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Enjeux stratégiques au Moyen-Orient

Par Simon Rousseau, étudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Introduction

Comme le souligne Charles Thépaut dans son récent ouvrage, Le monde arabe en morceaux, plusieurs biais peuvent constituer des freins à une réflexion pertinente et lucide concernant la situation d’un Moyen-Orient chaotique. Ils touchent tant à une perception erronée de l’Islam et de ses liens au politique qu’à la surestimation de certains facteurs, notamment tribaux et confessionnels. A ce titre, le présent article propose une analyse succincte, la plus objective possible, des différents enjeux stratégiques contemporains au Moyen-Orient.

Pour Pierre Vermeren, « le Moyen-Orient devient le théâtre de tous types de guerres : civiles, froides, internationales, idéologiques, confessionnelles, interétatiques, terroristes ». En effet, un certain chaos semble s’être emparé d’une région en proie à de très nombreux conflits, dont les conséquences, loin de se cantonner à leurs théâtres d’origine, débordent en Europe.

Les enjeux au Moyen-Orient sont complexes et imbriqués, et ne peuvent être expliqués ou analysés indépendamment d’un tableau plus global. Emile Hokayem souligne cinq tendances majeures aujourd’hui à l’oeuvre dans plusieurs Etats, notamment pour les cas syriens et irakiens :

  • Une opposition marquée entre gouvernements et citoyens
  • La montée en puissance des revendications ethniques et/ou nationalistes
  • Une opposition forte entre un islamisme grandissant et un sécularisme arabe souvent autoritaire ne laissant que peu de place à un troisième voie modérée
  • La fragmentation au sein même des mouvements d’opposition et donc le morcellement accru des territoires
  • Le retour de rivalités géopolitiques et des politiques de puissance

Reprenant les clefs d’analyse ainsi proposées, cette note dresse un bilan non exhaustif des principaux enjeux dans le Moyen-Orient contemporain.

I. Faillite des Etats

La question des Etats faillis constitue le premier enjeu stratégique de la région alors que l’Irak, la Syrie, le Yémen et la Libye sont en proie à de graves troubles internes qui remettent en cause leur intégrité et leurs prérogatives sécuritaires. L’absence d’entités supérieures et structurantes favorise considérablement la prolifération d’acteurs non étatiques et de flux illégaux dans la région, contribuant de fait à son instabilité.

La situation est également préoccupante au Liban, en Jordanie, à Bahreïn et en Egypte alors que les contestations internes, toujours vives, font planer le risque d’une dégradation rapide de la situation et, à terme, la possible déliquescence des Etats en question.

La première source de fragilité des Etats au Moyen-Orient concerne directement la gouvernance et le modèle politique. En effet, la faible légitimité des régimes, souvent militaires ou sécuritaires, et les inégalités économiques conséquentes entrent en contradiction avec les aspirations de la jeunesse de la région. La frustration politique et l’absence de perspectives économiques poussent certaines franges de la société, notamment les jeunes, vers la révolte radicale. En outre, les réponses étatiques violentes face aux contestations entretiennent des tensions qui peuvent dégénérer en conflit ouvert.

Durant les printemps arabes, les pays qui ont le mieux résisté disposaient de capacités financières importantes, du fait d’économies rentières basées sur les hydrocarbures et leur exportation. De cette manière, ils ont pu éteindre les contestations un temps en achetant la paix sociale par de coûteux programmes sociaux (130 Mds$ en Arabie saoudite en 2011). Ceux-ci ne peuvent cependant pas constituer une réponse de long terme, d’autant plus à l’heure où les cours du brut sont à la baisse.

II. Enjeux ethniques et confessionnels, fragmentation et morcellement des populations

Sur les bases précédemment évoquées, viennent se greffer différentes fractures ethniques et confessionnelles plus ou moins historiques et instrumentalisées. Faisant écho aux travaux de Robert Cooper, les bouleversements au Moyen-Orient semblent ainsi consacrer le retour vers des Etats « prémodernes » où les entités étatiques, ayant perdu le monopole de la violence légitime, tendent à disparaître au profit de différents groupes fondés sur des affinités ethniques, tribales ou confessionnelles. Le poids et les capacités de ces différents groupes supplantent alors des Etats incapables d’assurer leurs fonctions régaliennes ni de tenir leurs frontières.

Souvent instrumentalisées par les acteurs locaux et régionaux, ces fractures sont sources de nouvelles oppositions au sein même des territoires. Le risque d’enlisement des conflits apparaît dès lors très important, notamment en l’absence d’un arbitre étatique en capacité de gérer ces tensions. En Irak comme en Syrie, différents groupes s’opposent en jouant sur des facteurs confessionnels. En Libye, la relative stabilité des alliances tribales sous le régime Kadhafi a volé en éclat avec sa chute. Confessionnalisation et mobilisation du religieux expliquent ainsi les nouvelles configurations et les alliances sur le terrain. Dans certains Etats, cette nouvelle donne est inquiétante et peut remettre en cause l’avenir de l’unité étatique. Le cas libanais est à ce titre particulièrement préoccupant, du fait de l’histoire du pays comme de son organisation politique. Le Moyen-Orient dans son ensemble, lieu de rencontre des trois monothéismes, redevient le théâtre de tensions instrumentalisées.

