Escale à Toulon de la 4ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

Les auditeurs de la 4ème session « Enjeux et stratégies maritimes » après la visite du sous-marin nucléaire d’attaque Perle

Pour leur première escale dans un port, les auditeurs de la 4ème Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » se sont rendus à Toulon les 12 et 13 octobre, en pleine opération de sauvetage et d’antipollution à la suite d’une collision en mer entre deux navires. Ils ont ainsi pu suivre en temps réel ce que représente la mise en œuvre en mer des moyens des différentes administrations de l’État coordonnées par le préfet maritime, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri du CHE. Les auditeurs ont particulièrement apprécié avoir pu partager leurs réflexions avec des interlocuteurs au temps très compté par les circonstances.

La première matinée a été consacrée aux grands enjeux stratégiques de la France en Méditerranée, présentés par le contre-amiral Laurent HEMMER, adjoint territorial au préfet maritime. Après quoi les auditeurs se sont entretenus dans le cadre d’une table ronde avec les grands acteurs des opérations aéronavales en Méditerranée et de la mise en condition opérationnelle des forces aéromaritimes : les contre-amiraux Jean-Frédéric PLOEBNER, adjoint « opérations » du commandant en chef et Olivier LEBAS, commandant la force aéromaritime française de réaction rapide, le vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Rolland, commandant la force d’action navale et le capitaine de vaisseau Laurent Machard de Gramont, adjoint « entraînement-opérations » de l’amiral commandant la force maritime de l’aéronautique navale. Pour la plus grande satisfaction des auditeurs, les débats sur les nouveaux équipements français et de la gestion des équipages ont été d’une grande franchise.

Pendant la table ronde « Action de l’État en mer : risques, menaces et enjeux »

L’après-midi, dédiée à l’action de l’État en mer, débuta par une visite du Cross MED. Les auditeurs y furent accueillis par son commandant, l’administrateur en chef des affaires maritimes Philippe Michaud, et l’administrateur général des affaires maritimes Éric Levert, directeur interrégional de la mer. Les grands acteurs méditerranéens de l’action de l’État en mer, le commissaire général de la Marine Thierry Duchesne, adjoint du préfet maritime, Éric Levert, administrateur supérieur des Douanes, Max Ballarin, directeur régional des garde-côtes de Méditerranée et le colonel Jean-Guillaume Remy, commandant du groupement de Gendarmerie maritime de la Méditerranée se sont ensuite réunis autour d’une nouvelle table ronde. Les auditeurs ont ainsi découvert la complicité et la coopération qui lient ces acteurs, très satisfaits de la coordination exercée par le préfet maritime, notamment à l’occasion des opérations en cours.

Cette journée s’acheva par une plongée dans les abysses à travers une conférence de Frédéric Leroy, directeur adjoint du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drasm), consacrée à l’archéologie sous-marine. Les auditeurs mesurent mieux désormais, à quel point le « plus grand musée du monde » recèle des richesses à préserver, qui constituent parfois de véritables enjeux stratégiques et géopolitiques.

Sur la plate-forme hélicoptère de la frégate anti-aérienne Cassard

Le lendemain, les visites de la frégate antiaérienne Cassard et du sous-marin nucléaire d’attaque Perle ont permis d’aborder plus concrètement les concepts et théories abordés la veille. Les auditeurs ont été saisis à cette occasion, par l’enthousiasme, le professionnalisme et le niveau de responsabilité confiés à des marins dont la jeunesse les a surpris. Pour conclure ces journées, ils se sont finalement livrés aux études concoctées par la direction de l’IHEDN avant de rejoindre plein d’émotions fortes en tête leurs pénates.

