunités offertes par un marché domestique de plus de 100 millions d’habitants, un tremplin stratégique vers le reste du continent africain. En dépit d’un récent rapprochement avec Addis-Abeba, l’Égypte reste l’option privilégiée par Pékin pour occuper un rôle de premier plan dans le développement des réseaux interconnectés en Afrique de l’Est (électricité, télécommunications, transport)[32]. Les investissements considérables réalisés par l’Égypte dans le domaine électrique au cours de ces dernières années lui ont permis de dégager un surplus de production tel qu’elle peut désormais espérer fournir l’Irak et l’Arabie saoudite en sus de ses clients traditionnels (Libye, Jordanie, Soudan). Une position de « hub énergétique » à laquelle aspire également l’Éthiopie.

La stratégie africaine du Caire parie sur le renforcement de l’intégration régionale et le développement d’espaces de libre-échange (Common Market for Eastern and Southern Africa, African Continental Free Trade Area) afin de faciliter ses exportations vers le reste du continent. D’importants travaux de mise en valeur des installations portuaires égyptiennes sur la mer Rouge et la Méditerranée (Alexandria, Al Dakhlia, Ain Soukhna, Safaga, voire Damiette), le développement de la flotte marchande égyptienne et la modernisation de ses forces navales[33] doivent permettre de consolider la place de l’Égypte dans le trafic maritime international. Ces investissements devraient enfin permettre de valoriser les travaux d’élargissement du canal de Suez, d’autant plus que la stabilisation du Sinaï ouvre d’intéressantes perspectives économiques[34].

La transformation des infrastructures portuaires de Safaga et d’Hamrawin devrait également permettre de dynamiser l’activité économique de la Haute-Égypte, en exportant les ressources naturelles de la région du Triangle d’Or vers l’Asie et le Golfe, tout en développant le tourisme. Les autorités égyptiennes y redoutent l’influence que certaines mouvances salafistes pourraient exercer sur la jeunesse. La construction d’une voie ferrée reliant le Soudan et d’une route vers le Tchad devrait aussi permettre aux produits égyptiens de ravitailler ses voisins africains privés d’accès à la mer (Centrafrique, Sud-Soudan, Ouganda, Éthiopie, Tchad).

La tentation de l’aventure militaire 

Cependant, ces développements restent hautement dépendants de la stabilité régionale et de la capacité du Caire à trouver un modus vivendi avec ses voisins africains. Dans ce contexte, l’échec de la médiation menée par l’Union africaine à Kinshasa début avril 2021 entre l’Éthiopie et ses voisins du nord n’est pas de bon augure. D’autant plus que l’exercice Nile Eagles 2, conduit par les forces aériennes soudanaises et égyptiennes fin mars 2021, semble indiquer la détermination du Caire et de Khartoum à ne pas accepter la politique du fait accompli entreprise par Addis-Abeba. La question du partage des eaux du Nil apparaît fortement symbolique pour le régime égyptien et mettrait à rude épreuve la crédibilité d’un appareil militaro-sécuritaire omnipotent. Fortement contraint à l’intérieur par les conséquences socio-économique de la crise de la Covid-19 et largement décrié pour sa politique répressive, le régime pourrait être tenté par une aventure militaire risquée. L’enlisement des forces égyptiennes au Yémen au cours des années 1960 a pourtant démontré les risques d’un aventurisme guidé par le chantre d’un nationalisme arabe en perte de vitesse.

En dépit des pressions internationales, l’Éthiopie est bien décidée à procéder à la deuxième phase de remplissage du barrage de la Renaissance lors de la prochaine saison des pluies. Bien que la menace d’une intervention militaire directe soudano-égyptienne contre les intérêts éthiopiens reste peu probable compte tenu des capacités de projection limitées des deux pays, un soutien indirect à l’insurrection à laquelle fait face le régime éthiopien n’est pas à écarter. L’annonce de l’acquisition de 30 Rafale par les forces armées égyptiennes laisse à penser que Le Caire pourrait étudier la possibilité de mener des frappes contre son voisin éthiopien. Une déstabilisation régionale ruinerait les perspectives de développement économiques de l’Égypte qui est pourtant vitale pour faire face aux enjeux socio-économiques considérables qui attendent le régime égyptien dans les prochaines années (dettes publiques, pauvreté, inégalités, explosion démographique).

