La Turquie au cœur d’un nouveau contexte stratégique

17 mars 2022

9h-17h30

La Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques (FMES) et l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) ont coorganisé un colloque sur la Turquie à l’Espace Ronarch (Toulon), en présence d’un public d’experts et d’institutionnels concernés par l’évolution de la stratégie turque dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine.

Table ronde n°1. Débat modéré par Pierre Razoux, Directeur académique de l’institut FMES. La table ronde rassemblait Sümbül Kaya, chercheure Turquie à l’IRSEM, Elise Massicard, politologue et spécialiste de la Turquie et Jean-François Pérouse, géographe et turcologue, membre de l’Institut français d’études anatoliennes. La problématique de cette table ronde portait sur les questions intérieures et de sécurité sous l’AKP.

Table ronde n°2. Débat modéré par Sümbül Kaya. Intervenants : Marie Jego, correspondante du journal Le Monde en Turquie, Yohanan Benhaim, chercheur à l’Institut français d’études anatoliennes et Jean Marcou, professeur à l’IEP de Grenoble. Cette seconde table ronde analysait le positionnement régional de la Turquie, de même que les tensions et dynamiques conflictuelles dans son voisinage.

Table ronde n°3. Le débat modéré par Thomas Delage, rédacteur en chef adjoint au magazine Diplomatie. Intervenants : Dorothée Schmid, membre de l’IFRI et Emmanuel Dreyfus, chercheur à l’IRSEM. Cette dernière table ronde portait sur les questions extérieures et stratégiques, et notamment la relation de la Turquie à l’UE, à l’OTAN, aux États-Unis, à la Russie, à l’Afrique et à la Chine.

Questions intérieures

Situation en politique intérieure avant la crise ukrainienne

L’événement majeur de 2023 : la Turquie va vers des élections présidentielles et législatives.

1923 – 2023 : centième anniversaire de la création de la république de Turquie ; en prévision de cette commémoration, la question de la stabilité intérieure est centrale : il faut un régime fonctionnel, respecté et des prises de décisions efficaces.

La présidentialisation des institutions est un enjeu central des prochaines élections : l’opposition s’est consolidée autour d’une coalition qui souhaite promouvoir un changement constitutionnel (autour d’un parlementarisme renforcé et d’une redistribution des pouvoirs).

La côte de popularité du président baisse : l’AKP avait obtenu 42,5% aux dernières législatives et générales (2018), aujourd’hui on estime qu’il remporterait 25 à 30 % des voix au premier tour du scrutin ; forte augmentation de la part des indécis (15 à 20 % des sondés).

Il n’y a pas encore eu de désignation de candidats pour la présidentielle comme pour les législatives du côté de l’opposition. Concernant l’opposition, il est nécessaire de se pencher sur la question du seuil électoral ; pour avoir des sièges au parlement, il faut avoir 10% des suffrages au niveau national (seuil qui a récemment été abaissé à 7% pour favoriser les partis nationalistes et la fragmentation des partis d’opposition). Dans quelle mesure les partis d’une coalition très fragmentée peuvent-ils créer une coalition crédible ?

Bien que l’offre politique se pluralise, nous n’assistons pas à un rajeunissement de la classe politique au niveau national. L’émergence de figures plus jeunes se constate toutefois au niveau local (exemple du maire d’Istanbul peu connu jusqu’à son élection).

Prévision des élections 2023 : Erdogan ne sera probablement pas réélu au premier tour et n’est pas certain de remporter le deuxième tour ; le jeu politique semble donc ouvert mais la remise en cause du déroulement normal du scrutin est possible.

Si Erdogan perd les élections. Continuité du renforcement de l’appareil de défense et poursuite d’une politique étrangère nationaliste et conquérante. La Turquie s’impose comme une puissance moyenne mondiale Elle ambitionne de concurrencer les autres puissances moyennes dont la France.

