Arabie Saoudite : l’ombre de l’affaire Khashoggi sur le Davos du désert

Le Future Investment Initiative à Riyad, le 23 octobre 2018.
Tous droits réservés.

L’Arabie saoudite accueille du 23 au 25 octobre 2018 la conférence « Future Investment Initiative » (FII). Considérée comme le « Davos du désert », la conférence a pour but de réunir à Riyad les dirigeants internationaux et les investisseurs. Portée par Mohammed ben SALMAN, l’homme fort du royaume wahhabite, le Davos du désert est terni par l’affaire Jamal KHASHOGGI, du nom du journaliste saoudien exilé aux Etats-Unis et assassiné le 2 octobre à l’ambassade saoudienne à Ankara.

Mohammed ben SALMAN, dit MBS, âgé de 33 ans, est surnommé le « jeune roi en attente ». Depuis 2015, celui qui a écarté ses rivaux pour consolider son pouvoir, a tenté de projeter l’image d’une Arabie saoudite ouverte et moderne en s’érigeant en « prince modernisateur ». Pour Stéphane LACROIX, spécialiste du royaume, ces mesures relèvent en réalité d’une « modernisation de l’autoritarisme ».

Alors que la responsabilité saoudienne était mise en cause dans le meurtre du journaliste collaborant avec le Washington Post, Riyad a admis le 20 octobre après des démentis, que Jamal KHASHOGGI avait bien été tué dans l’enceinte de l’ambassade. La version officielle, donnée par Saoud al-MOJEB, procureur général, évoque une bagarre à mains nues ayant débouché accidentellement sur la mort du journaliste. MBS soutient qu’il n’était pas informé par cet événement, le qualifie d’ « incident hideux » et annonce que « justice prévaudra ». Malgré l’affichage de coopération des autorités saoudiennes avec Ankara pour élucider cette enquête, cet assassinat a provoqué une indignation planétaire et jette le discrédit sur le prince héritier.

Cette déclaration intervient quelques jours avant le lancement de la deuxième édition du FII. Comme en 2017 lors de la première édition qui lui a valu le surnom de « Davos du désert », ce sommet devait être la vitrine de la nouvelle Arabie. L’événement s’est ouvert avec la présence d’investisseurs et d’hommes d’affaires de la péninsule arabique, d’Asie et de Russie. Vladimir POUTINE a affirmé le maintien de son agenda en dépit de l’incident et le vice-ministre russe du Développement économique est chargé de représenter Moscou dans la capitale wahhabite. Les dirigeants africains, à l’exception de l’Afrique du Sud, ont participé à ce sommet, Riyad étant l’un des principaux partenaires financiers du continent. Ils sont joints par les patrons de Total et d’AccorHotels, rares multinationales représentées. L’affaire KHASHOGGI a en effet engendré un boycott massif et le FII brille par l’absence remarquée de ses têtes d’affiche. Parmi ces personnalités figurent le secrétaire américain au Trésor, Steven MNUCHIN, la directrice du FMI, Christine LAGARDE, le président de la Banque mondiale, Jim Yong KIM et certains ministres européens. Bruno le MAIRE, ministre français de l’Economie des finances, a également décliné l’invitation.

Le Davos du désert semble être la première conséquence directe de l’affaire KHASHOGGI. En Occident, des questions se posent sur le futur des relations avec l’Arabie saoudite. Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique ont « condamné avec la plus grande fermeté » la mort du journaliste saoudien et ont demandé des éclaircissements sur les circonstances de l’assassinat. Tandis que la chancelière allemande Angela MERKEL invite ses voisins au gel des ventes d’armes vers le royaume wahhabite, le président Emmanuel MACRON, en visite au salon Euronaval au Bourget, n’a souhaité faire aucun commentaire.