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Relance des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran à la suite des attaques de drones en Arabie-Saoudite

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Le samedi 14 septembre en Arabie saoudite, un raid de drones militarisés a provoqué de graves dommages sur deux sites industriels majeurs du groupe Aramco[1] (une usine à Abqaiq et un champ pétrolier à Khurais dans l’est du pays). Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Javad Zarif a déclaré être prêt à une « guerre totale ». Cela fait suite aux déclarations de Mike Pompeo, qui, en visite à Djeddah, dessine une stratégie de riposte. En raison de l’ampleur des avaries, le ministre saoudien de l’énergie, le prince Abdoulaziz ben Salman, a annoncé la réduction de moitié de la production de pétrole du royaume. Le groupe pétrolier saoudien déclare, de son côté, qu’il puiserait dans les stocks afin de compenser la baisse de production, sans apporter de précision quant au délai nécessaire pour retrouver un rendement normal.

Cette attaque a été revendiquée par les rebelles Houthistes qui déclarent avoir agi en riposte aux frappes aériennes opérées par la coalition militaire menée par Ryad au Yémen. La manœuvre des rebelles chiites engendre, outre la flambée immédiate des cours du pétrole et les répliques militaires saoudiennes envisageables, une nouvelle passe d’arme entre les États-Unis et l’Iran.

Voir aussi : Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Les premiers par l’intermédiaire de Mike Pompeo, Secrétaire d’État, ont accusé « l’Iran [d’avoir] lancé une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial ». S’il est acquis que Téhéran apporte son soutien aux Houtis, le Secrétaire d’État n’apporte toutefois pas d’éléments de preuve permettant d’étayer cette accusation. En réponse, Téhéran présente un démenti ironique, voire moqueur, par la voix du porte-parole des affaires étrangères, Abbas Moussavi, qui dénonce « des accusations et remarques aussi stériles et aveugles [qu’] incompréhensibles et insensées ». De leur côté les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, jouent l’apaisement lorsque le commandant de la branche aérospatiale précise que “ni nous, ni les Américains ne voulons une guerre“. Ne manquant tout de même pas de rappeler que l’Iran reste “toujours préparé pour une guerre totale“.

La France marque une nouvelle fois sa position « non alignée » sur ce dossier en condamnant l’escalade sans cibler l’Iran directement. Paris souhaite ménager la chèvre et le chou dans une séquence ou elle tente désespérément de maintenir Téhéran dans les accords de Vienne alors que les États-Unis appellent la communauté internationale à condamner publiquement l’Iran pour ces attaques. La Chine tient une position similaire en exhortant lundi les deux protagonistes à la « retenue ».

En l’absence de renseignements consistants, il serait hasardeux d’affirmer que Téhéran n’est pas impliqué dans les attaques perpétrées par les rebelles yéménites ou dans les sabotages de pétroliers dans le détroit d’Ormuz aux mois de mai et juin derniers ou d’occulter l’aspiration au statut de puissance régionale affichée par la République islamique. Par ailleurs, il est impossible de confirmer les accusations de Donald Trump, qui a choisi le rapport de force comme mode opératoire pour la conduite de sa diplomatie, en particulier vis-à-vis de l’Iran.  La volonté déclarée du locataire de la Maison Blanche est bien de maintenir une pression maximale sur Téhéran, par le biais d’un embargo strict, afin de mener les autorités iraniennes à négocier un nouvel accord sur le nucléaire, plus en phase avec les visions américaine, saoudienne et israélienne. Par ailleurs, le Président Trump, qui tient l’Iran pour responsable de l’instabilité dans la sous-région, implique maintenant toute la communauté internationale en accusant le régime des Mollahs de mettre en péril l’approvisionnement énergétique mondial. Il tente ainsi d’ostraciser davantage Téhéran.

Difficile dans ce contexte de faire émerger toute la lumière sur cette affaire et en l’absence de preuves tangibles, prendre parti de manière objective est une gageure. L’histoire récente nous rappelle que l’Iran est soupçonné d’être l’instigateur d’un certain nombre d’attentats visant des opposants à l’étranger ainsi que les intérêts du « petit et du grand Satan » (Israël et les États-Unis). De leur côté les Etats-Unis ont également montrés leur capacité de désinformation.

Dans ce flou, quelques points émergent : 1- les Etats-Unis et l’Iran partagent la même stratégie : tenter de faire plier l’adversaire en faisant monter les enchères sans aller trop loin, car ni Donald Trump ni Hassan Rohani ne souhaitent le conflit (le limogeage de John Bolton en est une illustration). 2- les quatre acteurs impliqués dans cette tension (Etats-Unis, Iran, Israël et Arabie Saoudite) sont en fragilité politique interne, ce qui pourrait favoriser une surenchère menant à la perte de contrôle. 3- cette crise illustre bien notre nouveau monde stratégique : moins clair, moins stable, moins contrôlé, plus imprévisible.

 

Sur le même sujet : L’Iran peut-il réellement fermer les détroits d’Ormuz et de Bab el Mandeb ? – par Arnaud Peyronnet

[1] Compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbure

Election présidentielle en Tunisie : un résultat surprenant

Kaïs Saïed et Nabil Karoui.
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Le dimanche 15 septembre, les Tunisiens étaient appelés à se rendre aux urnes. Après la mort du Président Béji Caïd Essebsi, l’heure était au bilan pour ce pays qui, plus de huit ans après la révolution, poursuit sa reconstruction. En dépit de son statut d’ « exception » dans le monde arabe, la situation politique, économique, sociale et sécuritaire du pays ébranle la jeune démocratie alors que le niveau de vie des Tunisiens ne progresse pas.

Lire aussi : Tunisie : mort du président Béji Caïd Essebsi

Lire aussi : Tunisie : 8 ans après

Initialement prévues à la fin de l’année, les élections ont été anticipées en raison de la disparition du Président. Pour les deuxièmes élections présidentielles depuis la révolution, 26 candidats étaient en lice.

Les résultats présentés par l’Isie – l’Instance supérieure indépendante pour les élections en Tunisie –placent en tête le juriste Kaïs Saïed. N’appartenant pas à un parti politique, ce dernier a obtenu près de 19% des voix. Il est suivi par l’homme d’affaires Nabil Karoui (15%) à la tête du nouveau parti « Qalb Tounes » (Au cœur de la Tunisie) et actuellement incarcéré pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. La troisième place est occupée par le candidat du parti islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou. Quant à Youssef Chahed, actuel Premier ministre et représentant le parti Tahya Tounes, il est arrivé à la 5ème place.

