Séminaire toulonnais de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – la défense commence au large !

Il fallait absolument se retrouver ! Évidemment, les solutions digitales sont une réponse acceptable à la poursuite des travaux de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Le séminaire du mois de novembre l’a bien démontré. Mais nous avons fait le choix de nous réunir pour ce séminaire consacré au fait maritime au bord de la Méditerranée.  Le ciel, lui-même, semblait manifester sa colère face aux remous permanents de cette crise sanitaire. Ce fut malgré tout le bon choix. Les auditeurs étaient ravis de se retrouver ensemble d’une part pour vivre un rendez-vous plus dynamique et en format de comité d’autre part pour conduire leurs travaux. Et ces travaux avancent ! Vous seriez même peut-être surpris par la rigueur et la discipline avec lesquelles les choses ont été prises en main. La volonté affichée n’est pas de décliner de façon exhaustive tous les paramètres environnementaux qui conditionneront directement ou indirectement les évolutions géopolitiques du bassin méditerranéen mais bien de proposer des scenarii. Chaque scénario sera décliné sous le prisme géopolitique dans une temporalité prenant en compte les effets d’influence sur les rapports entre les États en Méditerranée. Car ces effets ne sont pas immédiats. Et il faut parfois du temps, beaucoup de temps.  Les intervenants sollicités au cours des deux premiers séminaires ont rappelé quelques fondamentaux associés à l’environnement.  Un constat s’est immédiatement imposé, le domaine est vaste et ce thème d’étude est difficile si l’on veut éviter le risque d’une approche vulgarisée comme c’est souvent le cas lorsque l’on parle d’environnement. Les auditeurs s’attellent donc à construire une analyse fouillée en prenant en l’état les paramètres actuels, en mesurant leurs incidences éventuelles dans le temps sur le fonctionnement des États et les éventuelles frictions induites entre les États du pourtour méditerranéen et en proposant une analyse plus prospective sur le moyen et long-terme.

 

Mais ce séminaire était avant tout consacré au fait maritime. Il était donc légitime d’aller à la rencontre des acteurs dont le rôle au sein de la filière est stratégique. Au regard du contexte, au lieu de nous rendre sur les sites varois fermés au public, nous avons fait venir à nous deux intervenants de Naval Group. Il était en effet très important que nos auditeurs puissent apprécier les défis que s’apprête à relever un groupe industriel majeur pour notre outil de défense et en particulier pour notre marine nationale. La présentation de monsieur Nicolas Ciaravola, directeur des axes fédérateurs de recherche et développement et des expérimentations, a souligné l’importance des enjeux. Il a permis d’appréhender les différentes facettes préparant les grands programmes d’armement. Dans un monde très évolutif, il faut naturellement s’assurer de pouvoir intégrer les évolutions technologiques tout au long du cycle de vie d’un équipement. L’équipement dont nous parlons est sur les tables de bureaux d’études aujourd’hui. Il sera en service opérationnel en 2035. Nous devons donc imaginer les meilleures technologies à cet horizon et faire en sorte que cet équipement puisse en recevoir de nouvelles que nous ne connaissons pas encore ! Car il sera toujours en service trente ans plus tard ! Il faudra aussi prendre en compte les nouveaux champs d’actions dans l’espace électromagnétique et numérique. Il faudra enfin définir précisément le rôle et la place de l’homme dans la mise en œuvre de systèmes de plus en plus « autonomes » et donc repenser l’interaction homme-machine. L’accélération du développement des nouvelles technologies, notamment numériques, nous rend aussi plus vulnérable. L’occasion était donc donnée à monsieur Pascal Mercier, responsable du CERT de Naval Group, de nous présenter les risques pesant sur les équipements militaires et notamment leurs systèmes numériques. A partir de cas concrets, il a montré toute l’importance de se protéger face à la multiplication des attaques cybernétiques. Cette matinée du jeudi 10 décembre a permis aux auditeurs de découvrir ou d’approfondir leurs connaissances sur un pilier stratégique de notre défense et de notre sécurité.

