Moyen-Orient

Réunion des membres de l’OPEP, à l’exception de l’Iran : la République islamique au cœur des débats

 

Réunion des principaux membres de l’OPEP, sans l’Iran, le tout sur fond de tensions dans le Golfe persique. Tous droits réservés.

Dimanche 19 mai, une réunion des ministres de l’Energie des principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est tenue dans la ville de Djeddah. Cette réunion a permis aux pays de l’OPEP de se coordonner afin de stabiliser le marché mondial du pétrole. En effet, les crises iranienne et vénézuélienne ont entrainé une baisse dans la production quotidienne de barils et une chute des exportations. Toutefois, les stocks de brut continuent d’augmenter selon le ministre de l’Energie saoudien, Khaled al-Faleh, malgré les tensions croissantes entre les Etats-Unis et l’Iran – grande absente de cette rencontre.

Le 19 mai, le Président des Etats-Unis a mis en garde sur Twitter la République islamique :« si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran ». Il prévient la théocratie : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ». Le lendemain, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif a répondu : « les Iraniens sont restés debout pendant des millénaires alors que leurs agresseurs [sont] tous partis ». Il ajoute : « Le terrorisme économique et les railleries génocidaires ne mettront pas fin à l’Iran ».

Ces attaques verbales font suite aux sanctions américaines prises à l’encontre de Téhéran avec une volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans le secteur pétrolier. L’Iran étant le 4ème exportateur mondial de pétrole en 2018, ces sanctions fragilisent le marché de l’or noir, qui craint des hausses des stocks mondiaux. Toutefois, les pays de l’OPEP sont « unanimes dans leur volonté de continuer à travailler pour arriver à la stabilité entre l’offre et la demande » a indiqué le ministre de l’Energie saoudien.. Riyad et Abou Dhabi assurent qu’ils « seront flexibles » et qu’il faut rester prudents. « Produire davantage ferait enfler les stocks et conduirait à une chute des cours du baril » selon les mots de Khaled al-Faleh.

La menace iranienne – brandie à plusieurs reprises par la République islamique en cas de conflit aggravé avec Washington – de fermer le détroit d’Ormuz aggrave davantage la situation. Ce couloir, hautement stratégique, est « le point de passage le plus important au monde » selon l’administration américaine. Cependant, l’Iran, auquel les Etats-Unis ont également imposé des sanctions dans le secteur bancaire, et sur les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre, est au bord de l’implosion économique et ne veut probablement pas envenimer la situation.

La réunion des membres de l’OPEP était également l’occasion de revenir sur les actes de « sabotage » déplorés contre quatre navires au large des côtes orientales des Emirats et l’attaque contre un oléoduc saoudien revendiquée par des rebelles yéménites, soutenus par Téhéran. Néanmoins, le ministre saoudien de l’Energie a voulu se montrer rassurant déclarant que « les actions destructives qui ont été commises la semaine dernière, ne produisent aucun effet à l’encontre de la distribution pétrolière ». Il ajoute concernant le marché pétrolier : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une pénurie de l’offre, mais nous regarderons l’analyse du marché. Nous serons sans aucun doute réactifs et le marché sera fourni ».

Riyad a demandé la convocation de sommets extraordinaires du Conseil de coopération du Golfe ainsi que la Ligue arabe, à La Mecque le 30 mai prochain afin de « discuter des agressions et de leurs conséquences sur la région » selon l’agence de presse officielle saoudienne. Il s’agit également de débattre sur « tous les sujets susceptibles de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région ».

Le conflit chypriote, facteur d’instabilité en Méditerranée orientale – par Ana POUVREAU

Ana Pouvreau – Spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

Des troupes de l’ONU sur la « ligne verte”, à Nicosie, en août 1996.
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De par sa position géographique au croisement de blocs civilisationnels différents et d’alliances stratégiques antagonistes, Chypre se trouve au cœur des enjeux de puissance apparus dans le bassin méditerranéen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. A l’époque de la guerre froide, Moscou tenta inlassablement de contrôler cette ancienne colonie britannique en cherchant à l’attirer dans le camp des non-alignés. Après la chute du mur de Berlin, le déclenchement des deux guerres du golfe en 1990 et en 2003, la survenue des printemps arabes à partir de 2011, les conflits en Libye et en Syrie, contribuèrent à mettre en lumière l’importance stratégique de Chypre située à la charnière entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Cependant, depuis l’intervention militaire de la Turquie dans le cadre de l’opération « Attila » en 1974, la scission du pays en deux entités distinctes demeure un facteur d’instabilité régionale. En dépit de l’entrée de la République de Chypre dans l’Union européenne en 2004 et du soutien de la communauté internationale, force est de constater que les efforts en faveur de la réunification de l’île n’ont pas abouti. Avec la découverte d’immenses gisements de gaz naturel au sud des côtes chypriotes mais aussi en raison de crispations liées aux ressources aquifères, les tensions entre les parties se sont envenimées et le spectre d’une partition définitive se profile désormais.

  • Un conflit gelé

Les échecs répétés de la communauté internationale à faire accepter un régime politique fondé sur le partage du pouvoir entre Chypriotes grecs et turcs depuis l’indépendance de l’île en août 1960, font redouter le scénario d’une partition.

Entre 1960 et 1974, un tel régime a existé sous le contrôle de ses trois puissances tutélaires : la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie. Bien qu’attribuant aux Chypriotes turcs une place, dans les institutions, supérieure à celle que leur conférait en principe leur représentation dans la population (18%), il n’a cependant pas résisté aux tensions entre les communautés. En effet, pour rappel, en 1974, un coup d’Etat a été mené sous la houlette de la junte militaire au pouvoir en Grèce et des partisans chypriotes grecs de l’union avec la Grèce (Enosis), pour renverser l’Archevêque Makarios, le Président de la république démocratiquement élu, mais soupçonné par les Etats-Unis de sympathies communistes. La Turquie lança alors l’opération Attila (20 juillet 1974). L’occupation par l’armée turque de 37% de l’île, provoqua un exode des Chypriotes grecs vers le Sud et un douloureux échange de populations entre le Nord et le Sud.