Les acteurs non étatiques viennent donc combler un vide latent en jouant sur de nouveaux facteurs de regroupement. C’est notamment le cas pour les groupes islamistes terroristes comme les différentes milices qui parviennent à recruter de nouveaux membres en se servant d’un discours confessionnel ou ethnique.

III. L’enjeu global du terrorisme islamique

Le terrorisme islamique constitue aujourd’hui un enjeu mondial majeur qui prend directement sa source dans la situation au Moyen-Orient. Cette situation découle tant de facteurs structurels – tels la résurgence de l’islam politique, les faiblesses endémiques de certains pays ou les fractures consommées au sein de leurs populations– que de certains éléments de conjoncture à l’image de la chute d’Etats, notamment à la suite d’interventions occidentales.

Les différents groupes terroristes se nourrissent de la faillite des Etats ou de leur remise en question et de discours confessionnels ou ethniques afin d’enrôler de nouveaux membres et de croître. En Irak, Daesh a directement joué sur le ressenti sunnite contre le gouvernement al-Maliki afin de recruter dans ses rangs une part conséquente d’une population désabusée, notamment d’anciens militaires sunnites du régime de Saddam Hussein. Avec la chute du régime irakien, l’autoproclamé Etat islamique a ainsi pu asseoir son emprise sur un territoire délimité et mettre en oeuvre une stratégie d’expansion et de formation de combattants.

Le Moyen-Orient devient donc à la fois une terre d’implantation et d’opération pour différents groupuscules terroristes. Bien que le récent recul de l’Etat islamique en Syrie et en Irak constitue une victoire militaire sur le terrain, la situation n’en demeure pas moins très préoccupante alors que la Libye, perméable, accueille déjà certains combattants en fuite. Par ailleurs, la question du retour de certain djihadistes dans leurs Etats d’origine laisse présager de nouveaux défis de taille.

IV. Le retour de la géopolitique au Moyen-Orient, stratégies de puissance régionale

Le Moyen-Orient est aujourd’hui marqué par un fort renouveau des calculs de puissance et des stratégies de rayonnement régional. Les Etats en crise ouverte ou latente font l’objet de stratégies d’influence plus ou moins directes par les différents grands acteurs régionaux ou internationaux. Ceux-ci vont jouer sur les fractures intérieures de tout type et sur les groupes en présence afin d’accroître leur influence régionale. Pis encore, certains Etats encore stables, à l’image du Liban, sont aujourd’hui en première ligne d’affrontements régionaux intensifiés, notamment entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Le conflit larvé entre l’Iran perse chiite et l’Arabie saoudite sunnite pour la suprématie sur le Moyen-Orient a pris une intensité toute particulière ces dernières années. Dans le même temps, cette situation profite aux deux Etats en ce qu’elle leur permet de justifier leur politique étrangère. En outre, l’imaginaire de la confrontation sunnite-chiite se développe d’autant plus facilement en l’absence d’autres courants structurants dans la région. En effet, les puissances arabes traditionnelles – Egypte, Syrie, Irak… – sont encore dans la gestion des printemps arabes voire de conflits ouverts, laissant la place libre pour les deux puissances concurrentes susmentionnés.

Toutefois, les divisions internes dans le monde sunnite ne doivent cependant pas être éclipsées. De grands Etats régionaux, à l’image de la Turquie, cherchent également à retrouver une place de choix. Dans le même temps, l’existence d’un arc chiite peut être nuancée.

Conclusion

En conclusion, plusieurs enjeux principaux caractérisent aujourd’hui le Moyen-Orient.

Le premier porte sur l’avenir de systèmes politiques dont les printemps arabes ont révélé les faiblesses endémiques, malgré des situations diverses. Les troubles en Libye, Irak et Syrie, ne sont toujours pas résolus et, semblent avoir été aggravés par des interventions occidentales hasardeuses – pensées sur une base militaire avant d’être politique. Aujourd’hui, il n’est pas certain que d’autres Etats de la région ne s’enfoncent, à leur tour, dans de graves crises intestines.

Dans le même temps, le retour de la géopolitique et de politiques de puissance dans la région inquiète alors que tous les acteurs exacerbent sans relâche les fractures ethniques ou confessionnelles à disposition dans une logique de guerre par procuration. Pourtant, les récents affrontements dans la région illustrent tout particulièrement les limites de la force pure au sein de conflits qui tendent à s’enliser, à l’image d’une guerre interminable au Yémen.

