L’opportunisme naval chinois dans le Pacifique Ouest se poursuivra-t-il en 2021 ?

Depuis la première vague épidémique de coronavirus au printemps 2020, les forces armées chinoises ont multiplié les démonstrations de force dans le Pacifique Ouest. En avril 2020, un groupe aéronaval chinois s’est en effet déployé dans les eaux contestées de l’archipel des Ryukyu, puis au large de Taïwan avant d’entamer une patrouille très médiatisée en mer de Chine méridionale. Dans le même temps, plusieurs incidents navals ont impliqué des navires chinois, tant civils que militaires, avec des États riverains des mers de Chine (Japon, Taïwan, Vietnam et Indonésie). Ces frictions, cumulées à de nouvelles annonces chinoises sur la territorialisation de ces espaces maritimes, ont renforcé le sentiment d’une démarche coordonnée de Pékin pour réaffirmer ses droits qualifiés d’« historiques » sur de nombreux îlots contestés. Washington a d’ailleurs accusé Pékin de profiter de la crise sanitaire liée au Covid-19 pour renforcer ses positions en mer de Chine méridionale, zone pour laquelle la Chine développe depuis des années une politique du fait accompli. Pékin aurait ainsi voulu accélérer ses démonstrations de force en tirant opportunément bénéfice de l’épidémie sanitaire frappant la marine américaine, cette dernière ayant été ponctuellement dans l’impossibilité de déployer ses groupes aéronavals affectés à la région Indopacifique. Depuis, l’implication américaine, d’abord perturbée par la crise sanitaire, s’est largement raffermie, notamment auprès de ses alliés régionaux, dont Taïwan, les États-Unis s’appuyant désormais très clairement sur la 1ère chaîne d’îles pour affirmer sa stratégie d’endiguement de la menace chinoise[1].

Les gesticulations navales chinoises de 2020 sont-elles marquées par une simple opportunité de circonstance ou s’inscrivent-elles dans une démarche plus profonde ? Le nouveau président Joe Biden et l’administration qu’il va mettre en place vont-ils poursuivre ce pivot américain vers le Pacifique Ouest ?

Accélération du fait accompli chinois dans les mers de Chine en 2021

La Chine affirme depuis des années ce qu’elle qualifie de « droits historiques » en mer de Chine méridionale au travers d’une tactique avérée du fait accompli, de la militarisation de certains îlots et de l’implication plus grande de la population chinoise dans ses revendications, cette stratégie globale étant soutenu par des campagnes médiatiques intenses. En 2016, le verdict de la Cour permanente d’arbitrage international déboutant la Chine de sa revendication de droits historiques sur la mer de Chine méridionale a accentué ce phénomène en attisant le nationalisme chinois sur cette zone[2]. La militarisation de certains îlots revendiqués par la Chine dans les archipels des Paracels et Spratleys s’est ensuite accélérée : création d’une piste d’aviation sur le récif de Fiery Cross, mise en place d’emprises militaires et de systèmes d’écoute sur les îlots de Woody Island, Scarborough,Subi et Mischief. Des tirs d’essais de missiles antinavires ont été conduits dans l’archipel des Paracels au cours de l’été 2019. L’armée de l’air chinoise y effectue aussi des déploiements de force et des exercices de raids à grande distance, dans une région considérée depuis 2013 par Pékin comme une zone de défense et d’identification aérienne (ADIZ[3]), non reconnue d’ailleurs au plan international. Ce réseau militaire de déni d’accès est complété par l’emploi désinhibé d’une milice maritime pro-gouvernementale, basée essentiellement à Haïnan et composée d’une flottille de pêche pléthorique (300 navires en permanence en mer de Chine du Sud) soutenue par des garde-côtes omniprésents (flotte de 142 navires disponibles dans cette zone).

Depuis le mois d’avril 2020, ces revendications chinoises se sont accentuées, la Chine inaugurant de nouvelles stations de recherche au sein de ses bases militaires de Fiery Cross et Subi Reef. Le 18 avril 2020, Pékin a annoncé la création de 2 districts administratifs supplémentaires (Xisha et Nansha) pour les Spratleys et les Paracels, les rattachant de facto à la ville de Sansha, créée elle-même de toutes pièces en 2012 sur l’île de Woody. Celle-ci est ainsi devenue une localité responsable de 2 millions de km2 d’espaces maritimes alors même qu’elle compte moins de 2000 résidents. Dans le même temps, l’administration chinoise a publié les noms et coordonnées officielles de 80 îlots et récifs de la région, une première depuis près de 40 ans[4]. La territorialisation de la mer de Chine méridionale, inexorablement en marche, semble s’être accélérée sous couvert de l’épidémie sanitaire frappant la marine américaine et « tétanisant » de nombreux pays de la région.