La scission du pays est effective et perdure, pour l’heure, en dépit d’un assouplissement concernant les déplacements entre le Nord et le Sud en 2003. En 2019, le pays reste toujours divisé par une ligne de démarcation de 180 kilomètres dite « Ligne verte » sous la surveillance de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) forte de 1004 personnels[1].  

Au Sud, sur un territoire de 5995 km², la République de Chypre, où 200 000 réfugiés chypriotes grecs ont trouvé refuge en 1974, est membre de l’Union européenne depuis 2004. Cependant, elle n’est toujours pas reconnue par la Turquie comme un Etat souverain. Par ailleurs, la Turquie persiste dans son refus d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions chypriotes, comme elle s’y était pourtant engagée lors de l’ouverture des pourparlers avec l’UE en 2005, d’où le gel partiel des négociations d’adhésion à partir de 2006.

Au Nord, dans la partie sous occupation turque depuis 1974, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) ou Kuzey Kıbrıs Türk Cumhuriyeti (KKTC) (3355 km²) a été créée en 1983 en remplacement de l’Etat turc fédéré de Chypre (Kıbrıs Türk Federe Devleti), qui avait été proclamé en 1975 par le leader des Chypriotes turcs, Rauf Denktash. La RTCN est reconnue par la seule Turquie. Y vit une communauté de chypriotes turcs, présents sur l’île depuis le seizième siècle et dont une grande partie est originaire de la partie sud (42 000 personnes). A ceux-ci sont venus s’ajouter 250 000 colons anatoliens, dont l’implantation a été favorisée par la Turquie. Enfin, en 2019, quelque 35 000 soldats turcs y sont toujours stationnés en permanence.

  • Les espoirs déçus d’une réunification

En vue de régler définitivement la question lancinante de la scission, en 2004, peu avant l’entrée de la République de Chypre dans l’UE, le Plan Annan avait remis à l’ordre du jour le régime politique en vigueur de 1960 à 1974. Il s’agissait d’un « projet confédéral composé de deux Etats Constitutifs disposant chacun d’un territoire » avec « des droits et une représentation supérieurs pour les Chypriotes turcs au pourcentage que ceux-ci représentent dans l’ensemble de la société insulaire »[2]. Mais de nombreuses pierres d’achoppement, dont les compensations dans les cas de spoliation, l’ont empêché d’aboutir. Soumis à deux référendums séparés au Sud et au Nord, dans la RTCN, le projet a remporté le vote de la communauté chypriote turque, tandis qu’il a été majoritairement rejeté par les Chypriotes grecs.

Dans ce contexte géopolitique particulier et en dépit d’obstacles considérables portant essentiellement sur les compensations financières concernant les propriétés spoliées des Chypriotes grecs, chassés de la partie Nord par l’avancée de l’armée turque en 1974, les négociations reprirent à partir de 2015 entre les parties Sud et Nord, notamment avec le soutien des Etats-Unis, de l’UE et des Nations-unies, relançant ainsi les espoirs déçus d’une réunification.

Cependant, lors des pourparlers de paix sur Chypre à Crans-Montana (Suisse) en juillet 2017, il s’est avéré que ce processus avait une fois de plus fait long feu, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Çavusoǧlu, déclarant que le retrait des troupes turques du nord de Chypre, condition posée par la République de Chypre pour le retour de la paix, n’était qu’« un rêve » irréalisable entretenu par les  Chypriotes grecs »[3]. En comparaison avec 2004, actuellement, c’est au Nord que l’hostilité à l’idée de réunification a tendance à se développer, les nationalistes et les conservateurs y ayant remporté les élections législatives de janvier 2018. Au Sud, le président Nicos Anastasiades se dit toujours favorable à une réunification.

  • Le durcissement des positions

Les crispations s’accentuent au sein des deux parties. L’insistance de la Turquie à percevoir une indemnisation de plusieurs milliards de dollars pour les progrès que celle-ci juge avoir apportés par le biais de l’occupation militaire à la partie Nord du pays a contribué à grever les espoirs d’une réunification. La Turquie semble déterminée à renforcer la dépendance de la RTCN. Cette entité dépend en effet d’Ankara pour sa survie économique (1 milliard de dollars versés annuellement) et ressemble de plus en plus à un morceau de la Turquie continentale. A titre d’exemple, la livre turque y est toujours en vigueur, tandis que la partie Sud est entrée dans la zone euro en 2008.

La RTCN étant considérée par l’ensemble de la communauté internationale – à l’exception de la Turquie – comme étant sous occupation militaire turque, les visiteurs, bien qu’autorisés à se déplacer librement entre les deux parties depuis 2003, n’y jouissent pas de la protection consulaire des Etats dont ils sont les ressortissants. L’aéroport d’Ercan, construit par la Turquie dans la partie Nord, n’est pas reconnu par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Dans ces conditions de retranchement de part et d’autre de la Ligne verte (Nicosie étant la dernière capitale divisée au monde), la partition définitive du pays est latente, certains Chypriotes grecs évoquant même la construction d’un nouveau « Mur de Berlin ». A ce propos, il est utile de rappeler que, marquée par sa propre expérience de la scission communautaire, au sein de l’Union européenne, la République de Chypre n’a jamais reconnu l’indépendance du Kosovo proclamée en 2008. En ce qui concerne les forces d’occupation turques stationnées en RTCN, le projet d’installation d’une base navale turque à Famagouste (Ammóchostos en grec/ Gazimağusa en turc) semble aller dans le sens d’une séparation définitive[4].

