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La réémergence d’un projet d’armée européenne

Angela MERKEL et Emmanuel MACRON à Rethondes, pour la commémoration de l’armistice, le 10 novembre 2018.
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Dans un entretien à Verdun pour Europe 1 diffusé mardi 6 novembre 2018, le président français Emmanuel MACRON a exprimé sa volonté de créer une « vraie armée européenne ». Le chef de l’Etat a plaidé en faveur de ce projet, capable de « protéger » l’Union européenne « à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ».

Si Vladimir POUTINE considère cette initiative comme « un processus positif du point de vue du renforcement du caractère multipolaire du monde », les déclarations du chef de l’Etat français ont provoqué une réaction du président américain. Accusant Paris de promouvoir une armée européenne concurrente des Etats-Unis et de l’OTAN et déclarant les propos de son homologue français « très insultants », Donald TRUMP s’est de nouveau exprimé, mardi 13 novembre, dans une série de tweets à l’encontre du président français.

Face aux accusations de son homologue américain, Emmanuel MACRON a évoqué samedi une « confusion » mais continue d’affirmer la volonté d’une autonomie européenne. L’UE bénéficierait d’une plus grande marge de manœuvre en matière de défense et pourrait assurer les missions de la politique de sécurité et de défense communes. Premier président français à évoquer publiquement « une armée européenne », Emmanuel MACRON a instauré, dans cette optique, l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Lancé en juin 2018, ce projet qui se place dans la logique du discours à la Sorbonne du président de la république en septembre 2017, a pour but de développer une culture stratégique européenne, à plusieurs Etats, afin de pouvoir mener plus facilement des opérations militaires en commun.

Les propositions françaises sont rejointes par l’Allemagne. La chancelière allemande Angela MERKEL, devant le Parlement européen à Strasbourg, a défendu l’idée d’une armée européenne mardi 13 novembre. Assurant que cette armée ne remettra pas en cause l’OTAN, la chancelière allemande a réitéré sa proposition de « conseil de sécurité européen » afin de renforcer la politique extérieure de l’Union européenne.

Toutefois, les avis sont partagés sur la faisabilité et la légitimité d’une telle initiative. A titre d’exemple, le général de VILLIERS, ancien chef d’état-major considère « impossible » une armée européenne où les forces serait juxtaposées, fusionnées afin d’en faire des unités de combat « aux ordres d’un état-major hypothétique à Bruxelles ». Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a déclaré au début de l’année 2016, alors qu’il était ministre de la Défense du président François Hollande : « C’est aux Etats qu’il appartient en premier d’entretenir une défense forte, et c’est aux plus importants d’entre eux de montrer la voie en Europe ».

La vision d’Emmanuel MACRON consiste en une Europe forte, indépendante et autonome militairement et notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Toutefois, si le couple franco-allemand affiche une position unie, d’autres pays européens semblent envoyer le message inverse. Alors que la défense européenne dépend pour une grande part du maintien d’une industrie de défense, la Belgique et la Pologne ont choisi d’opter ces derniers mois pour des armements américains. 

Le thème emblématique de « l’armée européenne » sous-tend les choix fondamentaux qui n’ont jamais été tranchés par les Européens depuis 30 ans et qui imposent de répondre à trois questions : quelle unité de destin ? quel effort de défense acceptable ? quelle autonomie vis-à-vis des Etats-Unis ?

Les marins de la Grande Guerre, un devoir de mémoire

Sous marin de haute mer Dupuy de Lôme, entré en service le 22 juillet 1916.
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La Grande Guerre a bouleversé le monde par la violence des combats et le courage de ses poilus. Des batailles particulièrement terribles se sont déroulées marquant à tout jamais la communauté internationale. Si les opérations terrestres sont abondamment décrites, le combat naval est peu évoqué. Et pourtant, en relevant des défis majeurs, le courage des marins français et alliés a contribué à l’issue favorable de ce conflit.  

Une stratégie navale initiale des Alliés inadaptée

Au début du XXème siècle, la marine française est peu préparée à un conflit majeur de longue durée.  Elle est d’ailleurs en perte de vitesse au sein des grandes nations navales. En effet, des dissensions politiques au sein du gouvernement, des difficultés d’approvisionnements des arsenaux d’Etat et un retard technologique contribuent à déprécier sa valeur opérationnelle. 

Au-delà de ces aspects à la fois politiques et techniquesla stratégie navale française – comme celle de ses alliés – vise la destruction des marines ennemies lors d’une bataille décisive dans une guerre de courte durée. Cette sorte de guerre d’escadre recherchant la maîtrise de la mer installe ainsi la confusion dès le début du conflit.En effet, rien ne se passe comme prévu. Le conflit s’oriente vers une guerre longue de position et le seul grand combat naval, la bataille du Jutland s’est déroulé entre les flottes britannique et allemande le 31 mai 1916, en l’absence de la flotte française. 

Cet engagement ne fut pas décisif pour la maîtrise des mers mais il a surtout contribué à ce que la marine allemande renonce à la haute mer. Il a toutefois fallu se rendre à l’évidence : sur le plan stratégique,  l’enjeu n’est pas la destruction peu probable de la flotte de surface allemande, mais la protection et le contrôle des routes maritimes. En effet, celles-ci sont essentiellepour le commerce des alliés et l’acheminement de leurs renforts. En outre, la mise en œuvre d’un blocus naval permet d’asphyxier l’Allemagne en tarissant ses échanges commerciaux. Enfin, le sectionnement par les britanniques des câbles sous-marins allemands coupe les réseaux de communication entre les grands centres décisionnels et financiers allemands, instaurant ainsi une guerre économique sans précédent.

Guerre sous-marine allemande à outrance

En réaction, les Allemands mettent en place un contre blocus basé sur la guerre sous-marine à outrances 1915, ils disposent d’une flotte imposante de U-boot et coulent un million de tonnes de navires alliés alors que la construction navale britannique ne peut produire que 650 000 tonnes de bâtiments neufs par anDans un premier temps, les Alliés sont impuissants face à cette nouvelle stratégie allemande. Une première réponse consistant à patrouiller le long des routes de transit ne donne pas le résultat escompté. En 1917, les Allemands accroissent encore leur flotte sous-marine, torpillent de plus en plus de navires alliés et réduisent leur approvisionnement énergétique. L’une des opérations les plus dramatiques fut celle du paquebot Lusitania, torpillé le 7 mai 1915 et faisant 1198 victimes. Mais elle fut également le tournant de la guerre avec l’entrée des Etats-Unis au côté des Alliés. Desserrer l’étau sous-marin allemand devient alors crucial

Le sacrifice des marins déterminant pour la victoire finale

La mise en place de la nouvelle stratégie des convois permet d’inverser le cours de l’histoire. De réels progrès sont aussi réalisés en matière de lutte anti-sous-marine. De nouveaux équipements donnent la supériorité opérationnelle aux Alliés et leur permettent de sauvegarder leurs flux d’approvisionnements.