Les deux hommes en lice pour le second tour sont estampillés « anti-système ». Kaïs Saïed, constitutionnaliste et commentateur politique a mené sa campagne sur la base du porte-à-porte, sans moyens financiers ni meetings. S’étant fait connaitre en commentant l’actualité politique tunisienne sur les plateaux de télévision, ce néophyte en gouvernance politique apparait comme l’un des plus conservateurs de la campagne. Il s’est en effet exprimé contre l’abolition de la peine de mort, l’abrogation des textes punissant l’homosexualité mais également contre l’égalité hommes/femmes en matière d’héritage. Quant à Nabil Karoui, il est à la tête de la chaîne populaire Nessma TV qu’il a lui-même fondée. Ces derniers mois, la chaine a mis en scène les actions de charité menées par l’homme d’affaires, notamment dans les régions les plus reculées du pays. Auparavant proche de l’appareil politique et originaire du système, Nabil Karoui a fait le choix d’un virage populiste en se présentant comme l’homme du peuple. En faisant de la lutte contre la pauvreté son fer de lance, Nabil Karoui a réussi à convaincre l’opinion publique tunisienne. Une semaine avant le début de la campagne, il a été mis en détention provisoire, Nessma TV étant accusé d’un manque de transparence concernant son capital. Par trois fois, la justice tunisienne a refusé ses demandes de libération. Or, son incarcération n’a pas entrainé un arrêt de son ascension. Au contraire, sa détention est instrumentalisée pour dénoncer le manque de neutralité de la justice qui aurait cherché à l’évincer de la course au pouvoir. Ce qui confère, à Nabil Karoui, du point de vue de ses partisans le statut de « prisonnier politique ». En outre, l’élection tunisienne a démontré que le mélange des genres – entre argent, pouvoir et communication – a une incidence directe sur le débat public.

Le consensus apparu lors des précédentes élections entre Ennahdha et Nidaa Tounes – qui s’est délité par la suite – semble impossible dans la configuration actuelle avec la percée de candidats « outsiders ». Le résultat de cette élection est un camouflet asséné aux élites politiques traditionnelles et témoigne de la perte de confiance des Tunisiens envers la sphère politique. A ce titre, l’élection n’a mobilisé que 45% du corps électoral, contre 64 en 2014, ce qui témoigne de l’essoufflement du système électoral classique. Les jeunes, très actifs lors de la révolution, semblent s’investir davantage en dehors des urnes.

Amel Boubekeur, chercheure en sociologie à l’EHESS et Kmar Bendana, professeur émérite d’histoire à l’Université de La Manouba, nuancent la situation. Selon elles, Kais Saïed et Nabil Karoui incarnent la politique de transition opérée par le pays mais également des symboles du rejet des élites politiques traditionnelles.

Si la date du second tour n’est pas strictement fixée, il pourrait avoir lieu le 29 septembre, le 6 octobre ou le 13 octobre et coïncider avec les élections législatives du 6 octobre. Ces dernières auront une incidence directe sur la vie politique tunisienne. Avec l’élection d’un hyperconservateur ou d’un populiste à la tête du pays, le futur politique de la Tunisie soulève une incertitude sur les évolutions à venir. Elle pourrait d’ailleurs influer sur la nature même de la démocratie recherchée. Serait-ce alors la remise en cause de certains acquis constatés depuis 2011 ?

 

Sur le même sujet : Tunisie : une démocratie fragilisée ?

Quelle(s) stratégie(s) pour la France en Méditerranée ? – par Pierre Razoux

Pierre Razoux est Directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) Chargé d’enseignement à Sciences Po Paris et à l’université Paris Dauphine.

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À la suite du sommet de Marseille sur la Méditerranée de juin 2019 et alors que les foyers d’incertitudes et de tensions se multiplient sur le pourtour méditerranéen, la France doit réfléchir à la formalisation d’une stratégie cohérente, coordonnée et interministérielle en direction de cet espace crucial, notamment à l’égard de ses rives sud (Maghreb) et est (Levant). Car à bien des égards, la Méditerranée constitue un laboratoire de la mondialisation, avec ses opportunités comme ses risques. Les États-Unis, la Chine et la Russie, sans compter de nombreux acteurs régionaux, l’ont parfaitement compris et accroissent leur présence et leur influence dans cet espace clé pour l’avenir de l’Europe, ne serait-ce que pour se positionner par rapport aux prometteuses ressources gazières et pétrolières offshore de Méditerranée orientale. Cette stratégie française doit prendre en compte les espaces aéromaritimes adjacents (mer Adriatique, mer Égée, mer Noire) et s’étendre en direction de la mer Rouge et de l’océan Indien de manière à protéger l’axe de communication maritime vital reliant l’Europe à l’Asie par la route la plus courte. Limiter la stratégie de la France à la seule Méditerranée, c’est se mettre des ornières en défendant son dernier périmètre de sécurité sans vision d’ensemble ; c’est la garantie d’un échec stratégique, géopolitique, économique et sécuritaire à long terme. Cette stratégie doit se fonder prioritairement sur les intérêts nationaux et non plus forcément sur la défense de valeurs libérales. Elle doit promouvoir une coopération économique et sécuritaire exigeante avec les pays de la rive sud de la Méditerranée, impliquant des investissements massifs et soigneusement contrôlés pour fixer les populations sur place et réduire le flot de migrants illégaux et de trafics en tous genres. C’est là que l’Union européenne (UE) peut jouer un rôle majeur et faire la différence. Cette stratégie globale doit projeter le plus loin possible vers le sud la frontière virtuelle d’endiguement des trafics et du terrorisme islamiste. Elle doit affirmer clairement qu’elle ne vise nullement à favoriser un type de régime politique, une religion ou l’une de ses expressions plutôt qu’une autre (sunnisme vs chiisme), mais qu’elle se définit au cas par cas en fonction des seuls intérêts nationaux et européens.

Le meilleur atout de la France est de montrer qu’elle est capable de parler avec tout le monde sans tabou, d’agir comme un intermédiaire crédible et légitime pour favoriser le dialogue entre États rivaux, en prenant des initiatives visant à stabiliser la zone ANMO, que ce soit au Levant ou plus loin dans le Golfe en promouvant une Conférence inclusive de sécurité et de coopération dans le Golfe (CSCG) entre les pétromonarchies, l’Iran et l’Irak, sur le modèle de ce que fut la CSCE en Europe. Les principaux intérêts de la France dans cette vaste zone consistent à éviter l’extension et l’unification des différents fronts djihadistes en leur interdisant l’accès aux littoraux maritimes, de même qu’à anticiper les effets déstabilisateurs du possible effondrement de certains États partenaires. Ces intérêts nous dictent également de maintenir ouvertes les portes d’entrée aériennes permettant à l’aviation française (armée de l’air et aéronautique navale) de se projeter vers la bande sahélo-saharienne, vers le Moyen-Orient, vers la péninsule Arabique et vers le pourtour de l’océan Indien. Pour y parvenir, la France a tout intérêt à renforcer ses liens avec la Tunisie, Chypre, l’Égypte, Israël, le Liban, l’Irak et le sultanat d’Oman, à intensifier le dialogue avec la Turquie, l’Iran et l’Inde, mais aussi à maintenir une relation étroite avec Djibouti comme avec les monarchies du Golfe en faisant clairement comprendre à nos interlocuteurs que nos intérêts continueront de converger tant que leur politique ne visera pas à mettre la France en porte-à-faux. La France doit pouvoir discuter avec franchise avec l’ensemble des acteurs concernés, notamment pour stabiliser la Libye et la Syrie et garantir l’accès au canal de Suez et au détroit de Bab el-Mandeb, à l’heure où de nouveaux foyers de tensions apparaissent en mer Rouge et où Russes, Chinois, Turcs et Iraniens se positionnent pour être capables d’agir militairement le long de ce long corridor maritime stratégique.