Des différends sur l’approvisionnement de l’île en eau ont encore complexifié la donne. Dans un contexte de pénurie des ressources aquifères sur l’île, le projet turc Northern Cyprus Water Supply Project d’acheminement de l’eau par aqueduc sous-marin, à partir de la ville de Mersin sur la côte méditerranéenne de la Turquie, afin d’approvisionner la partie Nord[5] , vise à montrer l’attachement viscéral de la RTCN à la Mère-Patrie turque. L’ouvrage de 80 km de long a été achevé en septembre 2015, acheminant l’eau turque du barrage d’Alaköprü en Turquie vers le barrage de Geçitköy dans le nord de Chypre près de Kyrenia. Le projet de 500 millions d’euros, devrait permettre le transfert de 75 millions de mètres cubes d’eau par an. Par contraste, dans la partie Sud, les niveaux d’eau dans les réservoirs sont de plus en plus bas année après année en raison de périodes de sécheresse récurrentes. Avec ses quatre unités de désalinisation de l’eau de mer, celle-ci peine à subvenir aux besoins en eau de sa population. Cette situation est accentuée par des taux d’affluence touristiques croissants avec près de 4 millions de visiteurs sur l’île en 2018[6].

Enfin, à la suite de la découverte d’immenses gisements de gaz au large de Chypre, à savoir, en 2011, celle du gisement Aphrodite puis, en 2018, celle du réservoir Calypso, les explorations gazières menées dans sa Zone économique exclusive (ZEE) par la République de Chypre ont ravivé les tensions avec Ankara, qui réclame leur suspension dans l’attente d’une solution à la division de l’île[7]. Les menaces de la Turquie à l’encontre de sociétés étrangères de forage et le blocage par la marine turque d’un navire affrété par une société italienne au large des côtes chypriotes en 2018, laissent augurer de nouvelles difficultés dans les relations entre les deux parties, mais également entre la Turquie et les pays européens, attendu que la réduction de la dépendance énergétique considérable de l’UE vis-à-vis de la Russie est en jeu.

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Dans ce contexte, on peut en déduire que, de l’évolution du conflit entre les communautés à Chypre, île dont la superficie (un peu plus de 9000 km2) dépasse seulement de peu celle de la Corse, va dépendre le développement de l’influence stratégique des grandes puissances en Méditerranée.

 

[1] UNFICYP  [https://peacekeeping.un.org/fr/mission/unficyp]
[2] François Dopffer : L’Imbroglio turc, Paris, Lignes de repères, 2008 et « Géopolitique de Chypre », Diploweb, 12 février 2009 [https://www.diploweb.com/Geopolitique-de-Chypre.html].
[3] Philip Chrysopoulos: “Turkey’s Foreign Minister: Removal of Turkish Troops From Cyprus ‘a Dream’ ”, The Greek Reporter, 30 juin, 2017.
[https://greece.greekreporter.com/2017/06/30/turkeys-foreign-minister-removal-of-turkish-troops-from-cyprus-a-dream/]
[4] Metin Gurcan : “Why Turkey wants a permanent naval base in Northern Cyprus”, Al-Monitor, 12 septembre 2018. [https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2018/09/turkey-why-ankara-wants-permanent-naval-base-in-cyprus.html#ixzz5kboIo0gS]
[5] Ömer Bilge : “No resolution in Cyprus water crisis”, Hürriyet Daily News, 15 février 2016.
[hurriyetdailynews.com
[6] « Nouveau record d’affluence touristique battu à Chypre en 2018 », Le Point, 17 janvier 2019.[https://www.lepoint.fr/economie/nouveau-record-d-affluence-touristique-battu-a-chypre-en-2018–17-01-2019-2286693_28.php]
[7] La production chypriote de gaz naturel devait être acheminée vers l’Egypte. Le gaz – sous forme de gaz naturel liquéfié – devait ensuite être réexporté vers l’Europe.

Yémen : entre retrait des forces à Hodeïda et recrudescence des tensions avec l’Arabie saoudite

Fumée après l’attaque aérienne dans la capitale yéménite Sanaa le 16 mai 2019.
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Martin Griffiths, envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, s’est félicité mercredi 15 mai devant le Conseil de sécurité du retrait des forces houthistes des ports de la région d’Hodeïda, sous l’égide de la Mission des Nations unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH) : « La MINUAAH a confirmé que Ansar Allah [branche politique houthie] a pleinement coopéré tout au long du retrait. Les forces militaires d’Ansar Allah ont maintenant quitté les trois ports d’Hodeïda, de Salif et de Ras Issa ». Ce retrait des forces houthies a également été salué par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français :« Ces mouvements constituent un signal encourageant pour la mise en œuvre des accords conclus entre les parties yéménites à Stockholm, le 13 décembre 2018. Nous réitérons notre soutien à la MINUAAH, dont la présence sur le terrain est décisive pour observer et faciliter le redéploiement, comme le prévoit la résolution 2452 du Conseil de sécurité ». Paris appelle également toutes les parties à respecter leurs engagements et à mettre intégralement en œuvre le redéploiement.

Toutefois, Martin Griffiths prévient que le pays « reste à la croisée des chemins, entre guerre et paix », puisque « l’intensification du conflit dans d’autres parties du pays est alarmante ». En effet, tout en se retirant d’Hodeïda, les Houthis ont revendiqué des frappes de drones en Arabie saoudite, prouvant leur capacité de nuisance dans la région et confirmant l’inquiétante perméabilité de la frontière saoudo-yéménite. L’attaque revendiquée sur l’un des principaux oléoducs d’Arabie saoudite a été confirmée par le ministère de l’Energie, de l’Industrie et des Ressources minérales.