Enfin, l’absence de cohérence dans les politiques occidentales pour la région se paye aujourd’hui au prix fort. De fait, l’effacement occidental progressif et la lassitude américaine à l’égard de conflits interminables a contribué au grand retour de la Russie dans la région ; tandis que la question migratoire, pour ne citer qu’elle, rappelle chaque jour un peu plus l’urgence de la situation humanitaire.

  1. THEPAUT Charles, Le monde arabe en morceaux. Des printemps arabes à Daech, Armand Colin, 201
  2. VERMEREN Pierre, De Beyrouth à Damas, quarante ans de guerre au Moyen-Orient, quelles logiques ?, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  3. HOKAYEM Emile, La crise syrienne : un enjeu de sécurité régional, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  4. COOPER Robert, La fracture des nations. Ordre et chaos au XXIe siècle, Denoël, 2004

Ressources

  • CHUBIN Shahram, De la guerre froide au califat : transformations de l’environnement stratégique du Moyen-Orient, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • COOPER Robert, La fracture des nations. Ordre et chaos au XXIe siècle, Denoël, 2004
  • GAUTIER Louis, La stratégie à l’épreuve du Moyen-Orient, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • HOKAYEM Emile, La crise syrienne : un enjeu de sécurité régional, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • LE DRIAN Jean-Yves, Les grands enjeux stratégiques de 2016, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • VERMEREN Pierre, De Beyrouth à Damas, quarante ans de guerre au Moyen-Orient, quelles logiques ?, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • The Future of the Middle East, College and University Educators Workshop, Council on Foreign Relations, April 20 2017, consultable à l’adresse : https://www.cfr.org/event/future-middle-east
  • LE PAUTREMAT Pascal, Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle, Diploweb, 11 novembre 2017, consultable à l’adresse : https://www.diploweb.com/Les-pays-du-Golfe-arabo-persique-depuis-2011-persistance-d-une-geopolitique-conflictuelle.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL171131117&utm_medium=email

La 3ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN sur les rives de la Méditerranée

Les auditeurs de la 3ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » se sont rendus, les 10 et 11 novembre, à Toulon dans le cadre de leur 2ème séminaire, afin de réfléchir aux enjeux maritimes de la France en Méditerranée et découvrir la mise en œuvre opérationnelle de l’action de l’État en mer ainsi que les opérations aéronavales.

Ils ont été reçus par le préfet maritime, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri LEULIER de LA FAVERIE du CHE, qui leur a présenté les grands enjeux de son action et de sa fonction et ont ensuite échangé avec ses adjoints et les amiraux commandant la force d’action navale et celle de l’aéronautique navale. Les directeurs en Méditerranée des administrations agissant en mer (affaires maritimes, douanes, gendarmerie maritime) ont également pu expliquer aux auditeurs leur rôle spécifique.

Les visites du CROSS Méditerranée, du porte-avions Charles De Gaulle, d’un sous-marin nucléaire d’attaque et du remorqueur de haute mer Abeille Flandre, ont illustré de façon très concrète les concepts et la théorie. Par ailleurs, la présentation de l’archéologie sous-marine par Michel L’Hour, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, a fait découvrir aux auditeurs que le monde extraordinaire des épaves sous-marines pouvait également comporter de véritables enjeux stratégiques.

La 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN sur le porte-avions Charles De Gaulle.

Enfin, au cours du samedi après-midi, les auditeurs ont pu poursuivre leurs travaux en comités et présenter l’avancée de leurs réflexions à l’encadrement de la session et à Valentin ANNANI, chef du bureau « Pédagogie » de l’IHEDN.

 

 

Une deuxième chance pour la communauté européenne de défense

Confirmant les conclusions du Conseil européen du 22 juin 2017, les ministres de 23 États membres de l’Union européenne ont signé le 13 novembre 2017 une notification conjointe sur la coopération structurée permanente, mieux connue sous le sigle anglo-saxon PESCO (permanent structured cooperation). Ce signal fort est une nouvelle étape vers une vraie politique européenne de défense et de sécurité, assortie de « projets capacitaires décidés en commun ».

Les trois priorités stratégiques de cette politique avaient été confirmées par le Conseil européen
du 15 décembre 2016 :

  • réaction aux crises et conflits extérieurs ;
  • renforcement des capacités des partenaires ;
  • protection de l’Union européenne et de ses citoyens.

Le Conseil a également mis en place une nouvelle approche stratégique au bénéfice de l’action extérieure de l’Union européenne, privilégiant une vision à long terme des défis mondiaux plutôt que les actions d’endiguement des crises, comme l’Union les pratiquait lors du conflit en ex-Yougoslavie, et telles que se déroulent aujourd’hui la petite vingtaine de missions civiles et militaires de l’Union européenne[1].

Les 23 États signataires établiront ainsi une liste commune d’engagements « contraignants », assortie d’un calendrier précis et de mécanismes d’évaluation spécifiques, afin de leur permettre de notifier leur intention de participer sans délai aux opérations de l’Union européenne.

