La politique de défense et de sécurité en Méditerranée vue par Rome et Paris – Convergences et divergences franco-italiennes depuis 2011

Mémoire réalisé par Axel GAUTHIER, réalisé sous la direction de Monsieur Walter Bruyère-Ostells.

RÉSUMÉ

La France et l’Italie entretiennent des relations complexes. La Méditerranée qui les unit, est redevenue un théâtre de conflit et une priorité stratégique majeure. Entre la fin 2017 et le début de l’année 2019, les tensions entre les deux pays ont fait l’objet d’une couverture médiatique de plus en plus régulière. Ces tensions se sont accrues sur de multiples questions telles que leurs politiques et stratégies respectives adoptées en réponse à la crise libyenne, et leurs problèmes nationaux et sociaux respectifs, y compris la question des flux de migrations en Italie. Ce travail de recherche porte sur les enjeux de sécurité et de défense en Méditerranée et la complexité des relations franco-italiennes, en considérant la relation dynamique que ces deux facteurs ont nouée entre eux, et leurs implications concernant l’élaboration d’une politique de défense commune en direction de la rive Sud. Le but est à la fois de dresser un état des lieux et une mise en perspective dynamique de la convergence stratégique franco-italienne dans plusieurs composantes de la Méditerranée, afin d’en apprécier la cohérence d’ensemble mais aussi les éventuels conflits d’approche et d’intérêts sectoriels qui entravent son développement.

Au cours de la dernière décennie, la France et l’Italie ont donc portée toute leur attention sur la Méditerranée, alors que de nouvelles menaces y émergeaient progressivement. Dans ce cadre, l’harmonisation de leurs démarches n’est pas toujours facile. La mise en rapport des cultures stratégiques, fait d’abord apparaître certaines divergences en termes d’emploi de la force militaire, et concernant l’efficacité de la contrainte armée en vue de la solution à apporter à des problématiques politiques complexes à l’intérieur des zones de crise. En matière de politique de défense, les deux pays conservent une culture et des représentations différentes.

Concernant leur projection et les scénarios de déploiement en Méditerranée, les deux États présentent également des différences en termes de priorités politico-stratégiques. Visiblement, l’insuffisance du dialogue stratégique concernant le Maghreb et le Sahel est un cas de figure, pour lequel on a pu constater une différence d’intérêts et d’approches. Le prisme sahélien de la France inclut par exemple la Libye dans un agenda régional de lutte contre le terrorisme, tandis que l’Italie a une vision principalement centrée sur Tripoli, en tant que zone économique privilégiée et plateforme de départ des flux de migrations. Si l’Italie a de fait progressivement intégré l’importance du Sahel, les motifs justifiant le renforcement de sa présence militaire dans la région dénotent bien une différence avec la France en termes d’objectifs politico-stratégiques.

Cette analyse et cette mise en perspective dynamique des différents scénarios fait enfin apparaître la nécessité d’une approche commune des facteurs transverses de l’espace méditerranéen, qui concentrent la majeure partie des difficultés. La relation triangulaire entre terrorisme, migration et instabilité nécessiterait un effort coordonné des gouvernements européens, pour s’attaquer à ces trois phénomènes à la source. La détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire constituant une menace croissante, la France et l’Italie ont cherché et apporté des réponses stratégiques parfois divergentes au défi combiné de la menace djihadiste, des réseaux criminels transnationaux et des migrations. Il conviendrait ainsi d’adopter une approche commune au phénomène migratoire en Méditerranée, en tant que problème de sécurité transfrontalière de l’UE, et générateur de divergence sur le flanc sud. L’absence d’une prise en charge durable de cette problématique régionale, dont la détérioration menace à tout moment de se répercuter sur la relation bilatérale, continuera sans aucun doute d’accaparer l’attention de l’Italie dans l’ordre des priorités stratégiques.