Pour définir cette nouvelle stratégie, la France doit dresser le diagnostic des crises qui peuvent survenir dans la région ANMO en intégrant l’agenda et les contraintes des acteurs locaux et globaux, et en envisageant les conséquences des Game Changer susceptibles de modifier la donne dans la région (chapitre 4 de cette étude). Sur le plan militaire, la France devra prendre en compte les tensions croissantes en Méditerranée orientale liées aux rivalités engendrées par l’exploration et l’exploitation des gisements gaziers offshore (notamment avec la Turquie), l’arrivée quasi certaine d’un nombre croissant de navires russes, chinois et iraniens en Méditerranée, de même que l’établissement probable de nouvelles bases russes et chinoises (et par là même de bulles A2/ AD1 –  Anti Access / Area Denial – associées) à proximité de détroits vitaux. De fait, la France devra déterminer quelle pourrait être la plus grande menace à son indépendance sur le long terme (la Russie ou la Chine ?) en se fondant sur des critères objectifs et non idéologiques, afin de concevoir la stratégie globale la plus pertinente possible. Elle aura tout intérêt à s’appuyer militairement sur les États-Unis et le Royaume-Uni qui restent les seuls à disposer de capacités critiques en Méditerranée, que ce soit via l’OTAN ou dans un cadre ad hoc, mais aussi sur l’Italie qui reste un partenaire de choix pour agir militairement le long du continuum Méditerranée mer Rouge. L’Union européenne ne peut fournir pour sa part aujourd’hui que 20 % des moyens militaires susceptibles d’être mobilisés le long de cet axe aéro-maritime ; elle ne dispose que d’un nombre restreint de capacités cruciales. Pour éviter que ses adversaires potentiels ne disposent de ces mêmes capacités cruciales, la France aurait intérêt à maintenir en cohérence sa stratégie d’exportation de matériels militaires et ses intérêts stratégiques, favorisant l’acquisition de systèmes permettant d’accroître la surveillance, la transparence, le contrôle des frontières (y compris maritimes) et les communications entre pays riverains, tout en évitant la prolifération de sous-marins, de missiles de croisière, d’avions ravitailleurs en vol et de systèmes sol-air et surface-surface à longue portée.

Pour s’assurer que cette nouvelle stratégie puisse être appliquée sur le long terme, la France pourrait enfin repenser son système de bases et de points d’appui, pourquoi pas en les mutualisant avec certains partenaires européens, car elle sera amenée immanquablement à intervenir loin du territoire national en direction de l’océan Indien et de l’Asie. S’il lui faut impérativement s’appuyer sur la Corse pour le contrôle de la Méditerranée occidentale et renforcer sa présence à Djibouti pour la défense du détroit de Bab el-Mandeb et du corridor aérien de la mer Rouge, les autorités françaises pourraient étudier la faisabilité de nouvelles bases ou points d’appui en Tunisie, à Chypre, en Égypte, au sultanat d’Oman et en Inde.

[Perspectives navales] : L’Iran peut-il réellement fermer les détroits d’Ormuz et de Bab el Mandeb ? – par Arnaud Peyronnet

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Les attaques suspectes de plusieurs bâtiments marchands à proximité du détroit d’Ormuz, tout comme la saisie d’autres quelques semaines plus tard pendant l’été 2019, ont ravivé les craintes d’une potentielle fermeture par l’État iranien de cette artère stratégique[1]. En effet, et alors que l’Iran fait face à des sanctions économiques renouvelées (notamment pour l’exportation de son pétrole) suite à la profonde crise irano-américaine liée à la sortie des États-Unis du JCPOA, le régime des Mollahs a toujours indiqué qu’il ne permettrait à quiconque d’exporter du pétrole par le détroit d’Ormuz si lui-même ne pouvait pas le faire. Or, avec des forces navales littorales implantées tout au long du détroit d’Ormuz et dans le golfe arabo-persique (Bandar Abbas, Jask, Qeshm et Abu Musa), sans compter une expertise certaine pour les modes opératoires hybrides, l’Iran semble parfaitement positionné pour tenter de fermer ce détroit s’il le souhaite. Impliqué également dans la guerre civile yéménite au travers de son soutien aux rebelles houthis, le régime iranien est aussi présent à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, 4ème détroit le plus fréquenté dans le monde[2]. Des attaques commis par les houthis contre des navires de commerce ont déjà eu lieu dans cette zone les années passées et s’inscrivent plus particulièrement dans la lutte d’influence régionale entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Les détroits de la région sont donc une vulnérabilité majeure pour le commerce maritime mondial, toute fermeture d’un ou des deux passages pouvant précipiter l’économie mondiale dans une crise profonde et durable. Or, les méthodes éprouvées des forces navales iraniennes font de celles-ci un adversaire redoutable qui peut effectivement porter atteinte à la liberté de navigation. En outre, les puissances régionales intéressées à empêcher de tels agissements ont révélé leur incapacité à les endiguer, ouvrant alors la voie à de potentiels multiples autres incidents en cas de détérioration plus large de la situation en Iran[3].

Des moyens navals iraniens réduits mais dédiés au déni d’accès

La marine iranienne cherche à maintenir, au prix de grandes difficultés matérielles, ses capacités de haute-mer. Si elle assure depuis 2011 des déploiements anti-piraterie dans la corne de l’Afrique, les annonces régulières de déploiements lointains[4] s’apparentent plus à de la gesticulation déclaratoire qu’à de nouvelles intentions géopolitiques. La marine iranienne dispose de 7 corvettes, de 32 patrouilleurs équipés de missiles anti navires de longue portée et met surtout en ligne 29 sous-marins[5], outil classique d’une stratégie de déni d’accès. Toutefois, seuls 5 sous-marins sont capables de missions hauturières (classe Kilo), quand ceux-ci sont opérationnels… Cette arme reste cependant privilégiée par la marine iranienne comme en témoignent ses investissements dans un nouveau sous-marin côtier (type Fateh), dont le premier a été mis en service en février 2019. La flotte de surface est par contre dans un état plus précaire. L’Iran a ainsi perdu en janvier 2018 l’un de ses 2 plus grands bâtiments (le Damavand) lors d’une collision en mer Caspienne, cet incident illustrant l’état de délabrement de la flotte hauturière de l’Iran[6]. Les constructions navales iraniennes sont également marquées par d’importants défauts et des manques de moyens criants, essentiellement en raison des sanctions internationales et des faibles prix du pétrole. Le manque de capacités de défense antiaérienne limite enfin considérablement le pouvoir de nuisance de cette flotte iranienne qui pourrait être ainsi rapidement détruite en cas de déclenchement des hostilités, sauf si elle est maintenue sous couverture de la défense aérienne côtière, la limitant alors uniquement à un rôle littoral. Cette marine se déploie donc peu en dehors de ses approches (golfe d’Oman essentiellement) et effectue des exercices annuels (type Velayat), généralement consacrés à la seule protection navale du territoire national. La marine iranienne pourrait toutefois être soutenue dans ses actions par des frappes de missiles balistiques de précision (type Fateh-110 ou Khalij Fars), capables théoriquement de cibler des grosses unités occidentales naviguant en mer d’Oman, toujours dans une stratégie classique de déni d’accès. Malgré tout, isolée et manquant de moyens, la marine iranienne cherche à consolider son rôle régional et cherche pour se faire à se rapprocher de la Russie. Elle envisagerait ainsi, à terme, la conduite d’exercices bilatéraux réguliers avec la marine russe.