Des gesticulations militaires chinoises très opportunes dans les mers de Chine

Le déploiement en avril 2020 d’un groupe aéronaval chinois composé du porte-avions Liaoning et de cinq navires de premier rang, d’abord entre Taïwan et les îles nipponnes de l’archipel contesté des Ryukyu, puis en mer de Chine méridionale, a été fortement médiatisé par les organes de presse de l’armée chinoise qui expliquaient qu’au même moment, de nombreux porte-avions étrangers[5]étaient touchés par le coronavirus, les rendant inaptes à tout déploiement opérationnel. La marine chinoise cherchait ainsi à démontrer sa supériorité sur les autres marines, notamment occidentales. La médiatisation de ce déploiement et la critique à peine voilée des marines occidentales s’inscrivait également dans une diplomatie chinoise plus agressive vis à vis de l’Occident qui avait de son côté abondamment critiqué la gestion chinoise de l’épidémie.

Ces gesticulations navales se sont également superposées à divers incidents dans des régions maritimes contestées par la Chine.Ainsi, un navire des garde-côtes taïwanais est d’abord entré en collision le 19 mars 2020 avec un chalutier chinois, lors de tensions impliquant une dizaine de navires de pêche. Le 30 mars 2020, c’est un destroyer japonais qui est entré en collision avec un chalutier chinois en mer de Chine orientale. Plus au Sud, au large de l’archipel des Paracels revendiqué par le Vietnam, c’est un navire de pêche vietnamien qui a été coulé le 2 avril suivant par un bâtiment des garde-côtes chinois. Fin avril 2020, un navire océanographique chinois, escorté de plusieurs navires des garde-côtes, a opéré ostensiblement dans la ZEE vietnamienne, puis malaisienne.

Dans le même temps, Pékin a accru ses pressions sur Taïwan. La Chine continue en effet toujours d’affirmer que Taïwan fait partie intégrante de la Chine et que la réunification entre l’île et le continent reste inéluctable. Le Livre Blanc 2019 du ministère chinois de la défense qualifie ainsi le séparatisme de Taïwan comme une menace domestique susceptible, le cas échéant, d’entraîner un recours à la force. En conséquence, la Chine cherche à isoler diplomatiquement Taïwan et à neutraliser ses forces armées par la démonstration régulière d’un rapport de force déséquilibré en faveur de Pékin. Les démonstrations de force chinoises se sont ainsi accentuées ces derniers mois, les aéronefs militaires de la RPC ayant multiplié les incursions dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan[6], franchissant même à plusieurs reprises la ligne médiane du détroit de Formose, ce qu’ils se gardaient de faire auparavant[7]. Les médias chinois ont largement couvert des exercices militaires de grande envergure simulant une invasion par voie maritime d’une île proche du continent, le quotidien chinois Global Times affirmant même que les exercices militaires chinois dans les environs de Taïwan n’étaient pas des « avertissements » mais plutôt une « répétition pour une prise de contrôle de l’île »[8]. Ces dernières années, la Chine a en effet modernisé et développé ses forces militaires stationnées le long du détroit de Taïwan. Les exercices s’y sont multipliés dans les domaines amphibie et parachutiste. Taïwan reste ainsi particulièrement inquiète de possibles raids chinois sur les groupes d’îles Pescadores (à 45 km de Taïwan), ou sur les îles Kinmen, Wuciu et Matsu, très proches du continent. De telles opérations pourraient très rapidement instaurer un « fait accompli » difficilement réversible. En outre, l’aviation chinoise continue d’effectuer des exercices de raids à longue portée autour de l’île de Taïwan.Le blocus chinois de l’île est ainsi l’hypothèse privilégiée par l’état-major taïwanais, qui ne pense pas l’armée chinoise capable de mener une opération amphibie d’ampleur, sauf sur les îles à proximité du continent. La marine chinoise, selon un récent rapport américain[9], pourrait, dans le contexte d’une montée progressive des tensions, se rapprocher ainsi des côtes taïwanaises, en invoquant la liberté de transit, et exercer progressivement une pression sur l’économie de l’île, puis bloquer le trafic maritime et ensuite les ports taïwanais.

Un opportunisme naval chinois rendu possible par une faiblesse très ponctuelle des moyens américains

Les crispations sino-américaines dans les mers de Chine ont été de plus en plus régulières ces dernières années, dénotant une montée progressive des tensions entre les deux superpuissances : interceptions régulières d’avions de surveillance américains par les chasseurs chinois, protestations systématiques lors de patrouilles de bâtiments américains en mer de Chine méridionale, notamment quand ceux-ci pénètrent dans les 12 miles nautiques des îles artificielles bâties par la Chine, manœuvres chinoises d’intimidation contre les moyens américains (comportements nautiques dangereux, utilisation de lasers aveuglant les aéronefs).

