Édito lettre de Novembre 2020

Il y a deux millénaires, les peuples du bassin méditerranéen, de l’espace pontique et du croissant fertile attendaient avec anxiété la nomination d’un nouvel empereur romain, espérant que celui-ci ne viendrait ni les envahir, ni soutenir la cause de leurs turbulents voisins. Aujourd’hui, même si la Pax Americana n’est plus la référence et si l’expression Mare Nostrum ne décrit plus la réalité d’une zone morcelée et sous tension, une attente persiste. Comme à l’époque, chacun attend du nouveau maître de la plus puissante armée du monde qu’il soutienne sa cause, sans verser dans des caprices destructeurs. Le parallèle interpelle : le suicide de Néron avait ouvert « l’année des quatre empereurs » caractérisée par une brève guerre civile instrumentalisée par des légions romaines essoufflées par les expéditions lointaines, et excédées par les frasques d’un empereur égocentrique.

Après des semaines d’attente, les augures ont parlé : ce sera Joseph Biden qui prendra possession de la Maison Blanche, fin janvier prochain. Sera-t-il le nouveau Vespasien ? Pour l’instant, il peaufine son équipe, prépare le terrain et laisse entrevoir ce que sera sa politique étrangère : un retour à un multilatéralisme qui préserve les intérêts américains et qui n’enchante ni la Russie, ni la Chine, ni les autocrates et dirigeants populistes de la péninsule arabique et du pourtour méditerranéen. Les Européens sont partagés entre enthousiastes et dubitatifs. Paradoxalement, les plus heureux sont les Iraniens qui  espèrent revenir dans le nouveau « Grand Jeu » qui est en train de se mettre en place et dont le président américain les avait exclus. D’ici là, chacun espère que Donald Trump n’enfouira pas de mines susceptibles d’exploser après son départ.

Ce clin d’œil historique nous semble d’autant plus intéressant que l’on assiste aujourd’hui au triple retour de l’Histoire, des affrontements de puissances et de la géopolitique, n’en déplaise aux esprits précieux qui s’ingénient à nier ce retour pour imaginer un monde nouveau façonné à la fois par la mondialisation des imaginaires et par les urgences sanitaire et climatique, même s’il est indubitable que ces facteurs impactent nos sociétés. Ce qui paraît sûr, c’est que le monde a changé et qu’il ne reviendra pas en arrière. C’est pourquoi il est crucial, encore plus en ces temps de confinement imposé, de stimuler la réflexion stratégique pour ouvrir des horizons et éviter un repli sur soi assurément mortifère.

C’est ce que notre Institut s’efforce de faire en multipliant les décryptages et les vecteurs d’analyse, à l’instar de notre nouvelle collection de podcasts baptisée la « Boussole stratégique » que nous venons d’inaugurer pour stimuler vos réflexions. C’est ce qu’il fait également en maintenant en visioconférence les sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques, mais aussi en continuant d’organiser – dans le respect des  mesures sanitaires – des conférences, des ateliers wargames et des colloques internationaux; le dernier en date était consacré à « L’OTAN face aux défis et opportunités du bassin méditerranéen » (17 novembre 2020). Car en ces temps incertains, il nous faut développer le plus grand nombre d’outils susceptibles d’être utiles, sans jamais être prisonnier d’aucun.


Nous vous invitons à vous forger votre propre opinion en cliquant sur les liens qui parsèment cette lettre.


Bonne lecture et bonne écoute !

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