En réaction, la coalition dirigée par Riyad a frappé deux jours plus tard la capitale Sanaa, aux mains des rebelles. Neuf sites militaires ont été visés. La chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya justifie ces représailles comme un moyen de « neutraliser les capacités d’agression » de la milice d’obédience pro-iranienne. Plusieurs officiels saoudiens, dont Khaled ben Salman, fils du roi et vice-ministre de la Défense et Adel Al-Joubeir, ministre d’Etat aux affaires étrangères, considèrent d’ailleurs que ce qu’ils qualifient d’« actes terroristes » sont le fruit des gardiens de la révolution iraniens. Anwar Gargash, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères des Emirats arabes unis – le plus fidèle allié du royaume wahhabite dans la guerre livrée aux rebelles houthis – avait en ce sens promis une riposte « avec force » à toute attaques des Houthis.

La guerre au Yémen oppose depuis 2015 les forces pro-gouvernementales soutenues par Riyad et Abu Dhabi aux rebelles chiites houthis qui se sont emparés de vastes territoires dont Sanaa. Alors que des dizaines de milliers de personnes ont indirectement perdu la vie au cours de ce conflit, l’ONU estime à 3,3 millions le nombre de personnes déplacées. 24,1 millions de Yéménites – soit plus des deux tiers de la population – ont besoin d’assistance, bon nombre d’entre eux étant menacés par la famine.

Ce conflit s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions dans le Golfe et cristallise la guerre par procuration que se livrent les deux puissances de la région, Arabie saoudite et Iran, en concurrence pour obtenir le leadership au Moyen-Orient. Au-delà de la querelle Iran – Arabie saoudite, le dossier yéménite renvoie également aux tensions entre Téhéran et Washington, alors que le président américain Donald Trump a mis en garde l’Iran le 19 mai, annonçant la « fin officielle » de ce pays en cas de conflit, et concluant par « ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ».

Nouvelles mesures américaines sanctionnant l’Iran

 

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Moins d’un mois après les dernières annonces du président américain Donald Trump de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans les secteurs pétrolier et bancaire afin de « priver le régime de sa principale source de revenus », Washington a pris de nouvelles mesures punitives sanctionnant les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre iraniens.

Dans un communiqué du 8 mai 2019, le Président Trump déclare qu’« avec l’accord sur le nucléaire iranien, l’Iran était en mesure de s’engager et de financer des groupes terroristes, de développer ses forces balistiques, fomenter des conflits régionaux, détenir illégalement des citoyens américains et maltraiter sa propre population, tout en maintenant des infrastructures nucléaires robustes ». Il ajoute qu’il prendra de nouvelles mesures si l’Iran ne « change pas radicalement son attitude ». Cette décision fait écho aux déclarations du Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton qui a annoncé le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et de plusieurs bombardiers B-52 dans le Golfe Persique afin « d’envoyer un message clair et indubitable au régime iranien, que toute attaque contre les Etats-Unis ou ses intérêts, ou ceux de ces alliés, sera réglé par la force ».

En réaction aux nouvelles sanctions, Téhéran a annoncé cesser de remplir une partie des obligations qui découle du JCPoA (Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien). A cet effet, le Président iranien, Hassan Rohani a déclaré : « A partir d’aujourd’hui, nous ne vendons plus notre uranium enrichi ni notre eau lourde », revenant sur une des contraintes imposées par l’accord conclu à Vienne en juillet 2015 sur la non-prolifération nucléaire iranien.

La République islamique menace également la communauté internationale, en affirmant qu’elle prendra des mesures encore plus radicales si, dans les soixante jours à venir, les pays signataires du JCPoA (France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie et Chine) ne tiennent pas leurs « engagements » d’aider à sortir l’Iran de son isolement dans les secteurs pétrolier et bancaire, mis à mal par les sanctions américaines. Le président iranien assure néanmoins, que ces mesures sont destinées à « sauver l’accord et pas à le détruire ».

Dans une déclaration conjointe du 9 mai 2019, la Haute Représentante de l’Union européenne et les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont réaffirmé leur engagement « en faveur de la préservation et de la pleine mise en œuvre du JCPoA » défini comme « un élément central du régime international de non-prolifération nucléaire ». Ils rejettent par la même occasion « tout ultimatum » imposé par l’Iran, et s’engagent à « maintenir leurs efforts pour permettre la poursuite du commerce légitime avec l’Iran ».

L’UE et ses pays membres se détachent des mesures restrictives prises par Washington envers l’Iran : « nous regrettons la réimposition de sanctions par les Etats-Unis après leur retrait du JCPoA » – qui s’est concrétisée le 8 mai 2018. Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union européenne a ajouté : « Jusqu’à présent, nous avons vu l’Iran se conformer pleinement à tous les engagements qu’il a pris en matière nucléaire » et souligne que l’UE continuera d’y veiller à travers l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

La France quant à elle, exhorte à éviter « toute action qui alimenterait une escalade des tensions », tandis que la ministre de la défense, Florence Parly rappelle que « si ces engagements n’étaient pas respectés, naturellement cette question [des sanctions] serait posée ».

Toutefois, les Etats-Unis laissent la porte ouverte à de futures négociations directes, comme le souligne Michael R. Pompeo dans un communiqué du 9 mai où il rappelle que Donald Trump « se réjouit à l’idée de rencontrer un jour les dirigeants de l’Iran afin de conclure un accord et, ce qui est très important, de prendre des mesures pour donner à l’Iran l’avenir qu’il mérite. »

Un cessez-le-feu à Gaza après une nouvelle vague de violence

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Lundi 6 mai, à l’issue d’un regain de violence, inédit depuis 2014 dans la région t qui a causé la mort de 31 Palestiniens et de 4 Israéliens, un cessez-le-feu a été décrété autour de la bande Gaza.

