Union Africaine

Crise gouvernementale sans précédent en Italie

Matteo Salvini et Giuseppe Conte, le 20 août devant le Sénat.
Tous droits réservés.

« Ce gouvernement s’arrête ». En Italie, le président du Conseil Giuseppe Conte a démissionné. La coalition formée par deux partis populistes antisystème, le Mouvement 5 étoiles, plutôt à gauche, et la Ligue, à l’extrême droite, a explosé.

Ce gouvernement de coalition, né au printemps 2018 avait une configuration inédite.

Le 8 août dernier, le vice-président du Conseil, ministre de l’intérieur et chef de file de la Ligue annonçait déjà sa volonté de mettre un terme à la fébrile alliance gouvernementale. Pourtant, c’est Giuseppe Conte qui, lors de son discours devant la Chambre haute, a annoncé sa démission. Cette démission répondait à la motion de défiance déposée par Matteo Salvini. Giuseppe Conte a attaqué, par la même occasion son vice-président et ministre de l’intérieur, le qualifiant d’ « irresponsable » et d’ « opportuniste » et considérant par la même sa motion de défiance d’ « acte objectivement grave ».

Au Parlement, le mouvement 5 étoiles représente toujours le « premier parti », disposant d’une majorité relative mais Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur est l’homme politique le plus populaire d’Italie. Dans un contexte de crise des migrants, le ministre a su capter le soutien des Italiens en faisant de la lutte contre l’immigration son fer de lance. Son objectif est de provoquer des élections anticipées le propulsant au pouvoir.

En effet, la démission de Giuseppe Conte suppose la formation d’un nouveau gouvernement. Il incombe au président de la République italienne, Sergio Mattarella de régler la situation de crise. Après plusieurs « consultations » auprès des différentes formations politiques du pays, il devra trancher. Parmi les scenarii envisageables, celui d’un scrutin anticipé en octobre prochain avait été évoquée. Toutefois, cette solution interviendrait au moment où Rome – troisième économie de l’Union européenne mais actuellement très endettée – doit présenter son budget 2020 à l’UE. La perspective la plus probable est donc celle de la formation d’une nouvelle majorité. Alors qu’il devait rendre sa décision vendredi 23 août, Sergio Mattarella a accordé jusqu’au mardi 27 août pour trouver une majorité capable de gouverner le pays.

La crise en Italie intervient alors que 87 migrants bloqués en mer depuis presque 20 jours à bord du navire Open Arms ont débarqué mardi 20 août sur l’île de Lampedusa. Compte tenu de la situation difficile à bord, la justice italienne, en l’occurrence le procureur d’Agrigente Luigi Patronaggio, a décidé de faire débarquer les migrants, en dépit de l’opposition du ministre de l’intérieur.

Le Soudan suspendu de l’Union africaine alors que la situation se détériore

Une situation explosive au Soudan.
Tous droits réservés.

Jeudi 6 juin, conformément à ses textes en cas de coup d’Etat, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a suspendu avec effet immédiat le Soudan des activités de l’organisation jusqu’à la mise en place d’une transition. : « Nous décidons, en tant que Conseil, de suspendre à compter de ce jour la participation de la République du Soudan à toutes les activités de l’Union africaine jusqu’à la mise en place effective d’une autorité civile de transition, qui est la seule voie pour sortir de la crise actuelle. » Au nom de l’UA, l’ambassadeur du Sierra Leone et président du Conseil de paix et de sécurité Patrick Kapuwa a déclaré : « Le Conseil imposera automatiquement des mesures punitives sur les individus et les entités qui ont empêché l’établissement d’une autorité civile »

Le 30 avril dernier à Tunis, l’organisation panafricaine avait fixé une période de 60 jours au Conseil militaire soudanais afin de remettre le pouvoir aux civils, faute de quoi le pays serait soumis à des sanctions – des interdictions de visas ou des mesures commerciales en particulier. La suspension fait suite à la quatrième réclamation d’une transition de l’UA depuis le 15 avril – quatre jours après le renversement du président Omar el-Béchir par les militaires à l’issue d’un mouvement de contestation.