La place du conflit ukrainien dans la politique turque : le conflit ukrainien ne fait pas débat dans la politique turque : il y a consensus pour adopter une posture neutre et équilibrée, quelle que soit l’allégeance politique. L’absence de prise de position des partis kurdes surprend, mais pourrait évoluer en fonction de l’évolution du conflit.

Faible remise en cause de la politique étrangère de l’AKP : il existe un réel consensus sur la posture assertive de la Turquie, sur ses relations avec la Russie, sur la valeur du traité de Montreux sur les détroits et sur la nécessité de l’appliquer, renforcé par la guerre en Ukraine.

Conclusion : Les questions internationales et intérieures sont extrêmement liées, et dépendent aujourd’hui en partie de l’évolution de la guerre en Ukraine.

Piliers économiques, agricoles et énergétiques

Inquiétude économique : des secteurs importants de l’économie turque sont affectés à la fois par la crise économique et sanitaire comme par le conflit russo-ukrainien (logistique, import-export, textile, automobile, agroalimentaire, touristique). En 2001 : la Russie représentait 29% des exportations turques ; l’Ukraine représentait 12,5% des exportations turques. La crise économique est accompagnée d’une crise monétaire depuis 2018 : inflation très élevée, baisse du pouvoir d’achat, baisse de la valeur de la monnaie. Cette crise économique accentue les difficultés ; pour rappel, les exportations turques en 2020 : Moyen-Orient = 16% (principalement Irak), Europe = 48%, Reste du monde (dont Russie et Asie centrale) = 36% ;

Inquiétude énergétique : inquiétudes turques sur l’avenir du projet de la centrale nucléaire civile Akkuyu que devait construire la Russie.

La place de l’armée dans la politique intérieure

Dès 2015, accélération de la militarisation de la politique étrangère turque pour trois raisons :

  1. Le très bon score du mouvement kurde en juin 2015 aux élections turques inquiète le pouvoir en place et s’appuis davantage sur l’armée pour contrer les Kurdes.
  2. La frontière turco-syrienne devient un nouveau front turco-kurde ; les Kurdes sont soutenus par les États-Unis, ce qui inquiète l’AKP.
  3. Le poids croissant du parti nationaliste MHP dans la coalition gouvernementale.

En parallèle, Erdogan a mis au pas l’armée. La tentative de coup d’État de 2016 a été utilisée par l’AKP pour renforcer considérablement les pouvoirs du président par rapport aux forces armées.  L’autre objectif clé de l’AKP :  professionnaliser davantage les forces armées turques.

Initiatives de l’AKP pour accroître son contrôle sur l’armée turque :

  • La réforme organisationnelle des forces armée (elles conduisent à une subordination systématique des forces armées turques au pouvoir exécutif et au gouvernement) ;
  • L’affaiblissement de l’autonomie et du rôle de l’armée par rapport autres acteurs sécuritaires (gendarmerie, police, services de renseignement) ;
  • Le contrôle de l’armée turque en « l’occupant » par le recours aux opérations militaires extérieures.

Le Ministère de la Défense voit ses pouvoirs renforcés mais il n’est qu’une courroie de transmission avec Erdogan qui devient la clé de voûte du système.

Bien que le budget de l’armée augmente en termes réels, il donne une impression de stagnation une fois converti en dollars, en raison de par la dévaluation de la livre turque.

Avec l’affaiblissement du poids de l’armée sur le théâtre intérieur, ce sont les forces spéciales qui se retrouvent en première ligne contre le PKK. L’armée est remise sur le devant de la scène dans les opérations extérieures.

Questions extérieures

La politique du “zéro souci avec les voisins” menée par Ankara du temps d’Ahmet Davutoglu s’est avérée être un échec. Depuis 2015, la Turquie présente une politique extérieure offensive, avec une militarisation en expansion (déploiement de 2000 à 3000 hommes), ce qui a accru les tensions avec ses voisins, comme avec ses partenaires otaniens. Un de ces objectifs était de remettre en question la présence des acteurs globaux sur des zones régionales clés pour la Turquie : Russie et États-Unis Depuis la guerre en Ukraine, la Turquie met en place une diplomatie très active pour se positionne comme un médiateur crédible.