Pour Pékin, la gestion de la crise sanitaire par l’US Navy démontrerait que la supériorité militaire des États-Unis dans le Pacifique Ouest était révolue et qu’arrivait donc le moment pour les forces militaires chinoises d’étendre leur influence sur cette région, le déclin américain étant « inéluctable » selon les conceptions chinoises[10]. Pékin a tiré avantage du fait que seul un navire amphibie américain, l’USS America doté d’aéronefs de type F-35, était disponible dans le Pacifique Ouest au courant du printemps 2020, limitant les moyens américains disponibles à un seul porte-avions « léger » appuyé toutefois par des destroyers qui ont continué leurs patrouilles de type FONOPS (Freedom of Navigation Operations) dans la région[11]. Cette pause opérationnelle non souhaitée par les États-Unis, et habilement exploitée par la Chine, a été toutefois de courte durée. Les États-Unis ont en effet mené des missions de démonstration de force lorsque fin avril 2020, deux bombardiers B1-B ont survolé la mer de Chine méridionale à partir de leur base des États-Unis[12]. Cette mission signifiait clairement à la Chine la permanence des moyens stratégiques américains dans le Pacifique Ouest, malgré les élongations et l’absence ponctuelle de groupes aéronavals. En mai 2020, ce sont cette fois 6 sous-marins américains qui auraient été déployés dans cette zone dans le cadre de contingency response operations afin de démontrer à la Chine la permanence de la puissance navale américaine dans cette même région. Les États-Unis ont ensuite multiplié les démonstrations de force avec le déploiement simultané de deux porte-avions en mer de Chine méridionale (concept de Dual Carrier Operations) tout en appuyant plus ouvertement les revendications des autres États riverains (Malaisie, Philippines, Vietnam, Indonésie) sur les espaces maritimes contestés par Pékin, assumant une démarche de confrontation diplomatique avec la Chine. L’opportunisme naval de Pékin semble donc avoir été de courte durée et avoir provoqué, a contrario, un sursaut d’implication militaire de Washington dans le Pacifique Ouest.

Frictions sino-américaines sur la 1ère chaîne d’îles

Un soutien américain désormais plus affirmé à Taïwan

Face aux actions ostensibles de Pékin vis-à-vis de Taïwan, les franchissements du détroit de Taïwan par des bâtiments américains sont devenus très réguliers, montrant ainsi à la Chine[13] que l’indépendance de cette île restait dans l’intérêt américain et que les États-Unis étaient, là aussi, attachés à la liberté de navigation. Le soutien matériel américain à Taïwan s’accélère, démontrant ainsi tout le soutien américain à la défense autonome de l’île. Les États-Unis ont d’abord accepté des transferts de technologie au profit de Taïwan pour la construction de sous-marins, puis ont surtout validé, en novembre 2020, la vente de quatre drones de type MQ-9B dotés de capacités anti-sous-marines[14], de 135 missiles de croisière de type AGM-84 SLAM ER (Standoff Land Attack Missile/ Expanded Response), de 11 systèmes d’artillerie M142 HIMARS, des missiles ATCMS (Army Tactical Missile System) et de 400 missiles antinavires de type Harpoon Block-2. Ces annonces suivent celles déjà dévoilées quelques mois auparavant quant aux possibilités de vente de 66 chasseurs F-16 Viper, de 250 missiles sol-air Stinger et de 108 chars M1A2 Abrams[15] aux forces locales. Cette implication américaine résolue pour le renforcement des capacités militaires taïwanaises face au spectre d’une invasion amphibie et aéroportée de l’île est ainsi un signal de dissuasion majeur donné par Washington à Pékin et signifie clairement le maintien d’une protection américaine pérenne aux États du Pacifique Ouest.

La nouvelle administration Biden va-t-elle réaffirmer la stratégie américaine de pivot vers le Pacifique Ouest ?