Née en décembre 2018 autour du prix de pain, la contestation a pris de l’ampleur, détériorant l’état du pays. La décision de l’UA intervient quelques jours après une vague de répression inédite. En trois jours, au moins 108 personnes ont perdu la vie et plus de 500 ont été blessées selon un comité de médecins proches de la contestation. Ces attaques, perpétrées à l’issue d’un sit-in devant le siège de l’armée lundi 3 juin dans la capitale, sont attribuées à des « milices » appartenant au Conseil militaire. Toutefois, ce dernier a justifié « une opération de nettoyage » et a minimisé le nombre de morts.

Le dossier soudanais suscite l’intérêt de la communauté internationale. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont appelé au dialogue entre les deux parties du pays – armée et contestataires. En tant que soutiens de taille du Conseil militaire, ces derniers n’ont pas condamné la répression. Le soutien politique et financier du camp mené par l’Arabie saoudite s’explique par ailleurs par des motifs religieux. En effet, le Conseil militaire entend préserver la charia, en vigueur depuis le coup d’Etat du président déchu Omar el-Béchir en 1989. Toutefois, le reste de la communauté internationale a unanimement dénoncé ce « massacre », à l’exception  de la Chine et de la Russie. En effet, vendredi 7 juin, l’ONU et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont dénoncé les attaques ,qui ont notamment visé « les personnes dans le besoin, les agents de santé et les installations médicales ». La veille, Washington avait dénoncé ces attaques auprès des autorités saoudiennes en réaffirmant l’engagement des Etats-Unis en faveur d’une solution pacifique pour le pays. Le ministère des Affaires étrangères français se dit quant à lui également « préoccupé par l’évolution de la situation au Soudan » et condamne les violences commises.

En dépit des répressions, le mouvement de contestation appelle à poursuivre la mobilisation. Dénonçant des crimes contre l’humanité commis par les milices et face à la violence du régime en place, les manifestants menés par l’Association des professionnels soudanais (APS) – fer de lance de la révolution – soutiennent la voie de la grève et de la désobéissance civile « jusqu’au renversement du régime ».

L’absence de dialogue entre l’institution militaire et la population civile plonge davantage le pays dans l’instabilité et rend la situation d’autant plus explosive.

Sommets d’urgence à l’UA sur les crises en Libye et au Soudan

Les dirigeants de l’UA réunis pour les sommets d’urgence sur les crises du Soudan et de la Libye au Caire le 23 avril 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 23 avril 2019, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi a convoqué ses homologues du Tchad, de Djibouti, du Rwanda, du Congo, de la Somalie et de l’Afrique du Sud pour un sommet d’urgence sur le Soudan dans le cadre de l’Union africaine (UA). Un autre sommet portant sur la crise en Libye s’est tenu le même jour, réunissant autour du président égyptien et de Moussa Faki, président de la Commission de l’UA, les chefs d’Etats rwandais, sud-africain et congolais, ce dernier étant également président de la Commission sur la Libye à l’UA.

Alors qu’au sein du Conseil de sécurité des Nations unies réside une « division extrême » sur le conflit libyen selon le représentant spécial de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé, et que gravitent beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir du Soudan, ces deux sommets d’urgence ont été motivés par la dégradation récente des conflits en Libye et au  Soudan.

Le premier sommet sur le Soudan a porté sur « l’évolution de la situation au Soudan » ayant « pour objectif de discuter […] des moyens les plus appropriés pour faire face à l’évolution de la situation et de contribuer à la stabilité et à la paix », selon la présidence égyptienne. Une stabilité qui se fait d’autant plus rare depuis décembre 2018, lorsque des manifestations populaires ont éclaté après la hausse du prix du pain – qui est passé d’une livre soudanaise (équivalent d’un centime d’euro) à trois livres – et du carburant. Au-delà des revendications sociales, la population a réclamé la chute du régime d’Omar el-Béchir. L’armée soudanaise a destitué le chef d’Etat par un putsch le jeudi 11 avril 2019. Le mercredi 24 avril 2019, les manifestants sont toujours mobilisés malgré les incitations du Caire afin que « le peuple et l’armée [coopèrent] pour surmonter les défis ». La population réclame un gouvernement civil et le retrait du nouveau chef, le général Abdel Fattah Abdelrahman Burhan, qui dirige le Conseil militaire de transition.