Plan militaire

Turquie – Ukraine. La Turquie affirme son ambition de développer son industrie de défense, notamment via la construction de drones. Elle connaît un déficit technique pour la réalisation de chasseurs et de chars (en attente de moteurs allemands) ; son partenariat avec l’Ukraine avait pour objectif de combler ces lacunes. Lorsque les Russes ont envahi l’Ukraine, ils ont bombardé les infrastructures des sociétés mixtes d’armement turco-ukrainiennes. L’Ukraine a fait pression sur les Turcs pour qu’ils ferment l’accès aux détroits pour les navires de guerre russes, ce qu’ils ont fait en interdisant le transit de tous les navires de guerre non basés en mer Noire pour ne pas antagoniser la Russie. La guerre en Ukraine favorise le rapprochement avec les pays « attentistes » en MEDOR et au Proche-Orient : Israël, Égypte, Pays du Golfe. Erdogan tente de redorer son blason auprès de l’OTAN en condamnant le comportement russe en Ukraine tout en proposant sa médiation à la Russie et à l’Ukraine et en maintenant ses liens commerciaux avec la Russie. Les Turcs font de la guerre en Ukraine une opportunité pour leur diplomatie : est-ce que la Turquie ne sera pas finalement le principal bénéficiaire de la crise ukrainienne ?

Turquie – Syrie. Dès 2017, la guerre en Syrie a permis une convergence avec la Russie et l’Iran (processus d’Astana) mais aussi la convergence avec Israël (contre le régime de Damas, contre l’Iran). L’impératif sécuritaire turc en Syrie est pris en compte par la Russie : contacts permanents entre les états-majors sur le terrain, zone de désescalade dans la zone kurde d’Afrin et dans la poche d’Idlib. La Russie domine largement la Turquie sur le dossier syrien et le processus d’Astana est bénéfique pour le Kremlin, car il peut exercer ainsi une pression militaire sur Ankara (reprise des combats à Idlib, entraînant des morts chez les soldats turcs et un flux de migrants supplémentaires en Turquie). Transformation totale de la population à la frontière turco-syrienne : celle-ci est désormais plus syrienne et arabophone que turque.

Turquie – Irak. Les exportations turques sont en stagnation (y compris pour l’agriculture). L’Irak est le principal importateur de blé (25 milliards de gain pour la Turquie entre 2003 et 2019), notamment les provinces transfrontalières. Dans les territoires contrôlés par les Kurdes d’Irak, l’économie est entièrement tournée vers la Turquie. Les objectifs turcs visent à :

  1. Redessiner la frontière en cloisonnant l’Irak, la Syrie et la Turquie (construction d’un mur) avec un embargo économique qui obligerait ces deux pays à commercer uniquement avec Ankara;
  2. À transformer les dynamiques démographiques à la frontière (départ volontaire à cause de la guerre + déplacement forcé de population) ;
  3. À intégrer des terres irakiennes aux territoires turcs (environ 12 000 km2) ;
  4. À mettre en place une tutelle administrative et financière (système de protectorat avec une dépendance financière irakienne à la Turquie + partenariat sécuritaire obligatoire) ;
  5. À affaiblir le PKK en Turquie et en Irak ; intensification des frappes de drones contre des responsables du PKK en Irak et en Syrie.

Turquie – Karabagh. L’analyse des alliances Russie-Arménie contre Turquie-Karabagh est à repenser. L’issue du conflit du Haut-Karabagh est une victoire pour Moscou et Ankara, et offre un nouveau condominium entre les deux pays. Si l’Arménie est sécurisée par la Russie, ce lien n’est aucunement réciproque.

