MODULE I : Comprendre l’Afrique
Session 1: La Corne et l’Est de l’Afrique
Les 19 et 20 février 2026 s’est tenu le deuxième séminaire consacré à l’Est et à la Corne de l’Afrique dans le cadre de la Session des Hautes Études Géopolitiques.
La première journée s’est ouverte avec l’intervention du Professeur Medhane Tadesse (IMAF/IRD) sur la guerre au Tigré. Il a replacé le conflit dans l’histoire politique éthiopienne (construction de l’État, relations centre-périphérie, question des nationalités), avant d’analyser la rupture entre le gouvernement d’Abiy Ahmed et le TPLF. Il a également évoqué les alliances militaires, les dimensions régionales et internationales du conflit, les limites de l’accord de Pretoria (novembre 2022) et les interrogations sur l’avenir de la fédération éthiopienne et le rôle de l’Union africaine.

Le Dr Florian Fontrier (OFPRA) a ensuite abordé les rivalités régionales et l’implication croissante des puissances du Golfe. Il a souligné les ambitions maritimes de l’Éthiopie, les tensions autour du Grand barrage de la Renaissance (GERD), le rôle stratégique de Djibouti et les recompositions géopolitiques illustrées par les évolutions récentes concernant le Somaliland.

Thierry Vircoulon (chercheur associé à l’IFRI) a clôturé la journée en analysant la guerre au Soudan et la situation au Tchad. Il a retracé les dynamiques historiques et récentes de la guerre au Soudan, marquée par la prise d’El Fasher, l’intensification des offensives des FSR au Kordofan et la multiplication de milices communautaires, notamment dans l’est du pays. Il a souligné le rôle des sponsors extérieurs (Émirats Arabes Unis, Turquie, Égypte et Arabie Saoudite) dans la poursuite du conflit, analysé l’échec des médiations sous Donald Trump et abordé la sécession entre le Soudan et le Soudan du Sud.

Enfin, il a enchaîné sur la situation au Tchad, soulignant que la transition tchadienne illustre une dynamique fréquemment observée en Afrique, caractérisée par une confiscation du pouvoir et une absence de redistribution, sources de problèmes structurels majeurs.
La deuxième journée a porté sur la gestion des conflits. Le Professeur Tadesse a présenté le rôle de l’IGAD et des organisations régionales est-africaines dans les processus de paix, tout en mettant en évidence leurs limites structurelles (rivalités internes, manque de capacités, déficit de leadership).

La matinée s’est poursuivie avec l’intervention du Capitaine de Vaisseau Geoffroy Roussel sur les enjeux stratégiques de la mer Rouge et le rôle de la France dans cette zone géopolitique majeure. La présentation a détaillé les caractéristiques et dynamiques propres à chaque pays riverain, en soulignant l’importance cruciale du détroit de Bab el-Mandeb et du canal de Suez pour le commerce maritime international. La crise de 2023 liée aux attaques des Houthis a été abordée, ainsi que les adaptations du trafic maritime et le renforcement de la présence navale internationale pour assurer la sécurité dans la région. Enfin, l’intervention a mis en avant le rôle stratégique de Djibouti comme hub logistique et acteur central de la stabilité régionale.

La journée s’est conclue par l’intervention du Dr Niagalé Bagayoko, directrice de la formation, qui a analysé l’engagement des acteurs internationaux dans la Corne de l’Afrique, en particulier la Turquie, Israël, l’Iran, le Qatar, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite. Elle a mis en lumière leurs motivations géostratégiques et leur recherche d’alliés dans le cadre de conflits régionaux. La proximité de la Corne de l’Afrique avec le Golfe en fait la première région africaine où se concentrent les politiques étrangères de ces États, soulignant son rôle majeur dans leurs rivalités et ambitions régionales.