En Afrique, les investissements économiques sont devenus des instruments majeurs de projection de puissance et d’influence. Derrière le développement des ports, des corridors logistiques, des infrastructures énergétiques ou des réseaux numériques se jouent en effet des ambitions qui dépassent largement le seul cadre économique : les puissances extérieures cherchent à s’implanter durablement, à sécuriser leurs approvisionnements, à consolider leurs partenariats stratégiques et, plus largement, à peser sur les normes et les équilibres politiques du continent. Cette compétition mobilise une grande diversité d’acteurs — États, entreprises publiques, fonds souverains, institutions financières internationales ou encore investisseurs privés — dans un espace dont le poids démographique, l’abondance des ressources naturelles et la position stratégique en font un enjeu croissant de la recomposition de l’ordre international.
La Chine a ainsi construit en deux décennies un réseau d’influence particulièrement dense, notamment à travers le financement et la réalisation de grands projets d’infrastructures. Toutefois, sa position dominante est désormais concurrencée par une pluralité d’acteurs, parmi lesquels la Turquie, les États du Golfe, l’Inde, les États-Unis et les puissances européennes, qui cherchent à consolider ou à renouveler leur présence sur le continent. La Russie occupe, quant à elle, une position beaucoup plus limitée sur le plan économique, malgré une présence accrue dans certains secteurs stratégiques. Cette multiplication des acteurs ne signifie cependant pas que les États africains seraient de simples objets de rivalité. Au contraire, ceux-ci disposent de leurs propres stratégies et cherchent à tirer parti de la concurrence entre puissances en diversifiant leurs partenariats, en négociant leurs dépendances et en mobilisant les investissements extérieurs au service de leurs priorités nationales. L’Afrique apparaît ainsi non seulement comme un espace de compétition entre puissances, mais également comme un espace d’arbitrage et de négociation dans lequel les États africains cherchent à renforcer leurs marges de manœuvre et à affirmer leur souveraineté.