Nouvelle guerre

La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février 2026 dépasse très largement le champ du Moyen-Orient. Elle s’inscrit à la fois dans le champ des rivalités entre acteurs globaux (Etats-Unis, Chine, Russie) et dans le champ des rivalités régionales entre les quatre principaux acteurs que sont Israël, l’Iran, la Turquie et l’Arabie Saoudite. L’organisation, en parallèle par Washington, d’un premier sommet « Bouclier des Amériques » en témoigne. Les répercussions de cette nouvelle guerre sont mondiales et multiples, à commencer pour la péninsule arabique. C’est le thème de notre carte[1] et de notre conférence du mois[2].

Quatre semaines après le début des hostilités qui se poursuivent, il est encore trop tôt pour tirer les premières leçons de cet affrontement majeur. Il convient de rester prudent et d’attendre que la poussière retombe pour y voir un peu plus clair. Mais il est toutefois possible de formuler quelques constats : la force  l’emporte désormais systématiquement sur la diplomatie ; même décapité, le régime iranien fait preuve d’une résilience et d’une résistance qui laissent penser que ce conflit est en train de se transformer en une guerre d’usure[3] ; ce même régime iranien est en cours de militarisation accélérée, au détriment du clergé ; autant les objectifs israéliens (détruire les programmes nucléaire et balistique, affaiblir au maximum le régime à défaut de le faire chuter) et iraniens (survivre, maximiser le coût pour D. Trump et B. Netanyahou, imposer le tempo d’un éventuel cessez-le-feu) paraissent limpides, autant les objectifs de la Maison Blanche sont flous et changeants, ce qui place son hôte dans une posture délicate. Le président américain cherche manifestement un narratif et une porte de sortie pour s’extraire de cette guerre très impopulaire aux Etats-Unis. De leur côté, les dirigeants israéliens et iraniens sont prêts à croiser le fer pendant des mois, conscients chacun du caractère existentiel de cette guerre pour le peuple d’un côté, pour le régime de l’autre. Donald Trump et le Pentagone n’ont toutefois pas dit leur dernier mot et le mois d’avril pourrait être riche en surprises et rebondissements militaires.

Pour l’instant, les principales conséquences de cette guerre sont énergétiques et économiques. La fermeture du détroit d’Ormuz[4] et les attaques d’infrastructures pétrolières et gazières sur les deux rives du Golfe persique ont provoqué une hausse très importante des prix des hydrocarbures et une réduction significative de leur production. Outre le peuple iranien qui espérait un changement de régime, les grands perdants de cette guerre sont, à des degrés divers, les monarchies de la péninsule Arabique. Leur soft-power est durablement écorné, leur hard-power a montré ses limites, la garantie de sécurité des Etats-Unis a montré ses limites et le soutien chinois est inexistant, laissant imaginer de futures recompositions stratégiques. Seule l’Arabie Saoudite pourrait s’en tirer moins mal que les autres pétromonarchies[5]. Si elle avance prudemment ses pions, c’est la Turquie qui pourrait tirer profit de cette nouvelle guerre, comme le souligne notre article du mois[6]. De son côté, l’Ukraine fournit des systèmes anti-drones aux armées du Golfe, tandis que la Russie alimente l’Iran en drones et en renseignements militaires, à défaut de lui livrer des intercepteurs et des missiles sol-air, illustrant la façon dont ce conflit impacte également la guerre en Ukraine. Tapie dans l’ombre, la Chine observe et attend, tirant probablement ses propres conclusions pour le dossier taïwanais.

Pour la France, l’enjeu est de taille : défendre ses intérêts sans se laisser entraîner dans une guerre qui n’est pas la sienne tout en honorant ses engagements auprès de ses partenaires du Moyen-Orient pour montrer qu’elle reste fiable et crédible. C’est également le sens du discours sur la dissuasion nucléaire qu’Emmanuel Macron a prononcé sur la base de l’Île Longue. Le facteur nucléaire redevient une donnée majeure de l’équation stratégique globale et de nombreux acteurs sont tentés de l’instrumentaliser ou de la contourner, comme le décryptera Olivier Zajec, notre conférencier du mois[7]. La Dissuasion nucléaire n’est pas suffisante pour éviter toute agression et le réarmement du pays, dans toutes ses composantes, doit devenir une priorité. Si sur le plan énergétique le parc nucléaire civil permet à la France d’être moins impactée que ses partenaires européens par les soubresauts pétroliers et gaziers, beaucoup reste à faire, en particulier en termes de réindustrialisation. Dans la rivalité grandissante qui oppose acteurs globaux et régionaux, la France a enfin tout intérêt à miser intelligemment sur ses outre-mer[8], comme le démontre la dernière étude que la FMES vient de réaliser dans le cadre de l’Observatoire Marine 2040 et dont nous publierons bientôt une version synthétique pour nourrir un débat public constructif en vue des échéances électorales de l’année prochaine.

L’équipe de direction de l’Institut


[1] La guerre contre l’Iran à l’intersection des rivalités globales et régionales – Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques

[2] Les bouleversements géopolitiques en Moyen-Orient/Méditerranée et leurs effets en France – Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques

[3] Guerre au Moyen-Orient : quels scénarios pour la suite ?

[4] https://www.linkedin.com/posts/pascal-ausseur_interview%C3%A9-par-delphine-liou-de-france-24-share-7439070240916897792-zIiy?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAADPCcbEBQRoRgdXMfkWZMXi9eJhHySTDDzw

[5] Guerre au Moyen-Orient : les monarchies du Glofe prises au piège ?, 28 minutes ARTE. Disponible ici : https://youtu.be/OnYgD0Y9-9Y?si=BUMauExI_I_piPNT

[6] La Turquie et la guerre d’Iran de 2026 – Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques

[7] Conférence Olivier Zajec – Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques

[8] Cap sur les outre-mer français – Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques

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