Chargée de la maîtrise de la Méditerranée, la flotte française est confrontée à la marine austro-hongroise qu’elle enferme en Adriatique, en mettant en place un blocus, évitant ainsi un conflit frontal. La marine française peut alors assurer la protection des convois, notamment le transport des troupes d’Afrique du Nord, en contrôlant les routes maritimes ainsi que les ports de Toulon et Marseille. Ce sont 800 000 soldats en provenance de l’Empire français qui débarquent ainsi dans ces deux ports. Par l’Atlantique et la Manche, deux millions de soldats américains arrivent sur le sol français sous la protection des marines britanniques, américaines…

La victoire sur mer permettant la suprématie économique et militaire des Alliés,  les jeux sont désormais faits et la victoire n’est plus qu’une question de temps ; le 11 novembre 1918 est sonnée la fin des combats. Les actions de blocus maritime se poursuivront pourtant jusqu’au traité de paix signé le 28 juin 1919 à Versailles mettant ainsi un terme définitif à la guerre.

Au bilan, la mer aura été un facteur décisif de la victoire finaleAlors que dix départements français étaient occupés, les composantes navales ont pu maintenir les échanges commerciaux des alliés, asphyxier l’économie allemande et assurer le transport des troupes. Ainsi, l’adage « qui contrôle la mer, contrôle le commerce » était encore tout à fait pertinent pendant la Grande Guerre. 

Mais si les marins disparus en mer, privés de sépulture, se voient moins qu’à terre, le tribut payé par les marins n’aura pas été négligeable ni les conditions de combat en mer beaucoup plus enviables que celles à terre. 20 000 marins français auront perdu la vie dont 11 500 en mer pendant ces cinq années de conflit86 000 marins alliés militaires et de la flotte de commerce ont péri dans 5000 naufrages. Côté allemand, sur les 13 000 sous mariniers engagés, 6000 auront péri en mer, soit presque la moitié. Cependant, une différence fondamentale avec les poilus, la guerre en mer fit relativement peu de blessés et de « gueules cassées » car en mer, on meurt ou on survit sans vraiment de stade intermédiaire.

Un siècle plus tard, notre dépendance économique visàvis du maritime n’a fait que croître : 90% du commerce mondial s’effectue par voie maritime et 90% des échanges numériques transitent par câbles sous-marins

Le Bouvet, cuirassé français coulé par une mine le 18 mars 1915 durant la bataille des Dardanelles. En moins d’une minute seulement, le cuirassé coulait, emportant avec lui la plus grande partie de ses quelque 700 hommes d’équipage.
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La conférence de Palerme : un bilan mitigé

De gauche à droite : le président du Conseil d’Etat en Libye, Khaled al-Mechri, le président du Conseil italien Giuseppe Conte, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, le 13 novembre à Palerme.
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La conférence de Palerme s’est tenue les 12 et 1novembre 2018. Organisée par l’Italie pour régler la situation en Libye, elle a réuni 38 délégations. Parmi les pays représentés, figurent les Etats voisins et acteurs du dossier libyen, principalement d’Afrique. Ghassan SALAME, émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, était présent, tout comme la représentante de l’Union africaine pour la Libye, Wahida AYARI. Jean-Yves le DRIAN s’est rendu à Palerme le mardi 13 novembrele ministère de l’Europe et des affaires étrangères souhaitant « le succès de cette conférence (…) organisée dans le prolongement de la conférence de Paris du 29 mai ».

La rencontre s’est achevée mardi 13 novembre au soir par un bilan mitigé, lconférence n’ayant abordé aucune des véritables questions de fond.

La venue du maréchal Khalifa HAFTAR a monopolisé toutes les discussions. Reçu par le président du conseil italien Giuseppe CONTE le mois dernier, il avait confirmé sa présence à la conférence. Pourtant, l’homme fort de l’est libyen, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne et rival du chef de gouvernement d’accord national Faïez al-SARRAJ, n’est arrivé que lundi 12 novembre au soir, laissant les spéculations autour sa venue se multiplier. Avec son attitude, le maréchal HAFTAR envoie un message à Rome, qu’il juge trop proche du gouvernement tripolitain d’al-SARRAJ. S’il a boycotté la première journée, il a accepté mardi matin, de retrouver plusieurs pays actifs dans le dossier libyen (dont l’Egypte, la Russie, l’Algérie, la Tunisie et la France) lors d’une réunion en marge de la conférence.

L’autre événement marquant est le départ de la Turquie. Exclu de la réunion informelle du mardi matin, le pays représenté par son vice-président Fuat OKTAY, s’est déclaré « profondément déçu ». Pour la Turquie, toute réunion sans sa participation serait « contre-productive pour régler le problème ». Ankara déplore les actions de certains Etats qui « continuent de détourner le processus libyen au profit de leurs propres intérêts ».

Durant la conférence de presse finale, Giuseppe CONTE souligne le bon déroulement de la réunion, tous les protagonistes importants en Libye étant présents. D’ailleurs, les deux leaders libyens se sont rencontrés brièvement en marge de la conférence et se sont symboliquement serré la mainToutefois, le président du conseil des ministres italiens a tout de même déclaré : « Nous n’avons jamais eu la prétention de fournir à travers cette conférence, la solution à la crise libyenne ». En effet, la rencontre n’a débouché sur aucune avancée significative. L’Italie souhaitait pourtant faire de cette conférence son grand rendez-vous diplomatique. En rivalité avec la France sur le dossier libyen qui espérait des élections à la fin de l’année 2018, l’Italie a tenté depuis de reprendre la main depuis l’échec de la proposition d’Emmanuel MACRON, jugée « intenable » pour la plupart des observateurs. 

Le nouvel élan au processus politique espéré par Rome n’a pas obtenu l’effet escompté. Avec sa portée symbolique, cette conférence de Palerme entretient toutefois l’espoir de la tenue d’élections générales au printemps 2019, à la suite d’une Conférence nationale organisée par la Libye dans les premières semaines de 2019, annoncée dans le plan d’action présenté le 8 novembre par Ghassan SALAME.