Ethiopie : entre réformes démocratiques et problèmes internes

Le Premier ministre éthiopien Abiy AHMED.
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Le 5 octobre 2018, à Hawassa, dans le Sud du pays, Abiy AHMED a été réélu à la tête de la coalition au pouvoir en Ethiopie lors du 11ème congrès du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), au pouvoir depuis depuis 27 ans. Avec 176 voix sur 177, les grands électeurs des quatre partis politiques de la coalition ont réaffirmé leur confiance au Premier ministre, élu en avril.

Depuis son élection, le nouveau premier ministre éthiopien a affirmé sa volonté de réformer le pays. Ayant condamné publiquement les manquements démocratiques de ces dernières années, Abiy AHMED s’est attiré les foudres de sa coalition. En quelques mois, l’Ethiopie a procédé à la libération de milliers de prisonniers et de dissidents. Surtout, le pays a amorcé une réconciliation avec son voisin érythréen avec la réouverture des frontières à l’issue d’un conflit vieux de deux décennies. Alors que les dissensions internes font rage dans la coalition dont il fait partie, le Premier ministre a dévoilé sa nouvelle équipe. Pour la première fois, Addis-Abeba bénéficie d’un gouvernement paritaire. Abiy AHMED a d’ailleurs confié le portefeuille de la Défense à Aïsha MOHAMED, première femme ministre de la défense dans l’histoire du pays. De plus, ce nouveau gouvernement compte un ministère inédit : le ministère de la Paix, confié également à une femme, Muferiat KAMIL, présidant auparavant le Parlement. En annonçant les changements devant le Parlement, le Premier ministre a déclaré que le processus de réformes mis en place se poursuivrait dans le but de mettre un terme aux problèmes structurels et stratégiques ayant plongé le pays dans une situation inquiétante.

Toutefois, des violences meurtrières intercommunautaires sont venues ternir ces avancées. Plus d’un million de personnes ont été déplacées après des violents combats dans le Sud entre les Oromos, le groupe ethnique majoritaire en Ethiopie et les Gedeos, une minorité ethnique. Comptant 80 groupes ethniques, l’Ethiopie est familière aux guerres de clans et affrontements ethniques. Ces conflits sont aggravés par la pauvreté et la configuration de la politique éthiopienne. En effet, depuis 1991 et la chute de l’ancien président Mengistu HAILEMARIAM, la création de la coalition de l’EPRDF a entraîné une gouvernance fédérale des régions qui a nourri les sentiments ethno-nationalistes et affaibli l’unité nationale.

Abiy AHMED, conscient des problèmes que connait son pays, n’entend pas revenir sur l’Etat fédéral, « option privilégiée en Ethiopie » mais espère renforcer la démocratie.

Les élections générales doivent se tenir en 2020 et l’avenir de l’EPRDF est incertain. L’analyste politique Asnake KEFALE a déclaré : « Si l’EPRDF veut jouer un rôle important lors du scrutin de 2020, ses membres doivent rester unis malgré leurs différences ».

Un Brexit sans accord ? Un scénario possible

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Deux jours avant un sommet qui s’annonce décisif à Bruxelles, le président du Conseil européen Donald TUSK a déclaré : « L’hypothèse d’un Brexit sans accord est plus probable que jamais ».

Les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne butent, notamment sur la question irlandaise. L’Irlande du Nord faisant partie du Royaume-Uni et la République d’Irlande étant membre de l’Union européenne, la démarcation entre les deux pose un sérieux problème. Les unionistes nord-irlandais du parti du DUP tiennent à la promesse faite par leur alliée Theresa MAY de ne jamais entraver la circulation des biens entre Dublin et Belfast. Pour régler ce véritable casse-tête, l’UE a proposé à l’Irlande du Nord de rester dans sa sphère commerciale afin de ne pas créer de barrière douanière avec l’Irlande du Sud. Or, pour le DUP, porté par la voix de la ministre Arlene FOSTER, cette solution est inenvisageable puisqu’elle va créer une barrière avec le reste du Royaume-Uni, faisant des Irlandais du nord des citoyens de second rang. Une issue favorable pour les deux camps dans le cas du Brexit semble s’éloigner. Toutefois, Donald TUSK écrit que « nous devons rester optimistes et déterminés, car il y a de la bonne volonté à poursuivre ces discussions des deux côtés ».

