Le Yémen – point de situation

Par l’Ingénieur divisionnaire d’études et de fabrications Jean-Charles Colombani, auditeur de la 28ème session. 

Le contexte

Le Yémen est un pays frontalier de l’Arabie saoudite au Nord et du Sultanat d’Oman à l’Est, bordé par le golfe d’Aden, prolongé par la mer Arabique au sud et la Mer rouge à l’Ouest.

Situé au carrefour de l’Afrique et du Moyen-Orient, le Yémen et ses approches constituent un lieu de passage stratégique obligé donnant accès au canal de Suez. Dans cet environnement, la piraterie s’est développée et a donné lieu à l’intervention d’une « task force » CTF-151 (20 pays contributeurs  dont les USA, le Canada, la Corée du Sud, la France…). La CTF-151 s’inscrit dans la continuité de la CTF-150 (lutte dans la corne de l’Afrique contre le terrorisme suite aux attentats du 11 septembre 2001) et se poursuit avec la CTF-152 assurant la sécurité du golfe arabo-persique.

Extrait du site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères :

« En Océan Indien, les zones à très fort risque sont : = le Golfe d’Aden dans son ensemble (y compris la partie méridionale des eaux territoriales du Yémen et d’Oman), et le bassin somalien, le golfe du Bengale, notamment les côtes méridionales du Bangla Deshet la côte birmane ?? =. Les zone à risque sont : la mer Rouge, le reste de l’Océan Indien jusqu’au canal du Mozambique, et la zone comprise entre les Seychelles, les Maldives et les Laquedives. »

Le Yémen possède des ressources en gaz et pétrole dans les régions de Hadramaout et Chabwa, alors que les terminaux portuaires sont situés à proximité des villes de Mukalla, Haniyah et Salif.

C’est un pays que l’on peut qualifier de pauvre avec un PIB de 27,32 Md$ soit un PIB par habitant de 990$, il est de surcroît soumis à une épidémie de choléra avec des projections à 900 000 cas si le blocus actuel est maintenu.

Rappels historiques

  • 1978 : Ali Abdallah Saleh est élu président du Yémen du Nord
  • 22 mai 1990 : Le Yémen du Sud et le Yémen du Nord se réunissent, toujours sous la présidence de Ali Abdallah Saleh, pour former la République du Yémen actuelle. Mettant en place un régime clientéliste, Ali Saleh perd de l’influence en dehors de la capitale Sanaa. Cette même année, le Yémen soutient l’Irak dans la première guerre du golfe ce qui engendre des représailles des USA, à savoir une attaque monétaire et une dévaluation de la monnaie.
  • 1994 : le Sud du Yémen souhaite faire sécession, ce conflit se traduit par 7000 morts au moins.
  • 2000 : rébellion islamiste dans un contexte de succession du président Ali Abdallah Saleh, en particulier houthie depuis le Nord-Ouest avec la prise de Sa’dah (en vert sur la carte), puis chiite saïdite.

  • 2011 : dans la dynamique du printemps arabe, survient la révolte « pacifique » yéménite.
  • 2013 : après près d’une année de manifestations, le président Ali Abdallah Saleh renonce à se présenter en contrepartie d’un maintien sur le territoire. Il est remplacé par son vice-président Abdrabbo Mansour Hadi. Règne alors une période de confusion où le Conseil de Coopération du Golfe, avec le soutien de l’UE et des USA, présente au Congrès général du Peuple des réformes visant à la transition du pouvoir et à des élections.
  • 2014 : mouvement islamiste des chiites houthis depuis le Nord du pays, le président se voit contraint à la démission suite à la prise du palais présidentiel et se réfugie à Aden. Cette prise du pouvoir par les Houthis se concrétise par une domination de l’armée, du monde économique et un contrôle du pétrole. Ce mouvement ira jusqu’à Aden, le président Hadi se réfugie alors en Arabie Saoudite.
  • 2015 : Coalition des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite, pays sunnites, qui lancent des frappes contre les positions houthies.
  • 14 avril 2015 : vote de la résolution 2116 du Conseil de sécurité des Nations unies (14 pour et une abstention (Russie)) imposant un embargo à destination des Houthis et de leurs alliés.
  • 2015 : émergence ou renforcement des courants al-Qaïda et Daech dans le Sud. Des conflits internes voient le jour entre les Houthis et al-Quaïda.
  • Depuis 2016 : intervention de l’Arabie Saoudite et des EAU dans le conflit. La Russie, tout comme Oman, se positionnent en médiateur.

Situation économique

  • 80% de la population dépend de l’aide humanitaire à laquelle s’ajoute l’épidémie de choléra.
  • L’économie du Yémen repose sur 4 piliers :
    • L’agriculture avec une culture qui ne couvre qu’un quart du besoin de la population,
    • Le pétrole dont les ressources semblent se tarir à l’horizon 2020, actuellement 150000 barils/jours,
    • Le gaz avec des réserves disponibles,
    • Les travailleurs qui migrent, notamment vers l’Arabie Saoudite.

« Résolution des crises, le jour d’après… »

Le Yémen renferme en son sein le terreau d’une crise avec de multiples facettes :

  • Un conflit d’ordre religieux opposant des sunnites et des chiites
  • L’émergence de courants islamistes radicaux avec al-Qaïda et Daech
  • Un pouvoir qui ne maîtrise plus son positionnement et n’a plus de légitimité
  • Des belligérants extérieurs intervenant dans le conflit : l’Arabie Saoudite et les EAU d’un côté, l’Iran de l’autre.
  • Une crise économique et humanitaire conjuguée à une épidémie de choléra
  • Des disparités de richesses naturelles

Dans ce contexte, il suffirait, à l’instar de Daech en Syrie, que des groupuscules islamistes s’emparent des ressources, pour que des trafics illicites s’instaurent et financent des actes extérieurs au Yémen, voire aux abords de ses côtes.

Une reconstruction, estimée à 15Md$ en 2016 par le Ministre Abdoulraqeb Saif, sera envisageable lorsque les tensions entre chiites et sunnites se seront apaisées. Néanmoins, si certains pays disposent d’un capital de ressources naturelles leur permettant d’augurer un financement pour leur reconstruction, le Yémen devra s’appuyer sur un potentiel gazier peu exploité à ce jour.

Dans ce cadre, seules des aides financière et humanitaire (de l’Arabie Saoudite vers le président Hadi) permettront d’engager un processus de relance (échange territoire pacifié au profit du président Hadi contre aide) car il conviendra d’apporter un soutien aux quelques 8 millions de personnes souffrant de malnutrition ou du choléra.

L’Europe a intérêt à pacifier cette région car « le jour d’après » correspond à des flux commerciaux sans danger de piraterie ou de risque de terrorisme pour les navires en transit entre l’Asie et la Méditerranée via le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb. Au-delà de cette pacification, l’exploitation « éthique » de la ressource gazière par une entreprise mondialisée pourra limiter la corruption et le financement du terrorisme.

Enfin, si les USA, en regard de leur autonomie énergétique liée au gaz de schiste, se désintéressent ponctuellement de cette zone, l’Europe se doit d’investir dans cette partie du monde en contribuant à sa reconstruction, sans quoi, la Chine, qui implante d’ores et déjà une base militaire à Djibouti et utilise cette route maritime, y positionnera des « comptoirs », créant ainsi un ancrage entre le port du Pirée et l’Asie et trouvant à travers ce pays pauvre une source supplémentaire de croissance.