Turquie – Chypre. Dernier développement en date dans le conflit chypriote : tout semble indiquer que la Turquie se dirige vers la promotion de la partition de l’île, posant la question du statut de Chypre-Nord : République (RTCN) ou territoire ayant vocation à être annexé par Ankara ?

Transnistrie (région à cheval entre la Moldavie et l’Ukraine). Conflit oublié. 1500 soldats russes sont déployés et surveillent un dépôt de munitions. Ces derniers sont peu entraînés et mal équipés. La Russie a peu de moyens de les ravitailler car les accords signés en 2015 avec l’Ukraine interdisant le passage de ravitaillements russes par l’Ukraine ; le passage par la Moldavie est obligatoire.

Turquie – Libye. Il s’agit du principal terrain turc en Afrique ; c’est une nouvelle marge de manœuvre pour Erdogan pour contester la capacité d’influence des puissances non régionales présentes sur place, en particulier l’Europe. La Turquie aspire à renforcer sa présence en Turquie perçue comme sa principale tête de pont vers l’Afrique du Nord et subsaharienne. La guerre en Libye favorise la convergence avec les États-Unis (contre la Russie), malgré les tensions récurrentes entre la Turquie et l’Égypte, la France et la Grèce, tous trois d’importants partenaires des États-Unis.

Plan géopolitique

La nouvelle tendance turque consiste à normaliser sa diplomatie et à s’imposer comme un acteur responsable et puissant sur la scène des relations internationales, en jouant autant de son softpower que de son hardpower. La Turquie cherche à produire le plus d’accords possibles en profitant des crises internationales pour avancer ses pions et améliorer ses positions. Le maître mot de la politique étrangère de la Turquie : gagner en autonomie en démontrant la centralité du pays dans la région.

Turquie – États-Unis : une recherche de positionnement réciproque ? Pour la Turquie, les États-Unis sont un partenaire indispensable. Cependant, les Turcs sont trop actifs sur le terrain pour être un relais durable. Biden et Blinken recherchent un terrain d’entente mais sont également dans la tentative de compréhension du positionnement turc. Sur le plan de la coopération d’armement, 100 entreprises turques produisaient des pièces détachées pour les États-Unis et leur F-35. Ces derniers ne veulent plus vendre de F-35 à la Turquie à la suite de l’acquisition turque de S400 russes et ne se sont pas encore prononcés pour la possible de vente à la place de F-16 V. À la suite de la rencontre Ukraine-Russie à Ankara, Erdogan a appelé Biden pour renégocier les ventes d’armes mais le Congrès américain y est opposé. Le système de défense turc est lié à l’OTAN, une interrogation persiste sur l’intérêt de la Turquie à obtenir davantage d’armes. Leur demande est trop intense pour être honnête et bien intentionnée. Il est primordial pour la Turquie qui souhaite s’émanciper dans le domaine de l’industrie de défense de trouver rapidement de nouveaux débouchés pour son industrie de défense, comme l’Afrique et le Moyen-Orient.

Turquie – Russie : entente brutale et coopération compétitive ? En 2019, la Russie était le second partenaire de la Turquie et la Russie était le cinquième partenaire commercial de la Russie. La Turquie importe 70% de son blé de Russie et 10% de l’Ukraine. Sachant que le tourisme représente 4% du PIB turc, les Russes représentent 20% du tourisme turc. Même si la dépendance turque en hydrocarbure vis-à-vis de la Russie est en décroissance, le lien dans le domaine de l’énergie reste très fort (33% de la consommation turque provient de la Russie). La Russie était le seul fournisseur de gaz naturel de la Turquie jusqu’à ce que récemment le pays se tourne vers l’Algérie et les producteurs de Mer caspienne. De son côté, la Russie a besoin de la Turquie pour l’acheminement du gaz : le partenariat se renforce en 2014 et la Turquie profite de cette interdépendance. Si la relation russo-turque était avant tout économique, elle s’étend rapidement aux questions politico-militaires. Les deux dirigeants ont de nombreuses convergences de point de vue : nature du régime autocratique, façon d’appréhender les voisins proches via les conflits gelés et les zones délégitimisées, volonté de revanche face à l’Occident, présence d’Erdogan lors de l’inauguration de la Grande Mosquée de Moscou en 2015, soutien du Kremlin à Erdogan lors du coup d’état. Les Turcs ont tellement travaillé avec les Russes qu’ils sont sans doute ceux qui les connaissent le mieux. Il serait donc intéressant de discuter avec les Russes via la Turquie.