L’Union européenne participe à ce jour au financement de six opérations militaires, via le mécanisme « Athéna » : deux opérations maritimes, en Méditerranée (EUNAFOR MED) et au large de la Corne de l’Afrique (EUNAVFOR ATALANTA), une opération de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR ALTHEA) et trois actions de formation en Somalie, au Mali et en République Centrafricaine.

Parallèlement, l’Union européenne supervise plusieurs missions civiles, toujours dans le cadre unique de la politique de sécurité et de défense commune. La dernière en date concerne l’Irak, où la mission civile dirigée par Markus Ritter sera chargée d’assister les autorités irakiennes « dans la mise en œuvre des aspects civils de la stratégie nationale de sécurité de l’Iraq ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Le communiqué de presse =>

[1] Pour illustration, le mandat de Lars-Gunnar Wigemark, représentant spécial de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine, est fondé sur les objectifs généraux de l’Union à l’égard de la Bosnie-Herzégovine :

  • faire avancer le processus de stabilisation et d’association ;
  • parvenir à une Bosnie-Herzégovine stable, viable, pacifique, multiethnique et unie qui coopère pacifiquement avec ses voisins ;
  • faire en sorte que la Bosnie-Herzégovine s’engage de manière irréversible sur la voie de l’adhésion à l’Union.

Yémen : l’ONU exhorte la coalition à mettre fin au blocus humanitaire

Le conflit au Yémen trouve son origine dans la lutte qui oppose les partisans d’Ali Abdullah Saleh, déposé en 2011 après 33 années de règne sans partage, et ceux du président légitime Abd-Rabbu Mansour Hadi. Alliés aux troupes restées fidèles à l’ancien président Saleh, les rebelles Houthi, tribu chiite originaire des zones montagneuses du nord du Yémen, ont renversé le président Hadi et conquis la capitale Sanaa en septembre 2014, progressant jusqu’au port d’Aden, troisième ville du pays et capitale de l’ancien Yémen du Sud.

Une coalition de pays arabes et musulmans dirigée par l’Arabie saoudite a lancé en mars 2015 une campagne d’opérations aériennes puis terrestres, assorties d’un blocus naval[1], afin de restaurer le président Hadi. Malgré des années d’affrontements meurtriers et un rapport de force disproportionné, la coalition n’a pas réussi à atteindre ses objectifs. Les rebelles Houthi tiennent toujours la capitale Sanaa et le nord du pays. Le conflit a permis le développement d’al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), connu pour avoir commandité l’attentat de Charlie Hebdo, et l’émergence de l’Etat islamique en Irak et au Levant, dont la branche locale a revendiqué le 5 novembre 2017 le dernier attentat visant à Aden des militaires fidèles au président Hadi.

Confrontés à un conflit aux conséquences humanitaires terribles (plus de 5 000 morts, des millions de civils victimes de la famine et une épidémie de choléra touchant plus de 900 000 personnes), les pays occidentaux peinent à reconnaître le caractère disproportionné des frappes de la coalition et préfèrent condamner systématiquement les tirs de missiles lancés depuis le territoire yéménite vers l’Arabie saoudite que les bombardements saoudiens visant sans discrimination les populations yéménites.

Récemment, Nika Halley, représentante des Etats-Unis auprès des Nations-Unies, a condamné l’Iran, accusant le 7 novembre ce pays de violer les résolutions du Conseil de sécurité et de fournir des armes aux rebelles Houthi. Aucune mention n’a été faite des bombardements de la coalition sur les populations civiles ni des conséquences tragiques de l’embargo.

Le 5 novembre 2017, le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères avait déjà condamné « avec la plus grande fermeté » le tir balistique contre Riyad revendiqué par les rebelles Houthis, rappelant que « la France se tient au côté de l’Arabie saoudite et réaffirme son plein soutien à la sécurité du Royaume face aux menaces auxquelles il est confronté. » Sans viser directement l’Iran, Jean-Yves Le Drian avait toutefois évoqué le danger que la prolifération balistique fait courir à l’ensemble de la région. Le 18 septembre, lors du point de presse quotidien, le porte-parole du ministère avait timidement « appelé à l’arrêt des attaques contre toutes les populations civiles, où qu’elles se trouvent ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

La dépêche sur le site des Nations-Unies =>

[1] Ce blocus naval a été l’occasion pour les Houthi de mettre en œuvre des vedettes explosives télécommandées, dont une a mis hors de combat le 30 janvier 2017 une frégate saoudienne restée sans réaction : https://www.youtube.com/watch?v=3dBfHEXLJlQ.

L’intérêt d’un deuxième porte-avions : assurer la permanence opérationnelle du GAN

Les travaux parlementaires réalisés sur les projets de lois de finances par la commission de la défense nationale et des forces armées sont une occasion unique de connaître le situation et l’évolution de nos forces armées. L’avis « marine » fait au nom de cette commission par Jacques Marilossian ne déroge pas à la règle.

