Conseils de lecture été 2022

Revue Moyen Orient n°55, Bilan géostratégique 2022, le Moyen orient à l’ombre de l’Ukraine (juillet -septembre 2022), 10,95€

Comme chaque année, le magazine Moyen-Orient publie son numéro « bilan » de l’été. Au programme, un tour d’horizon pays par pays du Moyen Orient élargi, le tout accompagné de plusieurs analyses consacrées aux conséquences de la guerre en Ukraine dans la région. Le numéro s’ouvre en outre sur un long entretien avec notre directeur général Pascal Ausseur, qui les changements géopolitiques en Méditerranée orientale : rôles et ambitions de la Chine, de la Russie, de la Turquie et de la France, enjeux gaziers et multiples impacts de la guerre en Ukraine.

Le lecteur appréciera l’accessibilité des propos, où universitaires et journalistes réussissent brillamment à concilier synthèse, clarté et sens de la nuance. Chaque article est accompagné de nombreux graphiques, et d’une carte, dont on peut souligner tout à la fois le détail et parfois l’originalité, avec notamment de nombreuses cartes urbaines rarement vues.

Nous ne pouvons que vous recommander ce numéro, utile à tous, aussi bien ceux qui souhaitent profiter de l’été pour mettre à jour leur culture générale de la région, qu’aux étudiants et universitaires à qui il apportera une aide précieuse. En revenant sur les processus politiques de fond, la revue complète en outre parfaitement notre Atlas Stratégique qui analyse de façon approfondie la dimension militaire et géostratégique.

M.S

Revue Outre-Mers, N° 414-415 : “1962-2022. Algérie-France, réflexions et matériaux sur un interminable divorce” (juin 2022), 35€

Ce numéro d’Outre-Mers est dirigé par Pierre Vermeren, normalien, agrégé d’histoire et professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste des sociétés berbères et arabes contemporaines. Il n’offre pas moins de seize contributions sur cette thématique France/ Algérie, ainsi que des bibliographies et recensions de divers ouvrages d’histoire coloniale.

L’ouvrage présente des contributions particulièrement variées, sur des thématiques bien souvent inconnues du grand public, telles que le rôle de certaines communautés catholique et le maintien de l’Eglise. L’expérience algérienne contribua ainsi à amener un changement profond dans la ligne théologique et politique de l’église envers l’islam. Une contribution revient également sur la période transitoire et l’ascension de Ben Bella, une autre s’intéresse à la politique des logements en faveurs « des rapatriés », aux premières recherches des disparus, ou encore à la diversité sociale et aux motifs d’engagement des harkis.

Pierre Vermeren s’interroge lui sur la place singulière en France de ces mémoires, à l’heure où les derniers acteurs de cette guerre disparaissent et où seuls quelques témoins demeurent. La guerre Algérie bénéficierait ainsi d’un « privilège mémoriel », à l’inverse d’autres évènements violents de notre histoire, par exemple « le génocide » vendéen ou la Commune. L’historien en appelle à réconcilier les citoyens français non par la mémoire mais par l’histoire, outil de paix, capable d’apaiser les conflits mémoriels. Cela suppose la liberté de travail des historiens sur les deux rives. Mais la transformation en débats d’historiens ne mettra pas fin aux controverses politiques et historiques, aussi peut-on nuancer les fonctions cathartiques de l’histoire que l’auteur appelle de ses vœux…

M.S

Amiral James Stavridis & Elliot Ackerman : 2034, Gallmeister (traduction française), 2022, 372 p., 23,80€

Chaque été, nous recensons une fiction qui illustre nos thématiques géopolitiques ou régionales. Cette année, nous avons jeté notre dévolu sur le roman « 2034 » de l’amiral James Stavridis, ancien chef d’état-major de l’US Navy, épaulé pour l’occasion par Elliot Ackerman, ex-Marine reconverti dans l’écriture et le journalisme. Les deux auteurs imaginent une confrontation majeure entre les Etats-Unis et la Chine à l’horizon 2034, impliquant certains acteurs tels que la Russie, l’Inde et l’Iran. On pourra regretter la quasi-absence de l’OTAN et des Européens dans ce scénario très remarquablement ficelé, mais cela illustre bien le paradigme dominant à Washington. 

A l’inverse de « La Flotte fantôme » évoqué l’été dernier, il ne s’agit pas vraiment d’un techno-thriller à la Tom Clancy, mais plutôt d’un roman de (géo)politique-fiction fondé sur le piège de Thucydide, lorsqu’une puissance émergeante (ici la Chine) vient défier une puissance établie, non pour l’éliminer, mais pour la battre de telle manière que chacun comprenne qui est désormais le plus fort, à terre comme en mer. Car c’est justement en mer que se situe l’action principale de ce roman qui voit s’affronter des flottes chinoises et américaines. A cet égard, le seul point commun entre « 2034 » et « La Flotte fantôme » reste la critique sévère d’une course à la technologie et à la cybernétique montrant les risques et les vulnérabilités de ces outils face à un agresseur ayant pris un avantage décisif dans ces domaines. Sans remettre en cause le besoin de sophistication et d’armes de précision, les auteurs plaident pour davantage de rusticité, de flexibilité et d’effecteurs capables d’encaisser et rendre des coups. Les scènes de combat montrent bien la violence du combat naval et l’intensité des pertes une fois le seuil de saturation franchi. C’est ce que les plus hautes autorités militaires françaises martèlent face à un retour de la compétition de puissance illustré notamment par les postures de la Russie, de la Chine, de la Turquie et de l’Iran.

Sans en révéler la trame ni les rebondissements, l’originalité de « 2034 » consiste à décrypter les mécanismes de l’escalade nucléaire entre deux grandes puissances, tout en conférant un rôle crucial à l’Inde qui s’impose au fil des pages, du point de vue des auteurs, comme l’acteur clé apte à équilibrer les rapports de force en Asie du sud et en océan Indien. Bref, un ouvrage captivant, bien écrit et stimulant alliant détente et réflexion.   

P.R.

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