* * *

Depuis son arrivée au pouvoir, le président al-Sissi a su valoriser habilement auprès des grandes puissances et des institutions financières internationales sa capacité à préserver le pays du désordre régional à moyen terme. Présenté comme un « pilier de stabilité », doté d’une position clé dans le contrôle des flux entre l’Europe et l’Asie (maritimes, énergétiques, communication), ce pays « trop grand pour s’effondrer » jouit en effet d’un statut à part. Cependant, la dérive autoritaire du régime et la dégradation significative des indicateurs humains dans le pays, le recentrage du pouvoir autour de la personne du président et la captation des fonds publics et des secteurs dynamiques par l’appareil militaro-sécuritaire sont autant de facteurs qui fragilisent la survie du régime à plus long terme. Sans parler d’effondrement du régime, le risque d’une instabilité politique et sociale persistante existe et pourrait amener certains, même parmi les plus fervents supporters du régime, à diversifier leurs investissements et rechercher des alternatives. Le rapprochement entre Israël et certains de ses voisins arabes laisse entrevoir de nouvelles perspectives en matière sécuritaire, économique et industrielle que l’Égypte ne devrait pas sous-estimer.


[1] Sur les conséquences économiques de l’incident, voir Amira Fekki et Rory Jones, « Egypt Seizes Ever Given Ship in Suez Canal, Demands Compensation », The Wall Street Journal, 13 avril 2021.

[2] Voir « Egypt’s Vision 2030 », mped.gov.eg.

[3] Voir Mounir Bennour, « Al-Sissi : l’inauguration de la capitale administrative, la “déclaration d’une nouvelle République” », aa.com.tr, 9 mars 2021.

[4] Les révisions constitutionnelles ont été approuvées par référendum à 88,83 %, pour un taux de participation de moins de 45 % des votants. Voir Maged Mandour, « Generalissimo Sisi », Carnegie Endowment for International Peace, 14 février 2019.

[5] Voir Robert Springborg, « Sisi’s Egypt Moves from Military Economy to Family Firm », ISPI, 6 décembre 2020.

[6] Sur le rôle de l’appareil militaro-séuritaire dans l’économie, voir Yezid Sayigh, « Owners of the Republic: An Anatomy of Egypt’s Military Economy », Carnegie Middle East Center – Carnegie Endowment for International Peace, 18 novembre 2019.

[7] Sur les dépenses égyptiennes de défense et de sécurité, voir Alexandra Kuimova, « Understanding Egyptian Military Expenditure », SIPRI Background Paper, octobre 2020.

[8] En 2020, la fréquentation touristique a baissé de 70 %. Le gouvernement envisage une reprise de l’activité touristique à 60 % de son niveau de 2019. Cependant, ces perspectives restent très largement conditionnées par l’évolution de la pandémie et de la campagne de vaccination dans les pays occidentaux et en Russie.

[9] Sur les faiblesses structurelles de l’économie égyptienne, voir « Égypte – Indicateurs et conjoncture », Direction générale du Trésor, Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, 30 décembre 2020.

[10] Sur les performances de l’économie égyptienne, voir Omar Auf, « A Visualization of Egypt’s Economic Performance During COVID-19 », The Cairo Review of Global Affairs, hiver 2021.

[11] Le programme soutient quelque 11 millions de personnes à travers 27 gouvernorats. Voir « Takaful and Karama: A Social Safety Net project that Promotes Egyptian Women Empowerment and Human Capital », The World Bank, 17 novembre 2020.

[12] Cette population, composée à plus de 30 % d’enfants, vient pour la majorité de Syrie, des deux Soudans, et d’autres pays de la Corne de l’Afrique. Voir « Égypte – Protection civile et opérations d’aide humanitaire européennes », European Commission, 6 janvier 2021.

[13] L’aide d’urgence « COVID » de 5,8 milliards de $ US accordée en juin 2020 par le FMI à l’Égypte vient s’ajouter au prêt de 12 milliards de dollars alloué à l’Égypte par tranche depuis 2016, ainsi qu’à une aide de 3 milliards de $ US de la Banque mondiale et d’1,5 milliard de $ US de la Banque africaine de développement ; sans compter les aides bilatérales, les 482 millions d’euros d’aides européennes et plus de 6 milliards de prêts des institutions financières européennes (« Egypt – European Neighbourhood Policy And Enlargement Negotiations », European Commission). Voir également Bessma Momani, « Egypt’s IMF program: Assessing the political economy challenges », Brookings, 30 janvier 2018.

[14] La croissance devrait tomber à 2,7 % du PIB en 2021. Voir « Middle East and North Africa, Global Economic Prospects, January 2021 », Worldbank.

[15] Voir Maged Mandour, « Playing Politics with Poverty: Sisi’s COVID-19 Vaccine Strategy », Carnegie Endowment for International Peace, 25 février 2021.

[16] Les terres arables sont concentrées sur 5,5 % du territoire (Delta et vallée du Nil) où résident plus de 90 % de la population. En 1965, 2,6 % du territoire égyptien étaient des terres agricoles (pop. 30 433 022 hab.) contre 3,854 % du territoire en 2018 (pop. 98 423 595 hab.). Voir « Égypte (République arabe d’) », La Banque mondiale.