 

Laurent GBAGBO devant le Cour pénale internationale

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 28 janvier 2016, lors d’une audience à la Cour pénale internationale de La Haye.
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Le procès de l’ancien président ivoirien Laurent GBAGBO à la Cour pénale internationale a repris lundi 12 novembre 2018. Tout comme Charles BLE GOUDE, ex-leader du Congrès panafricain des jeunes patriotes, l’ancien chef d’Etat est jugé pour des faits relevant de crimes contre l’humanité. Les faits qui lui sont reprochés se seraient déroulés lors de la période postélectorale en 2010-2011.

Entre 2010 et 2011, les événements en Côte d’Ivoire ont fait plus de 3 000 morts en cinq mois. Laurent GBAGBO est accusé de s’être « accroché au pouvoir par tous les moyens » et d’avoir fomenté une campagne de violence à l’encontre de son rival, Alassane OUATTARA, reconnu vainqueur de la présidentielle. En détention depuis sept ans, il fait l’objet depuis janvier 2016 d’un procès auprès de la Cour pénale internationale.

Au début du mois d’octobre, le Bureau du Procureur a exposé son argumentaire dans le dessein de montrer les rôles de l’ancien président et du responsable politique dans la gestion de la crise à l’issue de l’élection présidentielle. L’accusation repose sur la preuve d’une planification de manière systématique de l’usage de la violence contre les populations civiles. Pour ce faire, le procureur prend pour exemple un discours prononcé par Laurent GBAGBO en août 2010 dans lequel ce dernier qualifie les forces de l’ordre de « combattants de la République ». Tandis qu’il a déclaré : « S’il y a des dégâts, les juges après rétabliront », pour le substitut du procureur, « Laurent GBAGBO a incité les forces qui lui étaient loyales à commettre des crimes ».

Le lundi 12 novembre 2018, la parole était à la défense. Arguant que le procureur ne bénéficie pas d’assez de preuves, les avocats de Laurent GBAGBO ont plaidé l’acquittement. La défense estime que le procureur en charge du procès n’est pas parvenu à vérifier l’hypothèse selon laquelle « un plan commun » aurait été élaboré en vue de maintenir le président au pouvoir et aurait engendré des violences contre la population civile ivoirienne. Pour l’avocat principal de l’ancien chef d’Etat, Me ATLIT, l’accusation ne repose que sur des présupposés sans preuve directe. Selon Me BAROAN, autre avocate de GBAGBO, « le procureur n’a rien, tout est construit sur du sable mouvant ». Après un mois et demi d’interruption, les audiences visent actuellement à étudier la demande de non-lieu et la principale ligne de défense des avocats consiste à dénoncer la « démarche biaisée » de la Cour pénale internationale

Les audiences sur les demandes d’acquittement de Laurent GBAGBO et Charles BLE GOUDE se tiendront jusqu’au 22 novembre. Après plusieurs années de procès, aucune décision de la chambre d’accusation n’est prévue cette semaine et la décision des juges pourrait prendre plusieurs mois.

Nouvelle escalade des tensions à Gaza

Le bâtiment abritant al-Aqsa TV, la télévision du Hamas, bombardé par l’armée israélienne, le 12 novembre 2018.
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Après plus de sept mois d’affrontements entre Israël et Gaza, contrôlé par le Hamas, un blocus de l’enclave palestinienne avait conduit à l’instauration d’un calme précaire. Pourtant, dimanche 11 novembre, Gaza s’est de nouveau embrasé et fait face à la plus violente confrontation avec Israël depuis la guerre de 2014.

Le 11 novembre, les forces spéciales israéliennes ont mené une incursion secrète à Gaza, mais ont été surprises par une brigade d’al-Qassam, le bras armé du Hamas. En représailles à l’intervention des forces armées israéliennes pour dégager leurs soldats, le Hamas et le Jihad islamique ont tiré des roquettes et obus de mortier. Outre la mort d’un lieutenant-colonel de Tsahal, au moins sept personnes ont péri depuis dimanche du côté palestinien et des blessés sont à déplorer dans les deux camps.

Gaza est depuis devenu le théâtre d’un chassé-croisé ininterrompu entre les centaines de tirs de roquettes palestiniens et les frappes aériennes israéliennes en riposte. Mardi 13 novembre au matin, plus de 400 roquettes et obus de mortier ont été tirés depuis la bande de Gaza, dont plus d’une centaine ont été interceptés par le Dôme d’acier israélien. Pour le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan CONRICUS, il s’agit du « barrage de projectiles le plus intense en un seul jour depuis la guerre de 2014 », le Hamas et le Jihad islamique ayant accru leur arsenal militaire ces dernières années. En réponse, l’armée israélienne procède à des raids aériens et a déployé ses avions de combat, ses hélicoptères et ses chars. Israël a détruit des bâtiments affiliés au Hamas tels que les studios de la chaine de télévision du Hamas, Al-Aqsa TV.

S’agissant de la communauté internationale, les Nations Unies et l’Egypte ont poursuivi leurs efforts dans le dessein de parvenir rapidement à un cessez-le-feu et appellent les deux parties à la mesure. Quant à la France, elle « condamne avec la plus grande fermeté les nombreux tirs de roquettes revendiqués par le Hamas » et « demande la cessation immédiate de ces actions inacceptables et injustifiables » appelant « les parties à éviter un nouveau cycle de violences dont les populations civiles seraient les premières victimes ». Mardi 13 novembre 2018, la Turquie, « préoccupée par la nouvelle vague de violence à Gaza », exhorte la communauté internationale à « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux attaques israéliennes ».

A Paris, alors que les chefs d’Etats s’étaient réunis pour commémorer l’armistice de 1918, Benyamin NETANYAHOU a écourté son séjour face à cette situation inquiétante. Si l’embrasement de la bande de Gaza n’est pas inédit, la surenchère à laquelle se livrent les deux camps peut mener à une nouvelle guerre.

Colonisation, islam et laïcité

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Pierre-Jean LUIZARD, le 9 novembre 2018. Les analyses historiques décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

L’historien Pierre-Jean LUIZARD et le vice-amiral d’escadre (2s) et directeur des opérations de l’institut FMES Pascal AUSSEUR, le 9 novembre 2018.

