Séminaire à Bruxelles de la 32ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Ce rendez-vous est désormais traditionnel pour les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Il marque un temps fort du parcours des auditeurs en poursuivant leur rencontre avec les grands acteurs nationaux et européens en charge de la défense et de la sécurité. C’est aussi pour eux l’occasion d’approfondir leur recherche consacrée au thème d’étude de la session relatif aux conséquences géopolitiques de la crise du COVID 19 en Méditerranée. Cette fois-ci, le déplacement de Bruxelles s’inscrit dans un contexte où la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne à un moment où les turbulences en Europe sont nombreuses. Elles résultent bien sûr des conséquences de la pandémie du COVID mais aussi des tensions aux portes de l’Ukraine avec une relation bilatérale russo-ukrainienne très complexe notamment au sujet de la province du Donbass. L’occasion était donc donnée d’apprécier les grands enjeux auxquels sont confrontées nos organisations européennes et transatlantiques.  Pour prolonger les analyses de ces séminaires consacrés à la rencontre des centres de décision nationaux ou internationaux, nul doute qu’une rencontre avec les différents organismes des Nations unies s’impose pour offrir aux auditeurs un panorama complet des actions réalisées par la communauté internationale. Cette rencontre est d’ores et déjà programmée avant l’été presque à la veille de la clôture de cette 32ème session.

Les auditeurs constateront, au cours de ce séjour d’étude à Bruxelles, que la redéfinition de l’équilibre des puissances est plus que jamais d’actualité. Ils vérifieront aussi, qu’au-delà des intentions de l’Union européenne, c’est avant tout l’engagement résolu des Etats membres qui fait la différence. Les récentes publications de l’institut FMES de l’année 2021 corroborent ce constat et soulignent les grands défis de l’année 2022 qui prolongent d’ailleurs ceux de l’année écoulée avec probablement un accroissement des risques. L’expression des puissances est donc au cœur des préoccupations de toutes les organisations qu’ils s’agissent de celle de la Russie, de la Chine, des Etats-Unis ou des puissances régionales, en particulier sur les bords de la Méditerranée et au Moyen-Orient. Les étapes de ce séjour bruxellois ont indéniablement répondu aux attentes des auditeurs de cette 32ème session qui expriment toujours une forte attente en matière de culture géopolitique.

La matinée du mercredi 2 février était réservée à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. Le général de brigade aérienne Nicolas Chambaz avait tenu à faire le déplacement lui-même pour présenter les grands dossiers de l’Union européenne en matière de défense et de sécurité. Il est le principal adjoint de notre représentant militaire auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, le Vice-amiral d’escadre Henri Schricke.

Après la débâcle occidentale en Afghanistan, le Haut représentant de l’Union européenne, Josep Borrell, appuie avec plus de force encore l’idée d’une autonomie stratégique européenne, en complément de l’OTAN. Dans les faits, ce retrait accéléré des forces et des ressortissants a souligné la vulnérabilité à laquelle l’Europe est exposée. Plus que l’idée de créer une force de réaction rapide, c’est bien une réflexion plus large qu’il faut conduire, une réflexion de dimension politique, stratégique et presque culturelle tant il est temps de prendre conscience du monde dans lequel nous vivons. Au-delà de ce constat, les auditeurs ont pu mesurer ce débat permanent au sujet de la place de l ’Europe dans la réponse aux exigences de sécurité collective où l’OTAN réaffirme plus que jamais son rôle déterminant. Si le constat est clair, les réponses européennes semblent complexes même si l’Europe semble vouloir assumer plus de responsabilités à l’extérieur de son espace. Cela est particulièrement visible dans ce qu’il est communément appelé les missions non exécutives telles que les missions de formation réalisées au Mozambique, en République centrafricaine ou au Mali.    

En tout état de cause, c’est la boussole stratégique européenne (Strategic Compass) qui devrait permettre d’élaborer une stratégie globale de l’Union européenne en matière de sécurité et de défense à l’horizon 2030. Cette stratégie devrait souligner les paramètres clés tels que la gestion de crise, le développement capacitaire et les partenariats ainsi que la résilience de l’ensemble des membres de l’UE. Cette résilience nous renvoie aux effets de la pandémie mondiale du COVID 19 qui a démontré que cette notion s’impose désormais dans nos sociétés pour poursuivre des activités normales dans un contexte très perturbé.  Au terme de cette présentation complète, les auditeurs ont ainsi perçu les principaux enjeux de l’Union européenne.

Cette présentation fut suivie par celle du contre-amiral Paul Massart au sujet de l’organisation de l’Atlantique Nord. Evidemment, dans le contexte de crise de la Russie avec l’Ukraine, l’OTAN tient une place singulière et constitue un inévitable sujet de tension entre la Russie et les Alliés occidentaux. Il constitue par ailleurs un point de friction extrêmement sensible entre la Russie et les Etats-Unis. C’est en somme une nouvelle affirmation de la confrontation des puissances comme nous l’avions connu par le passé. C’est aussi sans doute la confirmation de la place centrale de l’OTAN dans sa mission de sécurité collective pour ses membres. Une façon peut-être de confirmer que l’Alliance Atlantique est la plus solide et la plus réussie des alliances de l’Histoire.

Dans un propos libre et ouvert, le contre-amiral Paul Massart donnera de solides clés de compréhension aux auditeurs de la 32ème session. Il présentera, pour être complet, les nombreuses structures implantées en Europe dont dispose cette organisation pour conduire ses opérations, à commencer par le SHAPE (Supreme Heardquarters Allied Powers Europe) ainsi que les Joint Force Command à Naples et Brunssum pour les états-majors interarmées et Northwood, Ramstein ou Izmir pour les états-majors de composantes maritimes, aériennes et terrestres ; une organisation éprouvée et rôdée au fil du temps depuis les lendemains de la Seconde guerre mondiale.