[17] L’Égypte appuie ses revendications sur ses « droits historiques », consacrés par l’accord signé entre l’Égypte et le Soudan en 1929 (révisé en 1959) accordant 75,7 % du débit annuel à l’Égypte contre 24,3 % au Soudan, et considère par ailleurs que les États d’amont (Éthiopie, Kenya, Ouganda, Burundi, Rwanda, Tanzanie, RDC), signataires de l’Accord-cadre d’Entebbe sur l’utilisation des eaux du Nil, bénéficient, quant à eux, de pluies équatoriales. Voir Diomande Dro Hyacinthe, « La politique hydro-hégémonique des États riverains du Nil : une révolution des rapports de force en Afrique ? », IUCN, 13 novembre 2020.

[18] Voir Baudoin Loos, « Union européenne-Égypte. Un partenariat qui piétine les valeurs fondamentales », Orient XXI, 19 novembre 2020.

[19] Voir « Tout ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Égypte », Amnesty International, 2021.

[20] Voir Allison McManus, « The Egyptian Military’s Terrorism Containment Campaign in North Sinai », Carnegie Endowment for International Peace, 30 juin 2020.

[21] Voir David D. Kirkpatrick, « Secret Alliance: Israel Carries Out Airstrikes in Egypt, With Cairo’s O.K. », The New York Times, 3 février 2018.

[22] Première visite officielle d’une délégation israélienne en Égypte depuis près d’une décennie (précédée par la visite du ministre de l’Énergie égyptien en Israël en février 2021), la rencontre du 9 mars 2021 signale la fin d’une paix froide entre les 2 pays qui envisagent désormais, au-delà des aspects sécuritaires, l’établissement de relations commerciales et de programmes de coopération techniques dans le domaine de l’irrigation, du retraitement de l’eau et de la désalinisation et, bien sûr, de l’énergie. Voir Gabriel Mitchell, « Lessons from Israel and Egypt’s lukewarm peace », Atlantic Council, 20 avril 2021.

[23] Créé en janvier 2019 avec pour objectif de coordonner l’exploitation des ressources gazières en Méditerranée orientale (gazoduc EastMed), le Forum, auquel participent l’Égypte, Chypre, la Grèce, Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, est une réponse manifeste aux manœuvres turques dans la zone (signature d’un accord de délimitation maritime avec le gouvernement Sarraj en novembre 2019). Voir Mona Sukkarieh, « The east mediterranean gas forum regional cooperation amid conflicting interests », Natural Resource Governance Institute, 20 février 2021.

[24] La production de GNL égyptienne a atteint un record en 2020 (7.2 Bcf/d). En plus des ressources offshore de Méditerranée, l’Égypte a signé pas moins de 22 accords d’exploitation de gaz et de pétrole en 2020 et repris ses exportations de GNL à partir du port de Damiette début 2021. Voir Dania Saadi, « Egypt launches international oil and gas bidding round on new digital platform », S&P Global Platts, 18 février 2021.

[25] Giulio Regeni, un doctorant italien travaillant sur les mouvements sociaux en Égypte, a été retrouvé mort début février 2016 au Caire. Des agents de la Sécurité intérieure égyptienne sont suspectés de l’avoir enlevé et torturé. En dépit de sévères pressions italiennes et européennes, l’Égypte refuse toujours l’ouverture d’une procédure pénale.

[26] Voir « Egypt, Italy to ink major arms deal despite human rights concerns », Al Monitor, 8 juin 2020.

[27] Voir les chiffres fournis par le Congrès américain, « Egypt: Background and U.S. Relations », Congressional Research Service, 27 mai 2020, p. 28.

[28] En dépit des menaces de sanction américaines (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), l’Égypte a acquis 5 Sukhoï Su-35, en plus des 40 hélicoptères Ka-52 reçus en novembre 2019 et des S-300 et des 46 Mig29-M achetés entre 2015 et 2017 avec l’aide de l’Arabie saoudite. Voir Lazar Berman, « Egypt’s Strategic Balancing Act between the US and Russia », JISS, 5 avril 2020.

[29] Rosatom va construire 4 réacteurs VVER 1200 pour la centrale nucléaire égyptienne, à El-Debaa, qui alimentera notamment une centrale de dessalement de l’eau. L’équipementier ferroviaire russe Transmashholding a obtenu un contrat de 1,13 milliard de $ US (1 300 wagons). Rosneft a également acquis 30 % du champ gazier el-Zohr.

[30] L’arrivée au pouvoir en Arabie saoudite de Mohammad Ben Salman a favorisé le développement d’une alliance de « modérés » (Égypte, Arabie saoudite, Émirats, Bahreïn et Oman) contre un « axe du mal » constitué par l’Iran, la confrérie et les groupes extrémistes sunnites. La position égyptienne vis-à-vis de l’Iran reste cependant plus modérée que celle de ses voisins du Golfe.