 

L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir l’historien Pierre-Jean LUIZARD, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam contemporain au Moyen-Orient. Auteur de nombreux ouvrages, il reçoit en 2015 le Prix Brienne du livre géopolitique pour Le Piège Daech – l’État islamique ou le retour de l’Histoire .

Pendant plus d’une heure, Pierre-Jean LUIZARD a fait un retour sur le « roman national français » pour permettre de comprendre le rapport complexe à la laïcité qu’ont les sociétés musulmanes contemporaines à travers le prisme original de la colonisation du XIXème siècle.

La colonisation a pris de multiples formes et a connu plusieurs périodes. La conférence a porté sur les choix et les formes de la colonisation française au XIXème siècle. Le but de la conférence n’était pas de faire une contre histoire mais de confronter l’histoire française à une autre approche, celle du colonisé.

  • Une colonisation à la mission civilisatrice

Si le Nouveau Monde avait été colonisé avec des objectifs apostoliques, Monsieur LUIZARD explique que la colonisation du XIXème siècle en France ne s’est pas faite selon un idéal religieux mais au nom d’une mission civilisatrice, justificatrice des entreprises d’occupation et de domination militaires.

Il précise que la France, héritière des Lumières, s’est donnée le rôle de coloniser les sociétés considérées comme insuffisamment civilisées. Leur attachement à la religion était le critère clé. Une société sécularisée telle que la France de la Révolution était donc plus civilisée que les sociétés musulmanes où l’attachement aux principes religieux est fort et où religion et politique sont liés.

Cette vision des élites républicaines et laïques de l’époque a justifié la colonisation. Pourtant, nous explique l’historien, elle était en partie erronée. L’Empire ottoman, qui régnait sur la majeure partie du monde arabe, différenciait les sphères politique et religieuse à travers deux fonctions différentes incarnées par une seule et même personne : le sultan et le calife. La vision du calife a été peu à peu abandonnée, le chef de l’empire ottoman ne se présentant qu’en sultan.

Pierre-Jean LUIZARD insiste sur les fondements de la colonisation à l’époque à travers deux idées principales :

    • La colonisation, en particulier du monde arabe, contrairement à une idée reçue, n’a pas été le fait de la droite ou de l’extrême droite. Elle ne s’est pas réclamée à l’époque des camps clérical ou royaliste mais a été le fait des républicains sous la IIIème République.
    • La légitimation de la colonisation civilisatrice s’est faite à géométrie variable. Alors qu’elle s’est proclamée au nom d’idéaux républicains et laïcs, ce qui était valable en métropole ne l’était pas dans les colonies. La colonisation a donné lieu à des retournements systématiques des élites républicaines et laïques voire à des « reniements » afin de justifier ce système colonial. Les musulmans n’ont jamais pu prétendre à ces mêmes principes présentés pourtant comme légitimant la colonisation.
  • La campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte

De 1798 à 1801, se tient la campagne d’Egypte. Au lendemain de la Révolution française et dans le contexte du Directoire, il s’agit de la première exportation coloniale dite « révolutionnaire ». Napoléon Bonaparte, se pensant comme la réincarnation d’Alexandre le Grand, veut priver son ennemi historique, la Grande Bretagne, des liens terrestres et maritimes qu’elle entretient avec sa plus grande colonie, les Indes. Il entend proclamer en Egypte une République française d’Egypte. Le pays, partie intégrante de l’Empire ottoman, était en réalité aux mains des mamlouks (anciens esclaves venus du Caucase ou de Crimée ), dirigeant au nom du sultan mais ayant fait un Etat propre.

La mission que s’est donnée Napoléon Bonaparte était de libérer les Egyptiens des « étrangers » afin d’établir une souveraineté dans le pays. Ces principes de liberté ou de république étaient inconnus pour les Egyptiens qui n’ont, de fait, pas compris le message du souverain français. Napoléon Bonaparte s’engage donc dans une guerre contre les mamlouks et établit en Egypte une politique concordataire : la religion est sous le contrôle de l’Etat. Dès lors, il lance une opération de séduction envers la notabilité religieuse égyptienne en vantant les principes de l’islam. Il affirme le profond respect qu’il a pour cette religion.

Du côté des Egyptiens, les batailles ordonnées par Napoléon Bonaparte donnent à voir la réalité de cette expédition en Egypte. Cette dernière étant onéreuse et le souverain français n’ayant pas les moyens de ses ambitions, Napoléon Bonaparte a décidé de faire payer au peuple égyptien un impôt qui a engendré révoltes et famine. Pour taire les soulèvements, il a fait décimer les hommes dans chaque village incapable de payer les impôts. Selon les estimations d’historiens et mémoristes égyptiens, la répression au refus dû à l’imposition aurait fait entre 40 000 et 50 000 morts durant les trois années d’occupation.

Deux événements majeurs sont à retenir :

  • La révolte du Caire du 20 octobre 1798 qui a été matée en deux jours, entrainant la mort de plus de 10 000 Egyptiens.
  • La révolte du Delta du Nil où l’ensemble de la population mâle d’un village a été décapitée et les têtes exhibées sur une place dans la capitale égyptienne.

Face à la coalition militaire contre lui (Empire ottoman, Grande Bretagne et Russie), Napoléon Bonaparte se rend en Syrie et en Palestine où il fait tomber les villes de Saint-Jean d’Acre (après six mois de siège) et de Jaffa où il décime la garnison s’étant rendue. Jaffa retient de Napoléon Bonaparte un tyran s’étant servi d’idéaux révolutionnaires pour cacher une entreprise de domination coloniale.

 

  • L’influence saint-simonienne

Les saint-simoniens sont influents dans le contexte post-révolutionnaire puisqu’ils se réfèrent aux idées des Lumières. Leur théorie est celle d’un développement des pays pauvres afin de les civiliser. En développant ces pays, ils se détacheraient par nature de leur croyance religieuse et tendraient vers une sécularisation permettant la laïcité. L’Europe, pour les saint-simoniens, a une mission civilisatrice, cette mission nécessitant des voies de communication. La principale voie est le canal de Suez (Ferdinand de Lesseps étant un ancien saint-simonien).

En Egypte et en Algérie, les saint-simoniens bénéficient d’une grande influence, en particulier sous Napoléon III, période durant laquelle a été pensé le projet de Grand royaume arabe, abandonné avec la proclamation de la IIIème République. Les saint-simoniens légitiment un discours colonial : tout le monde peut être citoyen français mais l’islam étant trop présent, la citoyenneté doit être conditionnée à un abandon du statut personnel, en l’occurrence l’appartenance à une religion.

