Retour sur le 3ᵉ séminaire de la 4ᵉ session des SHEM à Toulon

La 4ème session des hautes études maritimes (SHEM) était en séminaire à Toulon du 3 au 5 décembre pour un module qui a permis aux auditeurs de découvrir deux organismes essentiels à l’autonomie stratégique de la France dans le domaine maritime : Orange Marine et l’IFREMER. Ils ont également bénéficié d’une visite de la base navale de Toulon sur la thématique de la préparation opérationnelle de la marine nationale au combat.

Orange Marine : un leader mondial des câbles sous-marins, depuis la phase d’étude et d’ingénierie, jusqu’à l’installation de liaisons sous-marines et la maintenance des câbles existants.

Emmanuel Decugis, directeur de la base marine Méditerranée de Orange Marine, a reçu les auditeurs de la 4ème session des hautes études maritimes (SHEM) sur la base Méditerranée de Orange Marine à La Seyne sur Mer, pour une demi-journée consacrée aux enjeux stratégiques des câbles sous-marins.

Un rappel historique a permis de mettre en lumière l’importance stratégique des câbles sous-marins, dont le déploiement a commencé en 1850 et s’est très rapidement développé pour accompagner le développement des échanges commerciaux et la mondialisation de l’économie.

Dans ce contexte, la France bénéficie d’un avantage stratégique grâce à Orange Marine, dont la flotte câblière représente 15% de la flotte mondiale avec six navires câbliers et un navire de surveillance. Ses navires assurent une alerte pour être en mesure d’appareiller en 24 heures et sont capables de réaliser des réparations jusqu’à 6.000 mètres de profondeur. Cette flotte répond à un fort enjeu de souveraineté pour la France.

A l’issue de ces passionnants échanges, des ateliers de maintenance de la base a permis aux auditeurs de mesurer la haute technicité des moyens mis en œuvre par les navires de Orange Marine.

L’IFREMER, un organisme de recherche marine unique en Europe, opérant la flotte océanographique française, et agissant sur les trois grands océans de la planète.

Vincent Rigaud, directeur du centre IFREMER de la Méditerranée a accueilli ce vendredi les auditeurs de la 4eme promotion du SHEM de la FMES.

Des abysses à la surface, de la côte au large, l’IFREMER est une remarquable illustration de la recherche scientifique marine conduite par la France ; un de nos points d’excellences sur la scène internationale.

L’IFREMER joue un rôle central mais non exclusif dans le domaine de la recherche scientifique marine aux côtés d’autres acteurs comme le CNRS, l’IRD, le SHOM, les universités et les écoles d’ingénieurs.

Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), l’IFREMER rassemble près de 1700 collaborateurs et dispose de 24 implantations sur toutes les mers du monde. La France est ainsi le cinquième opérateur d’une flotte océanographique au niveau mondial et le premier en Europe.

La Méditerranée est l’un des écosystèmes marins les plus riches au monde… mais aussi l’un des plus fragiles. Au cœur de ces enjeux, l’Ifremer conduit en Méditerranée des travaux essentiels qui combinent recherche scientifique, innovation technologique et accompagnement des politiques publiques.

Trois grandes finalités orientent les actions de l’IFREMER en Méditerranée :

  • gérer les ressources marines
  • protéger et restaurer la Méditerranée
  • partager les données et les infos marines

Le centre IFREMER de la Seyne sur Mer est aussi un des hauts lieux de l’exploration et de la connaissance des grands fonds marins, autre point d’intérêt de cette visite pour les auditeurs.

Comme le précise un avis de l’Académie des technologies « les grands fonds marins et la connaissance de l’océan profond demeurent une véritable frontière de la connaissance comme en attestent les deux statistiques suivantes : 25 % seulement des fonds marins ont été cartographiés avec une résolution hectométrique ou plus fine (source : Seabed 2030) ; moins de 0,001 % des fonds marins ont été visuellement explorés par un engin sous-marin (https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adp8602).

Pour l’exploration des fonds marins, les auditeurs ont pu découvrir la riche gamme des engins sous-marins de l’IFREMER. Ces engins sont conçus et développé par une équipe dédiée à cela et les équipements sont coconstruits avec nos grands industriels comme Exail Technologies.

Ce travail donne une gamme d’outil comme UlyX, AsterX ou IdefX qui permettent de réaliser des cartographies d’une grande précision grâce à des sondeurs acoustiques multifaisceaux.

Un grand saut technologique vient d’être réalisé avec l’entrée en service, en 2022, d’un nouveau drone, UlyX, qui est doté d’une intelligence artificielle. Outre sa capacité à descendre jusqu’à 6000 mètres (profondeur maximale de 97% des fonds marins), ce drone a un « comportement intelligent » qui lui permet d’analyser des données en cours de plongée et de prendre des décisions pour adapter son parcours. Les qualités de cet engin font que la Marine nationale va aussi se doter de cet engin sous-marin.

Une marine à la pointe de la technologie et qui compte sur chacun de ses marins.