Quant à la France, Nathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, affirme que Paris espère encore trouver un accord avec Londres, le pays s’étant tout de même préparé à l’échec des négociations. Et d’affirmer : « Nous demandons à Theresa MAY d’examiner l’offre faite par les 27. Nous pouvons avoir un Brexit en douceur ou un Brexit dur ».

Londres et Bruxelles tentent de ne pas réinstaurer une frontière entre les deux Irlande. Michel BARNIER, négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni a déclaré : « le conflit entre les protestants et les catholiques n’est pas si lointain (…). Je ne ferai rien qui fragiliserait le processus de paix. » Il a annoncé mardi 16 octobre vouloir « prendre le temps » concernant les négociations.

Si le délai des 15 jours n’est pas respecté, les négociations devront attendre le mois de février ou mars lors d’autres sommets européens programmés. Si aucun accord n’est trouvé au 29 mars 2019, il semblerait que les dizaines de milliards d’euros d’échanges entre le Royaume-Uni et l’UE seraient suspendus, provoquant une situation sans précédent à Londres comme à Bruxelles.

Ukraine : derrière le schisme religieux, le conflit russo-ukrainien

Le patriarche Filaret de l’église orthodoxe de Kiev s’est félicité, le 11 octobre lors d’une conférence de presse, de la décision du patriarche de Constantinople de mettre fin à la tutelle de la Russie sur son église.
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L’indépendance de l’Eglise orthodoxe ukrainienne a été reconnue jeudi 11 octobre 2018 par Bartholomée Ier, patriarche de Constantinople et incarnant la principale autorité spirituelle des 300 millions de chrétiens orthodoxes à travers le monde. A Istanbul, le Saint Synode a annulé un décret datant de 1686, stipulant la dépendance de l’Eglise ukrainienne sous l’autorité du patriarcat de Moscou, l’autre grande branche de l’orthodoxie mondiale.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les chrétiens orthodoxes du pays se partageaient entre le Patriarcat de Moscou et celui de Filaret DENISENKO, patriarche autoproclamé de l’Eglise orthodoxe ukrainienne qu’il a créée. Persécutées durant l’ère soviétique, les églises orthodoxes de Russie et d’Ukraine sont redevenues très influentes. Pays tiraillé entre l’orthodoxie russe et l’Occident catholique, Kiev est devenue une véritable poudrière religieuse à la chute du communisme.

Cette déclaration exprime le désir ukrainien de s’émanciper de la tutelle moscovite, le président ukrainien Petro POROCHENKO l’ayant d’ailleurs érigé en argument de campagne, qualifiant en juillet dernier l’Eglise relevant du Patriarcat de Moscou de « menace directe à la sécurité nationale ». Le patriarche Bartholomée a même remercié le président ukrainien dans ses efforts d’unir les chrétiens orthodoxes d’Ukraine.

Ce schisme religieux illustre le divorce entre les deux voisins slaves qui se livrent une guerre à l’Est de l’Ukraine. En Russie, le journal Komsomolskaya Pravda, décrit l’Eglise ukrainienne comme dirigée par des nationalistes et d’anciens collaborateurs nazis et estime que Constantinople s’est ingéré dans l’affaire russo-ukrainienne. Il explique d’ailleurs que Moscou devra en retour « acter la division irréconciliable entre les deux pôles de l’orthodoxie ». Vladimir Poutine et Cyrille de Moscou, patriarche, partagent une vision de l’orthodoxie où la civilisation russe est le ciment. Ce « ferment russe » doit se diffuser en Ukraine et en Biélorussie qui constituent selon eux et avec l’actuel Russie « la Sainte Russie ». A Kiev, Petro POROSHENKO, au micro de Radio Svoboda s’engager à garantir aux ukrainiens le libre-choix quant à leur église de rattachement et dénonce Moscou : « C’est la volonté du Kremlin de provoquer une guerre religieuse en Ukraine. »

En réponse à cette décision, le patriarche russe annonce lundi 15 octobre, la rupture de ses relations avec Constantinople. Le porte-parole de l’Eglise russe, Hilarion de Volokolamsk a déclaré : « Nous ne pourrons garder le contact avec cette Eglise, qui est en situation de schisme ».