  • Citoyenneté et décret Crémieux en Algérie

Le statut personnel régit, en Algérie, la vie des Musulmans et des Juifs. En 1869, un sénatus-consulte de Napoléon III donne le choix aux indigènes algériens de rester indigènes et de fait d’obtenir la nationalité française mais sans être citoyen à moins d’abandonner leur statut personnel. Seulement quelques centaines de Musulmans et de Juifs ont accepté de devenir citoyens, le statut personnel étant constitutif de leur identité pour ces indigènes qui ne se sentaient pas français.

La fin du Second Empire avec la défaite de Sedan, laisse place à la IIIème République en 1870. A travers le décret Crémieux, ce régime va imposer par décret ce que le Second Empire avait laissé au libre choix des Algériens. Ce décret porte le nom d’Adolphe CREMIEUX, un homme politique radical socialiste, anti-religieux et franc-maçon mais issu d’une famille juive d’Avignon. CREMIEUX s’est donné pour mission de civiliser les communautés juives de Méditerranée en leur octroyant par décret la citoyenneté française. Ainsi, la communauté juive d’Algérie est devenue française de façon autoritaire.

A la même période, les élites républicaines et laïques font le choix de donner la citoyenneté française aux colons d’origines européennes (espagnole, italienne, maltaise). Cet octroi n’a pas posé de problème.

De fait, l’islam s’érige véritablement en religion du colonisé. Les musulmans algériens sont les seuls confrontés au choix entre la citoyenneté française et l’abandon du statut personnel. Le défendre renvoyait à défendre leur identité.

Si les élites de la IIIème République ont pensé la loi de 1905, ils vont s’opposer à son application en Algérie. A cette loi s’ajoute ainsi un décret en 1907 : les Chrétiens et les Juifs d’Algérie se voient appliquer les mêmes droits qu’en métropole mais pour les musulmans, les biens habous[1] qui servent à financer les cultes musulmans sont confisqués. Une indemnité coloniale va être fixée et l’Etat va fournir des fonctionnaires. Cette politique a fait de l’islam une ressource idéologique anticoloniale. En parallèle des mosquées officielles où les discours de culte doivent être soumis à la préfecture, les mosquées clandestines fleurissent.

Jusqu’en 1962, l’Etat français va considérer les musulmans algériens comme des indigènes et continuer d’appliquer ces principes du XIXème siècle.

  • Des élites républicaines, laïques et colonisatrices

Jules FERRY s’est fait le chantre de la colonisation après l’avènement du décret Crémieux. S’il est connu pour son rôle en faveur de l’éducation, il a été l’instigateur de trois lois entre le 16 juin et le 29 juillet 1881 :

  • Ecole primaire gratuite et obligatoire pour les enfants de moins de 16 ans
  • Liberté de la presse et d’opinion
  • Code de l’Indigénat : instauré en 1881 en Algérie jusqu’à l’indépendance en 1962, il est appliqué dès 1887 à l’ensemble des colonies. Il s’agit d’un statut « entre la citoyenneté et l’esclavage » qui octroie un statut spécial aux indigènes, astreints à une justice expéditive, à des peines collectives et à la restriction de certains droits.

Dans un contexte de ressentiment envers l’Allemagne, Jules FERRY déclare devant la Chambre : « La colonisation est le prix du patriotisme » et « la colonisation est la fille de la politique industrielle ». Cette colonisation a été ardemment défendue par ces élites républicaines. Face aux députés de droite réticents pour des raisons économiques et pour qui la récupération de l’Alsace Lorraine était la priorité, Jules Ferry argue la mission civilisatrice des « races supérieures » qui ont des devoirs vis-à-vis des « races inférieures ». Pour Jules FERRY il s’agit d’un sujet culturel et non ethnique, les « races inférieures » ayant vocation à rattraper leur retard au terme de plusieurs générations à travers l’éducation et notamment l’école.

En 1892, Jules FERRY se rend en Algérie lors d’une commission sénatoriale et s’aperçoit de la nature réelle de la domination coloniale. Il estime que les colons ont trahi la colonisation. En réponse, il fait débarquer l’armée française en Tunisie, le protectorat étant proclamé en 1881, afin de montrer aux colons algériens ce que signifie une « bonne colonisation ».

Les opposants à la colonisation dans le camp républicain laïc sont rares. Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU en font partie. Georges CLEMENCEAU est l’un des seuls à remettre en cause le discours civilisateur de Jules FERRY. Anticolonial quand il est dans l’opposition, il mène cependant une politique toute autre une fois au pouvoir. S’il se dit contre la colonisation, il avoue faire une exception pour le Maroc afin que l’Allemagne ne s’empare pas du territoire. En 1920, dans un contexte d’après-guerre et à l’issue des accords de Sykes-Picot, les élites républicaines et laïques avec en chef de file Georges CLEMENCEAU, ministre de la Guerre et président du Conseil, vont vouloir se partager le Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne. Lloyd George et Georges CLEMENCEAU se rencontrent afin de procéder à un « marchandage » entre deux puissances coloniales : Mossoul et la Palestine reviennent à la Grande-Bretagne tandis que la France bénéficie du Liban et la Syrie.

La France, dirigée par des élites républicaines et laïques, va se projeter dans la région de façon chrétienne. En métropole, une loi de 1901 expulse les congrégations catholiques et l’Eglise perd le monopole sur l’enseignement. Ainsi, les congrégations jésuites et dominicaines vont essaimer dans l’empire colonial. Pour servir la politique française, dont l’objectif était de contrer les majorités arabes, le pouvoir va collaborer avec les congrégations. Ainsi, le Moyen-Orient va être divisé sur des bases confessionnelles. Le Liban qui est à l’origine une région de Syrie, en est une parfaite illustration. Sur le même schéma, sont proclamés l’Etat des Druzes et l’Etat des Alaouites. La France a donc séduit les minorités afin de les opposer à la majorité arabe sunnite.

Cette politique connaît un revers à travers la révolte des Druzes. La France avait clientélisé les grandes familles druzes mais en 1925, ces derniers se révoltent, ne voulant plus accepter de trahir la cause arabe nationale syrienne et le roi Fayçal. Les élites républicaines et laïques ont alors rendu coupable l’état-major, considéré comme catholique. Ces « deux France » se sont accusées tour à tour. Finalement, la révolte a été matée, la région de la Ghouta bombardée massivement, faisant en trois jours entre 30 000 et 40 000 morts.