Reprenant les arguments développés par le chef d’état-major de la marine durant son audition, le rapporteur confirme en particulier la nécessité de renforcer le nombre de frégates en le portant à 18 bâtiments (frégates « multimissions » et frégates « de taille intermédiaire ») dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire. Regrettant également les « réductions temporaires de capacités » constatées depuis 2010, qu’il qualifie non sans humour de « ruptures permanentes de capacités », il confirme également l’importance capitale du programme BATSIMAR (bâtiment de surveillance et d’intervention maritime), évoqué depuis le début des années 2000 et toujours repoussé. Confirmant là encore les recommandations de l’amiral Christophe Prazuck, Jacques Marilossian évoque un format « idéal » à 18 patrouilleurs repartis entre les territoires ultramarins et chacune des façades maritimes métropolitaines.

Lors de son audition, le président de la commission avait interpellé le chef d’état-major de la marine : « amiral, vous allez devoir revenir pour une audition spéciale sur cette question du porte-avions ! ». Opportunément, le rapporteur pour avis consacre près d’une quinzaine de pages à la place du porte-avions dans la stratégie militaire française, notant que le groupe aéronaval est un instrument politique et diplomatique avant d’être un outil militaire. Il met en avant son autonomie d’action, sa flexibilité et sa capacité à durer, trois avantages indéniables propres aux forces navales.

La revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 l’affirme clairement : « le maintien de la supériorité aéromaritime implique de préparer le renouvellement du groupe aéronaval ». Jacques Marilossian ouvre le dossier de ce renouvellement, rappelant les choix qui ne poseront sur le mode de propulsion, le choix du système de catapultage ou la proportion de drones dans la composition du groupe aérien embarqué. Il estime à 4,5 milliards d’euros le coût de construction du remplaçant du Charles de Gaulle, ce qui ne représente que le neuvième programme d’armement en termes de coût global, effort « non négligeable, mais parfaitement atteignable ».

Dans les dernières lignes du chapitre consacré à la place du porte-avions dans la stratégie militaire française, le rapporteur pose enfin la question du deuxième porte-avions permettant d’assurer la permanence opérationnelle, qui exista de 1963 à 1997. Sans trop s’avancer sur la priorité à donner à cette option, il propose toutefois un premier calendrier permettant de faire l’économie du troisième arrêt technique majeur du Charles de Gaulle.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Vers le site de l’Assemblée nationale =>

Le secteur russe de la défense bientôt mis sous embargo unilatéral par les Etats-Unis ?

Le 2 août 2017, le président des États-Unis avait ratifié la loi « imposant des sanctions aux adversaires de l’Amérique » (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Donald Trump avait alors affiché son désaccord avec le Congrès, estimant que les dispositions visant la Corée du nord, l’Iran et la Russie pouvaient rapprocher ces trois pays et aller à l’encontre des intérêts des alliés européens des Etats-Unis.

Le 27 octobre 2017, des représentants du Deparment of States ont organisé une conférence de presse à l’occasion de la parution des directives de mise en œuvre de la section 231 visant les secteurs russes de la défense et du renseignement. Répondant aux journalistes qui notaient la nécessité pour des pays amis des Etats-Unis, dont l’Inde, mais aussi certains membres de l’OTAN, de poursuivre leurs acquisitions de pièces de rechange, ces représentants ont évoqué les seuils définissants des « transactions significatives » sans citer d’exemple concret. Ils ont éprouvé plus de difficulté pour annoncer les sanctions auxquelles pourraient être confrontés à partir du 29 janvier 2018 le Qatar ou la Turquie, pays alliés des Etats-Unis en passe de recevoir des systèmes sol-air S-400.

Les représentants du Deparment of States ont soutenu, suite à la question d’un journaliste, que ni le Congrès ni l’Administration américaine n’ont envisagé que ces sanctions soient utilisées comme un outil de compétition économique. Pourtant, dès le 15 juin 2017, réagissant au projet de loi initial à aux sanctions visant le secteur de l’énergie, le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel et le chancelier fédéral autrichien Christian Kern avaient écrit : « le projet de loi américain détaille ce dont il s’agit véritablement : vendre des gaz liquéfiés américains et éloigner du marché européen les livraisons de gaz naturel russes. L’objectif affiché est de sauvegarder des emplois dans l’industrie gazière et pétrolière aux États-Unis. »

Le gouvernement français s’était également exprimé sur cette loi dès le 26 juillet, par la voix du porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, notant que « la portée extraterritoriale de ce texte apparait illicite au regard du droit international ». L’extraterritorialité de la législation américaine avait déjà fait l’objet d’un rapport d’information enregistré le 5 octobre 2016 à la Présidence de l’Assemblée nationale, qui rappelait que c’est dans ce cadre que la banque BNP-Paribas avait été contrainte de payer un montant record de près de 9 milliards de dollars pour avoir violer les embargos financiers des Etats-Unis.