 

Des méthodes asymétriques éprouvées dans les détroits…

Composante navale des Gardiens de la Révolution, l’IRGCN est quant à elle plus spécifiquement chargée de la lutte asymétrique dans le golfe arabo-persique et, en temps de crise, du verrouillage potentiel du détroit d’Ormuz. Elle dispose dans ce cadre de multiples embarcations de faible tonnage suréquipées en missiles anti navires. Ces unités sont d’ailleurs généralement utilisées en « essaims » pour harceler et saturer les forces adverses, notamment dans les eaux resserrées des détroits[7]. Les modes d’action asymétriques préservant la discrétion et l’ambiguïté quant à une implication iranienne sont également favorisés. Ainsi, au printemps 2019 et au plus fort de tensions irano-américaines liées à la question nucléaire, 4 navires civils ont subi des actions de sabotage au mouillage de Fujeirah (Emirats Arabes Unis) tandis que 2 autres ont été endommagés par des mines-ventouses au large du sultanat d’Oman. Si l’implication de l’Iran n’a pas été clairement établie, le mode d’action reste par contre typique des procédés asymétriques iraniens. Durant l’été 2019, l’Iran a également arraisonné plusieurs navires de commerce, dont un britannique (sous un prétexte de lutte contre le trafic de pétrole), ouvrant la voie à une crise navale « hybride » mêlant considérations juridiques, commerciales et militaires….et rendant donc toute réponse forcément plus complexe. L’Iran brouillerait également ponctuellement les signaux GPS dans le golfe arabo-persique (via des systèmes installés sur l’ile d’Abu Mussa) et perturberait les communications radio, le tout afin de semer une certaine confusion dans le trafic marchand. Enfin, comme autre pan de cette crise navale « hybride », l’IRGCN envisagerait à terme de faire payer une « taxe » spéciale aux navires transitant dans le golfe arabo-persique afin que ceux-ci puissent y circuler librement et sans interférence iranienne….

Une base de projection indirecte au Yémen

Le détroit de Bab-el mandeb est également une région d’attention particulière pour les forces navales iraniennes. Cette zone est en effet une route logistique importante pour le transport d’armes et de matériels vers ses alliés tant au Yémen qu’à Gaza, en Syrie ou au Liban. Des chargements d’armes iraniennes à destination des houthis ont ainsi été interceptés à plusieurs reprises en mer d’Arabie, le Yémen étant pour l’Iran une excellente plate-forme de lancement « indirect » de missiles balistiques ou de drones armés sur l’Arabie Saoudite. Cette zone est d’ailleurs un excellent « terrain d’exercice » pour tester, via son proxy local, les modes opératoires asymétriques développés par la composante navale des Gardiens de la Révolution. L’Iran a ainsi procuré des « vedettes suicides » aux rebelles yéménites houthis qui les ont utilisées pour mener des attaques contre des bâtiments ou des ports saoudiens. En effet, les rebelles houthis continuent régulièrement de cibler (missiles balistiques, drones et vedettes suicides opérés à distance) les infrastructures pétrolières saoudiennes de la région de Jizan. Les navires saoudiens ont fait l’objet d’attaques dans le nord du détroit de Bab el Mandeb (au moins une dizaine de navires, dont 4 militaires depuis début 2017) via des tirs de missiles anti navires côtiers ou l’utilisation de « vedettes suicides ». Les houthis auraient également dispersé des mines le long des côtes occidentales du Yémen (Mokha, alHudeydah) afin de compliquer les opérations de la coalition arabe mais également de faire peser une menace tangible sur le trafic commercial. D’ailleurs, cette stratégie asymétrique de ciblage des pétroliers saoudiens dans le détroit de Bab al Mandeb a produit des effets lors de l’été 2018, la compagnie saoudiennes Aramco ayant annoncé à cette époque suspendre, pour une durée certes limitée, son trafic pétrolier à travers le détroit.

Un jeu irano-émirien déséquilibré dans les détroits

Pour protéger leurs voies maritimes et assurer un certain leadership régional dans le cadre de la coalition arabe, les EAU ont développé ces dernières années des implantations militaires avancées autour du détroit de Bab al Mandeb. Ils ont ainsi construit une base sur l’île de Périm (Mayyun), en plein milieu du détroit, qui comprend une piste d’aviation et quelques infrastructures portuaires légères permettant de soutenir au plus près les opérations émiriennes au Yémen. Les EAU disposent également d’une base aérienne et navale à Assab, en Erythrée, et pourraient en construire une autre à Berbera (Somaliland). Enfin, des pourparlers ont eu lieu en 2017 avec le gouvernement yéménite en exil pour la location pour 99 ans de l’île de Socotra. Des moyens militaires émiriens légers auraient également été déployés sur cette île. Cette présence émirienne permet de surveiller l’influence locale de l’Iran mais est aussi devenue un « outil de négociation » dans les relations officieuses des deux pays. Un certain « équilibre stratégique » serait recherché par les EAU qui ne veulent pas laisser l’Iran être le seul acteur influent des détroits. Toutefois, les pertes subies au Yémen, les incertitudes quant aux objectifs à long terme de la coalition arabe et les tensions du printemps 2019 dans le détroit d’Ormuz ont initié un retrait progressif des EAU des opérations au Yémen[8], sans remettre en cause toutefois pour l’instant son réseau d’infrastructures militaires autour du détroit de Bab el-mandeb. Dans tous les cas, les EAU maintiennent un certain dialogue avec l’Iran pour trouver des solutions de « désescalade » dans le détroit d’Ormuz (non condamnation de l’Iran lors des actions de sabotage et de minage de navires marchands, réunion entre les garde-côtes des deux pays).

Le retour des initiatives de « sécurité maritime » pour faire face aux inquiétudes…

L’activisme iranien et les incidents recensés au printemps 2019 contre le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz ont évidemment accru le niveau d’inquiétudes de la communauté internationale. Ils ont ravivé le besoin de « sécurisation » du trafic marchand, à l’instar des années 1987/1988 lors de la guerre Iran/Irak. De fait, la marine américaine a annoncé en juin le lancement de l’opération Sentinel visant à mettre en place un système d’escortes et de surveillance des navires de commerce dans le golfe arabo-persique. Cette opération s’est doublée d’un mécanisme international de sécurité maritime (International Maritime Security Construct ou IMSC), sous leadership américain, ouvert à d’autres Etats si ceux-ci veulent s’y joindre, dans le cadre d’une coalition maritime ad hoc (Bahreïn, la Corée du Sud, l’Australie et le Royaume-Uni se sont déclarés intéressés). L’arraisonnement d’un navire britannique par l’Iran lors de l’été 2019 (en rétorsion de l’arraisonnement d’un pétrolier iranien à Gibraltar) a d’ailleurs conduit rapidement la marine britannique à déclencher une mission navale de protection de son trafic maritime commercial (opération Kipion), intégrée à la « coalition maritime » voulue dans cette zone par les Etats-Unis.