A partir des années 1920, la France connaît un revirement. Le parti anticolonial, historiquement à droite, va passer à gauche et le parti colonial est justifié à droite et à l’extrême droite. Du point de vue des colonisés qui ont fait face à plus d’un siècle de discours républicains se réclamant de la laïcité, celle-ci est donc perçue comme une arme contre leur identité religieuse. Pour Pierre-Jean LUIZARD, ce phénomène explique que les musulmans issus des colonies françaises perçoivent les discours laïcs comme un discours d’oppression. Encore aujourd’hui, les répercussions de cette politique résonnent encore avec ce slogan islamiste qui proclame « la laïcité est l’arme des nouveaux croisés ». Toutefois, l’historien met en garde contre les anachronismes : la contradiction entre la colonisation et les idéaux républicains n’était pas totalement perceptible à l’époque. Elle est en revanche présente dans la construction intellectuelle de nombreux musulmans en France et dans leurs pays d’origine.

[1] Le bien Habous ou Wakf est donc un système juridique selon lequel le droit de propriété de certains biens se trouvent immobilisés et leurs revenus sont consacrés exclusivement dans le cadre du fonctionnement d’une oeuvre pieuse ou d’une fondation d’intérêt général, sans aucune limitation dans le temps (mosquée, hôpital, Université).

 

La piraterie en Somalie reste une réalité

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Il y a un peu plus de dix ans, le 4 avril 2008, le voilier français Ponant était pris d’assaut par une douzaine de pirates somaliens. Le vice-amiral d’escadre Gérard VALIN, aujourd’hui directeur du centre méditerranéen enjeux et stratégies maritimes de l’institut FMES, est alors, pour la Marine nationale, commandant la zone maritime de l’océan Indien. Le 6 juin de la même année, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 1816 engageant « les États dont les navires de guerre et les aéronefs militaires opèrent en haute mer au large des côtes somaliennes, ou dans l’espace aérien international situé au large de ces côtes, à faire preuve de vigilance à l’égard des actes de piraterie et des vols à main armée ».

Le 6 novembre 2018, le Conseil de sécurité a demandé, pour une nouvelle période de 13 mois, par sa résolution 2442, aux États et aux organisations régionales, « qui en ont les moyens, de déployer des navires de guerre, des armes et des aéronefs militaires; de fournir des bases et un appui logistique aux forces antipiraterie; et de saisir et de mettre hors d’état de nuire les embarcations, navires et matériel apparenté qui servent à commettre des actes de piraterie et des vols à main armée au large de la côte somalienne ».

Le rapport distribué le 10 octobre 2018 relatif à la « situation concernant la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes » se félicite de la réduction du nombre global d’actes de piraterie et comptabilise uniquement cinq « actes importants de piraterie », qui ont tous échoué. Mais, la situation en Somalie ne s’étant pas améliorée depuis 1992 et le rapport souligne que « les causes profondes de la piraterie subsistent et que les réseaux de piraterie restent très actifs ».

L’Union européenne est très active dans la région. Depuis le 10 novembre 2008, elle mène une opération militaire en vue de contribuer « à la protection des navires du Programme alimentaire mondial qui acheminent l’aide alimentaire aux populations déplacées de Somalie » et « à la protection des navires vulnérables naviguant au large des côtes de Somalie, ainsi qu’à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie ». Au 8 novembre 2018, la force navale est constituée de la frégate italienne Federico Martinengo, septième unité de la classe FREMM, et du bâtiment amphibie espagnol Castilla.

Conséquences directes du BREXIT, le vice-amiral italien Antonio Martorell Lacave succèdera le 29 mars 2019 au général de corps d’armée britannique Charlie Stickland en tant que commandant de l’opération de l’Union européenne. Il dirigera l’opération depuis Rota, qui accueillera à la même date l’état-major de l’opération aujourd’hui établi à Northwood. Le Centre de sécurité maritime – Corne de l’Afrique (MSCHOA), sera quant à lui établi à Brest.

Sous l’autorité du vice-amiral Scott A. Straerney, commandant de la cinquième flotte américaine, trente-trois nations participent à trois Combined Task Forces dont la CTF 151, force dédiée à la lutte contre la piraterie, créée en janvier 2009 en réponse aux résolutions du Conseil de sécurité.

La Chine est également très active depuis dix ans. En décembre 2008, une première force antipiraterie composée des frégates Wuhan et Haikou et du bâtiment de soutien Weishanhu ralliait les eaux de la Somalie. La marine chinoise est désormais très présente, et a démontré ses aptitudes opérationnelles par l’évacuation de ses ressortissants du Yémen en 2015 ou, en 2017, par la libération d’un cargo panaméen sous le feu d’une attaque de pirates somaliens.

L’OTAN a également conduit des opérations au large de la Somalie à partir d’octobre 2008. Considérant que les objectifs avaient été atteints, l’opération Ocean Shield, axée sur la lutte contre la piraterie en mer au large de la Corne de l’Afrique et approuvée le 17 août 2009 par le Conseil de l’Atlantique Nord a pris fin le 15 décembre 2016.

Enfin, la marine russe, également mentionnée par le Conseil de sécurité comme les marines japonaise, indienne et sud-coréenne, participe à la protection du trafic maritime.

La résolution 2442 demande également à tous les États « d’ériger la piraterie en infraction pénale dans leur droit interne et d’envisager favorablement de poursuivre les personnes soupçonnées de piraterie qui ont été appréhendées au large des côtes somaliennes ». La législation française répond depuis 2011 à cette requête par la loi n°94-589 du 15 juillet 1994, « relative à la lutte contre la piraterie et aux modalités de l’exercice par l’Etat de ses pouvoirs de police en mer ». Le décret 2011-1213 du 29 septembre 2011 pris pour application de l’article 4 de cette loi habilite ainsi les commandants et commandants en second d’un élément naval « à rechercher et à constater les infractions commises en matière de piraterie en mer ».

Comme l’indique le rapport du 10 octobre 2018, les causes profondes de la piraterie subsistent. Il est donc impératif que les navires marchands et les bâtiments de plaisance continuent de respecter les règles recommandées par le BMP (Best Management Practices for Protection against Somalia Based Piracy). La destruction le 28 octobre 2018 d’un baleinier utilisé comme bâtiment mère d’embarcations de pirates démontre que le risque reste élevé.