[31] Les forces égyptiennes ont participé à de nombreux exercices conjoints avec les forces saoudiennes et émiraties (Tabouk 3, Morgan-14 et 15 en mer Rouge, Faisal-2017 en Égypte, Saif al Arab 2020 en Égypte).

[32] Voir John Calabrese, « Towering Ambitions: Egypt and China Building for the Future », Middle East Institute, 6 octobre 2020.

[33] Au cours des cinq dernières années, l’Égypte a considérablement modernisé ses forces navales avec l’acquisition des Mistral et corvettes Gowind-2500, des frégates FREMM françaises et italiennes, de 4 sous-marins d’attaque allemands, sans parler des systèmes d’armes équipant ces capacités. L’Égypte a également modernisé ses infrastructures navales (à l’image de la base Bérénice sur la mer Rouge), sa doctrine et l’entraînement de ses forces. Les forces égyptiennes ont participé à de multiples exercices multinationaux et bilatéraux en 2020 et 2021 (France, Espagne, UK, Bahreïn, Arabie saoudite, Russie, États-Unis). Voir Reem Mohamed, « The Growing Naval Power of Egypt », New Defence Order Strategy, 2020. L’Égypte a même pris part à un exercice conjoint avec les forces russes en mer Noire (2021, voir Ridvan Bari Urcosta, « Egyptian-Russian Naval Exercises in the Black Sea: Strategic Balancing against Turkey? », The Jamestown Foundation, 21 janvier 2021).

[34] En 2018, l’Égypte et l’Arabie saoudite ont signé un accord visant la construction du mégaprojet conjoint NEOM ainsi que l’établissement d’un fonds souverain de 10 milliards de $ US pour la mise en œuvre notamment du Projet mer Rouge. Ces projets conjoints s’accompagnent d’une politique de développement territorial dans le Sinaï, la modernisation du port d’Al Arish, et de sa cimenterie. Voir Stephan Kalin, « Egypt commits 1,000 sq km in south Sinai to Saudi mega-city: official », Reuters, 5 mars 2018 ; voir également « Le président Al-Sissi se réunit avec le PM et certains ministres et responsables », La République arabe d’Égypte – Présidence, 26 avril 2021.

Lancement du label régional d’intelligence économique à destination des PME et TPE

La démarche régionale stratégique d’intelligence économique mise en place en 2018 par la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur prévoit, dans sa déclinaison opérationnelle, des actions concrètes en faveur des entreprises, pour les accompagner notamment dans leurs recherches de partenariats et leurs démarches d’internationalisation.

C’est dans ce cadre qu’un label régional intelligence économique à destination des PME et TPE du territoire a été créé en 2020 , à titre expérimental, par la Région en partenariat avec la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES).

Cette démarche « qualité » offre aux entreprises l’opportunité de suivre un parcours de formation* et de conseil, permettant d’assurer la sécurisation de leurs savoir-faire et de leur patrimoine informationnel et améliorer, ainsi, leur positionnement stratégique vis-à-vis des grands donneurs d’ordre ou dans la passation de nouveaux contrats.

Dans la crise sanitaire et économique actuelle, ce dispositif, reconduit en 2021, constitue une opportunité pour les entreprises qui ont, plus que jamais, besoin de renforcer et protéger leur compétitivité et leur attractivité.

Celui-ci s’adresse aux PME et TPE régionales volontaires qui s’engageront, une fois leur candidature retenue, dans un parcours de formation* et de conseil adapté à leur taille et à leurs effectifs.

A l’issue d’un cycle de formation* comprenant trois niveaux distincts et complémentaires, un label régional intelligence économique pourra leur être délivré.

Ce parcours, qui constitue une aide indirecte en tant qu’aide de minimis aux entreprises sélectionnées, sera proposé à celles-ci à partir de la rentrée 2021.

Les entreprises intéressées devront se rapprocher de Monsieur Florian PUTAUD**, chef de projet en intelligence économique à la FMES, qui les accompagnera dans leur démarche de candidature (montage du dossier, aide de minimis,..), la date limite de retour des candidatures auprès de la FMES étant fixée au 21 juin 2021.

Les entreprises retenues seront informées de leur sélection au cours de l’été 2021.

Téléchargez les pièces du dossier:


LABEL IE 2021 AMI Légalisé


LABEL IE 2021 Règlement Légalisé


LABEL IE 2021 Dossier de candidature


Label IE – Attestation de minimis

* Les formations seront dispensées par un prestataire sélectionné par la Région

** Florian PUTAUD
Chef de projet en Intelligence économique
Institut FMES
Maison du Numérique et de l’Innovation
Place Georges Pompidou
83 000 TOULON
Tel : 06 25 09 49 64