Séminaire de rentrée pour la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Par le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des Sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques.

C’est donc le jour même de la cérémonie d’anniversaire des 30 ans de l’institut FMES qu’était lancée la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES). C’est donc un bon début ! Les auditeurs se sont retrouvés le mercredi 14 octobre en soirée à la maison d’hôtes du CEA de Cadarache.  Cette première rencontre des auditeurs leur a permis de faire mieux connaissance et de découvrir les grands enjeux de la session. L’institut FMES leur a également été présenté avec les multiples actions réalisées dans le champ académique et celui de l’appui à l’économie de défense. Le directeur général, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, a tenu à faire le déplacement pour aller à la rencontre de cette très belle promotion. Elle se caractérise par une très grande diversité d’origines et de parcours de nos auditeurs. C’est incontestablement une formidable richesse. « La beauté d’un tapis ne vient-elle pas de la diversité de ses couleurs ? » comme le rappelait un auditeur de la session au cours des échanges de la soirée.

Le vice amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut FMES et le général de corps aérien (2s) Patrick Lefebvre, directeur des SMHES

Après la présentation complète du programme de la session, les auditeurs ont poursuivi leurs échanges au cours d’un dîner d’accueil. Ce moment de convivialité, réalisé dans le respect des gestes barrières, est particulièrement important pour créer un « esprit promotion » essentiel à la cohésion du groupe. En première analyse, cet esprit a pris forme et ne demande qu’à se consolider au fil du temps.  Il conditionne, pour une large part, le succès des travaux conduits par les auditeurs.

A l’heure où la population mondiale et les besoins en énergie sont croissants, les ressources en énergies fossiles s’épuisent. Celles de la fusion demeurent disponibles pour des millions d’années. Avec un thème d’étude portant sur les conséquences géopolitiques des enjeux environnementaux en Méditerranée, voici donc une belle entrée en matière pour les auditeurs de la session avec la visite de l’institut de recherche sur la fusion par confinement magnétique (IRFM) du Commissariat à l’énergie atomique le jeudi 15 octobre tout au long de la matinée. Car cette énergie de fusion respecte l’environnement et n’émet ni monoxyde de carbone et ne dégage qu’un gaz inoffensif et inerte, l’hélium.

C’est sans doute un élément parmi d’autres dans les analyses conduites par cette session. Mais cette prospective technologique doit être appréhendée à sa juste place et démontre le poids de son interdépendance à la réflexion stratégique et géopolitique. Les auditeurs ont donc particulièrement apprécié de pouvoir partager avec des experts scientifiques la portée de ce phénomène. Ils ont constaté la passion qui les animait. Ils ont pu mesurer toute l’importance du développement d’un champ magnétique intense nécessaire à la fusion à partir de bobines supraconductrices confinant le plasma où s’opère la fusion dans un tokamak[1].

Cette recherche fondamentale précède un objectif concret de mise en œuvre avec un démonstrateur développé en coopération multinationale. Il s’agit d’ITER où le « chemin » en latin sans oublier qu’initialement l’acronyme décrivait une action internationale dans le domaine thermonucléaire (International Thermonuclear Experimental Reactor), acronyme moins séduisant dans sa portée  environnementale.

La suite de la visite a donc été consacrée au chantier ITER.  Ce projet de réacteur de recherche à fusion nucléaire est une exception mondiale. 35 pays participent à la mise en œuvre de ce laboratoire avec pour simplifier, parmi les principaux, les Etats-membres de l’Union européenne, la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon et la Russie. La fusion par compression magnétique… Un premier rendez-vous est donné en 2025 pour cette démonstration. Cela confirmera qu’il est possible d’accéder à une source naturelle d’énergie, celle qui alimente les étoiles et le soleil synthétisée en anglais par « bringing the sun to earth ». Le réacteur, dans sa version productive, est pour plus tard vers 2050.

Christophe Ramu, directeur de la division sécurité, santé, sûreté à ITER

A l’issue de cette présentation et visite exceptionnelles, les auditeurs se sont présentés en exprimant leurs attentes relatives à ce cycle de formation académique. Elles sont convergentes et démontrent une volonté partagée d’accorder du temps à la réflexion. Elle démontre aussi cette volonté de prendre le temps d’écouter les autres et de découvrir des secteurs d’activité éloignés de leurs préoccupations courantes. Dans un environnement où chacun est pris dans une spirale où le rythme ne permet pas toujours de s’accorder cet espace de liberté, les séminaires des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques offrent cette parenthèse. C’est une parenthèse indispensable pour les décideurs.  

