Séminaire toulonnais de la 32ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – la défense commence au large !

Mercator ! Projection cartographique de la Terre dite « cylindrique » tangente à l’équateur formalisée par le géographe flamand Gerardus Mercator en 1569, les cartes établies selon cette méthode sont toujours très utilisées notamment pour la navigation maritime même si l’utilisation de systèmes hybrides couplant les données géographiques des centrales inertielles aux références fournies par les satellites (Global Positioning System) s’est aujourd’hui généralisée. Mais il nous fallait absolument citer « Mercator » parce qu’au-delà du nom donné à une cartographie historiquement célèbre, il est aussi celui donné au plan stratégique de la Marine nationale. Rappelons que cette projection cartographique qui conserve les angles, permet lors du tracé d’une route de maintenir un cap constant. Une manière peut-être de rappeler que le plan stratégique fournit lui-aussi un cap clair pour les années à venir pour ceux qui ont choisi de servir la Marine nationale. Un cap tenu par l’Amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine nationale, qui tient solidement la barre avec des priorités à la hauteur des futures exigences opérationnelles. Les auditeurs de la 32ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques ont pu en faire le constat à l’occasion d’un séminaire consacré au fait maritime.

La base navale de Toulon, la plus importante installée en Europe, avait ouvert ses portes le jeudi 9 décembre pour illustrer concrètement les ambitions de la Marine nationale dans les réponses adressées à l’ensemble des fonctions stratégiques du ministère des armées. Connaître et anticiper, prévenir, dissuader, protéger et intervenir s’appuient sur des capacités presque toutes représentées ici sur les bords de la Méditerranée. Les 5 fonctions stratégiques qui garantissent la défense et la sécurité des Français partout dans le monde s’articulent dans une mécanique qui conjugue astucieusement la préparation au combat, l’engagement proprement dit dans un cadre national et multinational et la régénération des Hommes et des équipements. C’est un exercice évidemment délicat où les moyens restent comptés mais où l’expression de la puissance maritime se réalise au quotidien dans un environnement où les tensions multiformes exigent une posture opérationnelle extraordinairement robuste. Il faut à notre Marine pour tenir son rang un certain caractère d’assurance pour paraphraser le général de Gaulle. Cette assurance est indéniablement au rendez-vous. Nous y reviendrons plus tard dans ce mémo car le contre-amiral Jean-Emmanuel Roux de Luze, adjoint opérations à la préfecture maritime de la Méditerranée, et le capitaine de vaisseau Jean-Michel Pimbert, chef de cabinet du préfet maritime et du commandant en chef pour la Méditerranée, ont tenu à préciser à nos auditeurs les grands enjeux auxquels devront répondre les forces navales.

C’est tout d’abord l’ENSM (école de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire) qui a reçu les auditeurs de la 32ème SMHES pour leur présenter les outils de formations des équipages des sous-marins d’attaque ou nucléaires lanceur d’engins ainsi que ceux du porte-avions « Charles de Gaulle ». C’est plus de 500 personnes de tout grade qui passent dans une école dont la vocation est de satisfaire toutes les fonctions du bord pour les sous-marins et les volets plus spécifiques liées à la propulsion nucléaire pour le porte-avions. Les capitaines de corvette Christophe Teyant et Nicolas Jover ont permis aux auditeurs de visualiser la préparation des équipages à partir des différents outils de simulation. Cette école qui approche cent ans d’existence concrétise un savoir-faire unique acquis au fil du temps qui permet à la France d’occuper une place de premier rang parmi les marines disposant de composantes d’attaque, de renseignement et de dissuasion sous-marines nous hissant au plus haut niveau stratégique et tactique.

Pour compléter la visite des capacités des forces d’action navale, les auditeurs se sont rendus sur le porte-hélicoptères amphibie « Mistral ». Le capitaine de vaisseau Jocelyn Delrieu a ainsi illustré la polyvalence d’un outil de combat très largement utilisé pour la projection des forces au plus près des zones d’engagement opérationnel en conjuguant le débarquement d’unités et l’appui aéroterrestre à partir d’une plate-forme aéroportuaire dont la mobilité et la discrétion sont de précieux atouts tactiques.

Enfin, le contre-amiral Jean-Emmanuel Roux de Luze assisté du capitaine de vaisseau Jean-Michel Pimbert ont présenté la globalité des enjeux de défense et de sécurité pour la Marine nationale. Les messages transmis ont à la fois souligné la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, à la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance. N’oublions pas non plus l’action de l’Etat en mer, dans les mains du préfet maritime, qui caractérise le fait maritime du quotidien.  Ici, Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des Etats et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la Marine nationale tient historiquement toute sa place.