La stratégie américaine développée ces dernières années pour le Pacifique Ouest s’appuie sur la défense résolue de la 1ère chaîne d’îles. En effet, dans les perceptions américaines actuelles, les mers à l’Ouest de la 1ère chaîne d’îles sont considérées comme opérationnellement fermées par le déni d’accès multicouches chinois (représenté, entre-autres, par la menace des missiles balistiques et celle de l’armée de l’air venant du continent). Les États-Unis recherchent alors l’endiguement naval de la Chine en l’empêchant de franchir militairement cette 1ère chaîne d’îles. Le 1er volet de cette stratégie américaine passe par un réinvestissement dans ses capacités amphibies afin de dominer les LOCE (Littoral Operations in Contested Environment), opérations amphibies en milieux non permissifs et nécessitant une bonne synergie des moyens interarmées. Les forces amphibies doivent donc disposer à terme de moyens offensifs augmentés, capables d’être utilisés dans la lutte dans plusieurs domaines en simultané (anti surface et anti-sous-marins, systèmes d’artillerie guidée et silos de missiles embarqués), les aéronefs de type F-35 et V-22 étant au centre de cette transformation, tant par leurs capacités de décollage et atterrissage verticaux que par leurs qualités de furtivité et de versatilité. La nouvelle doctrine du corps des Marines illustre d’ailleurs cette tendance en faisant l’apologie de ce mode opératoire comme outil de primo-intervention pour éviter l’escalade militaire incontrôlable ensuite. Le corps des Marines se veut donc plus agile de manière à rester projeté en priorité à partir de la mer, à l’opposé du volume de forces qui lui était nécessaire pour les interventions terrestres d’Afghanistan et d’Irak, lorsqu’il était considéré comme une « armée de terre bis ». L’autre volet de cette stratégie est le développement du concept EABO (Expeditionary Advance Base Operations) devant permettre aux forces expéditionnaires des Marines de conquérir puis de tenir les îles du Pacifique Ouest à partir de bases avancées préexistantes, en soutien d’opérations aéronavales plus larges de l’US Navy.Ces bases avancées[16] doivent être disposées sur des positions maritimes stratégiques, donc près des différents détroits de la région. Ces bases permettront de protéger les lignes logistiques de la marine américaine en interdisant l’accès de certaines zones à l’adversaire chinois tout en participant aussi, par leur puissance de feu (artillerie de type HIMARS ou PALADIN, batteries de missiles antinavires et anti-aériens notamment), à l’élimination des systèmes adverses de déni d’accès.Ces bases permettraient également de rassurer les alliés régionaux des États-Unis en permettant l’intégration des forces locales avec les unités américaines, afin de priver la Chine de toute velléité de fait accompli dans la zone. En effet, et c’est le 3ème volet de cette nouvelle implication américaine dans les mers de Chine, le resserrement des liens avec les alliés régionaux, que ce soit le Japon, l’Australie, Taïwan, les Philippines, l’Indonésie ou la Malaise devient indispensable pour Washington.

Cette stratégie défendue par le Pentagone sera sans doute poursuivie résolument parl’administration Biden dans les prochaines années. En effet, et bien que Joe Biden ait été, comme bon nombre des politiciens américains de sa génération, un partisan du dialogue avec la Chine et de l’ambiguïté stratégique vis-à-vis de Taïwan, ses perceptions ont changé tout comme le regard des États-Unis dans leur ensemble sur la Chine. L’administration Biden hérite ainsi d’une Chine qui est désormais la première puissance navale du monde (du moins par le nombre d’unités avec environ 350 bâtiments), ce qui représente une rupture pour Washington alors même que le Président élu rappelait pendant sa campagne que les États-Unis restaient une « puissance de l’Océan Pacifique » et que Washington « devait baser 60% de sa puissance navale dans le Pacifique Ouest pour reconstruire les alliances et protéger les pays qui le demanderaient »[17]. De fait, l’administration Biden devrait reprendre à son compte la stratégie de pivot vers l’Asie initiée à l’époque Obama puis revisitée par Trump dans sa propre logique de frictions de puissance, en comptant d’ailleurs sur un vaste consensus bipartisan en la matière. Le futur conseiller national à la sécurité, Jake Sullivan et le prochain Secrétaire d’État, Antony Blinken, à l’approche de leur confirmation législative au Sénat, ont d’ailleurs indiqué qu’ils voyaient davantage qu’auparavant la Chine comme une « menace contre les intérêts des États-Unis »[18], Joe Biden précisant qu’il était lui-même attaché à approfondir les liens entre Washington et Taïpei au cours de son mandat. Il apparaît donc assez clairement que la stratégie américaine de présence militaire renforcée dans le Pacifique Ouest sera poursuivie par la prochaine administration à des fins de réassurance de ses alliés et de dissuasion de la Chine, comme dans d’autres régions du monde.