Le texte du Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act =>

Le rapport d’information 4082 du 5 octobre 2016 =>

L’Iran, un acteur majeur des conflits au Levant

Lors de son déplacement en Arabie saoudite, le 22 octobre 2017, le chef de la diplomatie américaine s’est prononcé pour un départ d’Irak des milices iraniennes (« Iranian militias that are in Iraq, now that the fight against Daesh and ISIS is coming to a close, those militias need to go home »). Il a ainsi implicitement reconnu le rôle tenu par ces milices, souvent déterminant dans les combats ayant opposés les forces irakiennes et celles de l’Etat islamique dans leur remontée vers Mossoul.

Le même jour, répondant à Doha à une question sur le rôle de ces milices dans la récente « reconquête » de Kirkuk, Richard Tillerson s’est montré moins affirmatif, reconnaissant au Premier ministre irakien le droit de mener ses opérations militaires comme il l’entend. Il a également reconnu que l’Iran était le grand bénéficiaire du conflit qui oppose le Qatar aux autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). En écho, le ministre des affaires étrangères qatarien a rappelé que, lors de la réunion du CCG de décembre 2016, les dirigeants arabes avaient convenu qu’un dialogue devait être mis en place avec l’Iran, une décision qui avait volée en éclat lors du passage de Donal Trump en mai 2017.

L’Iran se tient également aux côtés du régime syrien dans sa lutte contre l’insurrection et l’Etat islamique, ce que dénonce Donald Trump dans sa nouvelle stratégie envers l’Iran. Présent aux côtes de la Russie et de la Turquie dans les pourparlers d’Astana, l’Iran a également officialisé la coopération des deux armées lors d’une cérémonie officielle le 21 octobre dernier.

Enfin, l’Iran peut se féliciter de l’unanimité de la communauté internationale pour conforter la pérennité du « Plan d’action global » relatif à l’accord nucléaire du 14 juillet 2015, marquée par une déclaration commune de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, suivie d’un communiqué du Conseil européen. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique a d’ailleurs rappelé le 19 octobre que l’Iran respectait ses engagements relatifs à cet accord. Le Président Emmanuel Macron s’est lui-même exprimé clairement sur ce sujet (« J’ai insisté sur la nécessité au niveau européen de […] rouvrir les relations économiques avec l’Iran et de ne subir aucune pression d’extraterritorialité américaine, si le choix américain n’était in fine pas favorable à un maintien de l’accord de 2015 »).

Conformément à la stratégie américaine tendant à rapprocher l’Irak de ses voisins arabes, au détriment des liens tissés avec son voisin chiite (« a friendly and neighboring country »), Richard Tillerson s’était félicité le 22 octobre de la tenue du Conseil de coordination irako-saoudien, tout en évoquant les sanctions que son pays met en place à l’encontre des Gardiens de la révolution iraniens. Il en a profité pour menacer les entreprises européennes qui contreviendraient à cette politique (« [European companies] who conduct business with the Iranian Revolutionary Guard […] really do so at great risk »). Réagissant aux déclarations du Secrétaire d’Etat, le ministre des affaires étrangères iranien a rappelé que le peuple irakien n’avait aucun ordre à recevoir de quiconque.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

La conférence de presse de Richard Tillerson en Arabie Saoudite (en anglais) =>

La conférence de presse de Richard Tillerson au Qatar (en anglais) =>

Le ministre irakien du pétrole se félicite de la reprise des installations pétrolières de Kirkuk

Haider al-Abadi, premier ministre irakien, a annoncé solennellement le 16 octobre 2016 le lancement d’une opération visant à reprendre le contrôle de la ville de Kirkuk et de sa région, sous le contrôle des forces militaires kurdes des Peshmerga depuis la fuite des éléments de Daech. Le maintien du référendum du 25 septembre 2017, unanimement dénoncé par la communauté internationale, et la proclamation des résultats en faveur d’une indépendance du Kurdistan irakien, rendaient cette opération inévitable. La libération le 5 octobre de la ville d’Hawijah, dernier bastion djihadiste en Irak, et la disponibilité induite des forces de sécurité irakiennes, ont permis son déclenchement.

Le Département d’Etat américain s’était inquiété dès ce 16 octobre des escarmouches reportées par le commandement de l’opération Inherent Resolve, rappelant son soutien à une administration commune des « territoires disputés » par les gouvernements central et régional. Ces « territoires disputés », au cœur desquels se situent Kirkuk et les champs pétrolifères, sont un sujet d’affrontement entre Bagdad et Erbil depuis 2006. Le ministère irakien du pétrole s’est ainsi félicité ce jour de la reprise de Kirkuk par les forces armées irakiennes, soutenues par les milices chiites des Forces populaires de mobilisation. Il a annoncé la reprise immédiate des travaux permettant de relancer la production.