Turquie – OTAN : une relation déséquilibrée. La perception de la Turquie au sein de l’OTAN est en évolution ; elle est de nouveau courtisée par les Alliés, États-Unis et Allemagne en tête. De son côté, la Turquie fait ses propres choix concernant la crise ukrainienne, notamment au niveau de l’interprétation de la Convention de Montreux. L’enjeu du partenariat au seuil de l’Alliance sera la gestion de la mer Noire. Malgré la guerre en Ukraine, on observe une tentative de pérennisation de la politique du grand écart (États-Unis/OTAN/Russie). L’annexion de la Crimée en 2014 a renversé les rapports de force et a clairement donné la supériorité militaire à Moscou en mer Noire. L’Ukraine et la Géorgie sont les deux cibles de l’avancée de la Russie dans la région. Les préoccupations turques en mer Noire concernent surtout les ressources et voies de transit énergétiques.

Turquie – Union européenne : face-à-face stratégique marqué par un attentisme de l’UE., La Turquie réaffirme que son adhésion à l’Union européenne reste un “objectif stratégique” tout en promouvant une politique souvent antagoniste vis-à-vis de l’UE. La Turquie a réussi à réduire sa dépendance à la Russie pour l’approvisionnement en gaz ce qui pourrait la placer en levier occidental vis-à-vis de celle-ci notamment en Libye, Syrie et Caucase. Les autres leviers (sous-traitance de l’industrie allemande, migrations, diasporas, Médor, …) font consensus en Turquie et divisent les Européens.

Turquie – France. Le président turc attend les élections françaises. Les partenariats franco-grec et franco-chypriotes ne sont pas bien reçus en Turquie. Les montées des tensions en Méditerranée en 2020 ne sont positives au fond pour aucun des acteurs. Des changements pourraient donc émerger avec des propositions d’actions et d’entente entre la Turquie et la France car il ne faut pas s’attendre à une position ferme de l’UE.

Turquie – Afrique. La politique multidimensionnelle de la Turquie a comme objectif premier de prendre pied sur tous les continents. Le plan de marketing de la Turquie en Afrique, notamment en Afrique australe, varie en fonction des États auxquels les Turcs s’adressent : humanitaire, partenariat économique et/ou militaire, discours anticolonial.  Ankara propose des offres de BTP sans conditions, contrairement aux Occidentaux. Turkish Airlines est extrêmement présente sur le continent africain. Pour faire face à la rude crise économique qu’elle traverse, la Turquie a besoin de tirer des gains économiques de ses nouveaux partenaires africains. La vente d’armes est également en expansion : Maroc, Tunisie, Érythrée. La Turquie cherche à gagner le soutien des grandes organisations internationales en Afrique : Union Africaine notamment. L’immigration africaine (étudiante, main d’œuvre, etc) est en forte hausse en Turquie, société qui semble connaître un apaisement du racisme depuis une décennie. Cela engendre une perte conséquente d’influence pour l’Europe : les étudiants africains préfèrent se tourner vers la Russie, l’Ukraine et la Turquie. A cet égard, le conflit russo-ukrainien, pourrait rendre la Turquie encore plus attractive.