Reste à savoir ce que deviendront les églises et les paroisses ukrainiennes, la moitié d’entre elles étant la propriété de Moscou, qui voit dans cette décision une trahison.

Invitation à la conférence - Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen

A l’occasion de l’inauguration de la 29ème session des SMHES, l’institut FMES vous convie à la conférence « Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen » donnée par le préfet maritime de la Méditerranée, le Vice-Amiral d’Escadre Charles Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE.

L’événement se tiendra dans l’amphithéâtre de la Maison du Numérique et de l’Innovation (Place Georges Pompidou, Toulon), à partir de 9 heures. Pour plus d’informations, veuillez nous contacter par courriel ou bien par téléphone au 04 94 05 55 55.

 

 

 

 

 

Syrie : les jihadistes d’Idleb veulent poursuivre le combat

 

Le groupe terroriste jihadiste Hayat Tahrir al-Cham en 2017.
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La province d’Idleb en Syrie a fait l’objet, en septembre 2018, d’un accord russo-turc. A Sotchi, le président turc Recep Tayyip ERDOGAN, soutenant la rébellion syrienne et son homologue russe Vladimir POUTINE, allié indéfectible de Bachar AL-ASSAD, se sont accordés sur la mise en place d’une zone démilitarisée et sous contrôle russo-turc à Idleb au 15 octobre 2018 ainsi que le retrait des armes lourdes. Cet accord aurait pour but d’éviter la « pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle », selon les mots de Marc LOWCOCK, secrétaire général adjoint de l’ONU.

Se situant dans le nord-ouest du pays et comptant en son sein près de 3 millions d’habitants, Idleb est le fief du groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) et représente le dernier territoire contrôlé par l’insurrection contre le pouvoir en place.

Tandis que certains groupes rebelles ont accepté de rendre leurs armes lourdes conformément à l’accord de Sotchi, Hayat Tahrir al-Cham, issu de l’ex-branche syrienne d’al-Qaïda et incarnant le groupe le plus important dans la région, a annoncé dimanche 14 octobre continuer le combat face au régime syrien. Dans le communiqué publié, les jihadistes s’expriment : « Nous n’abonnerons pas le choix du jihad et du combat pour réaliser les objectifs de notre révolution bénie, en premier lieu faire tomber le régime criminel ». Alors que le plan russo-turc prévoyait le retrait de la zone tampon des jihadistes pour que l’accord tienne, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) déclare qu’aucun retrait visible n’a été constaté de la part d’Hayat Tahrir Al-Cham.

En réponse, Walid MOUALLEM, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères syrien, a prévenu que « les forces syriennes se tiennent prêtes » en cas d’intervention.

De fait, le sort de la province d’Idleb semble incertain. Un assaut du régime syrien est envisageable en représailles, à l’heure où Idleb est contrôlée à plus de 60% par les jihadistes. Dans la nuit de samedi à dimanche, des tirs à l’arme lourde ayant causé la mort d’au moins deux soldats syriens ont été entendus et répertoriés par l’OSDH. David BEASLEY, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré que son agence se préparait à l’arrivée massive de réfugiés à la frontière turque.

Le risque d’un effondrement de l’accord russo-turc a ravivé les craintes parmi la population et les ONG et ébranle la région, déjà lourdement fragilisée.