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) s’est retrouvé au centre des polémiques, le gouvernement irakien accusant le gouvernement régional du Kurdistan d’avoir déployé des troupes du PKK aux abords de Kirkuk. Ce dernier a réagi officiellement, rappelant opportunément que le PKK s’était régulièrement opposé aux Peshmerga, en particulier dans la région de Sinjar. Le Conseil national de sécurité truc, toujours vigilant sur tout ce qui peut concerner une éventuelle autonomie ou indépendance de populations kurdes, s’est félicité du déclenchement de l’opération, qui permettra de restaurer la « composition ethnique de Kirkuk ». Le gouvernorat de Kirkuk abrite en effet une forte minorité turkmène.

Parallèlement, en Syrie, les conditions se mettent en place pour assister aux mêmes affrontements ethniques entre Kurdes et Arabes. La libération définitive de Raqqa par les Forces démocratiques syriennes (SDF), composées en grande partie de Kurdes appartenant aux Unités de protection du peuple YPG), entraîne déjà une joute verbale entre le Conseil civil de Raqqa, proche des SDF, et le Conseil provincial de Raqqa, émanation de l’insurrection syrienne basée en Turquie.

Le communiqué du ministère irakien du pétrole (en anglais) =>

La revue stratégique de défense et de sécurité nationale

« Dans un système international marqué par l’instabilité et l’incertitude, la France doit conserver sa capacité à décider et à agir seule pour défendre ses intérêts ».

En un peu plus d’une centaine de pages, la revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 apporte un éclairage complet sur le contexte stratégique, présente les nouvelles formes de guerres auxquelles nos forces armées sont ou peuvent être confrontées et s’achève par l’affirmation de la stratégie de défense nationale, basée sur l’autonomie stratégique et l’ambition européenne.

Le Président de la République dans sa préface, souligne que « nous sommes entrés dans une ère de grandes turbulences ». Si la plupart des risques et des menaces d’aujourd’hui étaient cités dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, leurs manifestations se sont accélérées et leurs effets se sont amplifiés et rapprochés. Dans son avant-propos, la ministre des armées constate également que de nouveaux modes opératoires se sont développés, « basés sur l’ambiguïté, l’intimidation ou la déstabilisation ».

La Revue s’étend longuement sur le contexte stratégique, « en dégradation rapide et durable ». Au Levant, elle s’inquiète de la persistance de la fragmentation communautaire en Irak, qui pénalise la reconstruction et la restauration de l’Etat, et constate la dynamique de consolidation du régime syrien mais également sa dépendance à l’égard de ses alliés russe et iranien, « dont la présence est appelée à durer ». Reconnaissant que l’ensemble des recompositions à venir au Proche et au Moyen-Orient s’inscrit dans un contexte « dominé par l’influence de la Russie, de l’Iran et de la Turquie », la Revue note que la « rivalité entre Riyad et Téhéran entretient les tensions régionales ». Conséquence de luttes d’influence entre courants wahhabites et salafistes, le document dénonce une radicalisation islamiste visible des populations de l’Afrique subsaharienne, qui se traduit par le prosélytisme actif d’ONG religieuses et le financement extérieur de structures sociales de santé et d’éducation. Sur le règlement de la question intermalienne, il dénonce l’attentisme politique des parties et leur intérêt pour le statu quo.

La Revue s’inquiète également de l’évolution des capacités mises à la disposition des acteurs étatiques comme non-étatiques, évoquant un « nivellement technologique » qui rend la supériorité militaire occidentale « fragile et réversible ». Contrer les capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone (A2/AD) redevient ainsi un objectif préalable à toutes les opérations.

Sans évoquer le retour d’un service national obligatoire, la Revue appelle à affermir la cohésion nationale, en particulier au sein de la jeunesse, cohésion « qui conditionne la légitimité de l’action des armées par le soutien de la Nation aux décisions de recours à la force ». Cet axe d’effort prioritaire « doit mobiliser l’ensemble des moyens concernés de l’Etat et de la société ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES.

La revue sur le site du ministère des armées =>

Enjeux stratégiques au Sahel

Par Simon Rousseau, étudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Alors que la France vient de prendre la présidence du Conseil de Sécurité, la priorité annoncée porte sur la situation au Sahel et la stabilisation d’une région en proie à une crise polymorphe, notamment par le biais du G5 Sahel et de sa jeune force militaire.

Le Sahel est une zone particulièrement instable, résultat de facteurs endémiques – géographique, climatique, démographique et géopolitique. Ces derniers portent tant sur une longue histoire de tensions confessionnelles et ethniques que sur la faiblesse des Etats sahéliens et de leurs voisins. Ce terreau demeure particulièrement fertile pour le développement d’activités criminelles et la prolifération de groupes extrémistes armés qui continuent de représenter une menace active.