La journée du 04 décembre, consacrée à la base navale de Toulon, a débuté par un exposé fait par l’un des principaux subordonnés de l’amiral Commandant en Chef en Méditerranée (CECMED). Sous l’autorité du chef d’État-major des armées, CECMED, en qualité de commandant de zone maritime, est chargé du contrôle opérationnel des forces déployées en Méditerranée ; à ce titre il est l’un des subordonnés directs du CEMA s’agissant des opérations dans cette zone où les crises et les tensions ne manquent pas.

De plus, CECMED est également le préfet maritime (PREMAR) pour la Méditerranée. Délégué du gouvernement, le préfet maritime est le représentant direct du Premier ministre. Investi d’un pouvoir de police générale, il a autorité dans tous les domaines où s’exerce l’action de l’État en mer, notamment : la défense des droits et intérêts nationaux, particulièrement dans les zones sous souveraineté ou sous juridiction française (mer territoriale, zone économique exclusive), le maintien de l’ordre public, le secours et la sécurité maritime, la protection de l’environnement, la lutte contre les activités illicites en mer (pêche illégale, trafic de stupéfiants, migrations clandestines, piraterie notamment). Enfin, il coordonne en permanence l’action en mer des administrations et la mise en œuvre de leurs moyens (marine nationale, affaires maritimes, douanes, gendarmerie).

La conférence qui a suivi a été faite par le vice-amiral Pierre de Briançon, chef d’état-major du second grand commandement présent à Toulon : l’amiral commandant la force d’action navale : ALFAN.

ALFAN a la responsabilité de préparer, d’entraîner et de soutenir les unités de surface de la Marine nationale afin de les mettre à disposition du CEMA et de ses commandements subordonnés pour tout emploi opérationnel. ALFAN est responsable de la disponibilité technique des bâtiments, de la préparation et de l’entraînement des équipages mais aussi de la qualification opérationnelle des unités en vue de leur emploi.  Les politiques de formation spécifique, celles relatives à la préparation et à l’entraînement technique et tactique sont donc au cœur de ses responsabilités. ALFAN a sous son autorité sur 98 bâtiments de surface et sur près de 10 500 marins ainsi que sur les trois groupes de plongeurs démineurs (GPD), sur plusieurs centres experts, sur la Flotte amphibie et enfin sur les bases navales outre-mer et à l’étranger.

Les conséquences de l’évolution du contexte opérationnel ont été évoquées par le VA de Briançon, qui a expliqué comment la Marine nationale s’adapte en permanence pour ajuster sa doctrine et ses équipements en y incluant les drones aériens mais surtout ceux qui évoluent en surface et sous la mer, développe la résilience de ses bâtiments et de leurs équipages ; raccourcie ses boucles de décision dans toutes les phases qui relèvent de la démarche capacitaire afin de faire évoluer équipements, armements, méthodes et organisations dans un processus agile et souple intégrant l’innovation en boucle courte avec la BITD.

L’action de l’Etat en mer, une organisation efficiente, adaptée aux enjeux de sûreté et sécurité maritimes de la France.

Profitant de ce séminaire à Toulon, les auditeurs ont enfin pu compléter leur compréhension des principes de l’action de l’Etat en mer (AEM). Le commissaire général Jean-Emmanuel Perrin, adjoint du préfet maritime de la Méditerranée, a ainsi présenté aux auditeurs les missions principales et l’organisation générale de l’AEM.

Il s’agit d’une organisation administrative et opérationnelle qui confie :

  • la représentation de l’État à une autorité administrative unique, le préfet maritime ;
  • la réalisation des nombreuses missions aux administrations disposant de moyens d’intervention en mer ;
  • une capacité pour toutes les administrations intervenant en mer à constater les infractions en mer dans un large spectre de missions.

L’organisation administrative et opérationnelle de l’action de l’Etat en mer en France repose ainsi sur la coordination interministérielle et le partage de 45 missions, avec la désignation d’administrations pilotes. Alors que l’action régalienne en mer est confiée à un seul corps constitué dans certains Etats (comme l’US Coast Guard aux Etats-Unis), plusieurs administrations françaises agissent en mer, avec la capacité commune à constater des infractions dans une vaste palette de missions et une coordination au niveau central comme local.

Le comité interministériel de la mer, présidé par le Premier ministre et réunissant l’ensemble des ministres intéressés, fixe les orientations gouvernementales dans le domaine maritime. 

Placé directement sous l’autorité du Premier ministre, le secrétariat général de la mer assure la coordination de l’action de l’Etat en mer au niveau central.

Au niveau local, le préfet maritime anime et coordonne opérationnellement les moyens des administrations, sans faire obstacle à l’exercice de leurs compétences, mais en faisant le meilleur usage de leurs compétences respectives. Il s’appuie ainsi sur les moyens des services de l’Etat (marine nationale, affaires maritimes, douane, gendarmerie) concourant à l’action de l’Etat en mer.

L’efficience dans l’emploi des moyens est la principale caractéristique de cette organisation de l’AEM, dont il n’est pas étonnant qu’elle soit de plus en plus imitée par des pays ayant des enjeux maritimes importantes et souhaitant optimiser l’emploi des moyens de leurs administrations agissant en mer. 

***

Les auditeurs de la 4ème session des hautes études maritimes se retrouveront le 7 janvier prochain à Marseille pour un séminaire qui les amènera à la rencontre des acteurs économiques du monde maritime.

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