Samedi 4 mai, les roquettes gazouies ont marqué le premier jour de cette nouvelle escalade de tensions. Face aux 700 roquettes palestiniennes, 250 missiles israéliens ont été tirés. Faisant redouter la perspective d’un quatrième conflit ouvert depuis 2008, cet événement représente la plus grave vague de violence de ces cinq dernières années. De nombreuses réactions de la communauté internationale ont marqué le weekend, et en premier lieu de l’Organisation des Nations unies. Son Secrétaire général, Antonio Guterres, a condamné dimanche « avec la plus grande fermeté le lancement de roquettes depuis Gaza » et a exhorté toutes les parties à « faire preuve de la plus grande retenue ». Le président américain Donald Trump a dénoncé les attaques palestiniennes et a affirmé son soutien « à 100% » à l’Etat d’Israël. Le président Emmanuel Macron a quant à lui déclaré : « La France soutient la médiation de l’ONU et de l’Égypte. Je réaffirme le droit d’Israël à la sécurité, et la légitimité des aspirations du peuple palestinien. » Ankara s’est démarqué en condamnant « les attaques d’Israël contre Gaza », qualifiées d’« actes disproportionnés », sans jamais évoqué les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza.

La région a connu plusieurs épisodes d’embrasement depuis plus d’un an avec un scénario similaire : une campagne de frappes aériennes mesurée de l’Etat hébreu est commandée en réaction aux tirs palestiniens. La situation dans la bande de Gaza, victime d’un blocus, est dans l’impasse. Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a accepté en novembre dernier le transfert d’une aide financière émanant du Qatar, l’absence d’un nouveau transfert a engendré des tensions ces dernières semaines. Le Hamas, confronté à la détresse sociale des habitants de la bande de Gaza, a ainsi réprimé des manifestations contre le coût de la vie. S’agissant de l’Etat hébreu, les différentes factions gazaouies considèrent que seule la violence est capable d’engendrer une réaction d’Israël.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un cessez-le-feu a été négocié. Le Caire a assuré la médiation entre les deux entités dès les premiers tirs de roquettes, convoquant les deux principales factions armées de la bande de Gaza, le Hamas et le Jihad islamique dont les actions menacent le dernier accord en date de mars 2019.

La trêve, qui intervient le premier jour du Ramadan, s’explique par l’organisation du concours de l’Eurovision, dont la finale doit se tenir le 18 mai à Tel Aviv. Pour l’Etat hébreu, les tensions avec les Palestiniens ne doivent pas ternir cet événement incarnant un enjeu de visibilité à l’échelle internationale. En effet, il s’agit d’un événement médiatique réunissant plus de 200 millions de téléspectateurs. Toutefois, pour ne pas attiser davantage les critiques de l’opinion publique israélienne, Benjamin Netanyahou n’a pas prononcé le terme de cessez-le-feu et déclare que : « la campagne n’est pas terminée (…). Nous sommes prêts à continuer ».

Le cessez-le-feu représente par la même un intérêt côté palestinien. En effet, les représailles israéliennes se sont manifestées par raids aériens menés sur des positions militaires et sur des bureaux du Hamas et du Jihad islamique.

En somme, l’accord prévoit des mesures d’allègement du blocus imposé à l’enclave de Gaza. Du côté palestinien, le mouvement islamiste réclame des mesures avec l’entrée de dons émanant du Qatar afin de financer, entre autres, les salaires des fonctionnaires du Hamas. Si cet accord promet un apaisement, il n’en reste pas moins fragile. Les précédentes trêves n’ont permis que quelques semaines de calme, les deux parties s’accusant mutuellement de ne pas respecter les engagements pris. A ce titre, les mesures acceptées par l’Etat hébreu sont impopulaires et ont conduit, en novembre dernier, à la démission du ministre de la Défense. Il ne fait nul doute que dans un contexte de formation d’une coalition, l’accord négocié ne sera pas une priorité pour Israël.

Exécutions de masse en Arabie saoudite

Exécution à mort par décapitation au sabre en Arabie saoudite. Tous droits réservés.

Mardi 23 avril 2013, 37 Saoudiens ont été mis à mort en Arabie saoudite pour des faits de « terrorisme ».

Dans un communiqué relayé par l’agence de presse nationale SPA, le ministère de l’Intérieur a indiqué l’exécution de ces personnes, reconnues coupables d’avoir « adopté la pensée terroriste extrémiste » et d’avoir « formé des cellules terroristes ». En une seule journée, ces hommes ont été exécutés par décapitation, à l’exception d’un ayant fait l’objet d’une crucifixion. Ce traitement est réservé aux individus ayant commis les crimes les plus graves.

Cette exécution de masse, qui représente la plus importante dans le pays depuis plus de trois ans, a eu lieu dans cinq régions du royaume wahhabite. Parmi elles, la capitale Riyad, les villes saintes de Médine et La Mecque et une région à majorité chiite. Sur les 37 personnes suppliciées, 11 d’entre elles ont été accusées d’espionnage au profit de l’Iran et exécutées après des procès « contraire aux normes d’équité les plus élémentaires », selon Amnesty International. 14 autres étaient déclarées coupables d’actes violents survenus durant les manifestations antigouvernementales menées dans la province orientale à majorité chiite en 2011.

La majorité des individus exécutés mardi 23 avril – 33 selon Human Rights Watch – est chiite. La rivalité Riyad – Téhéran et plus globalement la rivalité sunnite – chiite permet à l’Arabie saoudite d’éliminer des opposants politiques sous couvert de lutte contre le terrorisme. Dans ce pays sunnite abritant une minorité chiite qui représente selon des estimations entre 10 et 15% des 32 millions de Saoudiens, la peine de mort sert ainsi les intérêts politiques de Riyad. En effet, l’Arabie saoudite, qui a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran depuis 2016, accuse la République islamique d’ingérence dans certains pays du Golfe et de tentative de déstabilisation de la région. Cette décision d’exécuter des Saoudiens pour la plupart chiites provoquera certainement une escalade de tensions avec la République islamique.

