Edito mai 2022

Par l’équipe de direction de l’Institut

Si le mois de mai a été pour les Français consacré à la politique intérieure avec la réélection du président Emmanuel Macron et la préparation des élections législatives, il a été pour les gouvernements du Moyen-Orient et de la rive sud du bassin méditerranéen, un moment difficile qui leur a imposé d’adapter leur politique aux conséquences de la guerre en Ukraine.

Comme nous l’indiquions dans nos précédents éditoriaux, celles-ci sont importantes : sur le plan intérieur elles imposent des interventions sur le prix des denrées de base pour contrer les prix élevés des céréales et éloigner le spectre des émeutes de la faim ; sur le plan diplomatique elles génèrent des postures attentistes : peu d’Etats de la région ont suivi les Etats-Unis et leurs alliés européens dans le soutien effectif à l’Ukraine, pas même Israël pourtant sous forte pression américaine. La bataille diplomatique et informationnelle fait rage. Dans la péninsule arabique comme au Maghreb, les médias russes se déchainent pour instrumentaliser l’anti-occidentalisme ambiant et justifier l’intervention de la Russie. Autre effet collatéral : les Iraniens ne se font plus guère d’illusion sur le retour des Etats-Unis dans l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA), l’administration Biden souhaitant préserver son capital politique pour le combat en cours face à Moscou et Pékin ; la plupart de leurs voisins se font donc progressivement à l’idée que l’Iran atteindra à plus ou moins court terme le seuil de la capacité nucléaire militaire. La question reste de savoir si les dirigeants iraniens décideront ou non de le franchir ouvertement. Israël multiplie en écho les signaux de fermeté en direction du Hezbollah libanais pour bien lui signifier qu’à la moindre provocation, il s’exposerait à des représailles massives, beaucoup plus destructrices que celles de 2006. L’armée israélienne vient en effet de conclure les plus grandes manœuvres militaires de ses 25 dernières années face au Liban et à la Syrie.

Au Liban justement, les élections législatives semblent avoir conforté la mainmise des familles et des communautés sur les prébendes du pouvoir, même si l’on peut noter la poussée de candidats indépendants dénonçant cette mainmise. L’avenir politique et social reste donc sombre.

La tension croissante se fait sentir jusqu’au Maghreb, comme l’illustre la réimposition du service militaire au Maroc face à ce que les Marocains perçoivent comme des menaces grandissantes brandies par l’Algérie.

A l’épicentre de la déflagration, en Ukraine, l’armée russe semble avoir regagné l’initiative des opérations et déroule lentement mais implacablement sa stratégie du rouleau compresseur dans le Donbass. Vladimir Poutine n’aura finalement pas obtenu la victoire symbolique qu’il espérait pour sa parade du 9 mai commémorant la fin des combats de la Seconde Guerre mondiale en Europe ; il n’en poursuit pas moins son agression dans l’Est du pays, espérant qu’avec le temps, la solidarité européenne et atlantique se fissurera, laissant place aux dissensions que le Kremlin est toujours prompt à instrumentaliser. Paradoxalement, cette agression pourrait aboutir pour Vladimir Poutine à l’effet inverse de celui initialement poursuivi. Car force est de constater que l’unité et la nation ukrainienne sont devenues des réalités, que la Russie s’affaiblit et qu’elle n’est plus capable de dissuader ses derniers voisins européens de vouloir rejoindre l’OTAN. Ce mois de mai restera comme celui de la double candidature de la Suède et de la Finlande à leur adhésion rapide à l’Alliance. Ce faisant, la Turquie se retrouve comme souvent à arbitrer entre ses liens stratégiques avec les Etats-Unis, sa dépendance économique avec l’Europe, son intérêt à ménager le Kremlin et sa volonté de profiter de l’affaiblissement russe pour pousser ses pions, notamment en Syrie. Il est probable que les semaines à venir apporteront leur lot de tractations plus ou moins sordides entre Ankara et Washington, pour échanger l’élargissement de l’OTAN contre une main mise sur le Kurdistan syrien.

En attendant, il convient d’espérer que nos députés prochainement élus prendront rapidement la mesure des enjeux géopolitiques, militaires et sécuritaires qui se nouent en ce moment même aux marches de l’Europe et qui impacteront durablement son avenir.

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