L’importance du corridor Balkans-Caucase pour l’Union européenne

Le corridor englobant les Balkans et le Caucase, bien que peu médiatisé, est très important pour l’Union européenne (UE) à plus d’un titre.

Tout d’abord, il s’insère dans le dernier tronçon des corridors eurasiatiques qui relient l’Europe à la Chine (Belt and Road Initiative) via l’Asie centrale riche en hydrocarbure et ressources naturelles. Avec la guerre en Ukraine et la Russie sous sanctions internationales, le corridor Balkans-Caucase représente la voie terrestre et ferroviaire la plus sûre et la plus rapide entre l’Asie du Nord et l’Europe facilitant l’exportation de biens manufacturés. C’est aussi par cet axe que s’opère en priorité le contournement des sanctions à l’encontre de la Russie, notamment via la Turquie, plaque tournante régionale de cette stratégie de contournement.

C’est ensuite par ce corridor que transite une part significative (25 %) des hydrocarbures importés par l’UE, notamment pour alimenter certains Etats du centre et du sud de l’Europe, tout particulièrement l’Italie, l’Allemagne, la République tchèque, la Croatie et dans une moindre mesure la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie.

Le corridor des Balkans constitue par ailleurs un axe de transit relativement important des flux migratoires illégaux (6 543 passages annuels en juin 2025). Ces derniers sont facilités par la présence de puissantes mafias qui exploitent cette manne humaine et financière, tout particulièrement dans les Balkans. Ces mêmes mafias renforcent à la fois leurs activités criminelles (drogue, trafics d’armes et d’êtres humains, blanchiment d’argent sale, cybercriminalité) et leurs réseaux de corruption, parfois en synergie avec les pouvoirs en place, fragilisant l’Union européenne dans son ensemble tout en ciblant certains Etats membres touchés par un fort taux de corruption (Hongrie, 82e au classement mondial des pays les moins affectés par la corruption, Bulgarie, 76e et Roumanie, 65e) et d’autres Etats des Balkans candidats pour rejoindre l’UE (Bosnie, 114e, Serbie, 105e et Albanie, 80e).

Ce corridor Balkans-Caucase est devenu en outre, au fil des décennies, un axe de pénétration vers l’Europe de l’Islam, instrumentalisé par la Turquie et les monarchies du Golfe. Il est aujourd’hui utilisé par des djihadistes et des terroristes du Moyen-Orient, d’Afghanistan et d’Asie centrale pour s’infiltrer en Europe.

Enfin, ce corridor se trouve à l’intersection des rivalités géopolitiques entre grandes puissances et acteurs régionaux. L’implication très forte cet été de la Maison Blanche pour aboutir à un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (9 août 2025) et la mise en place d’une « Voie Trump pour la paix et la prospérité (TRIPP) » reliant la Turquie à l’Azerbaïdjan via l’enclave du Nakhitchevan et le corridor de Zangezour, en témoigne. Cet accord renforce « l’Axe turcique » promu par le président turc R.T. Erdogan. En s’imposant comme le protecteur de cet étroit corridor placé au carrefour des intérêts est-ouest de l’Azerbaïdjan et de la Turquie et des intérêts nord-sud de la Russie et de l’Iran, les Etats-Unis et son allié azerbaidjanais Aliev marginalisent la Russie et l’Iran. Reste à savoir si le silence russe, peut-être échangé contre un accord sur l’Ukraine persistera, car pour le Kremlin comme pour le gouvernement iranien, il est crucial de contrôler ce point de passage clé sur l’axe terrestre qui relie les deux pays et leur permet de contourner une partie des sanctions. D’autant plus que les relations entre l’Iran et

la Turquie restent teintées de méfiance et que les tensions restent vives entre l’Iran et l’Azerbaïdjan, l’autre route par laquelle pourraient passer les flux terrestres entre l’Iran et la Russie.

Pour conclure, les acteurs les plus influents utilisent tous les leviers à leur disposition, y compris religieux (Islam d’un côté, orthodoxie de l’autre), pour accroître leur emprise sur ce corridor stratégique et fragiliser un peu plus les sociétés européennes. La Turquie pousse ainsi ses pions au Kosovo, en Bosnie et en Albanie. De son côté, la Russie contrôle plusieurs républiques séparatistes (Transnistrie, Abkhazie et Ossétie du Sud) et compte sur deux Etats dont les pouvoirs sont pro-russes (Géorgie et Serbie), tout en cherchant à accroître son influence en Moldavie, en Hongrie, en Bulgarie et en Roumanie. Les Balkans (orientaux et occidentaux) constituent donc le ventre mou de l’UE face à la Russie et à la Turquie.

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