Riyad est très souvent pointé du doigt concernant le respect des droits de l’homme. Au moment de leur procès, trois des condamnés étaient mineurs, ce que considère « odieux », le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet. Selon Amnesty International, le nombre de personnes exécutées depuis le début de l’année 2019 s’élève à 104. Ce chiffre suscite l’inquiétude. Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la peine de mort au sein d’Amnesty International a déclaré : « Globalement, l’ordre de grandeur du nombre annuel d’exécutions dans le pays a toujours oscillé entre 145 et 150 ces dernières années. Mais en être déjà à 104 en avril présage d’une année particulièrement noire pour 2019… ». Toujours selon l’ONG, Riyad est le pays où les exécutions sont les plus nombreuses après la Chine et l’Iran.

L’Arabie saoudite clame être en guerre contre « toutes les formes de terrorisme ». La pétromonarchie, victime au début des années 2000 d’une vague de terroristes est en effet parvenue à contenir la menace des groupes djihadistes mais n’a pas réussi à les éradiquer complètement.

Pétrole iranien : la nouvelle décision de Donald Trump

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Lundi 22 avril 2019, le président américain Donald Trump a annoncé sa volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes à partir du 2 mai, afin de « priver le régime de sa principale source de revenus ».

Depuis le mois de novembre 2015, le président américain, après être sorti unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien, avait déclaré le retour des sanctions à l’égard de l’Iran. Les Etats-Unis, tout en sanctionnant le pétrole iranien, avaient tout de même accordé quelques dérogations. En effet, huit pays pouvaient encore importer du pétrole brut iranien. Il s’agit de la Chine, de la Corée du Sud, de la Grèce, de l’Inde, de l’Italie, du Japon et de la Turquie. Or, ces dérogations prendront fin dès le mois de mai prochain sous peine de sanctions. Parmi ces pays, la plupart sont des alliés américains et il apparait peu crédible que ces derniers résistent à la décision américaine. Quant à la Turquie, son ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir que le pays n’accepterait pas cette décision : « La Turquie est opposée à ce type de contraintes, elle l’exprime depuis le début, et nous ne les acceptons pas ». Pour autant, le volume de pétrole acheté par Ankara à Téhéran est peu important. En définitive, seules la Chine et l’Inde, en tant que puissances significatives, sont en mesure de questionner le choix américain. Par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, Pékin s’est insurgé contre ces « sanctions unilatérales » qui « augmenteront inévitablement l’instabilité du Moyen-Orient et du marché pétrolier global ». Plus prudemment, New-Dehli a tenu à rassurer sa population sur la sécurité de « l’approvisionnement des raffineries indiennes en pétrole à partir de mai 2019 ».

Si la volonté de réduire à néant les exportations iraniennes semble difficile à atteindre, il n’en reste pas moins que cette action politique de Donald Trump sera lourde de conséquences pour Téhéran. Pour le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, « la campagne de pression » américaine sur l’Iran a déjà porté ses fruits : le chef de la diplomatie estime que « les sanctions ont privé le régime de beaucoup plus de 10 milliards de dollars ». La décision iranienne a fait grimpant les cours du pétrole brut. Après une augmentation de 3%, ils atteignent dorénavant 74,28 dollars, ce qui correspond à leur plus haut niveau depuis le début de l’année 2019. Dans un pays où les ventes de pétrole représentent traditionnellement 60 à 70% des exportations iraniennes, le retrait américain du JCPoA a déjà ébranlé l’économie iranienne qui ne cesse d’être fragilisée. Sans surprise, la population iranienne représente la première victime de cette décision. Le marasme économique que connait le pays a engendré une inflation supérieure à 25%. Alors que le pays subit depuis quelques semaines des inondations importantes, il n’est pas en mesure de recevoir l’aide financière étrangère du Croissant-Rouge du fait des sanctions américaines.

Du côté de la communauté internationale, l’Arabie et les Emirats arabes unis accueillent d’un bon œil la décision américaine. En effet, Riyad et Abu Dhabi, à l’instar des Etats-Unis, entendent réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient, leur principal rival dans la région. De fait, le royaume wahhabite a appelé mardi 23 avril 2019 à maintenir la pression exercée sur l’Iran afin que le pays cesse sa « politique de déstabilisation ». Les pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, restent attachés à cet accord mais surveillent d’un œil attentif les agissements américains. Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères a déclaré : « Avec ses partenaires européens, la France entend poursuivre ses efforts pour que l’Iran tire les bénéfices économiques liés à la levée des sanctions aussi longtemps qu’il respectera l’ensemble de ses obligations nucléaires ».

 

Un nouveau revirement dans le plan de « paix » pour résoudre le conflit israélo-palestinien par l’administration Trump


Le Président des Etats-Unis, Donald Trump (à gauche), rencontre le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, à New-York le 18 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le conflit israélo-palestinien sévit depuis plus de 70 ans. Le plan de « paix » de l’administration Trump s’inscrit dans une longue lignée de consortium d’idées pour résoudre ce conflit.

Conformément à ses promesses de campagne, le Président Trump a assuré régler ce conflit. Selon les dernières informations, le plan prévu ne verra le jour qu’à la mi-juin, après de multiples repousses  en raison du contexte tendu. Encore faut-il que ce plan soit accepté par les parties concernées et plus majoritairement qu’il y ait un consensus international.