 

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Les capacités navales iraniennes étant limitées, la fermeture militaire d’un ou des deux détroits ne durerait probablement que quelques jours à quelques semaines, tout en signifiant certainement la destruction à terme des capacités navales de ce pays. L’utilisation par l’Iran de l’arme navale devrait donc probablement rester « hybride », afin d’éviter une responsabilité directe, et utilisée comme une « diversion » par rapport à d’autres théâtres d’opérations plus prioritaires (Syrie, Irak). Les possibilités de perturbations du trafic commercial dans les détroits, causés indirectement par les agissements iraniens, vont donc rester pérennes et osciller en fonction du tempo de la crise américanoiranienne. Les réponses potentielles à y apporter restent dans tous les cas limitées, les escortes de convois immobilisant déjà des moyens conséquents et étant en soi une reconnaissance implicite des capacités de nuisance iraniennes.

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[1] Le détroit d’Ormuz voit transiter environ 2400 pétroliers par année, soit environ 17 millions de barils de pétrole par jour, 75 % de celui-ci allant en Asie.

[2] 40 % du trafic maritime mondial dont 6,2 millions de barils de pétrole brut par jour en 2018.

[3] La menace de fermeture du détroit d’Ormuz est classiquement brandie par le régime iranien, notamment quand celui-ci est soumis à une forte pression extérieure.

[4] Notamment en Atlantique en 2019 avec une escale annoncée au Venezuela.

[5] Notamment des sous-marins de poche dotés de capacités de mouillage de mines.

[6] Il ne reste plus qu’un bâtiment de type Jamaran sur les 2 construits et ce alors que 7 étaient initialement prévus (la construction de quatre autres étant à l’arrêt).

[7] La vitesse, la mobilité, la surprise et les eaux resserrées sont favorisées par les unités de l’IRGCN pour mener leurs opérations. Le mouillage de mines est également un mode d’action favorisé. Le harcèlement des unités occidentales franchissant le détroit d’Ormuz par des vedettes rapides ou des drones est d’ailleurs récurrent et illustre toute l’attention que l’Iran porte en outre à ce détroit.

[8] Les incidents du détroit d’Ormuz, artère vitale pour l’économie des EAU, auraient eu raison de son implication au Yémen, signant peut-être la fin de la coalition arabe, ce qui était potentiellement l’état final recherché par l’Iran dans le détroit d’Ormuz…

Nucléaire iranien – Union européenne : un partenariat menacé

Hassan Rohani.
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Pour la troisième fois depuis le mois de mai 2019, l’Iran a décidé de s’affranchir de certains des engagements inscrits dans l’accord de Vienne de 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPoA) concernant son programme nucléaire. Les autorités iraniennes ont annoncé la mise en route de centrifugeuses avancées dans l’optique d’augmenter le stock d’uranium. Annoncé lors d’un discours télévisé d’Hassan Rohani, ce choix a été confirmé par le ministère des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif dans une lettre en date  du 5 septembre à la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini : « en raison des conséquences du retrait américain du plan global d’action commun sur le nucléaire iranien et de la réimposition des sanctions à l’Iran, ainsi que de l’incapacité des trois pays européens à remplir leurs obligations réciproques envers Téhéran relatifs à l’accord et aux déclarations publiées par la Commission mixte (à l’issue du retrait américain), la République islamique d’Iran suspendra, à partir d’aujourd’hui tous ses engagements vis-à-vis du JCPoA dans le domaine de la recherche et du développement nucléaires ».

 

Voir aussi : Dépassement de la limite prévue d’uranium enrichi : l’accord sur le nucléaire iranien en péril

Cette décision, confirmée le lundi 9 septembre par l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), n’est pas permise par l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Ce dernier autorise en effet Téhéran à ne produire de l’uranium enrichi qu’avec des centrifugeuses de première génération.

A l’issue du retrait unilatéral de Washington de l’accord international sur le nucléaire iranien, les tensions entre les Etats-Unis et la République islamique se sont accrues. Face au retrait américain et à l’impossibilité pour les Européens signataires de l’accord (Allemagne, France, Royaume-Uni) d’aider le régime des mollahs à contourner les sanctions, Téhéran a commencé à s’affranchir de certains engagements. Asphyxié économiquement, le pays est entré dans une violente récession du fait des pressions américaines. En réaction, l’Iran dénonce les « promesses non tenues » de l’UE et espère faire pression sur les Etats encore parties à l’accord – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie – de manière à contourner les sanctions américaines. Le président iranien a donné aux Etats européens « un nouveau délai de soixante jours » pour répondre à ses exigences : « À tout moment, si les Européens reviennent à leurs engagements, nous aussi reviendrons aux nôtres ». Affaibli sur la scène internationale et à l’intérieur de son pays, Hassan Rohani joue la montre et la provocation pour inciter les pays européens et pousser les Etats-Unis à revenir à la table des négociations. A ce titre, le président américain Donald Trump s’est dit prêt, le mardi 10 septembre, à rencontrer son homologue iranien en dépit d’un maintien de la « campagne de pression maximale ».

 

Voir aussi : Nouvelles mesures américaines sanctionnant l’Iran

Le plan iranien inquiète la communauté internationale. Le dépassement des limites encadrant les activités de recherche et développement est perçu par le Foreign Office de Londres comme un cas « profondément inquiétant ». Pour le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves le Drian, si les autorités iraniennes font un mauvais choix, celui de l’escalade, « les voies du dialogue restent ouvertes », les objectifs essentiels du processus étant « l’absence de nouvelle violation du JCPoA et le retour à une pleine conformité à l’accord ». Engagée dans un effort de médiation avec l’Iran, la France semble pour l’heure avoir perdu son pari pris au G7 En effet, A Biarritz, le Président français avait fait du dossier iranien une priorité, faisant renaître l’espoir d’un possible apaisement dans la région. Toutefois, Washington et Téhéran n’en apparaissent pour autant être les moteurs.

Au Moyen-Orient, l’isolement de l’Iran par les Etats-Unis et le conflit latent qui oppose la République islamique à l’axe dirigé par l’Arabie saoudite accroissent les tensions et pourraient conduire à un conflit régional majeur. Or, alors que la paix et la sécurité au Moyen-Orient s’imposent comme une nécessité, un processus de négociation complet ne saurait exclure le régime des mollahs. En effet, la coopération de l’Iran est une condition sine qua non à la stabilité de la région.