Sommet tripartite Grèce-Egypte-Chypre

Poignée de mains entre Abdel Fattah AL-SISSI, Alexis TSIPRAS et Nikos ANASTASIADES durant le sommet tripartite Grèce-Chypre-Egypte, le 10 octobre
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Les présidents chypriote et égyptien, Nikos ANASTASIADES et Abdel Fattah AL-SISSI et le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS se sont réunis à Elounda, en Crète, le 10 octobre 2018, à l’occasion du 6ème sommet Grèce-Chypre-Egypte.

Dans le cadre de ce partenariat trilatéral et sur la base de valeurs et d’intérêts communs, les Etats ont réaffirmé leur volonté d’élargir et d’approfondir leurs relations dans divers domaines. Dans la déclaration commune publiée par le gouvernement chypriote, les chefs d’Etats et gouvernement affirment reconnaitre que « les principes directeurs du partenariat tripartite sont le respect du droit international et les principes consacrés par la Charte des Nations Unies ».

Lors de ce sommet qui a aussi permis des réunions bilatérales, les chefs des trois délégations se sont félicités des avancées depuis le dernier sommet à Nicosie et ont discuté des nombreux enjeux de la région. Parmi les sujets discutés, les questions liées à l’immigration, à la Libye, à la Syrie, au conflit israélo-palestinien ou encore à la pollution et au tourisme ont fait l’objet de débats. Cette coopération trilatérale ayant pour but de lutter contre le terrorisme international et instaurer une sécurité à long terme, préfigure un partenariat renforcé entre l’Union européenne et l’Egypte et précède le sommet UE-Ligue arabe qui se tiendra au début de l’année 2019.

En termes énergétiques, les défis sont nombreux pour l’avenir. Les trois Etats entendent promouvoir une coopération énergétique dans les domaines des hydrocarbures, de l’électricité et des énergies renouvelables. Le débat des énergies a suscité d’importantes discussions, en rapport avec la découverte et l’exploitation prochaine de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale qui sont « d’une importance vitale pour la stabilité de la région », la sécurité énergétique s’érigeant en « pierre angulaire de la coopération énergétique trilatérale ».

Les chefs d’Etats et de gouvernement réunis ont exprimé le souhait de renforcer leur coopération par le biais d’une série d’accords concernant l’exploitation et le transfert de gaz naturel, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Ils entendent du même fait « poursuivre rapidement les négociations sur la délimitation de leurs frontières maritimes communes », en appelant Ankara à cesser ses activités illégales dans la ZEE chypriote. Par ailleurs, les 3 Etats ont également affirmé leur soutien « indéfectible » aux efforts menés par la République de Chypre dans sa recherche d’une solution globale au regard du droit international, dans un contexte d’« occupation militaire illégale par la Turquie ».

En réponse, Ankara, le 12 octobre, par le biais du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hami AKSOY, se dit « consternée par les revendications injustifiées contre la Turquie ». En rappelant que les Chypriotes turcs sont copropriétaires de l’île, le pays accuse la partie grecque de l’île d’atrocités commises entre 1963 et 1974 et promet qu’il « continuera résolument de préserver ses droits et intérêts ». La Turquie fustige « ceux qui prennent des mesures au détriment des droits et intérêts légitimes de la République de Turquie et de la République turque de Chypre-Nord ».

La République turque de Chypre-Nord, indépendante depuis 1983 est un Etat non reconnu par la communauté internationale, à l’exception de la Turquie. La Conférence sur Chypre de juin 2017 n’ayant pas abouti « à un règlement durable, global et juste », le mandat des forces de l’ONU, présentes sur l’île depuis 1964, a été prolongé jusqu’au 31 janvier 2019.