Historiquement, les tentatives de compromis et d’accords entre Israël et la Palestine sont nombreuses. La première d’entre elles concerne le plan Peel de 1937qui prévoyait un partage de la Palestine entre un Etat juif, un Etat arabe et un corridor contrôlé par les Britanniques. La proposition Peel a été mise en échec par le refus des pays arabes. Les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) de 1993 avaient pour but de poser les premiers jalons d’une résolution du conflit. Cependant,  le processus s’est brusquement arrêté en 1995 après l’assassinat du Premier ministre israélien Itzhak Rabin. Depuis, les conflits s’enlisent et aucune solution ne semble frayer son chemin.

Depuis deux ans, l’administration Trump échafaude un plan présenté comme « l’affaire du siècle » censé résoudre le conflit israélo-palestinien. Toutefois, le plan ne cesse d’être modifié. En effet, en mars, le plan prévoyait la création d’une entité palestinienne souveraine, comprenant la bande de Gaza et une partie du Sinaï égyptien. Pourtant, en avril 2019, il est envisagé qu’il n’y ait plus d’entité palestinienne, mais des propositions « réalistes […] qui permettent aux gens de mieux vivre » selon le conseiller et gendre du Président Trump, Jared Kushner. Alors que ce texte devait être dévoilé après les élections législatives israéliennes du 9 avril 2019, la teneur du plan reste sous le sceau du secret.

Si le 45ème Président des Etats-Unis venait à proposer ce plan, il s’agirait d’un revirement sans précédent. Après avoir reconnu Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu et avoir validé l’occupation du plateau du Golan, alors que le CSNU (Conseil de sécurité des Nations Unies) l’a qualifiée dans sa résolution 497 de « nulle et non avenue, et sans effet juridique international », il paraît logique de penser que Donald Trump veut en finir avec l’idée d’une solution à deux Etats.

De plus, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo a déclaré samedi 13 avril sur CNN qu’« il y a eu beaucoup d’idées depuis quarante ans. Aucune n’a apporté la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Il a ajouté « [l]a nôtre est de proposer une vision qui présente des idées nouvelles, différentes, uniques, qui tentent de reformuler et de remodeler ce qui est un problème insoluble ».

D’un côté le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, proche de son homologue américain, refuse le retrait des colonies installées sur les territoires palestiniens et affirme que « si [le plan propose le retrait des colonies], alors Israël n’y souscrira pas ».

De l’autre côté, le Président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, refuse tout contact et rejette toutes les démarches de l’administration Trump depuis la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh dénonce pour sa part « un chantage financier » de la part des Etats-Unis, notamment après la réduction de plusieurs centaines de millions de dollars d’aides aux Palestiniens.

En Europe ce nouveau projet ne fait pas l’unanimité non plus. En effet, d’anciens ministres des Affaires étrangères, des Premiers ministres et deux anciens secrétaires généraux de l’OTAN ont signé un courrier envoyé à l’UE et à l’ensemble des gouvernements européens pour rejeter le plan de « paix ». Ils mettent en garde contre la création d’une entité palestinienne « dépourvue de souveraineté ». On peut y lire : « [i]l est temps que l’Europe maintienne ses paramètres de principe pour la paix en Israël-Palestine ».

Les signataires de cette lettre estiment donc qu’il serait préférable que l’Europe travaille aux côtés des Etats-Unis – dont l’implication historique en tant que médiateur au sein du conflit a récemment perdu sa neutralité affichée.

L’avenir du conflit israélo-palestinien, semble découler du plan de « paix » que les Etats-Unis proposeront à la mi-juin. En cas de refus d’une partie ou de l’autre, la situation restera bloquée une fois de plus.

La commémoration du génocide arménien provoque la colère d’Ankara


Mémorial du génocide arménien à Erevan, avril 2015.
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Plus de cent ans après le génocide arménien de 1915, son souvenir et sa commémoration provoquent toujours une réaction exacerbée de la Turquie. Jeudi 11 avril, le décret n° 2019-291 a ainsi confirmé la volonté et la promesse de campagne du président Emmanuel Macron de consacrer la journée du 24 avril à la commémoration du génocide arménien. Une cérémonie sera organisée à Paris, une « cérémonie analogue » pouvant être organisée dans chaque département « à l’initiative du préfet ». La France, qui abrite la troisième communauté d’Arméniens, a reconnu publiquement le génocide arménien en 2001. La commémoration de cet événement marquant du XXème siècle s’inscrit donc dans une dimension mémorielle.

Après publication du décret, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a condamné cette commémoration du 24 avril et a déclaré : « L’attitude de la France, qui est loin d’être amicale, aura inévitablement un impact négatif sur ses relations avec la Turquie ». Les ministres turcs de la Défense et des Affaires étrangères se sont également entretenus par téléphone avec leurs homologues français.

Ankara a également critiqué l’adoption par la Chambre des députés italiens d’une motion appelant le gouvernement à « reconnaitre officiellement le génocide arménien et à lui donner une résonance internationale ». Les députés italiens ont approuvé cette motion par 382 voix et 43 abstentions. Le parlement italien avait déjà reconnu le génocide en 2000 mais cette démarche entend donner une reconnaissance plus officielle. Le ministre turc des Affaires étrangères a vivement blâmé cette volonté de reconnaissance : « Ce n’est pas surprenant que cette motion ait été rédigée par La Ligue, le parti dirigé par Matteo Salvini, qui est engagé dans une opération de sabotage des relations entre la Turquie et l’Italie ». Le président turc a quant à lui « fermement condamné la motion proposée par le Parlement italien sur les événements de 1915 ». Le président du Parlement turc Mustafa Sentop a également fustigé la décision italienne : « Cette décision, qui n’a aucune base juridique et qui ne s’appuie que sur des allégations sans fondements, qui est loin du sérieux que demande la fonction étatique, et dont le seul objectif est politicien, ne peut avoir autre conséquence que politiser l’Histoire ».

