L’Iran, un acteur majeur des conflits au Levant

Lors de son déplacement en Arabie saoudite, le 22 octobre 2017, le chef de la diplomatie américaine s’est prononcé pour un départ d’Irak des milices iraniennes (« Iranian militias that are in Iraq, now that the fight against Daesh and ISIS is coming to a close, those militias need to go home »). Il a ainsi implicitement reconnu le rôle tenu par ces milices, souvent déterminant dans les combats ayant opposés les forces irakiennes et celles de l’Etat islamique dans leur remontée vers Mossoul.

Le même jour, répondant à Doha à une question sur le rôle de ces milices dans la récente « reconquête » de Kirkuk, Richard Tillerson s’est montré moins affirmatif, reconnaissant au Premier ministre irakien le droit de mener ses opérations militaires comme il l’entend. Il a également reconnu que l’Iran était le grand bénéficiaire du conflit qui oppose le Qatar aux autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). En écho, le ministre des affaires étrangères qatarien a rappelé que, lors de la réunion du CCG de décembre 2016, les dirigeants arabes avaient convenu qu’un dialogue devait être mis en place avec l’Iran, une décision qui avait volée en éclat lors du passage de Donal Trump en mai 2017.

L’Iran se tient également aux côtés du régime syrien dans sa lutte contre l’insurrection et l’Etat islamique, ce que dénonce Donald Trump dans sa nouvelle stratégie envers l’Iran. Présent aux côtes de la Russie et de la Turquie dans les pourparlers d’Astana, l’Iran a également officialisé la coopération des deux armées lors d’une cérémonie officielle le 21 octobre dernier.

Enfin, l’Iran peut se féliciter de l’unanimité de la communauté internationale pour conforter la pérennité du « Plan d’action global » relatif à l’accord nucléaire du 14 juillet 2015, marquée par une déclaration commune de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, suivie d’un communiqué du Conseil européen. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique a d’ailleurs rappelé le 19 octobre que l’Iran respectait ses engagements relatifs à cet accord. Le Président Emmanuel Macron s’est lui-même exprimé clairement sur ce sujet (« J’ai insisté sur la nécessité au niveau européen de […] rouvrir les relations économiques avec l’Iran et de ne subir aucune pression d’extraterritorialité américaine, si le choix américain n’était in fine pas favorable à un maintien de l’accord de 2015 »).

Conformément à la stratégie américaine tendant à rapprocher l’Irak de ses voisins arabes, au détriment des liens tissés avec son voisin chiite (« a friendly and neighboring country »), Richard Tillerson s’était félicité le 22 octobre de la tenue du Conseil de coordination irako-saoudien, tout en évoquant les sanctions que son pays met en place à l’encontre des Gardiens de la révolution iraniens. Il en a profité pour menacer les entreprises européennes qui contreviendraient à cette politique (« [European companies] who conduct business with the Iranian Revolutionary Guard […] really do so at great risk »). Réagissant aux déclarations du Secrétaire d’Etat, le ministre des affaires étrangères iranien a rappelé que le peuple irakien n’avait aucun ordre à recevoir de quiconque.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

La conférence de presse de Richard Tillerson en Arabie Saoudite (en anglais) =>

La conférence de presse de Richard Tillerson au Qatar (en anglais) =>