Turquie – Somalie. Ouverture de la plus grande ambassade turque du monde + base militaire + aide humanitaire + BTP en Somalie. Lien stratégique de par l’accès à la mer Rouge grâce à la corne d’Afrique et le golfe d’Aden. La base turque en Somalie est perçue d’un mauvais œil par l’Arabie saoudite et les EAU. Les capacités d’actions non conventionnelles de la Turquie sont craintes. Les étudiants somaliens sont les Africains les plus nombreux dans les universités turques.

Turquie – Égypte. Les relations sont compliquées par la présence et l’activisme des Frères musulmans en Turquie. Malgré les ouvertures d’Erdogan en direction du Caire, rien n’a véritablement changé.

Turquie – Asie. La Turquie cherche à s’établir hors de l’espace méditerranéen. L’AKP cueille les fruits d’un investissement de recherche et développement initié dans les années 1990. C’est une politique qui s’oriente résolument vers le monde musulman : Inde, Malaisie, Indonésie, Pakistan. La référence commune à l’islam sert de prétexte à un redéploiement de l’influence, la Turquie se présentant comme le grand défenseur des musulmans opprimés.

Turquie – Iran. L’Iran est un pourvoyeur potentiel de gaz pour la Turquie, qui pourrait ainsi desserrer l’étau russe. Les mouvements kurdes, notamment le PKK, sont soutenus par l’Iran et deviennent un moyen de pression lors des négociations/discussions, notamment au niveau du Kurdistan irakien. Le tout est compliqué par des contentieux juridiques et des conflits diplomatiques. La Turquie jalouse l’appartenance de l’Iran au groupe de Shanghaï.

Turquie – Pays du Golfe. Prise de distance turque avec son allié historique qatari afin de préserver ses efforts de coopération avec l’Arabie saoudite, les EAU et l’Égypte. Le Qatar accueille toujours une base militaire turque. Les pays du Golfe travaillent à développer les investissements en Turquie. On assiste à un réchauffement très net des relations entre Abou Dhabi (EAU) et Ankara.

Turquie – Israël. La Turquie travaille à l’amélioration de ses relations bilatérales avec Israël (tourisme + armement militaire). Un partenariat pourrait être développé pour aider une économie turque à bout de souffle. Cependant, Tel-Aviv voit d’un très mauvais œil le lien entre Turquie-Hamas/Jihad islamique. Le président israélien s’est toutefois rendu en déplacement officiel en Turquie et les militaires israéliens discutent de nouveau avec leurs homologues turcs.

Turquie – Pakistan. La Turquie est le deuxième fournisseur d’armes du Pakistan après la Chine ; la relation est croissante (armement, stratégie). Ceci a refroidi les relations indo-turques.

Turquie – Chine. La Chine a besoin de la Turquie pour ses nouvelles routes de la soie mais l’entente des deux pays n’est pas une priorité ni pour Pékin, ni pour Ankara. La question de la minorité Ouïghoure opprimée par le pouvoir chinois n’est pas abordée par Erdogan car la Chine est trop puissante/dangereuse pour que la Turquie soutienne cette minorité. La Chine n’a pas identifié la Turquie comme un partenaire indispensable non plus, l’alliance n’est pas naturelle.

Turquie – Asie centrale. La Turquie y est en quête constante de partenaire depuis 1990. Soft power amical : transition d’alphabet, cinéma, séries télévisées, échanges commerciaux.

Turquie – Balkans. Le principal objectif d’Ankara (et de Moscou d’ailleurs) consiste à ralentir le processus d’intégration des Balkans dans l’OTAN et dans l’UE.

Turquie – Géorgie. Depuis le début de l’année 2022, les deux pays multiplient les rencontres, afin d’entretenir les relations bilatérales et surtout définir une position commune de la neutralité dans le conflit russo-ukrainien. La Géorgie reste un partenaire économique important pour la Turquie.

Flavie SLIMANI et Maé BAUR (FMES).

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