Edito d’octobre 2022

Par l’équipe de direction de l’Institut

Il y a un an exactement, Joe Biden et Xi Jin Ping s’entretenaient en tête à tête pendant trois heures pour évoquer la marche du monde. L’heure semblait aux conciliabules entre les deux grands maitres du monde. Vladimir Poutine procédait de son côté à la destruction de l’un de ses propres satellites pour prouver sa capacité de guerre hybride et leur rappeler qu’il restait un perturbateur incontournable de la géopolitique mondiale avec lequel il fallait compter. Depuis, il a franchi une étape et a ouvert la boîte de Pandore, encourageant les rivalités désinhibées de la puissance militaire.

Aujourd’hui, le 20e congrès du parti communiste a conforté Xi Jin Ping à la tête de la Chine pour 5 années supplémentaires, avec Taïwan dans son collimateur ; c’est le thème de notre première conférence mensuelle. Joe Biden, fragilisé, espère quant à lui conserver la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat qui se dérouleront dans quelques jours ; il aura sans doute du mal à y parvenir. Vladimir Poutine comprend probablement que son mandat pourrait se terminer tragiquement, pour lui et pour la Russie. Il ne montre aucune faiblesse, durcit sa posture et renforce sa main mise sur la société russe. Il gagne du temps, misant sur la défaite de Joe Biden au Congrès et sur la division du camp européen. Il renforce sa propagande anti-occidentale sur le flanc sud, en particulier en Afrique, rappelle à tous qu’il peut escalader et pratiquer la stratégie de la terre brûlée sans même recourir à son arsenal nucléaire. Les explosions sur les gazoducs North-Stream, s’il est difficile de les attribuer, pourraient manifester un signal en ce sens : demain, les câbles sous-marins et les satellites pourraient constituer de prochaines cibles.

Le maître du Kremlin semble d’autant plus conforté dans cette stratégie que l’Union européenne cherche toujours sa boussole stratégique et affiche ses divisions politiques, énergétiques et industrielles. La montée des populismes, en Italie ce mois-ci après la Suède en septembre, fragilise un peu plus la « maison commune » voulue par les pères-fondateurs. Les Britanniques ricanent et font feu de tout bois pour avancer leurs pions et ressusciter le Commonwealth ; la nomination inédite de Rishi Sunak, nouveau Premier ministre britannique d’origine indienne marié à l’une des plus grosses fortunes de l’Inde, pourrait les y aider.

Pendant ce temps, certains acteurs régionaux poussent leurs pions à bas bruit et préparent leurs prochains coups, tel le président turc R. T. Erdogan qui a en tête les élections générales de 2023 et la commémoration du centenaire de la République turque moderne. En levant l’embargo sur les armes américaines à Chypre et en annonçant son retour sur place, les Etats-Unis lui signifient pourtant qu’ils ne resteront pas inactifs en cas d’action intempestive sur cette île, qui aurait pour conséquence de transformer la Méditerranée orientale en un lac russo-turc lié à l’Iran. A cet égard, la conclusion il y a deux semaines de la très longue et difficile négociation sur la délimitation maritime entre Israël et le Liban, sous l’égide et la protection des Etats-Unis, pourrait constituer un game changer dans cette partie du bassin méditerranéen. 

Tandis qu’Israël reste concentré sur ses élections législatives du 1er novembre, en Iran ce mois d’octobre restera marqué par une contestation dont l’ampleur pourrait déstabiliser le régime. Pour la première fois depuis 1979, il ne s’agit pas d’émeutes socio-économiques ou de manifestations contestant le résultat d’élections, mais d’une remise en cause directe de la mainmise théocratique du clergé sur le pouvoir temporel. Ces manifestations autour du port du voile obligatoire par les femmes ne sont que la partie émergée d’un ras-le-bol général au sein d’une population jeune qui souhaite davantage de libertés dans la sphère privée. Les gardiens de la révolution (pasdarans) l’ont compris ; ils n’ont pour l’instant pas pris parti et attendent de voir comment les évènements tourneront. Il n’est pas impossible qu’au bout du compte, ils en profitent pour marginaliser le clergé et prendre officiellement le pouvoir, poussant un agenda moins idéologique, mais hypernationaliste. N’ayant plus la légitimité théocratique, ils pourraient être tentés par la légitimé conférée par la capacité nucléaire militaire.  

Bref, les sujets de réflexions et d’analyse ne manqueront pas lors des secondes Rencontres stratégiques de la Méditerranée qui se dérouleront à Toulon les 9 et 10 novembre 2023, dans un an exactement. En attendant, la FMES est très fière d’avoir lancé sa première Session maritime méditerranéenne (S2M) et la montée en puissance de ses Sessions méditerranéennes des hautes études stratégiques (SMHES) pour sensibiliser des auditeurs de tous horizons aux enjeux stratégiques maritimes de notre bassin méditerranéen.

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