Au terme de cette rencontre avec nos représentants militaires, une séquence ciblée sur le thème d’étude était programmée à la commission européenne. Elle a permis de mieux appréhender le rôle de la commission, organe exécutif de l’Union européenne, vis-à-vis des représentations nationales au sein du conseil de l’Europe et du parlement européen qui se partage le pouvoir législatif.

La première intervention était relative à l’aide apportée par l’Union européenne aux pays du Sud dans la lutte contre le COVID 19. C’est madame Virginie Battu-Henrikssen qui s’est livrée à cette exercice en abordant les différentes approches permettant de coordonner cette aide. A ce titre, elle nous suggère de consulter les conclusions du conseil en date du 8 juin 2020.  Ce rapport très complet permettra aux auditeurs de disposer de tous les détails dont ils auront besoin pour alimenter les travaux qu’ils conduisent dans le cadre de leur thème d’étude. Spécialiste de la communication à la direction générale des partenariats internationaux, elle a aussi souligné les vulnérabilités de ce domaine, là où la Russie et la Chine ont exercé une forte influence dans l’aide apportée aux pays du Sud. La stratégie d’influence des puissances s’exerce partout dans l’esprit des guerres hors limite décrites par Qiao Liang et Wang Xiangsui.

La seconde intervention concernait la notion d’indépendance de production pharmaceutique de l’Union européenne. Cette notion nous renvoie à l’autonomie stratégique et à la nécessité pour l’Europe de mieux structurer ses écosystèmes industriels dans une logique facilitant la résilience des Etats. C’est monsieur Jean-Marie Avezou qui a réalisé une intervention très complète sur ce sujet sensible. Ce sujet couvre d’ailleurs un très large spectre intégrant les grands enjeux soutenus au niveau européen dans les transitions numériques et écologiques. Il a notamment rappelé la création récente en septembre 2021 de l’agence HERA (Health Emergency and Response Authority) une agence sanitaire dont la vocation sera de prévenir, détecter et contrer au plus vite les prochaines pandémies. Enfin, face à cette crise, l’Europe, au-delà des Task Force mises en œuvre pour la production industrielle, a pu établir la criticité de certains domaines de production. Au bilan, il semblerait que l’Europe conserve une relative indépendance dans ce domaine à l’échelle de son marché. L’autonomie ne nie pas certaines dépendances avec lesquelles il faudra sans doute composer. Ce dossier méritera d’être suivi…

La journée du jeudi 3 février était une nouvelle fois consacrée à la dimension sécuritaire de la politique européenne portée le service européen pour l’action extérieure (SEAE). Ce Service, organe diplomatique institutionnel de l’Union européenne placé sous l’autorité du Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, est la voix de l’Europe à Bruxelles et à l’extérieur. Le directeur de l’état-major de l’Union européenne, le général Bart Laurent, accueille personnellement les auditeurs des sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques. Il n’a pas dérogé à cette règle pour la 32ème SMHES.

Près de 5000 personnes, militaires et civils sont déployées pour des opérations ou des missions extérieures, au Mali, en République Centrafricaine, au Mozambique, en Somalie et au Kosovo avec l’opération EUFOR Althéa réalisée selon les accords dits de Berlin plus. Au-delà des opérations emblématiques européennes telles que l’opération de lutte contre la piraterie en Océan indien Atalanta, la dernière opération lancée en Méditerranée a été présentée aux auditeurs. Il s’agit de l’opération EUNAVFOR Irini dont la vocation est d’imposer un embargo sur les armes à la Libye. Ce rendez-vous a indéniablement permis aux auditeurs de mesurer les défis qui s’imposent à l’Europe, notamment dans la mise en avant d’une défense européenne dans laquelle la plupart des Etats sont aussi membres de l’OTAN. Elle leur a aussi permis de présenter un point d’avancement de leurs travaux aux officiers de l’état-major. Cette rencontre désormais traditionnelle est précieuse et indispensable dans le déroulement du parcours des auditeurs.

Cette séquence s’est logiquement poursuivie au SEAE dans une dimension plus politique consacrée à plusieurs thématiques. Elles étaient relatives aux rôles et priorités de ce service ainsi qu’au nouvel agenda pour la Méditerranée. C’est monsieur Jean-François Cautain, conseiller principal du directeur de l’approche intégrée pour la sécurité et la paix, qui a abordé le premier volet et madame Cristina Famea et monsieur Julien Wallerand le second. Qu’il s’agisse des nouvelles approches européennes au profit de la Méditerranée, de la stratégie d’influence à mettre en œuvre ou de la feuille de route de ce nouvel agenda, l’Europe sera bien au défi pour reprendre le titre d’une édition 2021 des perspectives stratégiques de l’institut FMES.  La Méditerranée, quant à Elle, reste très exposée à des risques multiples dont ceux induits par cette crise sanitaire sans précédent. 

Ce séminaire bruxellois marquera les esprits tant il fut riche et dense. Il aura aussi permis aux auditeurs de profiter de la ville de Bruxelles plutôt calme avec des règles sanitaires assouplies mais présentes et une météorologie capricieuse conforme à la saison. Enfin, ces rencontres nourrissent la réflexion pour avancer les travaux de la 32ème SMHES. Ce séminaire permet aussi de mesurer qu’il n’y a pas de leadership sans prise de risque comme le soulignait si justement Martin Gray. Dans cette période particulièrement tendue, pour faire face aux risques multiformes auxquels est confronté l’Europe, cette prise de risque s’impose…

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