Édito lettre de Janvier 2021

Ce début d’année 2021 restera marqué par la fin de mandat chaotique de Donald Trump et la prestation de serment de Joe Biden devant un parterre de drapeaux américains se substituant à un public absent non pour cause de pandémie, mais de risque de débordements tant le pays est plus divisé que jamais. Le nouvel hôte de la Maison Blanche aura bien du mal à la rassembler. Ces développements risquent d’accélérer la « désoccidentalisation » du monde, sans qu’une alternative claire ne se présente : la Chine continue sa croissance avec une reprise post-pandémie étonnante, mais le masque d’un soft power bienveillant est tombé : le Covid, Hong Kong, Taïwan ou les Ouïgours témoignent que sa puissance ne sera pas débonnaire. Restent l’Union européenne et la Russie, mais la première est obnubilée par la gestion de la crise sanitaire et du Brexit, tandis que la seconde fait face à des difficultés économiques et de politique intérieure. Nous entrons ainsi dans une période de rapports de force désordonnés, où tous pourront jouer des coudes, puissances globales ou régionales même si, à l’instar du président turc Recep Tayyip Erdogan, un certain nombre d’autocrates semble avoir compris qu’il allait falloir donner des gages de bonne conduite à Joe Biden.

La nouvelle administration démocrate aura fort à faire pour rétablir de nouveaux équilibres dans notre zone de prédilection, qu’il s’agisse du bassin méditerranéen, de l’espace pontique, du Moyen-Orient ou de ses extensions en mer Rouge et dans le golfe Persique. C’est pourquoi notre article du mois décrypte ce que pourrait être l’agenda de Joe Biden dans cet espace éminemment stratégique. Une chose paraît certaine : la nature ayant horreur du vide, les puissances du Moyen-Orient s’invitent, avec leurs rivalités, toujours davantage en Méditerranée, voire même impactent les pays de l’Union européenne par l’intermédiaire de luttes d’influences idéologiques et économiques. C’est en substance le message de notre conférencière ce mois-ci. C’est pour cela qu’il nous a semblé important de rassembler autour de la même table de jeunes représentants des deux rives de la Méditerranée occidentale en organisant la première session méditerranéenne des hautes études stratégiques « 5+5 », en visioconférence cette fois, avant de le faire en présentiel au printemps. L’objectif de ce nouveau programme est de favoriser la connaissance mutuelle et la perception des enjeux partagés des futurs décideurs de cette région si divisée.

Pour vous permettre d’appréhender l’agenda de Joe Biden vis-à-vis de l’Europe et de l’Asie, nous vous invitons à écouter le podcast de Thierry Garcin et à lire l’article d’Arnaud Peyronnet. Car la rivalité globale entre les États-Unis et la Chine devrait se poursuivre sous le mandat du nouveau président. Ce sera d’ailleurs le thème de nos prochains ateliers mensuels wargames & serious games qui connaissent un vif succès ; tous ceux qui veulent tenter l’expérience sont les bienvenus. 

Dans ce contexte très perturbé, l’institut FMES poursuit inlassablement ses actions dans le champ académique et en appui de l’économie de défense en Région. S’agissant du volet académique, nous continuerons de mobiliser les chercheurs au sein de l’OS2MO, nous poursuivrons nos formations en les adaptant au besoin. Nous les élargissons d’ailleurs à nos partenaires à l’instar des sessions méditerranéennes en format 5+5 ; nous les ouvrirons au niveau régional en attirant les jeunes diplômés. Dans le domaine économique, ce contexte milite aussi pour que les entreprises puissent disposer d’un coup d’avance dans leur développement national, européen et international et l’émergence de nouvelles technologies. Notre objectif dans ce domaine est d’aider l’écosystème régional à mieux comprendre l’environnement stratégique et à renforcer sa résilience et la synergie de ses acteurs.

Vous pouvez donc compter sur notre dynamisme et nos expertises croisées pour continuer à vous offrir tout au long de l’année des clés de lecture pour mieux comprendre les dessous des crises en cours et les opportunités de rebonds qu’elles peuvent engendrer.

Bonne lecture et meilleurs vœux,

L’équipe de direction de l’institut FMES