 

La guerre 1914-1918 en Méditerranée

 

Le débarquement des troupes à Salonique, 1915.
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Le 11 novembre célèbre le centenaire de l’armistice de 1918. A Paris, se tient ce dimanche une cérémonie commémorative rassemblant plus de cent chefs d’Etats et dignitaires étrangers. Un « geste symbolique » qui rappelle « l’importance de construire une paix mondiale » selon l’Elysée. La Grande Guerre, par ses dimensions européennes et mondiale, sa durée, ses 10 millions de morts civils et militaires et son caractère brutal, a  provoqué un véritable séisme géopolitique. Dans la mémoire collective, les batailles de Verdun, de la Somme ou des Vosges résonnent encore. Toutefois, le bassin méditerranéen a également constitué un espace essentiel de la Première guerre mondiale.

L’assassinat à Sarajevo de l’archiduc et héritier au trône de l’empire d’Austriche-Hongrie, François Ferdinand, est retenu comme l’élément déclencheur du conflit, cristallisant les multiples facteurs de tensions déjà perceptibles. Après les déclarations de guerre entre les deux camps, la Méditerranée fait l’objet, dès 1914, d’affrontements entre les puissances européennes. Les combats que se livrent les hommes en mer est d’une violence extrême.

La France mobilise ses troupes coloniales afin de les rapatrier sur les fronts occidentaux. Le 4 août, les croiseurs allemands Goeben et Breslau ouvrent les hostilités en Méditerranée en bombardant les villes de Bône et de Philippeville en Algérie. Poursuivis par les forces navales françaises et britanniques, les deux bâtiments rejoignent l’Empire ottoman qui  entre en guerre contre l’empire russe.

Affaibli au début du siècle dernier avec la perte de nombreux territoires et  considéré comme « l’homme malade de l’Europe », l’Empire ottoman demeure une puissance en Méditerranée grâce à ses possessions arabes (Syrie et Palestine), sa côte anatolienne et le contrôle des détroits. Son entrée dans la guerre fait émerger la notion de front périphérique pour forcer les passages maritimes, primordiaux pour les ravitaillements. L’idée, émise par Winston CHURCHILL, premier lord de l’Amirauté, effraie les chefs militaires occidentaux.

Du 18 mars 1915 au 9 janvier 1916, se tient la bataille des Dardanelles. La France, alors que les accords lui donnaient la direction des opérations en Méditerranée, est doublée par la Royal Navy (en charge de la mer du Nord) qui ne la juge pas assez réactive et craint la perte de Suez. En sus du climat éprouvant et d’un terrain difficile, les forces alliées ne se sont pas montrée à la hauteur de cet objectif ambitieux. La résistance ottomane donne lieu à une victoire défensive mais les deux camps s’enlisent au terme d’une bataille meurtrière.
Le revers franco-britannique engendre le redéploiement des forces en Egypte et en Grèce. L’Empire ottoman est exsangue.

Face à cette défaite de revers, les alliés mènent l’expédition de Salonique du 21 octobre 1915 au 30 septembre 1918. Aussi appelée Front d’Orient, il nourrit l’espoir, à ses débuts, de rallier la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Ces visées contradictoires n’aboutiront pas. Le Front d’Orient a également pour dessein d’assurer son soutien à la Serbie.
Salonique est l’avènement d’un nouveau front qui permet de récupérer des territoires perdus tout en soulageant le front occidental. L’Armée d’Orient, parfois raillée pour son caractère « périphérique », devient centrale au point d’influencer l’issue de la guerre à l’Ouest.
La Bulgarie cesse les combats à la fin du mois de septembre et l’Empire ottoman finit par capituler. Le sultanat est aboli et la Turquie est réduite à l’Anatolie quelques années plus tard.

En parallèle des fronts occidentaux l’action des alliés dans le bassin méditerranéen, moins bien connue, a contribué à leur victoire.

La Première guerre mondiale a mobilisé beaucoup d’hommes et de femmes, en métropole, dans les colonies et les dominions. Ils ont marqué notre histoire par leur courage et leurs sacrifices.

 

Une « voie de la paix » au Moyen-Orient ? Le rapprochement Israël-Oman

Benjamin NETANYAHOU et le sultan Qabous Ben SAID à Oman.
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Le 7 novembre, le ministre israélien des Transports, Yisrael KATZ, s’est rendu à Mascate afin de présenter un projet de ligne ferroviaire, lors d’une conférence de l’Union internationale des transports routiers.

Appelée « la voie de la paix régionale », cette ligne, au départ d’Haïfa, port israélien le plus important, permettrait de relier la Méditerranée aux pays du Golfe en passant par la Jordanie. Pour le ministre israélien, il s’agit d’une démarche « logique » allant « au-delà des différends idéologiques et politiques ». Arguant l’argument économique, KATZ déclare que cette ligne permettra la création d’une route commerciale supplémentaire plus courte, plus rapide et moins coûteuse.

La présence du ministre israélien dans le sultanat d’Oman intervient presque deux semaines après le déplacement de Benjamin NETANYAHOU. Le Premier ministre israélien revenait le 26 octobre dernier, d’une visite au sultan Qabous Ben SAÏD, première visite de ce genre entre les deux pays depuis 1996. Les deux chefs d’Etat ont discuté des « façons d’avancer le processus de paix au Moyen-Orient et de plusieurs autres sujets d’intérêt commun concernant la paix et la stabilité au Moyen-Orient ». Cette rencontre s’inscrit dans la volonté d’Israël d’approfondir ses liens avec les pays de la région, l’Etat hébreu n’entretenant des relations diplomatiques qu’avec l’Egypte et la Jordanie avec lesquels des traités de paix ont été signés. Israël, qui s’inquiète de l’expansion et de l’influence de Téhéran qu’il qualifie de « nouvelles réalités régionales », se livre à une opération de séduction envers ses pays arabes voisins.

Le choix de Mascate n’est pas anodin. Le sultan Qabous, régnant depuis presque 50 ans, s’est démarqué par sa politique étrangère autonome et sa neutralité. Entretenant des relations à équidistance entre Washington et Téhéran, le pays, qui permet la cohabitation entre sunnites et chiites, n’a pas participé au blocus contre le Qatar. Le sultanat soutient la solution de deux Etats concernant le conflit israélo-palestinien et le président palestinien Mahmoud ABBAS s’est également rendu à Oman peu de temps avant son homologue israélien.

