Séminaire toulonnais de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) les 17 et 18 février 2021

Au moment où nous recevons les premières images de l’atterrissage du rover Perseverance sur mars, il était plus qu’opportun de s’intéresser au milieu aérospatial pour les auditeurs de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES). Evidemment, et ce n’est plus vraiment nouveau, le contexte sanitaire a induit des contraintes privilégiant un mode hybride dans le déroulement du séminaire. Ce mode conjuguait donc des présentations réalisées en visioconférence et des visites dynamiques.

La journée consacrée aux visioconférences s’est déroulée, le mercredi 17 février, à la maison numérique et de l’innovation de Toulon. Elle a permis de disposer d’une vision globale des grands enjeux du domaine aérospatial. Elle a également permis aux auditeurs de partager ensemble leurs réflexions sur leur thème d’étude. 

La journée du jeudi 18 février a, quant à elle, été consacrée aux visites dynamiques. Si la région Sud Provence-Alpes-Côte-d’Azur n’est pas l’Aerospace Valley telle que nous la connaissons à Toulouse, elle compte sur ses territoires des sites industriels où l’importance du domaine aérospatial est placée au premier rang des actions d’études et de production. Pour l’aéronautique avec Dassault et Airbus et pour le domaine spatial avec Thalès Alenia Space implanté sur les bords de la Méditerranée à Cannes La Bocca et, bien sûr, tout l’écosystème qui les accompagne. L’occasion était également donnée d’aller à la rencontre d’autres acteurs dont l’engagement dans l’innovation mérite d’être souligné. La visite de Thalès Systèmes Mission de Défense installé à Valbonne au cœur de la technopole de Sophia-Antipolis avec une expertise unique au monde dans la mise en œuvre de solutions de surveillance a bien mis en avant une expertise d’avant-garde. L’acoustique, les systèmes de drones embarqués, entre-autres, comptent parmi les équipements stratégiques de son secteur d’activités. Ce sont les équipements souverains dont ont besoin nos armées en particulier notre Marine nationale. Ces visites dynamiques ont permis de mesurer des savoir-faire d’exception.

Les visioconférences se sont déroulées en quatre temps. Trois temps consacrés aux questions aéronautiques et aérospatiales et un quatrième temps dédié au thème d’étude de la 31ème SMHES.  Le premier temps était centré sur le transport aérien avec une présentation très complète de monsieur Laurent Boisson du groupe Airbus. Si Toulouse reste une terre d’envol, le contexte sanitaire n’en a pas moins freiné certaines courses au décollage. La filière aéronautique figure en effet parmi celles les plus touchées par la crise du COVID 19. Une certaine imprévisibilité subsiste donc sur les délais permettant la reprise des activités de l’aviation commerciale. Toutes les mesures sont prises pour qu’elle se passe au mieux et que rien ne freine les études pour en accroître la performance. Le cap sur l’innovation est donc tenu. Le volet environnemental notamment avec la réduction des gaz à effet de serre est une priorité dans l’esprit des dispositions prises au niveau européen avec le « Green Deal », pacte visant à un environnement neutre en carbone[1] à l’horizon 2050.  Les technologies de nouvelle motorisation et une utilisation hybride de l’énergie constitue des cibles pour un renouvellement presque complet des flottes du transport aérien dans moins de vingt ans. Il ne faut pas non plus oublier les performances résultant des nouvelles technologies utilisées pour l’aérodynamique des avions actuels et futurs. Déjà aujourd’hui, un Airbus A350 n’a plus rien de commun avec les générations antérieures. Presque tout y est différent. Une structure en carbone conjuguant légèreté et résistance, un profil aérodynamique offrant un niveau de performance accru, des équipements satisfaisant la plupart des exigences des exploitants de toutes les compagnies aériennes et une motorisation réduisant drastiquement les coûts d’exploitation et s’inscrivant dans cette dynamique très volontariste de protection de l’environnement. Ce fut donc une présentation réaliste du transport aérien et des difficultés d’un écosystème très exposé à la concurrence et à la crise. Mais les auditeurs retiendront que tous les efforts sont entrepris pour faire face et relever les défis à venir confirmant d’ailleurs que l’innovation est un bel outil de relance et un formidable atout de résilience.

Le deuxième temps était centré sur les grands enjeux aérospatiaux. C’est le général de corps aérien Philippe Steininger qui s’est plié à cet exercice. Il a apporté aux auditeurs toutes les clés qu’il faut retenir du caractère stratégique des actions conduites par le centre national d’études spatiales. Il a notamment souligné ce subtil couplage entre la politique spatiale civile et le domaine relevant stricto sensu de la défense nationale. N’oublions pas que l’espace reste un champ d’investigations extraordinaires et qu’il est un outil de hiérarchisation des puissances. En la matière, l’Union européenne tient toute sa place et  l’Agence spatiale européenne figure parmi les acteurs de premier rang. Dans un monde connecté, son produit Galileo est d’ailleurs utilisé, au travers des applications mobiles, par plus de deux milliards d’utilisateurs.