 

Pour en savoir plus :

 L’outil de troc de l’UE pour commercer avec l’Iran

Sanctions contre l’Iran : la décision unilatérale des Etats-Unis

Déclaration d’intention ou manœuvre de séduction du Premier ministre israélien à six jours des législatives anticipées ?

Benjamin Netanyahu.
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Le mardi 10 septembre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré devant la presse que, s’il obtient une majorité de gouvernement aux élections législatives du 17 septembre prochain, il annexera la Cisjordanie (territoire Palestinien occupé par Israël depuis 1967). Il décrit son « intention, d’appliquer avec un futur gouvernement, la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer morte ». Cette annonce intervient après qu’il ait appelé, la veille, la communauté internationale à accentuer la pression sur l’Iran et à cesser toutes négociations avec celui-ci.

En effet, le chef de gouvernement israélien a apporté de « nouvelles preuves » de l’existence d’un site nucléaire iranien à Ābādeh, au sud de la région d’Ispahan dans le centre de l’Iran. Il s’agirait, selon Netanyahu, d’« un site de développement d’armes nucléaires » qu’il avait par ailleurs déjà désigné à la tribune des Nations Unies le 27 septembre 2018.

L’annonce de cette possible annexion de la Cisjordanie, très critiquée par l’opposition, survient alors que le Premier ministre israélien fait feu de tout bois pour séduire l’aile la plus à droite de son électorat.

Nous observons également que cette conférence de presse fait suite aux déclarations d’Hassan Rohani, le Président iranien qui annonçait, le mercredi 04 septembre, avoir ordonné la reprise de la recherche & développement en terme d’enrichissement de l’uranium. Cette décision est une réaction face à l’incapacité par les États faisant encore parti de l’accord de Vienne – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie- à parvenir à contourner les sanctions américaines qui sclérose l’économie iranienne.

La tentative française de relancer les discutions sur ce sujet, initiée en marge du G7, a fait long feu. Depuis, Hassan Rohani a déclaré qu’aucune rencontre entre Téhéran et Washington n’aurait lieu sans un geste significatif de la part des américains. Ainsi, l’Iran entreprend de détricoter petit à petit l’accord de Vienne de 2015.

Il est permis de croire que Benjamin Netanyahu s’appuie sur les tensions régionales pour séduire l’électorat colons, sensible à la rhétorique sécuritaire et aux velléités expansionniste portée par le chef de file du Likoud.

De surcroît, le chef de gouvernement envoie également un message explicite à l’administration Trump alors que celle-ci s’apprête à dévoiler prochainement son plan pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

Israël et Liban : un jeu de dupes ?

Mohammad Javad Zarif et Benjamin Netanyahou.
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L’armée israélienne a déclaré dans un communiqué du mardi 3 septembre, avoir repéré un site de fabrication de missiles appartenant au mouvement chiite libanais Hezbollah. Ce communiqué intervient quelques jours après les échanges de tirs entre les deux entités à la frontière du Liban.

Les tensions entre Israël et le Hezbollah, mouvement terroriste chiite du Liban, ne datent pas d’aujourd’hui. Néanmoins, cette escalade est particulièrement surveillée par la communauté internationale qui redoute un nouveau conflit entre les deux voisins ennemis : le dernier, en 2006, avait fait 1 200 morts du côté libanais et 160 du côté israélien.

Le dimanche 1er septembre dernier, le Hezbollah allié de Téhéran, notamment en Syrie où il soutient le régime, a tiré des missiles antichars sur le nord d’Israël. L’Etat hébreu a répliqué par des frappes sur le sud du Liban provoquant uniquement des incendies dans des secteurs boisés. Le Hezbollah libanais, de son côté, a annoncé avoir « détruit » un véhicule militaire israélien dans la zone frontalière faisant état de « morts et de blessés ». La confrontation est survenue au terme d’une semaine allant crescendo, commençant par un bombardement de l’armée israélienne tuant deux combattants du Hezbollah en Syrie, et se poursuivant par des accusations d’attaques de drones israéliens contre un bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. Dès lundi toutefois, la tension était retombée.

Cette nouvelle étape franchie dans la montée de tension avec Israël a poussé le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à réclamer l’intervention de Paris et Washington. Ce dernier s’est entretenu par téléphone avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et avec un conseiller du président français Emmanuel Macron pour demander « l’intervention des États-Unis, de la France et de la communauté internationale face aux développements de la situation à la frontière sud », d’après le communiqué.

La communauté internationale n’a à ce jour pas encore répondu à l’appel de Hariri. Nous observons que les Etats-Unis financent et équipent depuis de nombreuses années l’armée libanaise tandis que le Hezbollah est financé par l’Iran, ennemi des Etats-Unis. Cependant, l’armée régulière du Liban et le Hezbollah entretiennent des relations à la fois complexes et déséquilibrées, qui ne permettent pas à l’armée libanaise de prendre l’ascendant sur le Hezbollah.

L’administration Trump et celle de Netanyahou ont dans leurs scopes tous groupes ou pays alliés de l’Iran, par ailleurs d’ores et déjà soumis aux sanctions américaines. Il est donc difficile d’imaginer que les Etats-Unis vont répondre positivement au président libanais. La France se veut elle médiatrice dans le conflit qui sévit entre les Etats-Unis et l’Iran. Elle s’est démarquée au G7, en invitant le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, à s’entretenir avec le président français.  Elle se veut très impliquée dans la préservation de l’accord sur le nucléaire, duquel se sont retirés les américains. La France et le Liban entretiennent pour leur part des relations étroites fondées sur plusieurs aspects, tant historiques (mandat sur le Liban de la SDN en 1920), culturels (le pays de cèdre est francophone) que politiques (création par la France de ses principales Institutions, soutient par la FINUL du Liban à l’initiative de la France). Il serait donc délicat pour la France d’aller à l’encontre des intérêts libanais ou de simplement faire la sourde oreille. La France entretient aussi des rapports stables avec Israël, qui sont partagés entre le besoin d’interagir avec un partenaire essentiel du Moyen-Orient tout en maintenant de bonnes relations, voire des relations privilégiées avec le monde arabo-perse.

Mais, dans ce jeu d’échec, le Hezbollah est un « pion » essentiel. Il fait partie des gouverneurs successifs du Liban depuis 2005 (le pays est subdivisé administrativement et politiquement en huit gouvernorats), il occupe trois postes ministériels ainsi que treize sièges au parlement. Il est un acteur incontournable de la vie politique et sociale, au-delà du simple aspect militaire et idéologique, du Liban. Il bénéficie d’un appui militaire et financier de l’Iran depuis sa création en 1982 et, s’est énormément renforcé et aguerri particulièrement avec la guerre en Syrie. L’organisation compte aujourd’hui environ 25000 membres, soit deux fois plus qu’en 2010.  Les Etats-Unis ont émis des sanctions à l’encontre des membres du Hezbollah ces deux dernières années, en particulier envers les chefs de l’appareil sécuritaire du Hezbollah ainsi qu’une cinquantaine d’autres membres. De son côté, le Liban a émis des réactions diverses à cet égard en raison de sa pluri confessionnalisation (chiite, sunnite et chrétien maronite) et de ses relations privilégiées avec plusieurs Etats arabes opposés à l’Iran tels que l’Arabie-Saoudite, les Emirats Arabes Unis mais aussi du fait des liens étroits existants entre le pouvoir et le Hezbollah (Président Libanais chrétien maronite proche de l’organisation chiite), d’une part, ainsi qu’avec certains pays occidentaux, la France en particulier, d’autre part.