Les auditeurs en visite à ITER

Dès le lendemain, le vendredi 16 octobre, les auditeurs allaient apprécier un autre rendez-vous, celui programmé avec l’armée de l’air. Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), allait leur exposer les défis de l’arme aérienne au 21ème siècle. Dans un exposé particulièrement riche et précis, il a su souligner le rôle crucial de l’armée de l’air et de l’espace dans le cadre des opérations militaires proprement dites et dans celui assurant la sûreté aérienne de la métropole et des outre-mer.  Il a su également souligner l’évolution des formes de conflictualité et de l’évolution des risques militaires dans un monde où les équilibres de puissance ont brutalement changé.

Au terme de cette présentation et des échanges très directs avec les auditeurs, le colonel David Marty a présenté la base aérienne 125 « Charles Monier » d’Istres. C’est une base aérienne qui n’a pas d’équivalent en métropole en étant un véritable tremplin de projection de nos forces armées où sont regroupées les capacités concourant à l’ensemble des fonctions stratégiques. Nous noterons au passage l’intérêt des auditeurs pour la fonction de dissuasion. Le colonel David Marty, en connaisseur averti de ce domaine, se tient d’ailleurs prêt à l’approfondir et nous l’en remercions.   

Le général de division aérienne Louis Pena, chef d’état-major du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) et le colonel David Marty, commandant de la base 125 d’Istres.

La visite dynamique a obtenu le même succès. Elle a permis d’aller au contact des opérateurs et équipages. Elle a permis aussi de découvrir le nouvel avion ravitailleur stratégique Phénix, véritable Game Changer pour les forces aériennes. Il faut comprendre ainsi le rôle polyvalent de ce nouveau vecteur qui élargit d’emblée le spectre d’actions dans la nature des opérations aériennes qu’il peut conduire.

Le MRTT surla base 125

La 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques devait conclure ce rendez-vous avec l’arme aérienne à Salon de Provence sur le site de l’école de l’air. Evidemment, ce fut pour moi un retour sur des terres familières. Nos grandes écoles militaires quelles qu’elles soient nous laissent toujours une empreinte indélébile aux officiers qui y ont fait leurs premiers pas . En entrant dans l’amphithéâtre Marin la Meslée, une solennité naturelle s’est imposée avec les auditeurs accompagnés des officiers élèves de l’école de l’air pour assister à une conférence consacrée à leur thème d’étude. Pour mémoire, il est utile de rappeler que le commandant Edmond Marin la Meslée fut l’un des as les plus titrés de la campagne de France mort en service aérien commandé le 4 février 1945. C’est donc dans cet amphithéâtre magnifique que Madame Julia Tasse, directrice de recherche à l’institut des relations internationales et stratégiques, a proposé à un très bel auditoire son intervention sur les grands enjeux environnementaux. Le cadre est ainsi fixé et offre un champ d’investigations considérable pour ce qui concerne les conséquences géopolitiques à l’échelle du monde et à celle de la Méditerranée.  

Julia Tasse durant sa conférence à l’Ecole de l’air

Au terme de cette conférence de lancement de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques, les auditeurs ont rallié Toulon. Le samedi 17 octobre en matinée, deux interventions visaient à livrer quelques clés aux auditeurs pour les placer dans les conditions les plus favorables à l’exécution de leurs travaux. Ainsi, successivement messieurs Pierre Razoux, directeur académique et de la recherche de l’institut FMES et Didier Leandri, professeur des universités, leur ont proposé les approches possibles et les pièges à éviter face à cet exercice toujours délicat.  Les auditeurs savent en effet qu’au terme des neuf séminaires, ils auront à produire collectivement un mémoire suggérant les pistes possibles relatives à leur thème d’étude. C’est un défi. Mais à n’en pas douter, en les observant au cours de ce premier séminaire, ce défi est accessible et ils sauront le relever.

Rendez-vous au mois de novembre à Paris pour poursuivre cette formidable aventure !  


[1] Tokamak : TOroïdalnaïa KAmeras MAgnitnymi – chambre toroïdale avec bobines magnétiques