Le CNES est aujourd’hui l’agence spatiale nationale la plus importante des pays de l’Union européenne. Il est un élément de souveraineté nationale qui permet à la France de couvrir un spectre très large de réponses aux besoins d’équipements d’observation, de surveillance ou de télécommunications.  Le centre est aussi partenaire de la NASA[2] dans la réalisation du rover Perseverance comme il l’avait été en installant l’instrument principal de la mission martienne américaine antérieure InSight. Enfin, une présentation des enjeux du segment spatial consacré à la défense démontre que dans ce domaine beaucoup d’évolutions sont envisagées à moyen-terme et qu’elles caractérisent bien les engagements pris par les puissances disposant des capacités d’accès à l’espace. La création récente en 2020 du commandement de l’espace qui sera installé à Toulouse et l’armée de l’air, devenue armée de l’air et de l’espace témoigne, s’il en était besoin, de toute l’importance accordée à l’espace exo atmosphérique.  Pour l’heure, c’est bien l’espace circumterrestre qui nous intéresse même si la compétition des grandes puissances spatiales pourrait aller bien au-delà…

Le troisième temps fut animé par Monsieur Denis Allard, directeur de l’établissement de Thalès Alenia Space Toulouse. La présentation complète des activités du groupe a souligné les principaux défis à relever. Ces activités imposent d’être très compétitif et de multiplier les offres répondant aux besoins rappelés précédemment dans les capacités de télécommunication civil ou militaire, d’observation de la terre et de recherche scientifique. Cette présentation allait d’une certaine manière préparer la visite dynamique du lendemain où les conditions de préparation des satellites seront exposées en détail. Une attention particulière a été portée à la présentation de l’innovation cluster. Ce fut l’occasiond’appréhender des mécanismes spécifiques favorisant l’innovation au sein des équipes. Elle apparaît ici aussi comme un facteur clé de la performance pour accroître la place du groupe dans les compétions qu’il mène sur un marché tendu.

Il était alors devenu temps de clore cette partition à quatre temps avec l’intervention de Madame Cristina d’Alessandro. Géographe, elle est une vraie spécialiste des questions environnementales et s’exprime dans de très nombreuses écoles ou universités prestigieuses en France et à l’étranger, notamment au Canada et au Kenya. Elle est donc revenue sur le cœur du sujet relatif aux conséquences des enjeux environnementaux en Méditerranée. Son approche multiscalaire propre à la discipline du géographe permet d’étudier les conséquences de ces enjeux environnementaux dans une dimension globale sous le prisme des facteurs économiques, sociétaux, interétatiques et environnemental bien sûr.  Cette approche globale fut étayée par de nombreuses références bibliographiques très utiles aux travaux des auditeurs.  Cette intervention très rigoureuse a donc permis de lancer une séquence de travaux de comité permettant aux auditeurs de se retrouver. 

Le lendemain, le jeudi 18 février, la place fut exclusivement réservée aux visites dynamiques. La 31ème SMHES a donc été scindée en deux groupes pour visiter alternativement les sites de Thalès Alenia Space à Cannes La Bocca et Thalès Systèmes de Mission de Défense (SMD) à Valbonne. Rien ne peut remplacer ces visites de terrain au contact direct des responsables qui partagent avec une légitime fierté les actions conduites par leurs services ou département. Nous ne pouvons que saluer les dispositions prises par les directions des sites pour autoriser de telles visites. Elles illustrent les présentations faites la veille et accroissent leurs portées tant les savoir-faire mis en avant sont exceptionnels. Nous remercions donc respectivement monsieur Pierre Lipsky, directeur d’établissement de Thalès Alenia Space et monsieur Iann Le Bris directeur de département chez Thalès SMD d’avoir accueilli les auditeurs de la session. Avec leurs collaborateurs, ils ont donné au mode hybride de ce séminaire un éclat inaccessible par d’autres voies. 

Finalement, ce mode hybride du séminaire du mois de février a non seulement maintenu la dynamique qui s’impose au sein du groupe d’auditeurs mais il aura mis en exergue les liens qui existent depuis longtemps entre Toulouse et les territoires méditerranéens. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur tient donc toute sa place dans les technologies de pointe et participe à sa façon, aux côtés de l’Occitanie, à l’envol de programmes qui font notre fierté nationale. Pour la suite, les auditeurs de la 31ème SMHES gardent le cap…


[1] L’aviation commerciale représente 2% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire

[2] NASA : National Aeronautics and Space Administration