A ce jeu s’ajoute la situation politique délicate de Benjamin Netanyahou. Poursuivi par le Procureur Général pour des affaires d’abus de confiance, de fraude et de corruption, le Premier ministre israélien trouve dans cette situation d’accroissement de la tension avec son voisin l’occasion de renforcer sa posture d’homme fort, garant de la sécurité. En vue des élections législatives du 17 septembre prochain, le discours sécuritaire représente une diversion bienvenue, pour le moins est-ce l’opportune occasion de détourner l’attention de l’électorat.

Le Liban se trouve dans une position très délicate, risquant tout à la fois l’ire des Etats-Unis et celle du Hezbollah. Saad Hariri n’a clairement pas les cartes entre ses mains, il est pris en otage des jeux d’influences menées par des acteurs extérieurs. Pourtant l’enjeu est grand, il en va du précaire équilibre politique, sociale, sécuritaire confessionnel du Pays de cèdre.

Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Des séparatistes à Aden. 29 août 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 3 septembre, un rapport des Nations unies, qui sera présenté au cours de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme du 9 au 27 septembre, fait état des multiples « crimes de guerre » dans le pays commis par les diverses parties.
Depuis 2015 et l’éclatement du conflit, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts et a durement éprouvé les civils. Pour l’ONU, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ».
Appelé autrefois « l’Arabie heureuse », le Yémen est aujourd’hui le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Embourbé dans des conflits internes depuis une cinquantaine d’années, il est aujourd’hui le théâtre d’une véritable guerre. En mars 2015, les Houthis, une faction minoritaire du chiisme appuyée par l’Iran et le Hezbollah libanais, ont pris le contrôle du palais présidentiel et de la capitale Sanaa. Le gouvernement d’Abdrabbo Hadi, d’abord replié à Aden puis réfugié en Arabie saoudite, demande l’aide de Riyad, son allié historique. Le royaume wahhabite, dirigé par le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS), met en place sous son commandement une coalition de pays arabes voisins pour combattre les Houthis et soutenir les forces loyales au Président Hadi. Sur le sol yéménite, l’Arabie saoudite se livre alors à une guerre par procuration avec l’Iran, son principal rival dans la région. Riyad et Téhéran se disputent en effet le leadership au Moyen-Orient et le conflit au Yémen s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions.
Depuis le mois d’août, un nouveau front s’est ouvert dans un Yémen déjà fragmenté. A Aden, les forces gouvernementales s’opposent aux séparatistes ayant pris le contrôle de la ville qui réclament l’indépendance du sud du pays. Les Emirats arabes unis, engagés dans le conflit depuis ses débuts et considérés comme un pilier de la coalition commandée par le royaume wahhabite, sont accusés d’aider une faction des séparatistes. Abou Dhabi se justifie en avançant avoir mené des raids aériens, notamment contre des « milices terroristes », dans un cas de « légitime défense ».
En juillet, l’émir ben Zayed (MBZ) avait annoncé la réduction de ses troupes, déplorant des pertes importantes en termes d’hommes – Abou Dhabi ayant envoyé un nombre conséquent de soldats sur le sol yéménite. Pour le New York Times, ce revirement des EAU démontre à quel point les combats pesaient lourdement sur l’alliance émirati-saoudienne, les deux Etats étant les plus gros contributeurs tant en moyen humain que matériel au sein de la coalition.
La situation au Yémen cristallise les tensions entre les deux grands pays du Golfe et fait la lumière sur les objectifs différents poursuivis par Riyad et Abou Dhabi. Si les deux pays partageaient, au début de la coalition, la volonté de remettre Hadi en place, désormais, leurs desseins divergent. Tandis que l’Arabie saoudite entend s’affirmer comme la puissance régionale dominante face à l’Iran en combattant les Houthis, les Emirats arabes unis, poursuivent un objectif territorial. Le sud du Yémen est en effet considéré comme une base permettant d’étendre l’influence émiratie en direction de la mer Rouge et de la corne de l’Afrique. A ce titre, les Emirats ont financé divers groupes séparatistes qui leur sont aujourd’hui favorables. La configuration du Yémen antérieure à la réunification de 1990 – correspondant à un pays scindé entre nord et sud – profiterait donc à Abou Dhabi, selon Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de la France au Yémen. Ceci n’occulte en rien, pour Riyad, que les Houthis représentent une menace à la frontière sud.
Face aux « ingérences flagrantes des Emirats », le président Hadi a demandé à l’Arabie saoudite d’intervenir. Toutefois, il se heurte au silence de Riyad, qui se trouve très embarrassé par la dislocation de sa coalition.
Après des décennies de rivalités entre les Saoud et les Zayed, l’entente cordiale et respectueuse qu’entretiennent les princes héritiers MBS et MBZ apporte un nouveau souffle à la relation entre les deux pays constituant l’axe fort dans la région en incarnant des alliés symboliques et historiques. Les récents événements prouvent néanmoins les failles de cette alliance et percent au grand jour les différends opposant l’émirat et le royaume saoudien.
Or, l’Arabie saoudite, dans son combat contre les Houthis a tout intérêt à bénéficier de l’appui militaire des Emirats et devrait favoriser la réconciliation entre le gouvernement et les séparatistes. Dans une volonté d’afficher un front uni en dépit des divergences évidentes, les journaux d’Arabie saoudite et des EAU ont affirmé leur soutien mutuel face aux grands défis que connait la région. A ce titre, l’émirati MBZ a déclaré : « Les EAU et l’Arabie saoudite sont des partenaires. (…). Nos objectifs communs sont la sécurité des Emirats et de l’Arabie saoudite et la stabilité de la région. Nous partageons également un destin et un avenir communs ».
Ces tensions au sein du couple le plus puissant du Golfe bénéficie au rival qatari. En effet, pour le média Al Jazeera, le conflit yéménite est dans une impasse. La position des EAU au Yémen « fait partie d’une stratégie globale pour maintenir la nation la plus pauvre du monde arabe dans un état de faiblesse permanent afin de servir ses propres objectifs ». S’agissant du prince héritier MBS, il est, pour le journal qatari, empêtré dans des « sables mouvants » au Yémen : « incapable de remporter la victoire et incapable de quitter le pays ».
Le ministère français des Affaires étrangères condamne les attaques et affirme agir « en faveur d’une solution politique » en soutenant la position des Nations unies « en vue d’une reprise des discussions sur un accord politique global et inclusif ». Toutefois, la communauté internationale peine à s’imposer sur ce dossier crucial du bassin méditerranéen dont les conséquences géopolitiques peuvent avoir des répercussions sur le sol européen.

Carte du Yémen et forces en présence. Tous droits réservés.

