La 4ème session des hautes études maritimes était en séminaire à Monaco puis Antibes du 1er au 3 avril pour un travailler sur les accords internationaux de protection de l’environnement. Ce déplacement a également été mis à profit pour faire bénéficier les auditeurs de passionnantes interventions d’acteurs de la grande plaisance, et leur faire ainsi mesurer les enjeux de ce secteur d’activités pour la France.
C’est à l’institut océanographique de Monaco (IOM) que les auditeurs de la 4ᵉ SHEM ont pu bénéficier d’une journée internationale sur la protection des océans au travers du cas de la Méditerranée. Cette journée a été lancée par Xavier PRACHE avec la présentation du rôle de l’IOM dans la protection des océans au travers de ses travaux de recherche et d’animation de la communauté scientifique et environnementale. L’IOM, ce sont aussi les Explorations maritimes de Monaco, créées en 2018, pour mieux comprendre, protéger et valoriser les océans, en combinant science, innovation et diplomatie. Après les pôles, les Explorations maritimes viennent de lancer un important programme (2025-2030) pour renforcer la protection et la connaissance de la Méditerranée. C’est dans ce cadre qu’a été réalisée la mission Grèce 2025 qui a sillonné la mer Égée pour étudier la présence du phoque moine, analyser la qualité des eaux, cartographier des zones inexplorées et renforcer les liens avec les gestionnaires d’Aires marines protégées locales. Monaco est aussi le siège des accords internationaux Ramoge et Pelagos entre la France, l’Italie et Ramoge. C’est Florent Champion, accompagné de Clara Fricano, qui a présenté aux auditeurs l’Accord RAMOGE (1976) pour la préservation du milieu marin en Méditerranée. RAMOGE comporte aussi un volet opérationnel de lutte contre les pollutions en mer mis en œuvre plusieurs fois (pétrolier Haven en 1991 ou collision du ferry Ulysse en 2018). En comparant RAMOGE avec les autres grands accords signés par la France avec l’Espagne (Lion Plan, Biscaye Plan) ou la Grande-Bretagne (Manche Plan), on réalise tout l’intérêt d’un volet environnemental qui n’existe pas dans ces autres accords internationaux. Maria Betti, la nouvelle secrétaire exécutive de PELAGOS, a présenté ce traité international signé en 1999 entre la France, l’Italie et Monaco pour créer un sanctuaire marin international en Méditerranée nord-occidentale. PELAGOS est la première aire marine protégée transfrontalière dédiée à la protection des mammifères marins, en particulier des cétacés (baleines, dauphins, cachalots…). On sait peu, en effet, qu’entre l’Italie et la France se trouve une des plus fortes concentrations de mammifères marins au monde en raison, notamment, de la présence d’importants canyons sous-marins. Ce cycle s’est achevé avec l’intervention d’Yves Henocque, le nouveau président du Plan Bleu, qui a apporté sa vision de grand scientifique sur les enjeux environnementaux et son analyse sur la Convention de Barcelone (1976), cet accord régional de protection de la Méditerranée signé par tous les États riverains. Le Plan Bleu a pour objectif principal de promouvoir un développement durable en Méditerranée, en équilibrant protection de l’environnement, croissance économique et bien-être social.