Benjamin NETANYAHU et Donald TRUMP partagent et promeuvent l’idée selon laquelle une nouvelle convergence d’intérêts entre Israël et ses voisins arabes, avec au premier plan l’Arabie Saoudite, pourrait mener à une reconfiguration diplomatique régionale. De fait, Washington soutient le projet de ligne ferroviaire et œuvre au rapprochement entre Israël et le royaume wahhabite, ses deux alliés dans la région. Le rôle de l’Iran, présenté comme un danger, aura permis de donner une dimension arabe à la politique étrangère du Premier ministre israélien et la volonté de tisser des liens avec le monde arabe.

Subsiste la question palestinienne. Les pays arabes ont historiquement fait du règlement palestinienne la condition à la reconnaissance d’Israël et à une normalisation de leurs relations. Ces dernières années, Donald TRUMP a exprimé le souhait de régler cette question. Il partage, avec Benjamin NETANYAHOU, l’idée selon laquelle une paix israélo-arabe serait propice à une solution pour l’entité palestinienne. Mais la nouvelle diplomatie arabe de NETANYAHOU pourra-t-elle convaincre ou se heurtera-t-elle à un refus des populations arabes ?

Escalade sécuritaire en mer de Chine ?

L’USS Decatur – Tous droits réservés

Lieu de tension et de conflit depuis plusieurs années, la Mer de Chine Méridionale, mer semi-fermée[1], fait l’objet d’un protectionnisme chinois exacerbé par une volonté de contrôle de ses approches maritimes et de ses ressources naturelles, menaçant ainsi l’exercice de la liberté de navigation.

Le 22 octobre dernier, deux navires de guerre américains ont emprunté le détroit de Taiwan semant le trouble auprès des autorités chinoises. Il ne s’agit pas du premier passage américain dans ce détroit, mais cette navigation hautement symbolique, proche de Taiwan revendiqué par la Chine, s’effectue après l’incident majeur du 2 octobre où deux destroyers de l’US Navy et de la marine chinoise ont frôlé la collision. Patrouillant proche des îles Spratleys, à moins de 12 miles des récifs Gaven et Johnson, l’USS Decatur s’est vu approché, à moins de 41 mètres, de manière dangereuse par un destroyer chinois l’« invitant à quitter la zone ».

Ces opérations américaines sont régulières. Elles portent le nom de FONOP (Freedom of Navigation Operation) et visent à défendre la liberté de navigation dans cette zone maritime. En effet, les Chinois poursuivent leur politique d’appropriation[2] de la mer de Chine avec la construction d’infrastructures portuaires et aéronavales sur les récifs coralliens, créant ainsi un réseau de « fortifications militaires navales ». Ces sites militaires seraient un atout évident en cas de conflit dans les îles Spratleys et la présence américaine, vraisemblablement en quête de renseignement, ne semble pas être la bienvenue.

Depuis quelques années, Pékin dénonce régulièrement ces opérations et renforce ses capacités navales à un rythme effréné : l’équivalent d’une flotte française tous les quatre ans. En 2016, la flotte de guerre chinoise est ainsi devenue en tonnage la seconde marine mondiale après celle des Etats Unis, devançant la Russie, le Royaume Uni, le Japon, l’Inde et la France.

La Chine affiche clairement ses ambitions. Après être devenue la première puissance maritime du monde – parmi les dix premiers ports mondiaux, sept sont chinois -, elle s’affirme désormais en tant que puissance navale[3]. La montée en gamme des chantiers navals chinois les positionnera bientôt sur le marché international comme de sérieux concurrents des constructeurs européens traditionnels tels que Naval Group ou Fincanteri.

Cette montée en puissance s’inscrit dans la nouvelle doctrine de « défense des intérêts nationaux » défendue par le président Xi JINPING. Protéger ses routes maritimes, essentielles pour le commerce maritime mondial et son approvisionnement énergétique, et donc contrôler l’accès à la Mer de Chine Méridionale sont des priorités absolues.

Les ambitions maritimes chinoises se portent également sur les ressources naturelles de la région. La Chine est le premier pays exportateur de poissons[4] devant la Thaïlande et la Norvège. Or la surexploitation raréfie les ressources en Asie du Sud-est ; les flottes de pêche chinoises opèrent de plus en plus dans les ZEE des pays riverains, source de confrontation avec les pêcheurs locaux. Quant aux ressources d’hydrocarbures, la Chine est en conflit avec plusieurs pays pour l’exploitation de nombreux gisements. Dans ces zones, les sociétés pétrolières ne se risquent donc pas « encore » à déposer une demande d’exploration.

Plus que jamais la Chine se positionne comme une grande puissance économique. Dans un contexte de déstabilisation du multilatérisme initiée par une administration américaine moins diplomate et délaissant les alliances et organisations régionales, le système international se réorganise autour de deux puissances majeures, les Etats-Unis et la Chine.

Ces deux puissances s’affrontent sur tous les plans (géopolitique, économique, défense et sécurité…), favorisant parallèlement une course à l’armement des acteurs régionaux. Mais leur avenir et leur développement sont également intimement liés – la Chine détient la plus grande réserve mondiale en dollars -, donc aucune n’a intérêt à une récession chez l’autre. Cette escalade a donc nécessairement ses limites. Sommes-nous en train de les atteindre ? L’avenir nous le dira.

 

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[1] Dixpays bordent la mer de Chine méridionale : la Chine, Taiwan, le Vietnam, Singapour, Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Cambodge et les Philippines.

[2] En profitant du conflit en Indochine en 1956, la Chine s’est d’abord appropriée la moitié des iles Paracel qui appartenaient au Vietnam pour ensuite, en 1974 s’emparer de de la totalité et y construire des infrastructures militaires. Quelques années plus tard, la Chine s’impose également sur les ilots de Spratleys situés dans la ZEE des Philippines, sans aucune légitimité juridique ou géographique. Pour assoir sa souveraineté, elle bâtit des constructions artificielles, transformant de simples récifs en installations portuaires et aéronavales.

[3] Depuis aout 2018, la Chine entame une deuxième série d’essais pour son deuxième porte-avions qui sera opérationnel dans deux ans. Il a été entièrement construit en Chine. Le précédent était le Liaoning, mis en service en 2012

[4] Selon la FAO, la chine pêche chaque année 15 millions de tonnes de poisson