L’ONU somme l’Algérie sur la question des migrants

Des migrants expulsés d’Algérie débarquant d’un bus dans le désert. Mai 2018.
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Dans un rapport publié à Niamey le 9 octobre 2018, Felipe GONZALEZ MORALES, rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme des migrants, a appelé l’Algérie à « cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains vers le Niger. A l’issue d’une mission menée au Niger du 1er au 8 octobre, il dénonce les traitement subis et les opérations de rapatriement forcé.

Des hommes d’origine subsaharienne vivant et travaillant en Algérie depuis des années sont également victimes de ce phénomène. Felipe GONZALEZ MORALES s’est indigné du sort des migrants qui « sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Emmenés dans des postes de police où ils sont « battus », selon les termes du rapporteur spécial de l’ONU, ils sont conduits vers la frontière du Niger en bus, où ils doivent marcher dans le désert afin de rejoindre la ville la plus proche.

En réponse, le gouvernement algérien, qui avait déjà réfuté les accusations de mauvais traitement en juillet, a rejeté mercredi 10 octobre « globalement et dans le détail les assertions » de Felipe GONZALEZ MORALES. Le ministère des affaires étrangères algérien, étonné des propos tenus par le rapporteur spécial onusien, considère que ce dernier « outrepasse les limites de son mandat » et « prend pour vérités les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal ». Demandant des explications au représentant de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) au Niger, Alger l’accuse dans le même temps de « devenir un vecteur de propagande alimentant et entretenant depuis des mois une campagne de désinformation contre l’Algérie. »

Si l’Algérie rappelle sa « lutte implacable contre la traite humaine et les réseaux de passeurs » dans le cadre de sa campagne contre le crime organisé transnational, elle affirme que les « opérations de reconduite aux frontières des migrants illégaux vont se poursuivre ». Et de rappeler qu’elles « se dérouleront dans le respect de la dignité des personnes » conformément à la loi algérienne et aux dispositions des conventions internationales.

Selon les chiffres officiels de l’OIM, Alger a expulsé 35 600 Nigériens depuis 2014 dont plus de 12 000 depuis le début de l’année 2018. De plus, plus de 8 000 personnes venus d’Afrique de l’Ouest ont été reconduits aux frontières. Face au sort réservé aux migrants en Algérie, l’OIM a critiqué à plusieurs reprises la politique menée par les autorités algériennes.

Tunisie : loi historique contre le racisme

L’Assemblée des représentants du peuple de Tunisie a voté mardi 9 octobre la loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
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Mardi 9 octobre 2018, les députés tunisiens ont adopté le projet de loi sur l’élimination de la discrimination raciale, approuvé par 125 voix des 131 présents. La Tunisie légifère pour condamner ces actes, dans un pays où la minorité noire tunisienne (descendante d’esclaves pour l’essentiel) et les étrangers subsahariens sont victimes de racisme.

Ce texte est une première en Tunisie où aucune loi ne condamne ni les actes ni les propos d’ordre raciste, dont souffre pourtant régulièrement la minorité du pays. Qu’il s’agisse de Tunisiens ou de résidents étrangers, ils représenteraient selon l’Association de défense des droits des Noirs, 15% de la population.

L’Assemblée des représentants du peuple, par cette décision, répond au problème soulevé depuis plusieurs années par la société civile tunisienne. Incitation à la haine, menaces racistes, diffusion et apologie du racisme, création ou participation à une organisation soutenant de façon et claire et répétitive les discriminations, sont autant d’actes réprimés par la loi. Cette dernière prévoit ainsi des peines pouvant aller d’un mois à trois ans d’emprisonnement et des amendes allant jusqu’à 3 000 dinars (1 000 euros) pour une personne physique et 15 000 pour une personne morale. Jamila KSIKSI, députée affiliée au parti islamiste Ennahdha, s’est félicitée de ce « tournant pour la Tunisie ». Issue de la minorité noire tunisienne, elle est l’une des figures de ce combat.