Au cours de ces très belles séquences, les auditeurs ont pu mesurer la cohérence et les axes fédérateurs qui permettront de faire face aux nouvelles exigences opérationnelles. Ils ont par ailleurs été séduit par l’enthousiasme des officiers de marine, officiers mariniers et marins légitimement fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Au terme de ces visites, les auditeurs de la 32ème SMHES sauront relayer à l’extérieur les grandes lignes structurantes du plan Mercator dont chaque Marin est dépositaire durant le parcours qu’il effectuera au sein d’une magnifique institution.  A n’en pas douter, cette visite de la base navale aura marqué les esprits.

Les auditeurs se sont ensuite retrouvés pour une présentation plus confidentielle réalisée par monsieur Denis Bertrand, lui-même auditeur de la session et responsable commercial chez THALES Defense Mission Systemsimplanté à Sophia-Antipolis. Au-delà de la présentation générale du groupe, l’intérêt porté sur les équipements embarqués, notamment dans le domaine acoustique, a suscité le très vif intérêt des auditeurs en précisant le rôle central des capacités de détection et de surveillance indispensables dans la mise œuvre des capacités navales. Notre auditeur s’est plié à cet exercice avec beaucoup de talent sachant capter la totale attention d’un auditoire fortement sollicité.

Pour clore cette journée particulièrement dense, les auditeurs ont suivi la conférence de monsieur Pierre Vermeren, professeur d’histoire à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne et spécialiste des sociétés arabes et berbères d’Afrique du Nord. Elle portait sur le thème d’une analyse réalisée dix ans après les Printemps arabes présentant un Maghreb plus que jamais fragmenté. Les auditeurs ont pu interroger l’intervenant en s’intéressant notamment aux effets de la crise pandémique en Afrique du Nord. Vous l’aurez compris, ce débat s’inscrivait en cohérence avec le thème d’étude de la session replongeant ainsi les auditeurs au cœur de leurs travaux dont les avancées sont significatives.

Au lendemain de ces visites de terrain, le séminaire devait consacrer un volet particulier à l’écosystème industriel très impliqué dans la filière navale. Ici, en Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, cet écosystème est dense et particulièrement performant. Nous avons fait le choix de faire découvrir à nos auditeurs un groupe presque centenaire et acteur dans la production d’équipements stratégiques. Il s’agit de la CNIM, ou entreprises de constructions navales et industrielles de la Méditerranée dit aujourd’hui de constructions industrielles de la Méditerranée. C’est monsieur Pierre Jérôme Acquaviva accompagné de monsieur Pierre Marage, deux anciens auditeurs des SMHES, qui ont réalisé une présentation complète soulignant les implications industrielles dans de multiples domaines tels que ceux de l’environnement, l’énergie mais aussi bien sûr ceux de la défense et des hautes technologies. La CNIM, c’est l’histoire d’une équipe qui concentre ses efforts sur l’innovation qui fait la différence et qui assoie cette crédibilité inaltérable dans le temps. Les technologies développées apparaissent précieuses pour ne pas dire stratégiques, notamment dans le domaine du nucléaire. La diversité des actions menées ouvre aussi de nouvelles perspectives. La CNIM est, pour faire court, une fierté du territoire ancrée à la ville de la Seyne-sur-mer qui en fut le berceau.

Ce rendez-vous fut suivi par l’intervention de l’administrateur de 1ère classe Louis Cougoureux pour les principales missions du centre régional opérationnel et de sauvetage en Méditerranée (CROSS Med). C’est ici aussi un volet de l’action de l’Etat en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduits par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Les auditeurs se sont ensuite consacrés à leurs travaux de comité pour préparer la séance de travail animé par monsieur Emmanuel Aragon, ancien auditeur de la 31ème SMHES et professeur à l’université de Toulon programmée le samedi matin.

Mais la première étape du samedi 11 décembre s’est d’abord déroulée au musée national de la Marine de Toulon. Il est installé depuis 1981 à côté de la tour de l’Horloge de l’arsenal dont il conserve la porte monumentale datée de 1738. Les auditeurs ont ainsi traversé l’histoire de la « Royale » et ont apprécié la découverte de multiples collections ainsi que les commentaires de madame Cristina Baron, administratrice de ce joyau mémoriel.

Enfin, au terme de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont donc consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront désormais en 2022. Avant l’heure, nous formons le vœu de ne pas renouer avec des modes composites pour les séminaires à venir compte tenu d’une nouvelle vague pandémique en cette fin d’année 2021. Quoi qu’il arrive, nous ferons face et proposerons des rendez-vous tout aussi riches et denses pour satisfaire les attentes légitimes de nos auditeurs. En attendant, l’équipe SMHES leur souhaite de très joyeuses fêtes de fin d’année ainsi qu’à ceux rencontrés à l’occasion de ce séminaire qui continueront de nous défendre au large…

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