La présente note cherche à proposer sommairement quelques éléments explicatifs de la crise sahélienne dans l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise.

Facteurs endémiques de déstabilisation

Géographie et climat

Le Sahel désigne, en arabe, la « terre plate » marquant la séparation entre le domaine saharien au nord, un vaste désert de sable, et les savanes du domaine soudanien au sud. Il constitue donc un espace tampon entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne. Recouvrant près de 9 million de km2, le Sahel géographique présente des caractéristiques topographiques et climatiques particulières qui expliquent pour beaucoup les nombreuses crises et tensions au sein de cet espace. Le Sahel géopolitique, plus réduit, fait référence au cinq pays membre du G5 Sahel à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Fasso, le Niger et le Tchad.

Le climat y est aride, peu propice aux activités humaines, tandis que le risque de famine est très important, particulièrement en cas de sécheresses répétées qui préviennent toute activité agricole. Le Sahel marque donc une première ligne de fracture entre le nord désertique, propice à une vie nomade, et un sud plus fertile, sédentaire et agricole. Concernant les pays du G5 Sahel, à l’exception de la Mauritanie, ils sont tous enclavés et donc particulièrement dépendants aux pays voisins qui possèdent une façade maritime.

Démographie

La démographie au Sahel est galopante et les prévisions tablent sur plus de 280 millions d’habitants dans la zone d’ici 2040, ce qui n’est pas sans poser différents problèmes alors même que la population actuelle pâtit d’une pauvreté considérable et de difficultés tenant à l’alimentation. Par ailleurs cette population, de fait très jeune, souffre de l’absence d’infrastructures et de perspectives de développement. Pauvreté et sécheresse favorisent ainsi les nombreux trafics, sources d’opportunités économiques.

Clivages historiques, ethniques et religieux

Le Sahel constitue enfin le point de rencontre entre plusieurs groupes ethniques et religieux. Ainsi, selon les zones climatiques, différentes populations se sont développées. De manière schématique, au sud du Sahel, la présence d’eau en plus grande quantité a permis historiquement le développement de l’agriculture et de populations sédentaires africaines tandis que le nord restait peuplé par des tribus nomades arabes. Cette coexistence a été marquée par des rapports de force fluctuants entre les tribus nomades guerrières (notamment Touaregs) et les populations noires, sédentaires et paysannes longtemps mises en esclavage. Durant la période coloniale, ce rapport s’est inversé au profit des populations sédentaires tandis que la mise en place d’Etats modernes dans la région a contribué à l’éclatement d’ethnies nomades entre plusieurs pays. Les ressentis restent nombreux et les clivages recoupent également les religions avec la coexistence de groupes musulmans, chrétiens et animistes dans la zone.

 

 

 

 

 

 

 

Le Mali constitue peut-être l’exemple le plus significatif de ces fractures diverses.

Facteurs géopolitiques

Faiblesse des Etats sahéliens

Les Etats sahéliens apparaissent comme relativement faibles, notamment minés par une corruption endémique et des pratiques de mauvaise gouvernance. Longtemps, ils ont été incapables d’assurer tant leur développement économique interne et le bien-être de leur population que la protection de leurs territoires et de leurs frontières. Cette situation est lourde de conséquences puisqu’elle est à la source de nombreux problèmes. Ainsi, les Etats doivent aujourd’hui faire face à des mouvements d’opposition radicaux et armés à l’image du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) touareg, au développement d’une économie criminelle organisant de très nombreux trafics sur leurs territoires et enfin à l’apparition de groupes extrémistes religieux à l’image d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), d’Ansar Dine ou de Boko Haram.

Situation des pays voisins

Pour ne rien arranger, les fragilités de certains Etats voisins (voire leur implosion dans le cas libyen) contribuent à accentuer un peu plus les dangers et défis dans la région. Ainsi, les pays du G5 Sahel sont aujourd’hui entourés par des Etats eux-mêmes sujets à l’instabilité, notamment depuis les printemps arabes. Plus concrètement, le reflux vers le sud de djihadistes algériens (groupe islamiste armé, GIA) puis l’arrivée massive des Touaregs de Libye dans la région ont été deux véritables détonateurs de la dégradation de la situation. Aujourd’hui, la persistance de groupes armés, indépendantistes comme terroristes dans la région inquiète alors même que l’Etat Islamique, en retrait au Levant, peut chercher à s’implanter dans cette zone de chaos, propice à la poursuite des activités de l’organisation.

Pour conclure

Le véritable enjeu au Sahel ne correspond donc pas seulement à la lutte contre le terrorisme et les différents groupes armés, indépendantistes et criminels mais bien plutôt à la résolution plus large de la crise politique, sociale et économique que traverse l’ensemble de la région sahélienne. Une solution purement militaire ne semble pas à même de porter ses fruits sur le long terme.

Sources