En ce jour historique salué par les députés, les associations antiracistes et la société, Messaoud ROMDHANI, responsable du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) a déclaré à l’AFP : « C’est un tournant très important dans l’histoire de la Tunisie, équivalent à l’abolition de l’esclavage ». En effet, la Tunisie se distingue par sa singularité dans le monde arabe et en est fière. Raouf EL MAY, député indépendant qui militait depuis 2016 pour l’adoption de ce texte l’explique : « La Tunisie a été le premier pays musulman à abolir l’esclavage, et nous sommes parmi les premier à avoir signé la convention des Nations unies en 1965 contre les discriminations raciales. Le vote d’aujourd’hui, c’est une évolution logique. »

Une Commission nationale de lutte contre les discriminations, désignée par le gouvernement, sera en charge du suivi et de l’exécution de la loi et devra remettre un rapport annuel aux autorités et au Parlement. L’enjeu dorénavant consiste pour Tunis à l’application de la loi qui nécessitera un travail à long terme devant inclure la minorité noire à la société tunisienne. Les associations s’accordent à dire que le respect doit se diffuser au travers de l’éducation.

Précurseur maghrébin en matière de droits humains loin devant ses voisins, le pays s’était illustré il y a quelques mois sur la question du droit des femmes, salué par la communauté internationale. Reste à savoir si cette loi sur la discrimination raciale s’élargira à toutes les formes de discriminations.

OTAN et Dialogue méditerranéen sur la question de la prolifération et le trafic illicite des armes

Session plénière de la Conférence sur les ALPC le 8 octobre.
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Les 8 et 9 octobre, au sein de son siège à Bruxelles, l’OTAN a reçu les experts en Armes légères et de petit calibre (ALPC, en anglais SALW Small arms and light weapons) des sept pays du groupe composant le Dialogue méditerranéen. Ce séminaire de deux jours est l’occasion de promouvoir une coopération régionale et bilatérale.

Lancé en 1994 par l’OTAN sur l’idée selon laquelle la sécurité en Europe découle d’une paix et d’une stabilité en Méditerranée, le Dialogue méditerranéen (DM) est un forum politique dont le but est de contribuer à la stabilité régionale en mettant en place une compréhension mutuelle entre les pays membres de l’Alliance atlantique et les partenaires dans le cadre de ce DM. Plus qu’une simple sphère de formation et de coopération, le Dialogue méditerranéen espère représenter un cadre « diplomatico-éducatif » permettant d’approfondir les relations politiques existantes. Cette initiative incarne l’adaptation de l’OTAN à l’environnement sécuritaire externe dans une atmosphère de recrudescence de la menace terroriste.

Processus évolutif en termes de membres et de contenu, le Dialogue méditerranéen intègre d’une part tous les Etats-membres de l’Alliance atlantique et de l’autre des Etats non-membres. En 1995, il comprenait 5 Etats issus de la rive sud de la Méditerranée : Egypte, Israël, Maroc, Mauritanie et Tunisie. En novembre 1995, la Jordanie y adhère et en 2000 c’est au tour de l’Algérie. A l’issue de la chute du régime KADHAFI, des réflexions se sont portées autour d’une potentielle adhésion libyenne. En termes de fonctionnement, le Dialogue se base sur une coopération bilatérale, dite OTAN+1 mais les réunions multilatérales permettent une configuration OTAN+7.

Le séminaire a permis de soulever les problèmes liés à la prolifération des armes légères et leur trafic illicite dans la région méditerranéenne. Au fil des années, l’OTAN a contribué à la destruction de plus de 600 000 armes légères et de petit calibre et de plus de 160 millions de cartouches, selon les informations relayées par Eirini LEMOS-MANIATI, directrice adjointe du Centre pour la maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive, lors d’une conférence de l’ONU à New York en juin 2018.

Face à l’ampleur du phénomène et dans un contexte marqué par les efforts internationaux, une coopération accrue entre les pays du DM et de l’OTAN a été envisagée mais les moyens octroyés n’ont pas été communiqués.