Confrontation Israël-Iran (avril 2024) : escalade maîtrisée ?

La partie visible de ping-pong entre Israël et l’Iran (1er-19 avril 2024) semble terminée. Vous pouvez en suivre les modalités à travers cette carte. La FMES vous a éclairé tout au long du mois d’avril sur ces évènements.

Nul doute que les très fortes pressions exercées par les Etats-Unis d’un côté, et par la Chine et la Russie, de l’autre, ont contribué à calmer les belligérants et éviter l’escalade, pour le plus grand soulagement des acteurs régionaux. Chacun y a finalement trouvé son compte. Israël a surpris le régime iranien en se montrant imprévisible et audacieux, restaurant partiellement sa posture dissuasive très dégradée après les attaques du 7 octobre. Israël a également montré la très grande efficacité de son système antimissile et sa capacité à frapper n’importe quel point du territoire iranien (19 avril, jour du 85ème anniversaire de l’ayatollah Ali Khameneï), démontrant par là même que le programme nucléaire iranien était vulnérable. De son côté, le régime iranien a sauvé la face et a démontré publiquement sa capacité à affronter directement Israël si nécessaire, laissant peser la menace d’une capacité de saturation du système de défense israélien, et redorant son blason auprès de sa population et de ses affidés à l’heure où certains d’entre eux (régime syrien, Hezbollah, Houthis) semblent s’autonomiser progressivement de la tutelle de Téhéran.

Cette séquence risque en revanche :

  • 1) d’accélérer l’affrontement clandestin entre Israël et l’Iran (attaques cybernétique, incidents navals, attentats, assassinats ciblés, sabotages).
  • 2) de relancer l’affrontement via les proxys (Hezbollah, Houthis au Yémen, milices chiites en Irak et en Syrie) ; le Sud Liban va très certainement redevenir le point focal de l’effort opérationnel israélien pour affaiblir le Hezbollah perçu comme l’allié le plus précieux du régime iranien et la menace la plus immédiate pour Israël. Le gouvernement israélien semble bien décidé à réduire par la force toute présence militaire du Hezbollah au sud de la rivière Litani, conformément à la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU (2006).
  • 3) d’accélérer la séquence israélienne sur Gaza puisque Benyamin Netanyahou a communiqué sur le fait qu’il aurait eu le feu vert de la Maison Blanche pour agir sur Rafah en échange de « modération » en Iran ; Israël aurait obtenu un feu vert de 6 semaines pour agir sur Rafah, en laissant l’aide humanitaire parvenir à Gaza, via notamment le port artificiel que les Etats-Unis sont en train d’installer sur place.
  • 4) d’amener probablement le régime iranien à réexaminer sa doctrine nucléaire, pour accélérer son programme atomique afin de tangenter le seuil nucléaire, puisqu’il a compris qu’il ne pouvait pas compter sur ses moyens conventionnels pour sanctuariser son territoire ; à moins que la Russie ne lui livre rapidement les systèmes sol-air S-400 et les chasseurs Su-35 promis de longue date, ce dont on peut douter compte-tenu des besoins sur le théâtre ukrainien.
  • 5) de redonner de l’air à Benyamin Netanyahou pour tenter de retarder l’échéance d’élections générales anticipées en Israël qui pourraient précipiter sa chute.
  • 6) de renforcer les membres du clergé iranien qui exercent le pouvoir, face aux ambitions des Gardiens de la Révolution (pasdarans) dont les résultats opérationnels, tant offensifs que défensifs, ont été très décevants ; Ebrahim Raïssi a donc toutes les chances d’être réélu pour un second mandat présidentiel en juin 2025, à moins d’un aggiornamento causé par le décès du Guide suprême.

L’équipe de direction de l’Institut FMES

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