Côté chinois, il est également improbable qu’un changement de stratégie ait lieu compte-tenu des ambitions géopolitiques de l’Empire du Milieu sur l’Asie. De fait, le 1er semestre de l’année 2021 pourrait être mis à profit par la Chine pour tenter un nouveau fait accompli dans la région de manière à tester les positions et la réactivité de la nouvelle administration américaine. Des manœuvres massives et régulières simulant un blocus de Taïwan, tout comme le renforcement des moyens navals et aériens chinois déployés en mer de Chine méridionale[19] pourraient ainsi être les options favorisées par Pékin. La conduite d’une invasion (sur un îlot des Pescadores par exemple) serait par contre trop risquée et obligerait Washington à réagir durablement, ce qui serait contraire aux intérêts de long terme de la Chine (départ des États-Unis de la région, lent enveloppement économique et sécuritaire de la région pour la rendre plus perméable aux intérêts chinois).  

Les velléités chinoises sur le Pacifique Ouest sont anciennes, durables et se sont accentuées en 2020. Elles devraient perdurer en 2021 et au-delà. Mais les États-Unis ne sont pas prêts à abandonner cette région pour laquelle ils effectuent depuis des années des bascules d’effort importantes dans le cadre de leur pivot vers l’Asie. Cette stratégie s’appuie notamment sur la réassurance des alliés régionaux de Washington via le pré-positionnement et le déploiement de moyens conséquents, au plus près de la 1ère chaîne d’îles, devenue la ligne de défense du Pacifique Ouest. Si la nouvelle administration américaine va probablement s’inscrire dans cet héritage et poursuivre la politique menée ces dernières années, elle devra cependant faire face, sans doute dans les premiers mois de son mandat, à des épreuves de force avec la Chine qui voudra tester ses réactions et ses lignes rouges. Les tensions sino-américaines dans le Pacifique Ouest devraient donc rester dans l’écran géopolitique de cette année charnière à bien des égards.


[1] Pouvant être définie comme la 1ère chaîne de grands archipels à partir du continent asiatique. Elle relie le Japon, les îles Ryukyu, Taïwan, les Philippines et l’île de Bornéo.

[2] Le ministre de la Défense chinois avait, à l’époque, évoqué des menaces sécuritaires maritimes renouvelées, exhortant les services de l’État, tout comme la population, à la mobilisation.

[3] Air Defense and Identification Zone.

[4] La précédente liste de ce type publiée par la Chine sur cette zone datait de 1983.

[5] Tant américains que français.

[6] Un rapport du ministère taïwanais de la Défense rapporte que la force aérienne taïwanaise avait fait décoller ses avions de chasse à plus de 4000 reprises dans les 6 premiers mois de l’année 2020, soit une hausse de +129% par rapport à 2019 (Reuters in Opex360 du 06 octobre 2020).

[7] Wang Wenbin, porte-parole de la diplomatie chinoise, affirmant que, « la soi-disante ligne médiane n’existe pas » étant donné que « la région de Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois ». Chine Magazine, 23 septembre 2020.

[8] Global Times, 18 septembre 2020.

[9] China Military Power Report 2020, 1er septembre 2020.

[10] Selon Bruno Maçães, author of “Belt and Road: A Chinese World Order”, Hurst, 1er février 2019.

[11] L’USS Theodore Roosevelt était bloqué pour plusieurs semaines à Guam, 10 % de son équipage étant contaminé par le coronavirus. Les USS Ronald Reagan, Nimitz et Carl Vinson étaient quant à eux en maintenance et certains de leurs membres d’équipage étaient également contaminés par le coronavirus, hypothéquant alors leurs chances d’une disponibilité opérationnelle rapide.

[12] Mission aérienne de 32 heures confirmant la mise en place, dans le Pacifique, d’un emploi dynamique et imprévisible des bombardiers américains dont certains étaient d’ailleurs auparavant employés à partir de l’île de Guam.

[13] Pour la Chine, le détroit de Taïwan séparant l’île principale du continent (110 milles nautiques de large) fait partie de ses eaux territoriales. Les transits de bâtiments militaires américains dans le détroit de Taïwan ont été exceptionnellement nombreux en 2020 : 13, contre 9 en 2019, 3 en 2018, 5 en 2017 et 12 en 2016.

[14] Naval News, 04 novembre 2020.

[15] Opex 360, 28 octobre 2020.

[16] Comme Okinawa, l’archipel des Ryuku, les îles Batanes, les côtes de Luzon et de Palawan (Philippines) pour la 1ère chaîne d’îles voire Guam et Palau pour la défense en profondeur (2ème chaîne d’îles).

[17] Cité dans The Diplomat, 20 novembre 2020.

[18] Ibid.

[19] Mise en place permanente de porte-avions et de porte-hélicoptères à Haïnan et déploiement pérenne de chasseurs en mer de Chine méridionale, par exemple.

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