La crise que subit le Soudan rappelle les « printemps arabes » des pays voisins. Toutefois, les chefs d’Etats africains, réunis au sommet de l’UA, intiment le pouvoir militaire au Soudan et les manifestants à parvenir à une « transition pacifique » d’ici trois mois, afin d’éviter tout chaos comparable à celui de la Libye.

Le deuxième sommet s’est déroulé autour de la situation de crise que connaît la Libye où le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, chef de l’ANL (Armée nationale libyenne), a engagé depuis le jeudi 4 avril 2019 de violents combats à l’encontre des forces loyales au Gouvernement d’Union nationale (GNA), dirigées par Fayez al-Sarraj. Les dirigeants africains réunis au sein de l’UA ont demandé « l’arrêt immédiat et inconditionnel » des combats en Libye, appelant « toutes les parties à la retenue » et à permettre « l’arrivée de l’aide humanitaire ». Selon l’OMS, « les derniers chiffres de la nuit du 22 avril 2019 sont de 264 morts et 1 266 blessés » civils et militaires, des deux bords confondus.

Du côté de la communauté internationale, l’ANL bénéficie du soutien de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis et de la Russie. Quant à la France, selon le représentant spécial des Nations Unies pour la Libye, elle « soutient l’activité des Nations unies en Libye », alors que le GNA prône le contraire.

L’Egypte, présidente de l’UA et frontalière du Soudan et de la Libye, entend jouer un rôle dans la résolution de ces conflits.

En Centrafrique, l’ONU et l’UA se coordonnent pour la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum.

 

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix (à droite), et Smaïl Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, lors d’une conférence de presse en février 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 14 avril 2019, une délégation des Nations unies (ONU) et de l’Union africaine (UA) est arrivée à Bangui. Cette nouvelle visite dans la capitale centrafricaine a pour objectif la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum, 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013, signé le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés.

Le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, et Smaïl Chergui, le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, veulent renforcer et matérialiser l’accord politique pour la paix et la réconciliation alors que de nouvelles tensions se font ressentir.

En effet, le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan fragilise l’accord de paix. Ce dirigeant, pourtant inculpé par la Cour pénale internationale, était en effet considéré comme « le garant moral » selon Abdoulaye Hissène, chef militaire du Front pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC). De plus, d’autres chefs de guerre estiment que le Président centrafricain Touadéra est en position de faiblesse. A ce titre, un responsable de l’ex-Seleka (coalition ethnique à coloration religieuse musulmane) considère que les groupes armés peuvent imposer ce qu’ils veulent.

La nécessité d’une mise en œuvre de l’accord de paix se fait donc sentir plus que jamais. Pour le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de paix, il est temps de mobiliser tout le monde « pour avancer rapidement dans la mise en œuvre de l’Accord ».

Le Commissaire à la paix et à la sécurité rappelle que « le moment est venu de faire taire les armes ». Il a ajouté : « C’est l’un des objectifs de cette visite conjointe, à savoir rappeler aux uns et aux autres les responsabilités qui sont les leurs qui découlent de l’Accord de paix. Nous attendons que la paix, la stabilité, le dialogue se renforcent chaque jour ».

M. Lacroix dénonce lui aussi la violence, précisant que ceux qui y ont recours « mettent en péril l’Accord et la seule chance pour que la paix revienne en RCA ».

Selon la Mission des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA), le directeur Afrique de l’Union européenne, Koen Vervaeke a rejoint lundi 15 avril le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA et le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix dans une mission tripartite UA-ONU-UE qui durera jusqu’au 18 avril.

Mercredi 17 avril, ces trois représentants s’entretiendront avec le Président, le gouvernement, ainsi que des représentants de partis politiques dans le cadre de la réunion du Groupe international de Soutien (GIS) à la RCA.