Forage en Méditerranée : la Turquie défie l’UE

Recep Tayyip Erdogan.
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan continue de faire monter la pression en Méditerranée orientale. Elle s’accroît d’ailleurs davantage depuis la découverte d’importants gisements d’hydrocarbures autour de Chypre.

Cette pression existait antérieurement avec l’occupation illégale de la partie Nord de l’île depuis 1974, devenue la République turque de Chypre nord (RTCN). Non officiellement reconnue par la communauté internationale, la RTCN est séparée de la République de Chypre – membre de l’Union européenne depuis 2004 et contrôlant les deux tiers de l’île – par une zone démilitarisée. Au dossier épineux de ces frontières s’ajoute donc celui de la question maritime en ce qui concerne son exploitation. Si la Convention de Montego Bay de 1982 régit le droit de la mer et attribue à chaque Etat une zone économique exclusive, elle n’est pas reconnue par la Turquie. Cette dernière fait donc valoir le droit à « une répartition équitable des ressources » tandis que Chypre juge cette proposition inacceptable.

Il faut ici rappeler que, ces dernières années, d’importants gisements d’hydrocarbures ont été découverts dans le bassin levantin. Dans un contexte de raréfaction des ressources énergétiques primaires, ces hydrocarbures représentent un enjeu stratégique majeur pour les Etats riverains – Chypre, Liban, Israël et Egypte – et annoncent d’évidents débouchés économiques qui font ressurgir de vieux contentieux historiques dont l’un des plus anciens entre Chypre et la Turquie.

A cette problématique tendue entre les Etats s’accole celle concernant les contrats passés avec des groupes multinationaux et Nicosie, tels que l’américain Exxon Mobil, l’italien Eni ou le français Total ; une forme d’effet induit de portée internationale. Or, la Turquie s’oppose à tout forage qui exclurait la RTCN, ne s’interdisant pas de son coté de pratiquer des forages en débordant sur la ZEE chypriote. Cette situation ne peut donc être acceptée par la communauté internationale qui condamne ces agissements et appelle au respect du droit international. Faisant fi de ces accusations, et notamment de celles de l’UE, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan entend continuer de mener ses activités de prospection.

La position de l’UE vient corroborer celle de la France affirmée par le Président Emmanuel Macron le 14 juin dernier lors du Sommet à La Valette réunissant les chefs d’Etat du sud de l’UE : « La Turquie doit mettre fin à ses activités illégales dans la zone économique exclusive de Chypre ». Si cette position ne constitue pas un véritable levier d’action pour convaincre Ankara, celle du  Conseil européen adoptant, le 15 juillet dernier, des conclusions assorties de sanctions enfonce le « clou ». Il a décidé de suspendre les négociations relatives à l’accord global sur le transport aérien et a pris la décision de ne pas organiser de réunions dans le cadre des dialogues de haut niveau entre l’UE et la Turquie. Sur proposition de la Commission, le Conseil entend aussi réduire l’aide de préadhésion en faveur de la Turquie pour l’année 2020, soit une coupe de près de 150 millions d’euros. Enfin, Bruxelles « invite la Banque européenne d’investissement à revoir ses activités de prêt à la Turquie ». Des mesures certes symboliques mais qui abondent le message diplomatique et qui démontrent la position unie de l’Union européenne sur ce dossier. Ce levier n’infléchit pas pour autant la position turque d’autant que le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE est au point mort.

Contestant ces mesures, le chef de l’Etat turc a déclaré le 24 août dernier: « nous allons défendre jusqu’au bout les droits de la Turquie en Méditerranée orientale » face aux « menaces de l’Occident ». Deux jours plus tard, son ministre de l’Energie et des Ressources naturelles Fatih Donmez, lors d’un discours à Istanbul, a affirmé que « la Turquie ne renoncera jamais à sa cause légitime en Méditerranée orientale ».

Ce dossier sur les hydrocarbures en Méditerranée orientale se combine aux importantes ambitions turques avec le développement de moyens de transit de gaz naturel sur son territoire et le projet de pipeline Turkish Stream. Au carrefour entre l’Asie et l’Europe, c’est cette ambition qui renforce la détermination du pays sur les ressources énergétiques. Cette ambition complique donc la gestion des ressources en Méditerranée orientale à l’échelle régionale et par effet induit à l’échelle internationale.

Face aux sanctions de l’UE à l’impact financier symbolique, Erdogan maintient sa position. Reste à savoir comment évoluera la situation dans le bassin levantin et quelle sera la réaction des autres puissances régionales et internationales.

Crise gouvernementale sans précédent en Italie

Matteo Salvini et Giuseppe Conte, le 20 août devant le Sénat.
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« Ce gouvernement s’arrête ». En Italie, le président du Conseil Giuseppe Conte a démissionné. La coalition formée par deux partis populistes antisystème, le Mouvement 5 étoiles, plutôt à gauche, et la Ligue, à l’extrême droite, a explosé.

Ce gouvernement de coalition, né au printemps 2018 avait une configuration inédite.

Le 8 août dernier, le vice-président du Conseil, ministre de l’intérieur et chef de file de la Ligue annonçait déjà sa volonté de mettre un terme à la fébrile alliance gouvernementale. Pourtant, c’est Giuseppe Conte qui, lors de son discours devant la Chambre haute, a annoncé sa démission. Cette démission répondait à la motion de défiance déposée par Matteo Salvini. Giuseppe Conte a attaqué, par la même occasion son vice-président et ministre de l’intérieur, le qualifiant d’ « irresponsable » et d’ « opportuniste » et considérant par la même sa motion de défiance d’ « acte objectivement grave ».

Au Parlement, le mouvement 5 étoiles représente toujours le « premier parti », disposant d’une majorité relative mais Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur est l’homme politique le plus populaire d’Italie. Dans un contexte de crise des migrants, le ministre a su capter le soutien des Italiens en faisant de la lutte contre l’immigration son fer de lance. Son objectif est de provoquer des élections anticipées le propulsant au pouvoir.

En effet, la démission de Giuseppe Conte suppose la formation d’un nouveau gouvernement. Il incombe au président de la République italienne, Sergio Mattarella de régler la situation de crise. Après plusieurs « consultations » auprès des différentes formations politiques du pays, il devra trancher. Parmi les scenarii envisageables, celui d’un scrutin anticipé en octobre prochain avait été évoquée. Toutefois, cette solution interviendrait au moment où Rome – troisième économie de l’Union européenne mais actuellement très endettée – doit présenter son budget 2020 à l’UE. La perspective la plus probable est donc celle de la formation d’une nouvelle majorité. Alors qu’il devait rendre sa décision vendredi 23 août, Sergio Mattarella a accordé jusqu’au mardi 27 août pour trouver une majorité capable de gouverner le pays.

La crise en Italie intervient alors que 87 migrants bloqués en mer depuis presque 20 jours à bord du navire Open Arms ont débarqué mardi 20 août sur l’île de Lampedusa. Compte tenu de la situation difficile à bord, la justice italienne, en l’occurrence le procureur d’Agrigente Luigi Patronaggio, a décidé de faire débarquer les migrants, en dépit de l’opposition du ministre de l’intérieur.