Les relations entre Turcs et Arméniens sont conflictuelles et remontent à l’époque de l’Empire ottoman, période durant laquelle la population arménienne faisait partie de l’empire. Après sa défaite contre l’empire russe en 1878, la « Sublime Porte » accuse les Arméniens d’avoir pactisé avec l’ennemi. S’en suivent des massacres qui ont causé la mort de 250 000 Arméniens. Quelques décennies plus tard, à l’issue de la révolution des Jeunes Turcs en 1908, basée sur le nationalisme turc et la xénophobie, des massacres sont de nouveau orchestrés à l’encontre de la population arménienne, « ennemie de l’intérieur ». Enfin, durant la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman s’est engagé aux côtés de l’Allemagne et a mis en œuvre dès 1915 une véritable politique de destruction à l’encontre des Arméniens qui a reposé sur la déportation et l’extermination. La date du 24 avril correspond ainsi à la rafle et la déportation de plus de 650 notables arméniens en 1915 de Constantinople vers l’est de l’empire.

Si la Turquie admet qu’un grand nombre d’Arméniens ont été tués par les Turcs, elle inscrit ces morts dans le cadre d’une guerre civile et a toujours contesté l’idée d’une volonté systématique d’exterminer les personnes d’origine arménienne. Pourtant, Erevan estime à 1,5 million le nombre d’Arméniens ayant perdu la vie entre 1915 et 1917. Ce génocide, que le pape François a qualifié de « premier génocide du XXème siècle » en 2015, a engendré la disparition des deux tiers de la population arménienne.

Des décennies après ces massacres, la question arménienne empoisonne les relations de la Turquie avec le reste des nations et fragilise son dossier d’adhésion à l’Union européenne. Dès 1965, des Etats ont commencé à reconnaitre ce génocide, à commencer par l’Uruguay. En 1985, l’Organisation des Nations unies adopte un rapport évoquant le génocide. Elle est suivie deux ans plus tard – date à laquelle la Turquie réclame son adhésion – par l’Union européenne.

Israël : Benjamin Netanyahu en route pour briguer un cinquième mandat

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et sa femme Sara saluent les militants du Likoud, le 10 avril 2019 à Tel-Aviv.
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La campagne pour les élections législatives s’est achevée en Israël par un scrutin affichant une participation de 67,8%. Les 6,3 millions d’électeurs israéliens étaient appelés à désigner les 120 députés du Parlement – la Knesset – lors d’une élection anticipée décidée par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, après qu’il a dissous le Parlement en décembre dernier. A l’issue du dépouillement de 97% des bulletins de vote, le Likoud, parti du Premier ministre sortant, a obtenu 35 députés, soit 5 sièges de plus que lors des dernières élections législatives. La formation de centre droit Bleu Blanc de son principal rival Benny Gantz, ancien chef d’Etat-major de l’armée, bénéficie du même nombre de sièges. Mardi 9 avril, aux alentours de 22 heures, les deux hommes, au coude-à-coude, ont proclamé leur victoire.

Toutefois, le Premier ministre sortant est annoncé comme le grand vainqueur, seul considéré comme capable de fédérer autour de lui les différents partis de droite. Dans cette optique, il est très probable que le président Reuven Rivlin lui confie la mission de former une coalition de gouvernement. Selon les projections qui estiment à 65 sièges sa majorité potentielle, il est alors sur la voie d’un cinquième mandat. Benjamin Netanyahou a déclaré à ses partisans : « c’est une nuit de victoire colossale ». Après désignation par le président, il aura 42 jours pour former un gouvernement.

Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 10 ans, avait fait campagne autour des thèmes nationalistes, colonialistes et sécuritaires. Ce scrutin incarnait un référendum autour de sa personne et de sa légitimité à la tête de l’Etat hébreu. Il s’est opposé à Benny Gantz de manière virulente et a tenté de discréditer ses adversaires. Avec le nombre de sièges obtenus, Benjamin Netanyahu réalise son meilleur score à des élections législatives et obtient une légitimité populaire qui tempère les nombreux appels à la démission. En effet, la campagne électorale s’est déroulée alors que le Premier ministre est soupçonné de corruption, de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance. A ce titre, le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé en février dernier son intention de l’inculper en raison de trois affaires. Alors qu’il nie en bloc, Benjamin Netanyahou est en passe de devenir le premier chef de gouvernement israélien inculpé alors qu’il est au pouvoir. Pour autant, s’il n’est pas tenu de démissionner selon la loi du pays, sa décision de convoquer des élections anticipées était considérée par certains comme un moyen de conforter sa popularité. Sa victoire aux élections lui donnera également l’occasion de passer une législation le protégeant de toute poursuite judiciaire durant l’exercice de son mandat, à l’instar du système juridique français.

Cette victoire probable du Premier ministre est historique. Alors que des scandales politico-financiers le menacent et qu’un concurrent de taille aurait pu le détrôner, Benjamin Netanyahu a su fédérer son camp et s’imposer une nouvelle fois en homme fort du pays. En juillet 2019, il détiendra le record de longévité à la tête de l’Etat hébreu en devançant le père fondateur de l’Etat d’Israël, David Ben Gourion. Sa victoire a suscité la réaction de plusieurs dirigeants internationaux. Parmi eux, le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, le chancelier allemand Sebastian Kurz ou encore le Premier ministre indien Narendra Modi l’ont rapidement félicité. Ce scrutin marque par la même le déclin sans précédent de la gauche. En effet, le parti travailliste n’a obtenu que 6 sièges, représentant le score le plus faible de son histoire. Mais surtout, ce nouveau paysage politique ne laisse que peu de place à la résolution du conflit israélo-palestinien, sentiment renforcé par les échanges avec Donald Trump, qui a félicité Benjamin Netanyahu depuis Air Force One, l’occasion pour le Premier ministre de remercier le Président américain pour sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ou encore de l’annexion du Golan syrien.