C’est ensuite au sein du Yacht Club de Monaco, un des deux plus importants au monde avec celui de New-York, que les auditeurs de la 4ᵉ SHEM ont pu découvrir les activités liées à la grande plaisance. C’est à une exceptionnelle table ronde sur la grande plaisance qu’ils ont pu assister avec la participation de @Bernard D’Alessandri, président du YCM et de Olivier Campana, de Fabien ARNOUX, président du RYN, de Jacques Conzalvès, président du GEPY et de Matthias du Verle (GEPY et actuel auditeur), mais aussi de représentants étatiques en la personne de Emeric Faure (chef du RIF) et de Fabien Vachetta (chef de la police maritime de Monaco). Cette table ronde a d’abord mis en avant le poids économique de cette activité qui génère en France environ 3 milliards d’€ de retombées économiques annuelles. Si on compare cette activité avec la pêche (1,7 milliard d’€), on réalise que cette activité a un poids aussi non négligeable. Chaque année les 2/3 des yachts mondiaux évoluent dans le « triangle d’or » de la grande plaisance en Méditerranée (Saint-Tropez, Cannes et Monaco) qui dispose de forts atouts avec des « spots » touristiques majeurs, des évènements internationaux, des ports de haute qualité et des chantiers de réparation renommés. Malheureusement, cette flotte de yachts n’est pas assez française. Compte tenu de la forte plus-value en emploi de cette filière et des retombées économiques, le registre international français (RIF) déploie d’importants efforts pour la faire revenir sous pavillon tricolore. Avec succès puisque depuis plus de deux ans, on constate une hausse des immatriculations de grands yachts, notamment grâce des mesures favorables mais aussi à la sécurité juridique qu’apporte, de plus en plus, le pavillon français dans notre monde troublé. La grande plaisance est aussi face à de nouveaux défis. Le premier, il est très français, c’est celui de son acceptabilité. Vaste sujet qui nécessite un travail de fond majeur. Le deuxième, c’est celui de son impact environnemental. Les auditeurs ont pu constater que le milieu professionnel de la grande plaisance est très mobilisé sur ce sujet et prend de nombreuses initiatives en faveur de la durabilité (décarbonation, carburants propres, coffres de mouillage, récupération d’énergie…). Le dernier défi, enfin, est humain. Le monde des équipages de la grande plaisance est un monde très anglo-saxon. Or les Français y ont toute leur place et y sont appréciés. Or ce milieu est peu connu des écoles maritimes marchandes. À ce sujet, il faut saluer le travail du GEPY – Groupement des equipages professionnels du yachting pour promouvoir les métiers du yachting et assurer un travail de fond avec les acteurs de la formation pour adapter les programmes aux besoins du secteur. Rendez-vous en juin pour le rendu d’un travail des auditeurs de la SHEM, notamment en faveur d’une stratégie de la grande plaisance !


Les auditeurs ont enfin étudié la politique de la gestion de la plaisance et de la grande plaisance dans un port leader dans ce domaine et en pleine mutation, Port Vauban, plus grand port de plaisance d’Europe. Ils ont été remarquablement bien accueillis par son directeur, Didier OCHS, qui a présenté le projet Port Vauban et ses dimensions maritimes et économiques. Le projet de transformation du port Vauban à Antibes trouve son origine dans une volonté de modernisation et de valorisation de ce site historique majeur de la Côte d’Azur, façonné au départ par Vauban. L’infrastructure vieillissante de ce port avait besoin d’être modernisée pour répondre aux nouveaux enjeux contemporains de la plaisance et de la grande plaisance. Aussi, c’est en 2017 que la gestion du port a été confiée à la SAS Vauban 21, un consortium composé de la CCI Nice Côte d’Azur, de la Caisse des Dépôts et de la Caisse d’Épargne Côte d’Azur. C’est ce consortium qui a lancé le vaste programme de réaménagement, baptisé « Port Vauban 21 », doté d’un budget de 185 millions d’euros sur 25 ans. C’est l’architecte et urbaniste Philippe Prost, connu pour son approche alliant mémoire des lieux et innovation, qui a été choisi pour piloter la transformation. Son projet vise à faire de Port Vauban la « capitale méditerranéenne du yachting » et un modèle d’écoresponsabilité. La volonté a été de moderniser les infrastructures portuaires, de valoriser le patrimoine historique, d’améliorer l’accueil des usagers (plaisanciers, pêcheurs, visiteurs) et d’intégrer des critères environnementaux (gestion des déchets, énergies renouvelables, qualité des eaux). La contrepartie de la privatisation du port consiste en une redevance de 15 millions d’euros versée chaque année par Port Vauban à la ville d’Antibes. Cette somme représente une source de revenus majeure pour la commune, permettant de réduire la pression fiscale sur les habitants. En effet, avant 2017, la redevance annuelle versée par l’ancien gestionnaire (SAEM) était de seulement 500 000 euros. La délégation de service public a permis de multiplier par plus de 30 les retombées financières pour la ville. Les auditeurs ont aussi pu mesurer l’importance des taux de fréquentation de ses quais qui sont excellents pour la petite et la moyenne plaisance. L’effort actuel concerne la grande plaisance dont les taux d’occupation peuvent encore s’accroitre. Pour cette catégorie de navires, ce sont des brokers (courtiers maritimes) qui sont mandatés par Port Vauban pour faire venir les grands yachts et leur vendre ou louer du nouveau linéaire de quai. Les auditeurs ont aussi eu le privilège de pouvoir découvrir à quai le yacht MY Arados, commandé par une remarquable capitaine, Diane Molinari, qui a su faire passer aux auditeurs sa passion pour sa passionnante activité maritime.



Un grand merci pour leur disponibilité et la très grande qualité de leurs interventions, à l’ensemble des responsables qui nous ont accordé du temps.