EDITO – JUILLET & AOÛT 2023

Par l’équipe de direction de l’institut FMES

Le sommet d’élargissement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui vient de se tenir à Prétoria (24 août) illustre l’accélération de la désoccidentalisation du monde, en particulier dans notre région de prédilection. L’Iran, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Éthiopie rejoindront les BRICS le 1er janvier 2024. C’est un succès diplomatique pour la Chine et une démonstration de plus de l’autonomisation stratégique de notre Sud qui s’émancipe chaque jour davantage du bloc occidental sans qu’on puisse aujourd’hui déterminer le positionnement du curseur de son antagonisme à l’égard des États-Unis et de l’Europe. La posture de l’Inde est sur ce plan déterminante. Le Premier ministre Narendra Modi caractérise l’école du « multi-alignement » : il n’est pas hostile aux autocrates, il priorise le développement économique, il a besoin de la Russie tout en critiquant son invasion de l’Ukraine, il cherche enfin à échapper à la mainmise chinoise, tout en captant les investissements de Pékin et en maintenant de bonnes relations avec l’Europe et les États-Unis. Pour Téhéran, Le Caire, Riyad, Abou Dhabi et Addis-Abeba, intégrer les BRICS est donc une manière élégante d’adopter une posture à 360 degrés, sans mettre tous leurs œufs dans les paniers russe et chinois.

Pour la Chine et la Russie, la logique est plus confrontationnelle. Les BRICS, au-delà de leur utilité économique, constituent un outil très précieux qui leur permet de démultiplier leur posture stratégique continentale structurée aujourd’hui autour de l’Organisation de Coopération de Shanghai (qui intègre l’Inde, le Pakistan et depuis peu l’Iran) en s’immisçant au-delà des océans dans l’espace stratégique maritime traditionnellement contrôlé par les États-Unis.

D’autres signaux soulignent les recompositions géopolitiques au Moyen-Orient. Les Émirats Arabes Unis ont annoncé qu’ils allaient participer à des exercices aériens en Chine, au grand dam du Pentagone qui craint de voir fuiter certaines technologies militaires sensibles. L’Arabie Saoudite discute ouvertement de coopération nucléaire civile avec la Chine, probablement pour faire monter les enchères avec Washington, suscitant l’inquiétude d’Israël qui cherche toutefois à normaliser ses relations avec Riyad. Le gouvernement israélien fait face à une Intifada à bas bruit (les attentats se sont multipliés cet été) et aux manifestations de tous ceux qui contestent les réformes institutionnelles en cours, notamment une partie des réservistes qui refusent de servir dans l’armée. Ces évolutions semblent faire le jeu de l’Iran, mais aussi de l’Arabie Saoudite qui s’impose comme un acteur incontournable, comme en témoigne la réouverture réciproque des ambassades et consulats iraniens et saoudiens et les récents investissements saoudiens en Irak. Le Liban en profite pour sortir la tête hors de l’eau, espérant le retour des capitaux saoudiens. Dans cette atmosphère positive, le lancement officiel de l’exploitation des champs gaziers au large du Liban est une bonne nouvelle pour le pays du Cèdre.

L’été a également été l’occasion de démontrer que l’Afrique n’échappait pas au phénomène de découplage vis-à-vis de l’Europe et de la France. Ce qui pose une difficulté particulière en raison de la porosité croissante entre ce continent et l’Europe. Les dominos tombent les uns après les autres et les coups d’état au Niger et au Gabon nous imposent de revoir notre stratégie et de faire des choix.

Comme nous le laissions entendre dans notre éditorial de juin, Evguéni Prigojine n’aura pas survécu longtemps à sa tentative ratée de coup d’état en Russie. Vladimir Poutine s’est montré impitoyable tout en semblant anticiper les conséquences collatérales de l’élimination de l’ancien chef du groupe Wagner. Pendant ce temps, l’armée ukrainienne grignote du terrain et multiplie les attaques de drones sur le territoire russe, accroissant la pression à l’encontre du Kremlin qui pourrait tenter une contre-offensive en diversion. Le combat s’enkyste et reste indécis. Il est difficile d’anticiper qui va prendre l’ascendant dans ce choc des volontés.

En attendant de voir comment les opérations tourneront, l’Institut évalue les ouvrages en lice pour son premier prix géopolitique FMES et se mobilise pour finaliser nos prochaines Rencontres Stratégiques de la Méditerranée qui se dérouleront à Toulon, au palais Neptune, les 9-10 novembre prochains au cours desquelles tous ces sujets seront abordés. Vous y êtes tous très cordialement invités.

Bonne rentrée !

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