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EDITO LETTRE D’AVRIL 2023

Comme nous l’indiquions dans notre précédent éditorial, les recompositions géopolitiques liées à l’accord de normalisation entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, sous l’égide de la Chine, se poursuivent. Téhéran et Riyad s’apprêtent à rouvrir leurs ambassades et consulats respectifs, tout en annonçant des investissements croisés dans le domaine des hydrocarbures.

Des négociations se déroulent discrètement au sultanat d’Oman pour mettre un terme au conflit yéménite. La situation semble se calmer en Irak. L’Arabie Saoudite se prépare à renouer avec le régime syrien de Bachar el-Assad qui doit maintenant trouver des sponsors pour financer la reconstruction de son pays dévasté par dix années de guerre civile. Le Liban pourrait lui aussi profiter de cette normalisation entre Téhéran et Riyad, si les Saoudiens déversent d’importantes liquidités dans la grande lessiveuse libanaise. La Jordanie vient d’annoncer sa volonté de normaliser ses relations avec l’Iran. En Egypte, le président Sissi accepte de renouer le dialogue avec la Turquie, tout en courtisant l’Inde. Les Emirats Arabes Unis renforcent discrètement leurs partenariats avec la Russie et la Chine.

A quand de nouvelles bases militaires chinoises au Moyen-Orient ? Pendant ce temps, les Etats-Unis se demandent comment rester à moindres frais dans le grand jeu moyen-oriental, tandis que Joe Biden, surfant sur ses bons résultats économiques, dit vouloir se représenter en novembre 2024, indiquant par là-même à Vladimir Poutine qu’il serait imprudent pour lui de miser sur l’arrêt de l’aide militaire américaine à l’Ukraine.

Pour l’instant, le perdant de cette recomposition semble bien être Israël qui s’enfonce chaque jour davantage dans une nouvelle Intifada qui ne dit pas son nom, dans un contexte d’extrême division de la société civile alors que l’Etat célèbre son 75e anniversaire dans l’indifférence internationale. Des sondages récents montrent que les deux-tiers de la population palestinienne soutiennent la formation de groupes armés indépendants ; 70 % estiment inéluctable l’éruption d’une nouvelle confrontation de grande ampleur. Dans ce contexte délétère, l’Arabie Saoudite tourne désormais le dos aux accords d’Abraham et accueille ostensiblement des responsables du Hamas.

Le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou a compris que la dimension « anti-Iran » de ces accords était durablement mise de côté par ses partenaires golfiens, même si la coopération technologique et économique se poursuivait. Les stratèges israéliens réactivent donc un « axe Nord » d’endiguement de l’Iran qui passe par la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. C’est une mauvaise nouvelle pour les Arméniens qui risquent d’en faire les frais et qui ne peuvent plus compter que sur les Iraniens pour les défendre, les Russes étant occupés en Ukraine. Le torchon brûle en effet entre Téhéran et Bakou.

En Turquie, le président Erdogan fait tout ce qui est en son pouvoir pour être réélu et gagner les élections générales du 14 mai prochain ; nul doute qu’il a négocié sa future posture géopolitique avec le Kremlin et la Maison Blanche, en échange de leur soutien discret ou de leur neutralité. Il est vrai qu’il ne manque pas d’atouts, tant envers Moscou que Washington, notamment s’agissant de l’adhésion de la Suède à l’OTAN puisqu’il a déjà avalisé ce mois-ci l’entrée de la Finlande dans l’Alliance. Pour le Kremlin c’est le prix à payer pour conserver avec Ankara une porte d’entrée dans l’économie européenne qui lui permet de contourner les sanctions.

Plus à l’ouest, au Maghreb, les jeux géopolitiques sont moins visibles mais les tensions internes subsistent. La Libye n’a toujours pas planifié ses élections et le spectre de la partition plane. En Tunisie, Kaïs Saïed enferme les opposants et entraine son pays vers la faillite. L’Algérie, confrontée à une situation sécuritaire préoccupante au Sahel, montre son hyper sensibilité en reportant la visite officielle à Paris du président Tebboune et en refusant la nomination d’une diplomate marocaine comme représentante de l’Union du Maghreb arabe à l’Union Africaine. Le Maroc semble être le plus épargné dans ce jeu régional, développant son influence en particulier avec l’Espagne, tout en battant froid la France.

Face à ces recompositions et à ces tensions croissantes, la France et l’Union européenne, obnubilées par la guerre en Ukraine, les rivalités industrielles mais surtout leur situation socio-économique, semblent à la peine pour définir une vision d’ensemble. Seule celle-ci leur permettra pourtant de gagner en proactivité, afin d’échapper à la tyrannie des politiques réactives et défensives qui les aveuglent sur les enjeux du long terme. C’est pour cela que nous avons décidé de créer un Prix FMES Géopolitique pour encourager la recherche et la réflexion stratégique dans ce domaine crucial pour l’avenir. Ce prix décerné chaque année récompensera un ouvrage analysant des sujets géopolitiques actuels. Rendez-vous lors de notre soirée parisienne, le 16 novembre prochain, pour découvrir le lauréat de cette première édition.

L’équipe de direction de l’Institut

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