En ce début d’après-midi du jeudi 10 décembre, le rendez-vous était pris avec madame Anne-France Mattlet, administrateur des affaires maritimes venue présenter aux auditeurs de la 31ème SMHES les principales missions du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée (CROSS). C’est une première approche de l’action de l’État en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduit par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Au terme de cette présentation, monsieur Didier Leandri de  l’université de Toulon est intervenu au profit des auditeurs sur les objectifs de la session sous l’angle universitaire. Ce lien avec l’université de Toulon est très précieux car, avec l’institut des hautes études de la défense nationale, il donne à nos sessions méditerranéennes une empreinte de notre territoire et de notre région à un parcours académique largement reconnu à l’extérieur aujourd’hui. D’autres rendez-vous seront programmés tout au long de la session pour accompagner les auditeurs dans la conduite de leurs travaux.  

En fin de journée, ce fut au tour de monsieur Nicolas Mazzucchi, docteur en géographie économique, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, d’intervenir sur les différentes approches de la transition énergétique dans le bassin méditerranéen. C’est un axe particulièrement intéressant car si certaines tendances lourdes se dégagent en Méditerranée pour la production énergétique, il faut à l’évidence mesurer leurs incidences géopolitiques dans le bassin méditerranéen. Une tension perceptible en Méditerranée orientale souligne d’ailleurs que la course à l’énergie mobilise les puissances parmi les plus importantes mais aussi parmi celles qui entendent tenir leur place au niveau régional. L’énergie et l’environnement sont liés ! Les auditeurs sauront intégrer les éléments nécessaires à leurs travaux. Ils ont été séduits par l’enthousiasme de leur conférencier. Cette conférence très attendue était d’ailleurs ouverte à tous ceux qui étaient inscrits en ligne sur le site de l’institut FMES. Les participants n’ont pas regretté ce moment d’échange avec un spécialiste des questions énergétiques que nous avons le plaisir d’avoir régulièrement à nos côtés.

Le vendredi 11 décembre a scellé notre retour sur les questions maritimes. C’était donc au tour de la Marine nationale d’accueillir une nouvelle fois les auditeurs de la 31ème SMHES. Il faut ici saluer l’organisation de cette visite dans le contexte difficile que nous ne cessons de rappeler. Ce fut un rendez-vous remarquable. Certes, une déclinaison un peu dégradée par rapport à nos sessions antérieures mais une séquence remarquable tout de même. La défense commence au large ! C’est le slogan retenu. Notre auditeur, le capitaine de vaisseau Max Blanchard, a réalisé une très belle prestation en présentant la marine nationale. L’interaction avec les auditeurs de la session a été facilitée dans un échange libre en énonçant les enjeux et les défis à relever. Il a parfaitement mis en exergue la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance de notre marine nationale. Cette séquence a été suivie d’une présentation très complète de l’action de l’État en mer, réalisée par l’administrateur en chef de 1ère classe Dominique Dubois. C’est ici le fait maritime au quotidien ! Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des États et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la marine nationale tient historiquement toute sa place.

Les visites qui ont suivi, à quai, du chasseur de mines l’Orion et de la frégate « Surcouf » de la classe La Fayette ont une nouvelle fois confirmé l’enthousiasme des commandants de bâtiment fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Ils peuvent être rassurés car leurs messages seront subtilement distillés à l’extérieur.

A l’issue de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront donc en 2021. Nous formons le vœu d’être confrontés à un environnement moins hostile aux visites dynamiques et aux rencontres. Car nous ressentons tous le besoin d’être au contact après une année marquée par la distanciation sous toutes ses formes.  En tout cas, l’état d’avancement de la 31ème SMHES augure de très belles choses à venir. Pour l’heure, nous souhaitons de très joyeuses fêtes de fin d’année à nos auditeurs et ceux qui les accompagnent. Cette séquence maritime nous invite bien sûr à penser à ceux qui ont choisi de nous défendre au large…

 

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